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IV. Les souverains memphites

Les reDseignementsque nous donnent ces demeures sur leurs habitants, les objets qu'elles ont conservés en dépôt, nous permettent de reconstituer, au jour le jour, rhistoire de la quatrième dynastie, et de nous représenter ce qu'était alors la civilisation de TÉgypte, avec autant de facilité, que nous avons à nous figurer celle d'Athènes ou de Rome, avec même infiniment plus de documents matériels. Nous apprenons à connaître ainsi Khéops, comme monarque constructeur, peu guerrier, se bornant à entretenir quelques expéditions au Sinaî, quand les incursions des Nomades menaçaient la sécurité de l'exploitation des mines. C'est aussi un souverain pieux, ami des sciences, qui auprès de ses sujets passait pour avoir rédigé un célèbre traité de médecine, trouvé à Coptos, dans le sanctuaire du temple d'Isis. o Or la ferre était plongée dans les ténèbres, mais la lune brillait sur ce livre de tous côtés. Il fut apporté, en grande merveille, à la Sainteté du roi, Khoufou, le véridique (1). n

Ce règne pacifique dura vingt ans. Doudou-f-Ra, qui succéda au grand roi, en était peut-être le fils. Il occupa fort peu de temps le trône, et disparut sans laisser de traces, autres que son nom, inscrit sur les

(i) BiRCH, Médical papyrus with the nome of Cheops*

listes des ancêtres. Kha-f-Ra, qui vient ensuite, construisit la seconde pyramide ; ses protocoles royaux lui donnent tour à tour les tilres de a Dieu bon, THorus ferme de cœur, le Dieu grand. Seigneur des Levers » . Sa femme, la reine Ma-Ra-Seankh, était prétresse de Tliot, à Khmounou, — Hermopolis (1).

L'Egypte semble avoir été tranquille sous son gouvernement, que ne marqua aucune importante expédition lointaine. Henka-Ra complète cette triade de rois débonnaires et constructeurs. C'est avant tout le souverain pieux, le restaurateur des vieux sanctuaires de rÉgypte. Son fils Doudou-f-Hor, chargé par lui de les inspecter, et de faire dans chaque ville des fondations nouvelles, avait découvert à Khmounou le chapitre LXiv du Rituel, « Aux pieds du dieu Thot, écrit en bleu, sur une dalle d'albâtre, n et l'apporta à son père, comme un objet précieux.

A Menka-Ra, succédèrent quelques Pharaons obscurs, dont un nom tout au plus nous est à peine resté, sous sa forme hiéroglyphe. Le changement de dynastie s'opéra toutefois sans secousses apparentes, après une période de trois cents ans d'occupation du trône, par les Pharaons constructeurs; ce qui porte à croire que la ciuquième dynastie était, en quelque sorte, la suite naturelle de la quatrième; l'arrivée au pouvoir de la branche cadette de la famille de Khéops.

Les souverains qui la composent, Ousor-Kha-f, Séhou-Ra, Kaki, Neferkha-Ra, Ousor-n-Ra-An, Men-

(1) E. DE RouGé, Recherches sur les monuments que l'on peut attribuer aux six premières dynasties.

(S) BiRGH, Onformuls relating to the heart.

L'EMPIRE MEMPHITE "t'i

kha-Hor, Dad-kha-Ra-Assa, Ounas, semblent avoir été animés de l'esprit de leurs aînés. Ils réparèrent les vieux temples, en fondèrent de nouveaux, bâtirent des villes (1). Aucune grande guerre ne marqua leurs annales, tout au plus, firent-ils quelques expéditions contre les Nomades, de même que Khéops et Menkhérès. Au Sinaï, Séhoura, Ousor-n-Ra-An, Dad-kha-Ra maintenèrent les possessions de TOuady Magarah, — le pays du JUqfek, — le pays du cuivre, contre les incursions des Ment (2).

Cette période de prospérité se prolongea pendant deux cent cinquante ans, bien que les règnes des derniei*s rois semblent avoir été traversés par des revers et des révoltes, que n'a point enregistrés Thistoire. En tous les cas, le nouveau changement de dynastie s'accomplit au milieu de troubles; et les listes royales, celle de Turin entre autres, s'interrompent brusquement, pour reprendre avec un nouveau souverain, Teta, que Manéthon prétend, avec vraisemblance, être originaire d'Ëléphantine, bien que nous restions dans l'incertitude sur ce point.

En tous les cas, de son temps, puis de celui de Pépi-Ma-Ra-n-Ra, son successeur, la suprématie de Memphis commença à décroître, les nouveaux souverains paraissant lui avoir préféré Abydos, tout en lui conservant cependant son rang de capitale de l'État. A peine intronisés, ils se manifestèrent comme conquérants, lancèrent de tous côtés des expéditions,

(i) Pa-Sa-Ousor» La Ville de Sehou-Ra près Esneh; Dumichen, Geschichte des Alten Mgyptens.

(2) Ebsrs, Durch Gozen zum Sinaï.

heureuses. Pépi I*' rétablit Tautorité pharaonique au Sinaï, reprit l'exploitation des mines de cuivre, commencée sous Snéfrou, et secondé par son premier ministre, Ouni, conquit TÉthiopie et couvrit TÉgypte de ses monuments.

Cet Ouni était entré tout enfant, en qualité de page porte couronne à la cour du roi Téta, puis avait obtenu une charge au ministère de Tagriculture, et une fonction sacerdotale. Pépi le distingua, le nomma d'abord conseiller, recteur des prophètes de la pyramide funéraire, qu'il se construisit, et auditeur, chargé de choisir, dans les carrières de Tourrah, le bloc de calcaire compact, destiné au sarcophage royal. Ouni s'acquitta de sa mission, au gré de son seigneur, fut promu tt ami royal » , surintendant de la maison de la reine, et prit part à toutes les décisions de la couronne. L'exploitation des mines fut poussée par lui avec vigueur : une route, ouverte à travers le désert, de Coptos à la mer Rouge. En Moyenne-Egypte, il bâtit une ville entière, dans le site où s'élève aujourd'hui le bourg de Scheîkh Saîd ; y dédia des temples, et à Denderah, releva le sanctuaire d'Hathor, qui, érigé au temps des Suivants d'Horus, s'écroulait de vétusté (1)»

A l'extérieur, le règne de Pépi ne fut pas moins glorieux pour l'Egypte, La Libye conquise, la Nubie» alors peuplée de tribus nègres, soumise à son tour, Ouni enrégimenta les prisonniers, faits au cours de la campagne, et les employa à combattre les Amou, et les Hérouhéti de la Syrie méridionale.

(1) Dk RouGi, Inscriptions recueillies en Egypte,

a Sa Sainteté eut à repousser les Amou et les Hérouhéti ; Sa Sainteté fit une armée de plusieurs fois dix mille soldats, pris parmi les nègres du pays d'Amam, du pays des Ouaouaou, du pays du Kaou et du pays de Tomam. Sa Sainteté m'envoya à la tête de cette armée. Elle fit brèche dans toutes les places fortes; elle coupa les figuiers et les vignes; elle culbuta Tennemi ; elle emmena les hommes, les enfants et les femmes, en grand nombre, comme prisonniers vivants (1). »

Malgré cette razzia, la Syrie cependant était loin d'être réduite, et cinq fois encore, Ouni dut retourner, à la tête d'expéditions, la rappeler à l'obéissance. L'énergie déployée dans la répression mit fin pourtant à l'insoumission de l'ennemi. Peu de temps après cette victoire finale, Pépi mourait, laissant le trône à l'aîné des fils qu'il avait eus de sa seconde femme, Ma-Ra-se-Ankh-n-As, le prince Ma-Ra-n-Ra-Sokar-msa-f.

Le nouveau Pharaon ne le fut que de nom. Trop jeune pour exercer le pouvoir, la régence de Haute et Basse-Egypte fut confiée à Ouni, qui consei*va ce poste jusqu'à la mort du souverain, survenue deux ans plus tard.

Son frère cadet, Nefer-ka-Ra, Pépi II lui succéda. Il était encore enfant, mais Ouni était mort presque en même temps que son maître. Le papyrus de Turin attribue quatre-vingt-dix ans de pouvoir au nouveau monarque; la liste de Manéthon, cent. Ce règne fut

(1) Maspero, Histoire des peuples de l'Orient,

long et prospère à coup sûr, à en juger par la quantité de tombeaux qui en portent la date, et la beauté de leur décor, mais sans éclat et sans conquêtes. Tout au*plus, une inscription datée de Fan XI de l'intronisation, parle-t-elle d'une campagne au Sinaî. Rien qu'à cet indice, on devine que la puissance de rÉgypte déclinait et que le temps était passé où les nègres d'Ouni campaient sur les plateaux de la Syrie méridionale. Le prestige des règnes précédents, l'habitude d'obéissance tenaient seuls les grands vassaux en respect.

Pépi II disparu, des soulèvements éclatèrent, au milieu desquels l'obscurité se fait, à tel point, qu'il ne nous reste pour nous guider que les réctis de Manéthon et d'Hérodote; la légende de Sokar-m-sa-f II et de sa femme, Nitakrit, « la belle aux joues de roses m qui à les en croire, aui*ait agrandi la pyramide de Menkhara et serait venue y reposer.

Avec ces figures énigmatiques, la monarchie memphite prit fin, après mille ans d'existence, battue en brèche de tous côtés par les seigneurs feudataires, dont la puissance s'était affirmée sous le débonnaire Pépi II. Si son histoire présente peu de faits saillants, celle de sa civilisation se dessine aujourd'hui pour nous avec une netteté parfaite, grâce à l'abondance de détails, dont les inscriptions fourmillent. Et c'est elle surtout, qu'il est intéressant de connaître et d'apprécier.

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