‹ La civilisation païenne et la religionChapitre 93 sur 120 · La Bible parle de 160.000 ouvriers · texte numérisé non relu

La Bible parle de 160.000 ouvriers

Un demi-siècle plus tard, après la captivité de

| Babylone, le second temple fut bâti sur les fonde-

ments du premier. Grâce à Cyrus, qui ordonna de restituer au temple juif les richesses volées,

le nouveau sanctuaire, quoique moins somptueux,

fut encore assez riche. Malheureusement, il subit, lui aussi, de rudes épreuves. Antiochus,

roi de Syrie, le pilla et le profana, l’an 171 avant

notre ère. Judas Macchabée le purifia et y rétablit le culte divin; mais Crassus, général romain,

. 54 ans avant la naissance de Jésus-Christ, le pilla

de nouveau, Hérode, devenu roi de la Judée, ré-

| para l'édifice... C'est ce sanctuaire, réparé par

Hérode, que Jésus connut, et c'est dans ce sanc-

tuaire qu'il vint prier, lui et ses disciples. Puis,

au jour terrible prophétisé par le Messie, 37 ans . environ après le crucifiement du Calvaire, les sol-.

dats de Titus brülèrent et renversèrent le temple | jusqu'à ses derniers fondements, et emportèrent

du même coup et la religion et la nationalité des

Juifs...

Pourquoi ce temple unique?

La loi qui exigeait un temple unique était basée

sur des raisons sérieuses. C’est d’abord pour affer- . mir dans l'esprit de son peuple la foi en l'unité

de Dieu que Moïse avait décrété l’unité du temple. Les païens avaient des sanctuaires innombrables

pour des dieux innombrables. Ils sacrifiaient sur

les hauteurs, dans les champs, dans Îles forêts, près des fleuves, près de la mer, parcequ'ils croyaient que les montagnes, les champs, les bois, les fleuves, la mer étaient des demeures spéciales de divinités spéciales; les Juifs admettant un Dieu supérieur et antérieur aux forces de la nature,

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un Dieu, Esprit pur, un Dieu unique, symboli- .

saient, par leur superbe édifice du mont Moria, leur croyance au seul vrai Dieu. Un autre motif, pour lequel Moïse avait décrété l'unité du temple, cest qu'il voulait faire sentir À

fériorité et la subordination du culte extérieur relativement au culte intérieur. Avec un sanctuaire unique, les Juifs n'élaient point tentés de sacrifier un peu partout et au hasard, et ils

à son peuple l’in-.

donnaient une moins large place à la religion |

externe !.

Néanmoins cette loi était trop étroite. Légitime …

dans son application au peuple juif, si grossier

Le:

et si enclin à l'idolâtrie, cette loi n'avait plus de”

raison d’être avec une humanité mieux éclairée.

et plus sage; et Jésus devait l’abroger.

Jésus pouvait-il nous imposer d’adorer Dieu à

tel endroit déterminé et pas dans tel autre? Pou-\

4. C'est saint Thomas qui parle ainsi : « Corporalis cultus non propter se erat acceptus, et ideo compescebantur ne pee a 7

ubique sacrificia offerrent.» (Saint Thomas, 1*, 2e, q. 102, art. ads um)

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vait-il enfermer nos prières, nos expiations, nos 1 . Le & EP sacrifices, tous les élans de notre âme dans le > temple de Sion, si grand qu'il fût? Pouvaitil

enfermer les grâces, les bienfaits, les générosités

. de Dieu dans le Saint des saints, si glorieux qu'il

füt? En un mot, pouvait-il admettre le temple

. unique de Moïse? Non. Une nouvelle doctrine - surgissail, et cette nouvelle doctrine venait nous

dire que Dieu peut et doit être adoré partout, que : partout on peut et on doit Jui offrir des sacrifices; . que, s'ilest un, il est immense, et qu’on le rencontre en Occident aussi bien qu’en Orient. Le Lemps vient etilest venu, où vous n'adorerez le Père j céleste ni sur cette montagne, nt dans Jérusalem.

- La création est un vaste temple, Dieu y habite

- el Dieu y agit. En vertu de son immensité, Dieu … est dans tous les lieux et par delà tous les lieux.

. Où irai-je que je ne le rencontre, s'écriait un pro-

- phète. Si j'emprunte les ailes de l'aurore et que je : m'envole aux bornes de l'Océan, c'est sa main qui me conduit. Si je m'élance du côté des cieux, je Le rencontre. Si je m'enfonce dans l'abime, le voilà encore. Dieu habite dans le monde et Dieu agit - dans le monde. Le mouvement est partout; la matière inerte subit des transformations lentes, mais incessantes ; la vie éclate dans la plante, dans les animaux et dans l’homme, et tout part du premier moteur immobile. L'intelligence, la puissance,

MDI PL LIEU DU CULTE FT Neo

244 LE CULTE RELIGIEUX la bonté de Dieu s’exercent sans relâche. On peut donc dire avec raison que l’univers est un temple. La terre en est l’autel: le soleil et les étoiles en sont la lumière ; les montagnes en sont les colonnes ; les prairies et les forêts en sont les ornements; le murmure du vent, les grondements de la mer, les chants des oiseaux en sont les harmonies; les : arbres qui étendent leurs branches, les fleurs qui . épanouissent leurs corolles en sont la parure; les … nuages en sont la fumée odorante; le firmament en est le dôme; et l’homme en est le prêtre.

Pontife de la création, il recueille dans son esprit : et sur ses lèvres les hymnes de cette nature | aveugle et inconsciente ; il transforme tous ces hommages inconscients en hommages intelligents . et libres, et il les porte aux pieds de Dieu. Dieu , peut être, Dieu doit être adoré dans tous les lieux!. M Les paroles de Jésus-Christ à la Samaritaine 1 visaient plus loin encore. Elles étaient, en même « temps qu'une protestation contre l’exclusivisme “ du temple juif, une protestation contre le matéria- « lisme des temples païens. | Les païens bâtissaient des temples nombreux, « et on ne peut pas leur reprocher cela. Dieu étant \ partout, on peut bâtir des temples et lui dresser.

1. « Uterque ritus (Judæorum et Samaritanorum) cessavit, venienti spirituali Evangelii veritate, secundum quam in omni. loco Deo sacrificatur.» (Saint Thomas, 2°, 2x, q. 84, art. 2 ad 3%®.)

Les As partout. Mais ce qu’on peut reprocher » aux païens, c'est d’avoir donné à leurs temples “une importance qu'ils n'avaient pas, et d’avoir oublié que le temple préféré par Dieu à tous les autres, c’est le cœur de l’homme vertueux. Adorer dans tel lieu déterminé n'est pas une chose essentielle ; sacrifier dans tel sanctuaire spécial n’est pas ce qui importe le plus en moe parce que tout cela n’exige de notre part qu'une présence corporelle. Ce que Dieu veut avant tout, c'est $ l'adhésion de notre pensée et la présence de notre 5 âme. Notre âme, qui ne le sait! n’a pas besoin d’un lieu déterminé pour s'unir à Dieu. Elle n’a qu'à rentrer en elle-même, et elle trouve un vrai sanctuaire. Descendez tous à l'autel de votre cons- cience, offrez le sacrifice de vos fautes, de vos. passions, de vos faiblesses, adorez, priez, aimez, faites dévorer par le feu de la charité divine, la meilleure portion de votre cœur, et que la fumée de vos immolations spirituelles s'élève jusqu'au < ciel. Voilà ce que signifient ces grandes paroles du Christ : Le temps vient et ul est déjà venu où des vrais adorateurs adoreront le Père en esprit el en vérité.

1. « Determinatio loci non requiritur ad adorationem principaliter, quasi sit de necessitate ipsius, sed secundum quamdam decentian, sicut et alia corporalia signa.» (Saint Thomas, 2, 2e, q. 84, art. 3).

Cette belle doctrine, Jésus l’a développée dans d'autres circonstances, avec des termes tout aussi énergiques. Se quelqu'un m'aime, disait-il, &/ gardera ma parole, et mon Père l'aimera, el nous viendrons à lui et nous habiterons en lui. L'âme Juste est donc la demeure de la Divinité, sa demeure de prédilection. Sans doute, Dieu est dans toutes les âmes ; il éclaire toutes les intelligences, il fait battre tous les cœurs ; mais il.est et il agit d’une facon particulière dans l’âme sanctifiée. Ne savezvous pas, disait le grand apôtre des Gentils, ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit divin habite en vous? ?

Les païens ignoraient cela... et leurs temples de pierres n'étant pas ordonnés aux temples de l’âme, n'y conduisant pas et n'en venant pas; leurs

temples de pierre ne pouvaient être agréés de Dieu. C'est en vain qu'Athènes et Rome bâlissaient de somptucux édifices; c'est en vain qu'elles prodiguaient le marbre, l'or et l'argent pour attirer la Divinité ; Athènes et Rome furent frustrées dans leurs rêves et dans leurs espérances. La Divinité ne pouvait pas descendre sur ces autels qu'on lui avait préparés; et ces magnifiques habitations, privées de leurs hôtes divins, ne furent toujours que des ruines dissimulées et d’'hypocrites splen-

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