VIII. Les sciences memphites
De toutes les sciences, l'astronomie avait été la première étudiée.
Le besoin pour l'âme de connaître heure par heure l'état du ciel de nuit avait attiré, de bonne heure, l'attention des théologiens vei*s les mouvements apparents
(1) Ph. ViREY, Le papyrus Prisse.
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de translation de certains astres, à travers Tespace, alors que d'autres leur semblaient immobiles, et bien avant la période historique, les observatoires des temles d'Héliopolis, de Hemphis, de Thini et de Dendérah avaient établi la liste de toutes les étoiles visibles à Tœil nu, signalé leurs phases, et dressé la table de leurs déclinaisons.
Les résultats de ces observations, consignés dans les inscriptions de la quatrième dynastie nous apprennent que les astronomes égyptiens distinguaient les planètes; les Akhimourdou^ — ceux qui n'ont jamais cessé d'exister, — des étoiles, les Akhimour sekhou
— les indestructibles. Sur Tocéan céleste — le Noun
— ceux de ces corps, dont les phases d'évolution avaient pu être observées, sont figurés par des génie à forme humaine ou animale, naviguant à la suite deRa.
C'est le cortège des purs esprits, escortant le dieu dans sa course ; ou même, selon quelques hymnes, les rameurs de sa propre embarcation. Parmi celles de ces planètes qu'il a été possible d'identifier (I), on reconnaît Hor-Tepou, Horus, guide des espaces mystérieux, Jupiter, que son éclat fit classer en première ligne. Horkhaher, Horus générateur d'en haut, la plus lointaine des planètes visibles à l'œil nu, Saturne. Hor-m-Khout, Horus sur l'horizon. Mars, désigné quelquefois sous le nom de Hardeshir, l'Horus rouge, en raison de sa couleur rougeàtre.
(1) E. DR RoDGÉ, Recherches sur les noms égyptiens des pla^, nètes; Brugsch, Astronomische und astrologisch Inschrifien,
Douaoât, Vénus, en tant qu'étoile du matin. Un texte semble même démontrer que quelques savants rangeaient la terre parmi les corps célestes, et lui attribuaient un mouvement de translation, analogue à celui de Mars et Jupiter (1). Quant aux étoiles fixes, le système astral les dépeint comme des lampes, appendues au plafond du firmament, et qu'une force émanée anime chaque soir, pour éclairer le monde. Au premier rang sont les décans ou groupes des trente-six ou trente-sept décades, dont se composait Tannée égyptienne. Septi, Sothis, Sirius, consacré à Isis. Shou- Orion, consacré à Osiris et considéré, par quelques théologiens, comme le séjour des âmes bienheureuses. Les Pléiades, les Hyades et nombre d'autres, qu'il n'a pas encore été possible de bien identifier.
Septi, — Sirius — le Sothis des Grecs, était de ces étoiles, la plus importante de toutes. Son lever héliaque marquait à la fois le commencement de l'inondation et de l'année civile, en sorte, que le système chronologique se trouva reposer tout entier sur lui.
L'année égyptienne se composait de douze mois, de trente jours chacun, partagés entre trois saisons : la saison du commencement, Sha^ le temps de l'inondation ; la saison des semailles, Per^ l'hiver ; la saison des moissons, Shemou^ l'été. Chaque mois se divisait en trois décades, chaque jour en vingt-quatre heures; douze heures de jour, douze heures de nuit. Midi était
(1) Ghakas, Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la terre.
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la sixième hcare de jour; minuit, la sixième heure de nuit.
Cette année de trois-cent-soixante jours avait le grave défaut de ne point concorder avec la durée vraie de Tannée tropique. Entre elle et celle-ci, existait une différence de cinq jours un quart; et, à la longue, son commencement n^eut plus marqué celui des saisons. Dès Tépoque fabuleuse, les astronomes se rendirent compte de cet écart, et pour y remédier, intercalèrent, à la fin de Tannée de douze mois, cinq jours complémentaires, les cinq jours en sus, ou jours épagomènes. Mais,, cette correction se trouvait être encore insuffisante, et cette année de trois cent soixante-cinq jours, refarder d*un jour sur Tannée astronomique tous les quatre ans. Aussi avisèrent-ils aux moyens d'y parer, et pour quatre fois trois cent soixante-cinq jours complémentaires ou quatorze cent soixante années, comptèrent quatorze cent soixante et une années civiles écoulées. Après plus de quatorze siècles et demi, Taccord parfait se reproduisait à nouveau, enfre Tannée astronomique et Tannée civile; le commencement de Tune et de Tautre coïncidait au lever héliaque de Sinus — Sothis au matin, — et du même coup, au premier jour de Tinondation. L'Egypte entière célébrait le lever de Tastre par des fêtes religieuses que relatent les inscriptions des temples ptolémaîques : Torigine en remontait au temps des Shésou- Hor et le nom de période sothiaque avait été donné à ce cycle de quatorze cent soixante années. Ne futce qu'à ce ^eul trait, il serait permis de préjuger de
Fantiquité de Tastronomie égyptienne. A Tépoque fabuleuse, elle avait poussé assez loin ses observations, pour que la fête sothiaque ait pu être instituée et célébrée avec éclat.
Malgré le développement pris par Tétude de la médecine, celle-ci était loin d'être aussi avancée. Nous possédons un traité attribué à Khéops, mais ce papyrus n'a pas encore été publié. Un autre, écrit sous Men-Kha-Ra, renferme des formules attribuées à des étrangers (1) ; un troisième, remontant à Hesepti, aurait été complété par Send. Nous n'en avons aujourd'hui que des copies, faites sous les dix-huitième et dix-neuvième dynasties ; mais, à certains traits, on a cru pouvoir supposer, avec vraisemblance, que le manuscrit original fit partie de la bibliothèque du temple d'Imhotep, à Memphis (2). Ces recueils existaient encore au temps des Romains, et étaient étudiés par les médecins grecs. ^
A rencontre de ce qu'on serait en droit de supposer, l'anatomie du corps humain était pour ainsi dire inconnue. La pratique de l'embaumement, laissée aux mains d'une corporation méprisée et haïe, ne profitait en rien au médecin. La seule théorie pathologique spéciale que nous trouvions exposée, est celle des esprits vitaux ; et elle fait preuve d'un véritable enfan- , tillage. a II y a trente-deux vaisseaux qui amènent les souffles dans le corps; ils transmettent les souffles à toutes les parties. Il y a deux vaisseaux à l'occiput et
(1) Ebkrs, Papyros Ebers. Dos Hermetesche Bwh ûker Aneneimitfel der alten Mgypten.
(2) Galibn, De compas, tnedic. sec. gèn.
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deux au sinciput ; deux à la nuque ; deux aux paupières ; deux aux narines; deux à Toreille droite, par laquelle entrent les souffles de vie ; deux à Toreille gauche, par laquelle entrent les souffles délicieux du nord. Les souffles se mêlent au sang, circulent par tout le corps, et lui donnent la vie. A la mort, ils se retirent avec Tàme, le sang se coagule, les veines et les artères se vident, Têtre périt. »
La diagnose est obscure, et ne permet que rarement de reconnaître la maladie traitée. Parmi celles qu'il est relativement aisé d'identifier, se trouvent, au premier rang, Tophtalmie, les ulcères, Férésypèle et la maladie divine mortelle, Tépilepsie, le divinus morbus des Romains. D'autres, qui peut-être sont la fièvre et la dysenterie, sont ainsi décrites « lourdeur au ventre : le col du cœur malade; au cœur, inflammation, battements accélérés. Les vêtement pèsent sur le malade; beaucoup de vêtements ne le réchaufient pas. Soifs nocturnes, goûts pervers, comme celui d'un homme qui a mangé des fruits de sycomore; chairs amorties comme celles d'un homme qui se trouve mal (1) y>.
La thérapeutique était peu avancée, elle comprenait cependant grand nombre de substances végétales et minérales. La botanique est représentée par environ cinquante espèces herbacées ou ligneuses, parmi lesquelles on remarque entre autres, l'écorce de sycomore, réputée comme jouissant d'un grand pouvoir lénitif. Parmi les substances à base miné-
(1) Brugscm, Papyrus de Berlin,
raie, divers sels, le sulfate de cuivre; « la pierre memphite? n qui s^appliquait sur les plaies vives ou contuses, et passait pour jouir de propriétés anasthésiques. D'autres panacées encore, empruntées au règne animal : chair vive, cervelle, foie, cœur, fiel, sang de divers animaux, pilées ou bouillies, et passées au linge, servant de base à la confection d'onguents et de potions, dont le véhicule est Teau, la bière, la tisane d'orge, le lait ou Thuile. Les breuvages sucrés au miel, se prenaient matin et soir (1).
Toutefois, ces remèdes, qui par maints côtés, tenaient plus du formulaire des philtres des enchanteurs que de la médecine, n'étaient censé avoir aucune efficacité par eux-mêmes. Pour l'Egyptien, la maladie n'avait pas une origine naturelle, elle était l'œuvre d'un esprit malfaisant, qui s'insinuait dans le corps et l'habitait. Pour que le médicament pût agir, il fallait qu'une invocation magique conjurât le démon, l'exorcisât en quelque sorte. Voici la formule usitée pour l'emploi du vomitif, u démon qui loges dans le corps d'un tel, fils d'une telle. toi dont le père est nommé celui qui abat les têtes! Dont le nom est Mort! Dont le nom est Mâle de la Mort, pour l'éternité! » Pour dissiper les douleurs de tête il faut répéter quatre fois : a Le devant de la lête est aux chacals divins; le derrière de la tête est aux pourceaux de Ra. Place-les sur un brasier. Quand l'humeur qui en sortira aura atteint le ciel, il retombera une
(1) Maspbro, Revue critique,
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goutte de sang sur la terre. Ces paroles devront être répétées quatre fois. » Comme on le voit, ces exorcismes n'avaient rien à envier à ceux en honneur chez les sorcières latines, pas plus que les philtres qui les accompagnaient.
Nombre de ces formules étaient gravées sur les amulettes, et ceci encore vient confirmer cette croyance que le médicament n'a pas d'action sur le mal, par lui-même. Vers la fin de l'empire pharaonique, sous le règne de Nectanébo, des légendes à tournure mythique, servirent à propager la vertu de certains remèdes réputés. Elles ont ceci de très particulier, que toutes tendent vers l'anthropomorphisme. La raison en est bien simple : mettre en évidence la puissance du médicament qui avait agi sur un dieu. L'un de ces contes montre Horus, piqué par un scorpion. Sa mère Isis se désole, et Thot lui apporte la formule magique qui le guérira et qui servira à rendre toute puissante l'action d'un philtre, dont la recette est donnée en détail.
Au même ordre d'idées appartient l'emploi des statues vocales, dont le rôle nous est dépeint par le conte de la Princesse de Bactane. La statue de Khonsou à Thèbes jouissait du privilège de faire des miracles. Il suffisait de mettre en contact avec elle une figurine, à laquelle elle déléguait sa personnalité, en lui ordonnant de la remplacer.