‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 76 sur 120 · LOI DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LOI DE L'AMOUR

plaît de vivre par les sens, d'ouvrir les yeux pour voir les beautés de la création, d'ouvrir les oreilles - pour écouter les mélodies de la nature, de respirer le parfum des roses, de goûter la saveur des fruits, d' éprouver les mille et une sensations que le monde extérieur nous envoie et que nous lui renvoyons ;

et oubliant parfois l’âme spirituelle et ses aspirations supérieures, nous nous absorbons dans les plaisirs, dans les peines, dans les craintes, dans les espoirs suscités par la sensibilité. On a dit que l'homme était d'abord un animal, et c’est malheureusement vrai. Par les inclinations les plus pri-

mitives et les plus radicales de sa nature, l'homme cest l’esclave de la matière. Son âme est prison-

nière des sens, et ce n'est que par des efforts multi-

pliés et persévérants qu'il peut dégager son esprit

des étreintes despotiques du corps, et planer dans

une sphère plus élevée.

Nous vivons aussi de la vie de l'esprit. Nous

aimons à connaitre les choses, à nous rendre

compte des événements auxquels nous assistons, à

pénétrer quelques-uns des mystères dont nous sommes enveloppés. Une curiosité instinctive

nous porte à envahir le royaume de l'inconnu ; et

les joies, les émotions, les ardeurs des recherches

intellectuelles occupent une partie de notre temps et de notre activité. Il est même des hommes pour qui la vie intellectuelle est la grande vie.

Ceux-là oublient volontiers la faim, la soif, le sommeil pour poursuivre la solution des problèmes dont ils s'occupent. Voluptueux de Ja science, ils dédaignent les voluptés charnelles ; ils laissent à d’autres les joies et les émotions des sens; ils ne comprennent pas la fièvre des hommes d'affaires ni la fureur des hommes de plaisir ; ils

ne connaissent pas d'autre univers que l’univers .

intellectuel, et ils sont tout entiers aux luttes silencieuses contre l'ignorance et contre l'erreur. Leur vie est loin cependant d’être une vie désen-

chantée. Ils ont, comme tant d’autres, des.

craintes, des espoirs, des haines, des amours, des abattements, des Jouissances, soit qu'ils suivent dans ses plis et replis un problème difficile, soit qu'ils entrevoient une vérité, sont qu'ils la

perdent un instant de vue pour la retrouver +

ensuite plus éclatante. Ils passent par toutes les péripéties de la lutte humaine; tour à tour ils craignent, ils espèrent, ils regrettent, ils chantent, ils pleurent; ils éclatent quelquefois en un cri enthousiaste, comme Archimède s’exclamant :

J'ai trouvé : Evsrxz! et le grand bonheur de leur vie, c'est de s’enivrer aux fontaines sacrées de la science. Voilà la vie de l'esprit.

Mais ce qui tient plus de place en nous que la vie du corps et la vie de l'esprit, c’est la vie du cœur.

C'est là qu'est la source des grandes Joies et des .

LA LOI DE L'ANOUR 193 grandes souffrances, des grandes élévations et des grandes chutes, des grandes gloires et des grandes ignominies. L'intelligence, à côté du cœur, ne semble- t-elle pas une faculté subordonnée, chargée de nous faire connaître l'objet prédestiné à notre ‘affection, ou de nous révéler chaque jour davantage les beautés, les splendeurs, les amabilités de % Pobjet que nous affectionnons? Le but de la vie n'est-ce pas de connaitre afin d'aimer? Y a-{-il chose plus grande, pour les riches comme pour les pauvres, pour les rois comme pour les paysans. y a-l-1l chose plus grande au monde que l'amour

L'amour n'est-il pas la faculté dominante, et toutes les passions qui ébranlent notre âme, la crainte, l'espoir, l'envie, la jalousie, la colère, la pitié; tous les mouvements qui entrainent nos facultés soit sensilives, soit spirituelles, n'ont-ils

pas principalement l'amour pour cause ou pour but? Partout où je vais, c'est l'amour qui m'y porte, disait saint Augstin!. L'amour, c'est le premier moteur de notre être, c'est le maitre auquel toutes les puissances de l’ame obéissent, et dont Bite attend l'impulsion; c'est le principe de nos vertus et de nos vices.

J Par la nature même de son action, l'amour est appelé à nous exalter ou à nous avilir. L'amour,

|. Quocumque feror, amore feror,

L'OSR C S PMSERE pEtERS

en effet, nous fail sortir de nous-mêmes et tendre | vers un objet extérieur. Par l'acte intellectuel, nous altirons à nous l'objet contemplé, tandis que par l'affection nous nous répandons sur l'objet : aimé. Aussi l'intelligence reste pure au contact des choses souillées qu'elle élève jusqu’à elle, tandis que le cœur s’abaisse ou s'exalte, selon qu'il descend vers les choses inférieures ou qu'il monte vers les choses d’en haut. Dites-moi qui vous aimez, je vous dirai qui vous êles. Si 1 l'objet de vos préférences est un être fini, vil, méprisable, vous êtes une âme bornée, vile, mépri- | sable. Si , au contraire, l’objet de vos préférences est | un être noble, grand, élevé; si c’est la vertu, si c'est la perfection que vous aimez par-dessus tout, vous serez une âme d'élite. Nous devenons ce que , nous aimons ; boue, si nous aimons la boue; dieux, : si nous aimons Dieu. \

La vie du cœur tenant dans l'homme une pareille … place, et produisant de pareils effets, ce n'est pas … étonnant que Jésus-Christ ait promulgué, comme ; le premier de tous les devoirs, ce préceple : c'est 1 Dieu que vous aimerez!. 4

D'ailleurs, l'expérience se charge de nous prouver | que Dieu doit être notre premier amour. Deux fleuves traversent notre cœur pendant la vie : le .

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