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VII. La littérature memphite

L'essor de la littérature n'était pas moins grand ; l'une des sépultures retrouvées sur le plateau des pyramides est celle du a Gouverneur de la maison des Livres « , (1 ) autrement dit, du conservateur de la bibliothèque royale. Cette simple mention suffit à nous prouver que les ouvrages réunis au palais étaient assez nombreux, pour nécessiter l'organisation de tout un service administratif.

Sans doute, cette bibliothèque se composait surtout de manuscrits religieux, de versions primitives du Livre des Morts, copiées sur les textes sacrés, déposés dans le trésor des temples ; de compilations liturgiques ; d'ouvrages scientifiques ; de traités de philosophie et de morale, de législation et de droit ; de médecine et d'astronomie ; des annales des souverains et peut-être aussi de romans (2). De tout cela, un manuel de philosophie et quelques mentions éparses dans les inscriptions des tombes, allusions faites à des livres célèbres, nous sont seuls restés.

Dans ce pays de méditation qu'est TÉgypte, la philosophie devait naturellement occuper la première place. Elle était si bien arrivée à son apogée sous la

(f) Lepsius, Denkmœler,

(2) Maspero, Fragments d'un conte de la cinquième dynastie. Etudes égyptiennes.

qaatrième dynastie, qu*UD papyras da musée de Berlin nous a transmis, sous forme de dialogue entre un Egyptien et son âme la façon dontTexégète des Livres Saints se démontrait à lui-même combien la mort ne doit avoir pour Thomme rien d'effrayant.

Un autre papyrus, le papyrus Prisse, conservé à la Bibliothèque nationale de Paris, bien que rédigé sous les princes thébains, renferme les œuvres de deux sages, dont Tun, Phtah-Hotep n'était autre que l'un des princes de sang de la cinquième dynastie; le second. Kaki, avait vécu au temps de Snéfrou.

Ce recueil de maximes, surnommé à juste titre le plus ancien livre du monde, renferme les préceptes de la morale égyptienne : malheureusement, Tœuvre de Kaki est coupée de maintes lacunes. La fin du manuscrit, mieux lisible, nous a transmis les proverbes de Phtah-Hotep.

La valeur du morceau est d'autant plus grande, que son auteur, de race royale, définit les devoirs du serviteur envers le maître. Il montre, de plus, quelle culture était celle de la race affinée, à laquelle appartenaient les souverains de l'Egypte; et à quel degré de civilisation, cette culture avait abouti.

L'ouvrage débute par une dédicace aux vieillards. tt Hon-hen, seigneur du grand âge, quand la vieillesse se produit, la faiblesse de l'enfance vient à nouveau. Le vieillard reste couché, souffrant chaque jour. Les yeux s'obscurcissent; les oreilles n'entendent plus ; la bouche se tait; la mémoire s'amoindrit; elle ne se rappelle plus hier, le goût de tout s'en va. C'est fatigue égale de se tenir debout ou de s'asseoir.

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Dans la coDdîtion où je suis, que fera un autre vieillard? Lui dirai-je Thistoire de ceux qui ont écouté les paroles des temps passés, celles que les dieux euxmêmes ont écoutées. Agis selon elles, repoussant le mal des êtres intelligents (1). n

Certaines maximes ont trait aux devoirs religieux : a Fais la fête de ton Dieu, renouvelle ses anniversaires : la violation de cela irrite Dieu. »

La quatrième maxime recommande la décision :

a L'heure propice passée; on cherche en vain à en saisir une autre. »

La sixième a trait à la discrétion :

« N'entre pas dans la maison d'autrui ; s'il te fait entrer, c'est un honneur pour toi. »

La septième en est la suite :

tt N'observe pas de ta maison l'acte d'autrui. Si ton œil a vu et que tu aies gardé le silence, ne le fais pas raconter par un autre, au dehors; de peur que ce ne soit pour toi un crime digne de mort, que la chose ait été entendue, y*

La huitième recommande la chasteté, la dixième la piété :

a Prie humblement, avec un cœur aimant, dont toates les paroles sont dites en secret, n

D'autres ont trait encore à la sobriété, aux devoirs à rendre à la mémoire des parents morts, à la réserve qae l'on doit apporter dans le choix de ses relations : 'i Que soit connu de toi tout endroit de tes affections. »

(1) Hbath, a Record o/the Patriarchal Age; or the proverbs cfAphobès^

Et ailleurs : « Ne va pas sans ton cœur d , pour dire écarte toi de ceux qui te sont antipathiques. A Téquité à apporter en toutes choses, au choix des relations. a Sois gardé de toute occasion de blesser par la parole ; ne te fais pas redouter, tiens toi éloigné de l*homme d^opposition, ne t'en fais pas un compagnon, v

D'autres enfin recommandent de fuir la paresse, les querelles :

a Ne te mêle pas aux foules, de peur que ton nom soit sali. V

a Que ton œil soit ouvert et que ta main ne se rer lâche pas, de peur que tu ne sortes mendiant, d La charité, le respect des gens âgés, Féquité, la circonspection dans le jugement, la bonté, la douceur envers les serviteurs, Thumilité, la loyauté, Tamabilité envers ses hôtes, la ferveur en Dieu, Téloignement pour les querelles, le respect du bien d'autrui.

IX* maxime. — u Si tu es chez un plus grand que toi, prends ce qu'il t'offre, en t'inclinant profondément. Regarde ce qui est devant toi, mais ne le fixe pas. Ne le regarde pas fréquemment : c'est quelqu'un de blâmable, celui qui sort de cette règle. Ne lui parle pas plus qu'il ne demande, car on ne sait ce qui peut déplaire. Parle quand il t'y invite, et ta parole plaira, n

XII* maxime. — ci Ne mets pas la crainte chez les hommes, ou Dieu te combattra de même, n

tt Si quelqu'un prétend vivre par là. Dieu lui ôtera le pain de la bouche, et si quelqu'un prétend s'enrichir par là, il dit : a Je saurai retirer à moi cette richesse « Si quelqu'un prétend battre les autres, il finira, lui, par le réduire à l'impuissance. Qu'on ne mette pas la

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crainte chez les hommes, voilà la volonté de Dieu ! Qu'on leur procure une vie paisible, et Ton obtiendra qu'ils donnent volontiers ce qu'on leur prendrait en les effrayant. >î

XVII* maxime. — c Si tu es en qualité d'arbitre écoute le discours du requérant. Ne le maltraite pas ; cela le découragerait. Ne lui dis pas : a Tu as déjà raconté cela, n L'indulgence l'encouragera à faire ce pourquoi il était venu. Quant à maltraiter le plaignant, parce qu'il raconte ce qui se passait, au moment où fut fait ce tort, au lieu de se plaindre du tort lui-même, que cela ne soit pas ! Le moyen d'obtenir une explication sincère, c'est d'écouter avec bienveillance. «

XVIII* maxime. — « Si tu veux imposer le respect dans l'intérieur où tu entres, par exemple, celui d'un supérieur, d'un ami ou d'une personne considérée; enfin partout où tu entres, garde-toi d'en rechercher la femme. Il n'y a aucune prudence à faire cela; et des milliers d'hommes se perdent, pour jouir d'un moment court, comme un rêve ; tandis qu'on gagne la mort à la connaître. ))

XXII* maxime. — u Traite bien tes gens, autant qu'il t'appartient ; cela appartient à ceux que Dieu favorise. Si quelqu'un manque à bien traiter ses gens, on dit : tt C'est une personne maudite! m Comme on ne sait pas les événements qu'on peut voir demain, c'est une personne sage, chez qui l'on est bien traité. Quand arrive le cas de montrer du zèle, ce sont les gens euxmêmes qui disent : a Allons, allons I «

XXV* maxime. — a Si tu es puissant, donne ton respect à la science et à la parole sereine. Ne commande

que pour diriger. Être absolu, c'est aller au mal. Que tes pensées ne soient pas hautaines ; qu'elles ne soient pas humbles non plus. Fais entendre tes ordres, et donne tes réponses ; mais sans violence. Quant à la vivacité d'un cœur ardent, tempère-la. «

XXX* maxime. — « Si tu es grand, après avoir été petit ; si tu es riche, après avoir été pauvre, sache ne pas te faire avantage, de ce que tu es parvenu. N'endurcis pas ton cœur, à cause de ton élévation. Tu n'es devenu que l'intendant des biens de Dieu. Ne mets pas après toi le prochain qui est ton semblable. Sois pour lui comme un compagnon, n

Quelques-unes sont curieuses dans leur forme :

XLII* maxime. — a Labyrinthe ou escarpement, il n'est pas de bon augure de s'y engager le premier. Le chemin de retour est inconnu. «

LVIII* maxime. — « Ne te blesse pas le cœur toimême (1). »

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