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VI. Uart de la période féodale

Sous une impulsion analogue, Fart s'était développé, et avait, en peu de temps, atteint à la plénitude de sa formule. Les progrès sont d'autant plus sensibles, qu'à Thèbes, les monuments des Antef sont raides et barbares, empreints de cette gaucherie provinciale de villes mortes à l'activité, et dont jusque-là les maîtres, absorbés par les expéditions lointaines, pour le service des Pharaons; lâchasse, la vie rurale n'ont point vécu de la vie de l'esprit. Leurs tombes difi^rent sensiblement de la sépulture memphite. La chapelle, creusée dans la montagne, est le vestibule des couloirs de VAmenti, où le mort s'enfonce; et le mastaba, de dimensions fort réduites, qui s'élève à son seuil, se couvre d'un pyramidion. La décoration est sommaire; toutes les peintures des tableaux magiques se réduisent à la table chargée des provisions du Double, à des amas d'offrandes, accompagnées de procynèmes empruntés au Livre des Morts. La stèle, au lieu d'affecter la forme d'une porte de citadelle, avec créneaux et meurtrières.

est arrondie an sommet, rappelant Taspect da sarcophage, et contient la prière à réciter pour assurer la nourriture funèbre. Et le plus souvent, le dieu auquel ce procynème est adressé, Osiris, seigneur d'Abydos, est représenté avec ses attributs.

Devenus maîtres de TEgypte, les Thébains entreprirent cependant de doter leur capitale. L'an II de son règne, Mentou-Hotep III mettait en exploitation les carrières de calcaire compact de TOuady-Hammamat, pour les besoins de ses constructions, dédiait à la déesse Hathor un temple à terrasses superposées, entourées de portiques, prototype de celui construit, tout à côté, quelques siècles plus tard, par la reine Hatasou. Antef IV, après lui, élevait des édifices à Coptos ; fondait une ville aux environs de Coceyr, sur les bords de la mer Rouge; mais, la plupart de ces monuments ont dispaiii, sans laisser de traces, à l'exception d'une stèle d'Antef I*'; où le roi est représenté en pieds, entouré de ses lévriers favoris.

Avec Tapogée de la puissance féodale, sous les Amen-m-Hat et les Ousortasen, nous assistons à Téclosion de cette école artistique. Amis des lettres et des arts, protecteurs de Tagriculture, préoccupés de la richesse de l'Egypte, ils ne cessent, pendant les deux siècles et demi que dura leur règne, d'embellir les vieilles cités; d'en fonder de nouvelles; de bâtir des temples; de réaliser les plus grands travaux d'utilité publique qui aient jamais été entrepris. C'est Tanis, créé à la lisière du Delta; Héliopolis et Thèbes agrandies et peuplées de basiliques; le lac Mœris et son Labyrinthe, creusés d'un seul coup. Amen-m-Hat et

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Onsortasen I*' restaurent, à Thcbes, le sanctuaire d'Amon; à Abydos, la Sainte, celui d'Osiris. Amen-m- Hat ni construit à Memphis les propylées du temple de Phtah. Les villes du nord, Akhnensouten, HéliopoUs sont Tobjet de leurs soins, au même titre que celles du sud.

Les tombes de ces rois, découvertes depuis peu à Daschschour, sont, avec le temple de Mentou-Hotep, les seuls monuments architecturaux qui nous soient restés d'eux. L'ordonnance de Fappartement funèbre a une grandeur incomparable. L'extérieur est encore la pyramide, mais les salles et les couloirs du caveau sont un merveilleux dédale, cent fois plus imposant que le Labyrinthe, tel qu'Hérodote nous le décrit. Les murs sont nus, point d'inscriptions, point de tableaux, mais des lignes majestueuses, des pei*spectives fuyantes et sombres, d'un effet funèbre et grandiose, surtout lorsqu'en parcourant ces corrridors, entièrement établis sous la pyramide, on songe à la masse énorme qui repose sur eux.

Mieux partagés nous sommes, pour juger, en connaissance de cause, des productions de la scuplture. L'esthétique reste la même; le premier principe qui préside à la composition est identique à celui des premières dynasties, mais le faire est plus souple, et le rendu plus aisé. C'est qu'aussi, le seigneur féodal s'est affiné. La race primitive du conquérant horien, que nous montrent les vieux monuments, s'est épurée par treize siècles et plus d'hérédité aristocratique. Sans doute, le type idéalisé du souverain demeure permanent. Les colosses d'Amen-m-Hat I" et d'Ousortasen I" retrouvés

à Tanis; ceux d'Ousortasen II, exhumés au pied de la pyramide de Meïdoun, conservent la tradition de la statue de Khéops. Mais la merveilleuse figure du jeune prince Hor, les portraits des seigneurs de Meh, les innombrables stèles de gentillàtres de province, arrachées à la nécropole de Memphis, prouvent surabondamment cet affinement. Voyez Timage du prince Hor, la gracilité presque mièvre des traits, la finesse des membres, la fragilité des attaches. Voyez les bas-reliefs des tombeaux d'Abydos, la douceur des méplats accusée, la souplesse des contours, la pureté de ligne que trahit chaque coup de ciseau. Rapprochez-les des sculptures des premières dynasties, vous retrouverez la permanence du type primordial, mais atténuée, épurée par la race. Et cela fut tellement manifeste aux Egyptiens eux-mêmes, que dix siècles plus tard, alors que TEmpire thébain touchait à Tapogée de sa grandeur, Ramsès II, en qui s'incarna cette aristocratie de la race conquérante, n'hésita pas un instant à usurper les effigies d'Amen-m-Hat et d'Ousortasen.

C'est dans les tombeaux de la nécropole de Menat- Khoufou, qu'il faut chercher l'ensemble le plus parfait des productions de cette école. Les mieux conservés de ceux qui nous restent, sont établis sur le plan de l'hypogée, creusé dans le roc. Au devant, les chapelles s'annoncent par un péristyle à colonnes, qui jadis, appartenait au vestibule, couvert d'un pyramidion, adossé à la montagne, qui en marquait l'entrée. Les piliers sont à seize pans, couronnés d'une abaque carrée, mais c'est bien à tort qu'on a cru reconnaître en eux l'ancêtre de l'ordre dorique grec. En Egypte, tout

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élément architectonique a une origine mythique; il est de toute impossibilité d'y voir un élément primitif transformé par voie d'évolution. Que ce soit la colonne ou tout autre partie de la construction, nous na retrouvons en lui qu'un type-né, qui ne se modifiera jamais dans la suite. Le pilier à seize pans, de même que celui à quatre pans, à huit pans, à trente-deux pans, correspondait à tout un ordre d'idées dogmatiques et métaphysiques, ayant pour bases les valeurs des nombres : rien de plus.

Les tableaux magiques des chapelles de ces hypogées sont quelquefois sculptés en bas-reliefs, ainsi qu'il en avait été au temps des Memphites. Dans ce cas, les figures sont encore rehaussées de couleurs vives, donnant à chaque partie son allure, sa vie propre, en un mot, sa personnalité. Mais, le plus souvent, la peinture à fresque se substitue à la gravure. Les murs sont recouverts d'un stuc léger, fait de lait de chaux, de paille hachée et de cendre d'alfa. Les lois de la composition et du dessin restent les mêmes, mais la teinte est souvent plus harmonieuse. Et ainsi se déroulent, à nos yeux, dans leur perspective conventionnelle, les scènes de cette existence d'outre-lombe, si imagée, qu'elle nous fait revivre celle de l'Egyptien. C'est Khnoum-Hotep assistant aux exercices de ses recrues, venues du haut Nil; pugilat, lutte, escrime, tout ce qui constitue la gymnastique militaire d'alors est passé en revue de détail. Puis, ce sont les parades en armes, les manœuvres de compagnies, celles de siège, l'attaque des places fortes, au moyen de béliers et de tortues ; les punitions militaires ; la fabrication des armes.

Plas loin, les scènes relatives à la culture des champs du domaine de la tombe ; puis les distractions du Double. Ici, des battues organisées contre les bêtes du désert; là, des pécheurs tirant leurs filets à la grève ; ailleurs encore des danseuses rythmant leurs pas, pendant que des musiciennes accordent leurs harpes et leurs flûtes ; enfin la navigation funèbre, et le formulaire des rites consacrés. Au milieu de tout cela, le châtelain, entouré de ses lévriers, assiste à l'arrivée d'émigrants, venus d'Asie; les Amou\ aux traits aquilins, apportant en présents le mesdjen, le collyre à base d'antimoine. Il surveille le travail des ouvriers, femmes tissant au métier, charpentiers construisant les barques, sur lesquelles s'effectuera le voyage vers Abydos; potiers pétrissant des vases ; peintres, sculpteurs, orfèvres s'appliquant aux effigies supports du Double. Sûreté du dessin, fini des accessoires, précision du mouvenae, n'ont rien à envier, même aux plus belles œuvres de l'ancienne époque; la monarchie thébaine ne fera que les imiter.

Ces modèles, nous en possédons quelques-uns; la perfection en est absolue. Ce sont les bijoux des princesses Isit et Khnou-mit, découverts en 1895 à Daschschour. L'or en est fouillé avec une sûreté de main, qui n'a rien à gagner dans la suite. Des pierres fines, turquoises, sardoines, chrysoprases, feldespaths s'y sertissent à la façon d'un cloisonné. Deux admirables pectoraux ajourés reproduisent : l'un, la scène du triomphe du Pharaon, foulant les barbares du désert sinaïtique sous ses sandales, et levant sa masse d'armes sur un groupe de prisonniers agenouillés;

l'autre, qui de même, appartient au symbolisme religieux, porle au centre le cartouche royal, accosté de deux sphinx. Des couronnes, fleuries de lotus, aux élégantes aigrettes; des colliers, à plusieurs rangs, formés d^amuletfes polychromes montrent un art en pleine possession, non seulement d'une formule absolue, mais encore d'une maîtrise d'exécution, que rien n'égale. La gamme des gemmes est admirable ; et la finesse de la ciselure, celle en particulier de tresses, formées par des tiges de lotus nouées, à l'extrémité desquelles pendent les fleurs, est un chef-d'œuvre de bijouterie, qu'aucune école n'a surpassé jamais (1).

Cette plénitude de l'art somptuaire, c'est à la constitution féodale qu'il faut en faire remonter la cause. A la cour de chacun de ces grands vassaux, dont les portraits nous montrent la sélection de race, raffinement des formes, et dont les conteurs et les moralistes nous disent la culture intellectuelle et l'élévation de sentiments, l'art s'épanouissait, le luxe se raffinait, de même que dans l'atmosphère des cours de l'Italie du moyen âge ; se modelait sur ses protecteurs, et se mettait au diapason de leurs aspirations.

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