‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 78 sur 120 · Mot d'Eugénie de Guérin · texte numérisé non relu

Mot d'Eugénie de Guérin

is au milieu des ruines de nos amours, CU nous pleurons la rapidité de nos désastres et leur. 4 immensilé. ce.

| Pourquoi tant de douleurs, pourquoi tant de . larmes? C'est que les objets terrestres ne peuvent 3 pas nous suffire. Les créatures, bornées dans leur 144 excellence et dans leur durée, ne sauraient combler ee Le l’abyme de nos besoins. Saint Augustin à reconnu #4 cette vérité, quand il s’est écrié : « Vous nous « avez faits pour vous, à mon Dieu, et notre cœur . « est dans l'inquiétude, tant qu'il ne se repose pas «en vous!. » Tant par l'intelligence que par la volonté, nous tendons vers l’Infini. Les deux ailes de notre âme nous soulèvent jusqu'aux hauteurs + habitées par la Divinité. Ce n'est pas à telle ou telle vérité particulière que notre esprit aspire, ke c'est à la vérité lotale et universelle; ce n’est pas à telle ou telle créature que notre cœur aspire, Bec est au bien sans limites. Dieu a donné à notre 24 cœur les proportions de son immensité, et lui seul LA Bou combler cette immensité. ke ‘A Dieu contient toutes les beautés et renferme tous les biens. Il est tout ce que nous aimons. Il est la richesse. N'est-ce pas lui qui à semé les diamants dans le sol et les étoiles dans le ciel? I est le plaisir. N'est-ce pas lui qui a créé les rayon- ;

BL 15 < Fecisti nos Domine ad te. et inquietum est cor nos "108 ponee requiescat in te. »

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(A Cents de la beauté, he Aanete da haut Je 2e parfum des roses, la saveur des fruits? Il est la gloire. N'est-ce pas lui dont toutes les créatures reproduisent l’image et murmurent le nom? Il est la beauté. N’a-t-il pas loutes les perfections, et |

toutes ses perfections n’éclatent-elles pas au grand jour? Il est l'amour. Ne se prodigue-t-il pas luimême à lui-même et à toute la création? Il est ï l'Être infini et il est l'Étre éternel. Tandis que 4 tous les êtres créés à qui nous pouvons donner … notre cœur nous échappent et s’en vont, Dieu ne saurait nous être ravi. Les vicissitudes humaines, | les ébranlements, les oublis, les trahisons n'at- teignent pas les hauts sommets où réside la Divi- nité. Les changements et la mort ne franchissent __ pas le seuil des régions divines. Quand il s’agit | de Dieu, nous pouvons donner à notre amour tout son élan et tout son abandon. Nous n'avons pas à craindre les coups du sort et les défaites du néant. Dieu n'abandonne pas, Dieu ne trahit PAS: Dieu ne meurt pas.

. Dans l'entretien admirable qu'il eut avec sa ‘11 mère, sainte Monique, à la fenêtre d'une maison d'Ostie, saint Augustin se posa cette question Qu'aime-t-on en aimant Dieu? Et voici comment … il répondit : Ce n’est, disait-il, ni ce qu'il y a de beau dans les apparences du corps, ni la gloire selon le temps, ni l'éclat de cette lumière qui

ni Ja suave tir des fleurs et des He. ni les voluptés de la terre, ce n’est rien de tout cela, et pourtant c'est une lumière, c'est une mélodie, c'est une volupté, mais une lumière infinie, une mélodie infinie, une volupté infinie.

Les païens n'eurent pas l'audace d'aimer Dieu, et les religions antiques ne parlèrent jamais d'une pareille loi. En présence de la Divinité, l'homme primitif avait peur, et la peur inspirait tous ses actes religieux. Vivant au milieu d’un mondequ'il connaissait à peine, voyant sa vie en proie à toutes | sortes de hasards terribles, de fatalités i imprévues, de complications inexorables: sentant une puis-

sance supérieure qui pouvait à chaque instant l'écraser et le broyer, l’ancien croyant tremblait. Dieu représentait pour lui la force et non la bonté. Que dis-je? Pour la plupart des païens, Dieu représentait la force capricieuse et tyrannique. Les dieux étaient des puissances farouches, jalouses de l’homme, ennemies de son bonheur, ne demandant qu'à menacer et à opprimer. Avec de pareils despotes, l’épouvante était évidemment l'expression de toute piété. E.

Les Juifs eux-mêmes, bien qu'ils eussent une idée plus exacte de la Divinité, virent surtout en Dieu les attributs de la puissance et de la Justice,

et ils éprouvèrent vis-à-vis de leur Jéhovah une crainte servile. Les éclairs du Sinaï troublèrent toujours leur imagination, les tonnerres de l’'Horeb vibrèrent toujours à leurs oreilles, et toujours ils murmuraient ces paroles : Que Dieu ne nous parle pas directement, parce que peut-être nous mourrions de frayeur !. {1 fallut l'avènement de Jésus pour transformer l'idée de Dieu, et transformer par le fait même les sentiments de l'homme. La révélation à fait éclore dans la conscience religieuse de l'humanité la fleur de l'amour divin.

Dans la doctrine évangélique, Dieu est une bonté, Dieu est un Père, Dieu aime lhumanité. A chaque instant, l'Évangile nous parle de l'amour de Dieu pour les hommes. Est-il vrai, est-il possible que Dieu nous aitaimés? Lui, l'être suprême, lui, le souverainement grand, a-t-il pu s'occuper de l’homme, pauvre petite créature, jusqu’à l’affectionner? N'est-ce point présomptueux de le croire? Est-il raisonnable de le supposer? L'Évangile va pourtant plus loin encore. Il nous assure que l'amour de Dieu pour les hommes à pris des pro-

portions infinies. Dieu n'est rien à demi et ne

fait rien à demi. Tous les attributs en lui revêtent un caractère d’élernité et d'infinité. Sa puissance est éternelle el infinie, sa sagesse est éternelle et

1lMExode, xx, 19.

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