Saint Matth., x11, 56. | 4 à M: Saint Matth., x
#5 Saint Matth. v, 26.
Dieu est intéressé à nos actions morales.
Quoique riche par la plénitude de toutes les perfections, quoique heureux par la possession d’une éternelle béatitude, il veut augmenter extérieurement sa gloire, et développer d’une certaine manière sa Joie par le règne de la justice dans le cœur humain. Les efforts que nous faisons pour obéir, les devoirs que nous pratiquons, les transgressions dont nous nous rendons coupables, tout l’ensemble de notre vie morale est un spectacle auquel il assiste, et il ne saurait être indifférent à nos vertus et à nos vices. Nous méritons et déméritons près de lui. Fin dernière de l'homme, Dieu exige que nous lui rapportions tous nos actes, et si nous travaillons exclusivement pour notre égoisme ou notre plaisir, il nous jugera et nous condamnera. Législateur et gouverneur suprême du monde, il a la charge et la responsabilité de l’ordre public. Il désire qu'on n’entrave point ses desseins de justice ; et si nous ne l’aidons pas dans l'exécution de son plan, il nous jugera et nous condamnera. Le devoir et la vertu sont des biens qui lui appartiennent, l'ordre universel est sa propriété. Violer un commandement quelconque du Décalogue, c'est lui ravir les hommages auxquels il a droit comme fin suprème et légitime de toute vie humaine, c'est lui refuser le respect, l’obéissance, l'amour, auxquels il à droit
comme puissance infinie et bonté souveraine, et il nous en demandera compte. L'homme se doit encore plus à Dieu qu'à la société politique dont il fait partie. Écoutez ces belles paroles de saint Thomas : « L'homme n'estpas ordonné tout entier
n « et quant à tout ce qui lui appartient vers la
« société politique dont il fait partie; et c’est « pourquoi chacun de ses actes n’est pas méritoire « ou déméritoire relativement à la société. Mais « tout ce qu'est l'homme, tout ce qu'il peut, tout « ce qu'il a, doit être ordonné vers Dieu; et « c'est pourquoi tout acte humain, bon ou mau- « Vais, par sa nature même, mérite ou démérite « auprès de Dieu!. »
D’après cette doctrine, il est évident que le mal attaque Dieu. Du moment que Dieu occupe une place si profonde et si entière dans l’ordre moral, nous ne pouvons troubler celui-ci sans atteindre la Divinité elle-même. Que s’ensuit-il? C’est que
l’expiation s'impose comme devoir religieux. La:
loi morale à son principe, sa force, son terme dans la Divinité, donc nous devons à la Divinité
1. «Homo non ordinatur ad communitatem politicam secundum se totum etsecundum omnia sua, et ideo non oportet quod quilibet actus sit meritorius vel demeritorius per ordinem ad communitatem politicam. Sed totum quod homo est, et quod potest et quod habet, ordinandum est ad Deum, et ideo omnis actus hominis bonus vel malus habet rationem meriti vel demeriti apud Deum, quantum est ex ipsa ratione actus.» (Saint Thomas, 22e" qd:XXI, art. 4.)
Ve cet Fe
de réparer toutes les désobéissances à la loi.
Les païens avaient compris cette vérité. Bien qu'ils n’enssent pas démêlé aussi complètement que les chrétiens les nœuds multiples qui lient la loi naturelle à la Divinité, ils sentirent cependant que la pureté est un trésor divin, que faire le mal c'était irriter les dieux; ils proclamèrent la nécessité de l’expiation et regardèrent l’expiation comme un devoir religieux. Dans une multitude de légendes de la Grèce et de Rome, nous voyons les meurtriers, les sacrilèges, les incestueux, tous les grands criminels poursuivis par des furies vengeresses, en proie à de folles terreurs, et cherchant par toutes sortes de moyens à apaiser la colère du ciel. La foule des fidèles vivait de cette croyance. Îl n'était pas permis de s'approcher des dieux avec un cœur souillé, et la pureté apparaissait comme Ja condition première de tout devoir religieux.
Sans doute les païens n’eurent pas une notion bien exacte de la nature du péché; sans doute ils confondirent souvent la souillure purement matérielle et la souillure morale; sans doute ils ne comprirent pas combien le mal était opposé à incomparable sainteté de l'être parfait, et ils crurent en péchant irriter les dieux jaloux plutôt qu'offenser un Père. Ils s’imaginaient blesser la Divinité par des actions inconscientes et des acci-
d' lents Rent tas OEdipe était en butte “aux poursuites des furies, en tant que parricide, après avoir tué Laïos, bien qu'il ignorât que Laïos
était son père; Oreste égorgeait sa mère et prétendait accomplir un acte bon et obéir aux ordres d’un dieu. Quelle absurde conception de la justice! ! a était réservé à Jésus de rectifier, d’épurer, d'approfondir toutes nos idées morales. C’est le Christ qui devait donner à notre besoin de pureté tout son développement; c'est lui qui devait. donner à nos rapports avec Dieu toute leur intimité et nous apprendre pourquoi et comment nous L° expier.
Par quels moyens le paganisme chercha-t-il à obtenir le pardon ou àrecouvrer l'amitié des dieux? Quel principe de réhabilitation mit-il en avant? A quelles conditions fut-il possible, d’après Les paiens, de rendre aux âmes la pureté perdue ? h élas! les paiens n'eurent pas une idée bien haute des exigences de Dieu et des besoins de l’âme humaine. Ils crurent trouver le pardon d'en haut et la paix de la conscience dans des rites ridicules ie Leurs méthodes de RES étaient
Scilicet in Superis eltiam fortuna luenda est, Nec veniamlæso numine casus habet.
qui veut dire : Pour les dieux, les crimes même dus au hasard t punissables, et l’offense involontaire ne trouve pas gràce devant eux. Ovide, Les Tristes, liv. Il, vers 107 et 108.
innombrables. Les uns recouvraient leur innocence perdue par des ablutions, d’autres par des fumigations, d’autres par l’attouchement des vicümes offertes. Ceux-ci soutenaient que le meilleur remède était de tremper sa main dans le sang d'un pore sacrifié; ceux-là qu'il était plus sûr de poser le pied gauche sur la peau d’un bélier; quelques-uns se contentaient de frotter leur corps avec de la poussière, ou même de faire tourner autour de leur personne un jeune chien. Tristes superslitions des consciences dévoyées! Et dire que cela se passait en Grèce, dans la patrie de la civilisation et des beaux-arts! |
On purifiaitles personnes, les maisons, les cités, les armées, les flottes, à l’aide de sacrifices plus ou moins étranges. Qui ne connaît la céré-. monie du taurobole? Dans une large fosse couverte d’un plancher percé de trous, un fidèle était couché. Au moment voulu, on amenait une victime : bœuf ou bélier. La victime était égorgée, et on faisait filtrer son sang, comme une pluie, à travers les trous du plancher. Le patient qui se trouvait dans la fosse recevait ce sang sur tous ses membres, et avait soin que ses yeux, ses joues, ses lèvres et surtout sa langue en fussent arrosés. Quand il sortait de la fosse couvert de sang, la foule respectueuse le saluait comme un être sanctifié et se jetait à ses pieds. Les vête-
à 3 x LOI DE L'EXPIATION
. ments, imprégnés du liquide sacré, étaient portés Ro jusqu'à ce qu’ils tombassent en lambeaux. Un taurobole purifiait le fidèle pour un laps de vingt années. Ce temps écoulé, il fallait procéder à une expiation nouvelle.
À Chaque foyer particulier était purifié une fois par an, au mois de mai. Ovide nous raconte, dans le . cinquième livre des Fastes, comment la chose se passait. Vers minuit, le père de famille se levait et parcourait pieds nus les diverses pièces du logis. Touten marchant, le maître faisait claquer ses doigts pour mettre en fuite les ombres effrayées. Puis, à
trois reprises différentes, le père de famille lavait ses mains dans une fontaine. Les mains lavées, il mettait dans sa bouche des fèves noires qu'il Botit ensuite derrière lui en criant : Je jette ces fèves, et, avec elles, je rachète moi et les miens. Il prononçait ces paroles jusqu'à neuf fois sans . détourner la tête. De nouveau, il lavait ses mains et, faisant un vacarme d'enfer avec des bassins de cuivre, il conjurait les ombres de quitter son toit en criant à neuf reprises : Mânes paternels, sortez !
Pour purifier les cités, on avait recours aux k Suovetaurilies, espèce de sacrifice où l’on immolait simultanément trois victimes : un taureau, un porc el une brebis. Par ordre des magistrats, le peuple ss S'assemblait sur le Champ de Mars. Les animaux
172 LES LOIS RELIGIEUSES destinés au sacrifice étaient amenés, et on leur faisait faire trois fois le tour de la foule. Après cela, on immolait les victimes, et on examinait leurs entrailles, pour constater si réellement la divinité était apaisée. En cas de mauvais augure, il fallait recommencer la cérémonie. On purifiait de la même manière une armée, avant qu'elle n'entrât en campagne. Pour la flotte, il y avait des rites particuliers. Un autel était construit en avant
du rivage, à l'entrée de la mer. Les vaisseaux, . complètement équipés, se balançaient sur leurs
ancres, en attendant le moment solennel. Bientôt les prêtres arrivaient pour égorger les victimes. Dès que les victimes avaient été égorgées, on les disposait dans des barques pour faire trois foisavec
elles le tour des navires. Puis on procédait au par-
tage des victimes : une première moitié était brûlée, la seconde moitié était jetée dans la mer, et la.
flotte était purifiée.
Non seulement les hommes du peuple, mais.
encore les plus grands parmi les païens croyaient.
à l'efficacité expiatoire de ces sacrifices. César, le
Jour où il fut assassiné, fit immoler suecessive-
ment cent animaux, cherchant en vain dans leurs
entrailles le signe de Ia faveur des dieux. Paul-. Emile, avant d'aller conquérir la Macédoine, sacri- | fia vingt victimes; et n'obtint qu'au vingtième
sacrifice un présage de bonheur. Symmaque, le
ilosophe, était, un jour, fort inquiet, parce que
upiter n'avait montré son apaisement qu'à l’offrande de la huitième victime.
Mi Le paganisme ne se borna point malheureusement aux sacrifices d'animaux. Pendant longtemps il se complut dans les sacrifices humains. L'efficacité du sacrifice est en raison de l’importance de Ja victime, se disait la raison humaine, et ce que le sang d’un bélier ne peut obtenir, le sang d’un ‘homme l'obtiendra peut-être. C'est l’homme qui est coupable, c’est l’homme qui doit expier. Abusés par ce sophisme, les hommes se crurent le droit d'immoler leurs semblables. Pour détourner un fléau, pour effacer un crime, on n'hésita pas à sacrifier la vie des esclaves, la vie des ennemis, la vie même des concitoyens; et les Grecs versaient le sang d'Iphigénie, afin d'obtenir du ciel le départ de leur flotte et le triomphe de leur armée. C'est seulement en l’année 95 avant Jésus- Christ qu'un décret du Sénat interdit les sacrifices humains, à Rome; et encore, dans les circonstances extraordinaires, on croyait avoir le droit d’enfreindre la défense du Sénat. Une sédition ayant éclaté, à l’époque de César, les pontifes immolèrent deux soldats au dieu Mars; et les têtes des deux victimes furent exposées devant la Régia. Lors du soulèvement des esclaves, Spartacus, pour venger la mort de son ami, Crixus, offrit un sacri-
TE
fice funèbre de trois cents prisonniers romains, qu'il fit combattre autour du bûcher. Octave le triumvir, imitant l'exemple de Spartacus, fit immoler, trente ans plus tard, après la reddition de Pérouse, trois cents prisonniers de guerre, à titre de sacrifice expiatoire, devant l'autel du divus Julius. C’étaient des Romains immolés par des Romains!.
I faut avouer que ces croyances du paganisme au sujet de l’expiation étaient bien misérables. IL: élait temps qu'un réformateur religieux comme ie Christ se présentàt au monde.
Les Juifs avaient-ils mieux compris le devoir de l’expiation que les païens? Beaucoup mieux. Cependant l’ancienne Loi était loin d’être parfaite à ce point de vue et elle devait être remplacée par la Loi nouvelle. Les Juifs comprirent mieux que les païens comment le mal offense la Divinité : ils comprirent mieux en quoi consiste la pureté de l’âme ; mais leurs méthodes d’expiation laissaient trop de place aux rites externes et ne faisaient point la part de l’âme assez grande.
Tandis queles Grecs, admirateurs enthousiastes des lois harmonieuses du Cosmos, voyaient surtout dans le mal un désordre matériel, une disso-
1. D'après Porphyre, les sacrifices humains ne cessèrent que sous l’empereur Adrien.
à pe