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II. La douzième dynastie

Ces souverains éphémères qui par de longues luttes venaient d'assurer à Thèbes la prédominance sur rÉgypte, les Antef et les Hentou-Hotep, se rattachaient à Pépi-Ha-Ra-n-Ra par des liens inconnus, et allaient être dans la suite la souche de la dix-huitième dynastie. La douzième lui fut également apparentée, bien que nous ne puissions déterminer exactement à quel degré.

A peine intronisé, Amen-m-hat eut, à son tour, à réduire les princes de Basse et de Moyenne-Egypte. Une bataille décisive, gagnée par lui, un peu au sud de Hempiris, aux alentours de la forteresse de Taoui; la prise de celle-ci, mirent fin à leur opposition. Délivré de tout souci de ce côté, reconnu par tous ses vassaux, le nouveau roi s'appliqua à châtier les tribus libyennes et sémitiques, qui depuis la chute de la sixième dynastie, non seulement avaient reconquis leur indépendance, mais qui, enhardies par Taffaiblissement deTÉgypte, y avaient poussé des incursions. L'an XXIX de son règne, il réduisait les Ouaouaou, emmenait les Maz en esclavage, forçait les Asiatiques a à marcher devant lui, comme des lévriers » . La Nubie, abandonnée depuis Pépi, était reconquise; et les mines d'or du Sinaï, remises en exploitation, redonnaient au pays sa richesse d'autrefois.

Le trait saillant de la politique d'Amen-m-hat est d'avoir, de son vivant, associé son fils, Ousortasen, à la direction des afiaires de FEmpire, exemple qui, dans la suite, fut imité par tous les souverains de sa descendance. Jusqu'alors, la transmission du pouvoir avait été incertaine et ne s'était pas toujours accomplie normalement. Après dix-neuf ans de gouvernement effectif, le Pharaon, déjà âgé à son arrivée au trône, conféra les titres royaux au prince héritier et se déchargea sur lui d'une partie du pouvoir. Dès lors, le fils aîné du souverain fut reconnu du vivant de son père comme prince héritier, et fut associé à la couronne, avec la vice-royauté de Nubie pour apanage ; qui dans la suite fournit à son protocole le qualificatif de tt prince de Kousch n , équivalant à » Dauphin n .

Après dix ans passés à s'exercer aux affaires, Ousortasen entreprit de compléter l'œuvre d'affermissement de l'autorité royale commencée par son père, A l^est du Delta, les forteresses et la muraille construites par les souverains des premières dynasties, pour arrêter les incursions des nomades d'Asie étaient tombées en ruines. Réparées par Amen-m-hat I*' ; elles assuraient la sécurité de la région. Ousortasen réoccupa le Sinaî; et établit des postes fortifiés, auprès des mines de cuivre et de turquoises; mais, renonçant à toute idée de conquête asiatique, il se borna à se maintenir solidement dans le pays.

Au sud, par contre, la turbulance des tribus kouschiques et nègres du haut Nil absorba son attention ; ce fut sur ce point que se concentra l'effort de son action militaire et politique. Battues par son Amen-m-hat, elles

s'étaient reformées, toujours prêtes à reprendre l'offensive, après les pires échecs. Maître de tout le pays, jusqu'à la seconde cataracte, Ousortasen l'avait reçu en apanage. Sous son fils, Amen-m-hat II, cette province de Nubie fut définitîvemeqt constituée ; son petit-fils Ousortasen II lança des expéditions contre les tribus encore insoumises, et le fils de ce dernier, Ousortasen III, construisit, au pays de Heh, — Semneh, — désormais considéré comme frontière de l'Empire, une citadelle dont les ruines ont subsisté jusqu'aujourd'hui.

Une inscription, en date de l'an VIII du règne du souverain, gravée sur les rochers de la cataracte de Ouady Halfa, constate le fait en ces termes : u Frontière méridionale, réglée en l'an VIII, sous la majesté du roi du midi et du nord, Kha-Kérou-Ra, le fils du Soleil, Ousortasen, vivificateur, à toujours et à jamais, afin que nul nègre ne la franchisse en descendant le courant, si ce n'est pour le transport des bestiaux, bœufs, chèvres moutons appartenant aux nègres, d L'an XVI, une nouvelle inscription renouvelait la défense, et annonçait, que ttSa Majesté avait permis qu'on érigeât une statue d'elle, sur la frontière qu'elle-même avait établie (1) n .

Là s'arrêtèrent les conquêtes des Pharaons de la douzième dynastie, qui, fidèles à cette ligne de conduite politique : n'occuper que ce qu'ils pouvaient facilement et utilement garder, se contentèrent de pousser des incursions au delà de Semneh, chaque fois que la turbulence des Éthiopiens en faisait sentir le besoin. Les

(1) Lkpsics, Denkmœler; m ASPKKOf Histoire des peuples de rOrient,

diverses campagnes qu'on voit mentionnées ainsi sont plutôt même des razzias que des expéditions; l'armée envoyée se bornant à cbàtier les tribus rebelles, et à les mettre à contribution, sans jamais occuper, même temporairement, le terrain conquis. Amen-m-hat III semble avoir pénétré ainsi jusqu'au cœur de TEthiopie. Hais, roi constructeur avant tout, la sécurité de sa frontière assurée, il se plut à suivre la trace de ses devanciers, pour se livrer, tout à loisir, aux deux grands travaux de son règne, la construction du Labyrinthe, et la création du réservoir connu sous le nom de lac Mœris, destiné à réglementer la hauteur des eaux du Nil. Après lui, Amen-m-hat IV, puis la sœur de celui-ci, la reine Sebek-neferte-Ra n'occupèrent, à eux deux, que treize ans le trône; et leur lignée s'éteignit.

m. Le seigneur féodal.

Cette grandeur de la douzième dynastie correspondait à l'apogée de la puissance féodale en Egypte. Jamais, en aucun pays, celle-ci ne fut, plus qu'alors, absolue ; et tout l'art du Pharaon consista à savoir s'appuyer sur ses vassaux. S'il s'intitulait dans ses protocoles le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, le grand seigneur, l'Erpa-aa, en était le vrai maître; mais comme il trouvait avantage à se maintenir dans une obéissance relative, il fut assez intelligent pour y rester.

La preuve de cet état de choses nous est fourni par des événements très curieux, relatés dans les inscriptions de la nécropole de Menât Khoufou, capitale de la principauté deMeh, en Moyenne-Egypte. Les origines de cette province sont fort obscures, et aucun monument des premières dynasties ne fait mention de ses seigneurs. Assez éloignés de Memphis pour n'être mêlés à aucune compétition politique, ceux-ci avaient sans doute vécu dans leurs terres, formant Tune de ces maisons feudataires sans histoire dans les annales pharaoniques. Inféodés aux rois d'Akhnen-sôuten, AntefI" avait dû les réduire; mais vaincus, ils avaient reconnus Tautorité des princes du sud, avec la même facilité qu'ils avaient mise à accepter auparavant Tautorité des souverains du nord; et, confirmés dans leurs privilèges, ils avaient continué à gouverner en paix leur comté.

Le premier en date de ces comtes de Meh que nous connaissions vivait sous le règne d'Amen-m-hat I*'. Son fils Nakht était mort sans enfants. Ousortasen accorda à la sœur de ce dernier la qualité d'héritière; et celle-ci apporta en dote la terre de Meh à Tun de ses voisins, Nouh-Ra, duc de Khnoumou (Hermopolis) . A la génération suivante, le fils né de leur union, Khnoum-Hotep, épousait à son tour la princesse Khet, héritière de Tlotef inférieure et supérieure (Assiout) formant à elles deux une principauté riche et fertile; et leur fils Nakht, maintenu dans toutes ses prérogatives par Ousortasen, en recevait encore divers apanages, et étendait sa suzeraineté des portes de Thèbes à celles d^Akhnen-souten.

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Cette constitation féodale avait ses chartes d'aillears : les droits et devoirs des grands vassaax se trouvaient définis d'une manière précise. Leurs fiefs pouvaient passer d'une maison à Tautre, par mariage ou héritage, à condition, pour le nouveau possesseur, d'obtenir de son suzerain des lettres patentes, le confirmant dans ses titi'es et qualités y afférents. Chaque seigneur ainsi investi devait à son roi l'impôt et le service militaire; à ses sujets bonne et prompte justice. Khnoum-Hotep s'exprime à ce sujet ainsi, dans la chapelle de son tombeau :

a J'ai suivi mon maitre, lorsqu'il marcha pour combattre l'ennemi, dans les contrées étrangères. J'ai marché en qualité de fils de prince, de général d'infanterie et de gouverneur de Meh. Lorsque Sa Majesté revint en paix, après avoir battu ses ennemis, au pays de Kousch, je pris le service à son avant-garde. Pas un de mes soldats n'a déserté, lorsque je convoyais les produits des mines d'or, à Sa Majesté, le roi Ousortasen- Khéperou-Ra. J'allai avec le prince héritier, fils du roi ; j'allai avec quatre cents hommes, choisis d'entre mes soldats, je revins en paix, et aucun d'eux ne déserta en convoyant les produits des mines d'or. Mon expédition me valut d'être loué par le roi. Moi, j'étais un maitre de bonté, plein d'aménité, un prince qui aimait son peuple. J'ai travaillé, et le pays fut plein de mon activité. Jamais l'enfant ne fut affligé par moi; jamais la veuve n'a souffert par moi; jamais je' n'ai repoussé le laboureur; jamais je n'ai repoussé le pasteur; jamais disette ne fut de mon temps; jamais affamé sous mon gouvernement, même dans les années de disette ; car.

j'ai mis en culture toutes les terres du comté de Meh, jusqu'à ses limites au nord et au sud. J'ai fait vivre les habitants, en les employant à ses constructions. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée ; je n'ai pas préféré le grand au petit dans ce que j'ai donné. »

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