‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 89 sur 120 · Saint Matth · texte numérisé non relu

Saint Matth

FOUSDENCULTÉ EN GÉNÉRAL = + 23

essentielle du nouveau culte et l'impose, comme condition indispensable, à à tous ceux quientreront dans la société qu'il fonde. En vérité, en vérité 7e vous le dis, nous répète à plusieurs reprises le Maitre, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu, s'il ne renait de l'eau et de l'Esprit Saint. Ce quest né de la chair est chair, el ce qui est né de l'esprit est esprit!. EL, à la fin de sa carrière, au moment solennel de la dispersion des dis- . ciples sur la surface du globe : Allez par tout le monde, leur dit-il. prèchez l'Évangile à tous les

hommes. Celui qui croira et recevra le baptème, sera sauvé. Mais celui qui ne croira point sera condamné?. Puis, non content d’avoir indiqué la grandeur et l'importance du baptème, il indique au nom de qui on doit l'administrer : Allez, enserpe toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit”. | Voilà, sans aucun doute, un rite institué par À Jésus, le témoignage concordant des quatre 6vangélistes nous le prouve jusqu'à la dernière évi- dence.

i Un autre rite, aussi solennel que le baptème, est institué par Jésus. A la veille de sa passion, quand déjà le gibet sanglant se dresse devant les yeux

# F1. Saint Jean, 111, 4-6.

… 2. Saint Marc, xvr, 16.

e Dune Matth., xxvirr, 19.

Le MY AUUT

du Maître; quand Jésus entend par avance les vociférations de la foule, qu'il sent l’agonie | monter à son cœur : à cette heure-là, entouré de la famille adoptive de ses disciples, le Christ prend du pain, le rompt etle donne à ses convives en disant : Prenez el mangez, ceci est mon corps | qui est donné et qui sera livré pour vous, faites ceci en mémoire de moi Puis. pareillement, il 4 prend une coupe de vin en disant : Buvez-en tous, cecr est mon sang, le sang de la nouvelle alliance. Faites ceci en mémoire de moi. 3 Les trois premiers évangélistes racontent cette À scène. Tous les trois sont d'accord pour nous dire : qu'elle eut lieu la veille même de la passion, et. que, dans la pensée de Jésus, elle avait une importance capitale. Ce n'est pas, en effet, une 1

cérémonie accidentelle que Jésus prétend célébrer, c’est un rite qu'il impose à ses apôtres et qu'il veut faire célébrer après lui. Ce n’est pas un acte.

plus ou moins touchant qu'il accomplit, c'est une . nouvelle alliance qu'il contracte, et il choisit 1e moment de son martyre, afin de donner à l'insti- | - lution de ce rite une consécration spéciale. | Les paroles d'un mourant ordinaire ont un.

caractère de majesté qui s'impose. Dans un yet désolé, quand l’ombre de la mort descend sur la.

1. Saint Matth., xxv1,26; Saint Marc. x1v, 32; Saint Luc, xxvir, 194.

LE CULTE EN GÉNÉRAL

couche du chef de famille malade, on voit tout à coup les sanglots s'arrêter et le silence se faire, si celui qui va mourir veut parler une dernière fois. IL semble que le monde d'outre-tombe s'entrouvre déjà pour le mourant, que la lumière d'un autre monde projette ses clartés sur celui qui agonise, qu'il voit des choses que nous ne voyons pas encore, qu'ilentend des voix que nous n’entendons point, et que ce qu'il va dire est une révélation du monde divin. Aussi on l'écoute religieusement et on accorde à ces accents suprèmes une autorité toute particulière. S'il en est ainsi des paroles d'un homme ordinaire, que doitil en être des paroles et des actes de Jésus, à la veille de sa mort?

Jésus à donc institué Île rite de l'Eucharistie : rite d'une admirable largeur, car il ne de

d'aucune condition temporaire ou locale, et on peut je réaliser en tout tempscomme en tout lieu; 1 rite d'une admirable simplicité, car on l con avec un peu de pain ct un peu de vin; rite noueau et caractérisant la religion ee

Jésus a encore institué d’autres rites, dont nous \d'avons pas à nous entretenir ici. Ce que nous :1 dit suffit pour établir que le Christ est le fondateur d’un nouveau culte, comme il est le dateur d’une nouvelle morale.

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Mais pourquoi un nouveau culte dans le christianisme? N'eût-il pas été plus digne de Jésus et du haut spiritualisme de son œuvre de n’établir qu'une religion en esprit et en vérité? Je réponds : Jésus eût méconnu les besoins les plus impérieux de la nature humaine, s'il eût anéanti le culte extérieur et public. Le culte extérieur est nécessaire à plusieurs titres.

Il est nécessaire pour réveiller le culte intérieur et, à ce titre, il doit le précéder.

L'union entre notre âme et notre corps est si intime qu’il y a non seulement une action incessante de l’âme sur le corps, mais encore une action incessante du corps sur l’âme. Nous n'ar-

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Le.

rivons aux idées que par le chemin des sensations :.

c'est notre nature. Certes! nous ne voudrions pas attribuer aux sens un rôle trop important, et dire

avec certains philosophes du siècle dernier que …

les idées sont simplement des sensations transformées; mais nous reconnaissons l'intimité profonde des sens et de l'esprit, et l’action réciproque

de celui-ci sur ceux-là, et de ceux-là sur celui-ci. .

mr!

Les grandes idées du vrai, du beau, du bien, de”

Dieu, sont réveillées dans notre intelligence par

le spectacle des choses matérielles. Le monde“ physique, avec ses formes, ses couleurs, ses har-

monies, frappe continuellement à la porte de nos sens, qui, réveillés en sursaut, frappent à la porte

LE CULTE ” EN AR Fe Es

de notre esprit, et lui font ouvrir les horizons du monde divin. | :

… C'est pourquoi, de tout temps, les hommes ont inventé des signes sensibles pour se rappeler les. fhoses invisibles. Ayant besoin d'images pour aller à l'infini, et les images de la nature ne leur suf- Î fisant pas, ils ont appelé l’art à leur secours et se sont fabriqués des symboles ou des rites plus ou moins ingénieux. Quelques sceptiques raffinés regrettent cela!. Ils trouvent que c’est insensé que de vouloir renfermer l’Infini dans une formule ou dans un symbole; mais la nature humaine ne tient pas compte de ces scrupules aristocratiques. L'histoire est là pour attester que les images, les statues, les signes extérieurs, sagement employés, favorisent le sentiment religieux. Le Jupiter Olympien, que Phidias avait représenté assis, et qui, s'il s'était redressé, aurait fait éclater la voûte du emple : ce Jupiter n'a-t-il pas eu la gloire, d'après un ancien, d'ajouter quelque chose à la religion des peuples : adjecit aliquid religioni populorum? Si des images ou des statues ont produit cet effet dans le monde paien, pourquoi le christianisme aurait-il répudié les images ou les

| 7h Renan soutient quelque part que /e silence est le seul lan-

jage digne de Dieu. Il est vrai que Renan, quelques pages plus t, parlera avec enthousiasme de l’Apollon du Belvédère, ou Jupiter Olympien, ou des autres chefs-d'œuvre par lesquels dée religieuse a cherché à s'exprimer dans le monde paien,

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228 LE CULIE RELIGIEUX

statues ? Et pourquoi n’aurait-il pas créé des rites spéciaux pour faire naître ou entretenir dans les âmes le feu sacré de la religion?

Le culte extérieur est nécessaire pour assortr le culte intérieur, et, à ce titre, il doit l’accompagner.

Il doit y avoir un double culte, parce que l’homme est un corps en même temps qu'un esprit. Le culte intérieur exclusif serait un culte d'esprit pur; le culte extérieur exclusif serait un culte d'animal:

le culte intérieur uni au culte extérieur est le culte

vraiment humain. L'homme n’est pas un esprit pur; loin de là. Pour être comme pouragir,ila besoin du

corps, et le corps est une partie essentielle et per- :

manente de sa nature. Le corps n'est, quoiqu'en aient dit certains philosophes, ni une prison, ni un

vêtement, ni un instrumeni : il est une moitié de |

l’homme.

Ces principes étant posés, nous comprenons sans

peine que Dieu nous demande l'hommage de notre «

corps en même temps que l’hommage de notre

âme et qu'il veuille simultanément être servi par

l'un et par l'aure. Sans doute, Pâme ayant la

suprématie, le culte intérieur est réclamé pars Dieu avant le culte extérieur ; mais Dieu préfère #

encore l’un et l'autre... et nous aurions tort de

les séparer. Ordonnons-les et surbordonnons-les l’un à l’autre, comme le corps et l'âme sont unis

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JLTE EN GÉNÉRAL et subordonnés. Si l'absorption du culte intérieur . par le culte extérieur est un crime, l'absorption

du culte extérieur par le culte intérieur est un

danger. La nature violentée se venge tôt ou tart,

et qui veut trop faire l'ange ne tarde pas à faire

la bête, ainsi que l’a dit Pascal. Nous avons pour

point d'appui le monde matériel en mème temps

be Ne à . que le monde spirituel, gardons ce double point

d'appui, si nous tenons à rester debout et si nous voulons rendre à Dieu tout le culte qu'il mérite. __ Enfin, le culte extérieur est nécessaire pour com-

holéter le culte intérieur, et, à ce titre, :1l doitile suivre.

__ Tout mouvement de l'âme, d’après les lois de x 9

1 notre nature, s'achève dans un mouvement de

notre COFPS ; et cette manifestation extérieure per=M

fectionne, en la terminant, l'action humaine. Les

gestes, les sons de voix, les plis du visage, les

direction de notre acte, et de la part qu'y prend ment éprouvé sont dignes d'éloge, nous faisons faire intervenir notre liberté et d'arrêter ces actes

internes sur le seuil de la sensibilité, laissons-les franchir les frontières de la chair, et éclater dans

feux du regard, ont pour mission d'exprimer l'âme. Ils l’expriment en effet, etquelquefois malgrénous. Est-ce un bien, est-ce un mal? Tout dépend de la

bien de leur donner libre carrière. Au lieu de

notre libre arbitre. Si l'idée concue, si le senti

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nos paroles et dans nos gestes. Ces actes ainsi sanctionnés, consacrés, complétés par la participation du corps, gagneront en énergie et en valeur.

Lors donc que nous voulons honorer Dieu, pourquoi contraindrions-nous nos sens à ne rien dire? Pourquoi refoulerions-nous nos pensées et nos sentiments dans les abîmes de notre âme? Pourquoi ne ferions-nous pas jaillir au dehors la source qui frémil au dedans ? Pourquoi n’éclaterions-nous pas en hymnes ardents et en manifestationsenthousiastes? Est-ce que l'Infini ne mérite pas ces éclats? : Il ne faut pas nous laisser arrêter par cette idée que notre parole sera impuissante. Qu'importe , notre impuissance? La nature et l'instinct disent * souvent mieux que le calcul; et Dieu ne nous demandera pas si notre langage a été digne de. lui, mais seulement si nous nous sommes efforcés : d'élever nos louanges à la hauteur de sa gloire. « Quoi! nous interdirions à notre corps les fonctions « religieuses! Mais Jésus n’a-t-il pas levé ses bras et }

ses yeux vers le ciel? N'a-t-il pas traîné ses genoux « dans la poussière ou sur les rochers de Gethsémani? « N’a-t-il pas chanté des hymnes à son Père céleste? « Notre corps, comme celui du Christ, a le droit et ) le devoirde servir Dieu, etquand ce pauvre cadavre # humain, si fragile dans sa structure, si ébranlé « par la maladie, et finalement si délabré par la“

AS CULTE EN GÉNÉRAL

Port, cherche à se dégager par uneffort sublime des innombrables misères qui le rivent au sol,

pour monter du côté des anges etdu côté de Dieu,

nous devons admirer sa laborieuse ambition. Nous le faisons servir à nos iniquités, à nos avilissements; permettons-lui de s’essayer aux ascensions 4 et aux apothéoses. C'est l'avis du christianisme + F que le culte du corps achève et complète le ‘2 culte de l'esprit. AE

Un autre motif pour lequel Jésus devait établir un culte extérieur, c'est qu'il fondait une société his | L'Évangile nous Gi assister à la formation de 4 4 Église chrétienne. Nous voyonsle Christ préchant un royaume de Dieu et conviant les hommes de : bonne volonté à en faire partie. Peu à peu, au * charme mystérieux de sa voix, les âmes d'élite accourent. On se groupe autour du Maître, on ? écoute ses enseignements, on met en pratiqueses conseils, etla nouvellesociétéreligieuse fonctionne. Elle est d’abord comparable à un grain de sénevé par sa petitesse et sa chétive apparence. Mais attendez. Le grain de sénevé deviendra un arbre, et cet arbre étendra ses branches si loin que toutes les races humaines s’abriteront à son ombre; et cet arbre poussera ses branches si haut que les anges du ciel pourront cueillir quelques-uns de à

ses fruitset savourer quelque chose de ses parfums. Beaucoup, dit Jésus, viendront de l'Orient et de l'Occident et s'asseoiront dans le royaume de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob.

À cette société, le Christ donne des chefs. Il choisit des apôtres auxquels il dit : Vous étes la lumière du monde : vous êtes le sel de la terre? ; et à qui il délègue sa propre autorité: Celui qui vous méprise me méprise; celui qui vous écoute nvécoute*. Puis, parmi ces chefs, il nomme un chef suprême, avec la primauté de la puissance : et de la sagesse. C'est ainsi que Jésus a fondé et organisé une société chrétienne.

Or Jésus n’a pu organiser cette société sans lui donner des symboles extérieurs. Pour rapprocher les hommes, pour les grouper et les unir, il faut absolument des signes matériels. La SOCIÉLÉ civile ne peut se passer de fêtes nationales, de ; chants, de drapeaux, de lieux et de jours de réu-. nion, en un mot de ce qu'on peut appeler un * culte : le culte de la patrie; et la société reli- « gieuse a des besoins analogues. Les hommes, ani- | més par la même foi, ont besoin d’accourir autour de rites communs pour se protéger mutuellement contre Îles ennemis du dehors et pour se fortifier

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