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VII. Les travaux d^ utilité publique

Les travaux d'utilité publique, entrepris par la douzième dynastie, étonnèrent les voyageurs grecs et

(i) J, DE Morgan, Fouilles de Daschschoitr,

romains; ils témoignaient d'une hauteur de vue, dont seuls les Pharaons égyptiens ont fait preuve. Les fron tières naturelles de leur pays établies, ils affirmèrent leur sagesse en renonçant à des conquêtes lointaines, dont la possession eût été précaire; et se montrèrent avisés encore, en entreprenant de coloniser cet empire, et d*en assurer la prospérité.

La plus colossale œuvre menée à bien, à cet efiet,fut de régulariser Tirrigation des teri*es cultivables, par la création d'un réservoir immense, et d'un réseau de canaux dérivés, susceptible d assurer un étiage régulier du Nil. Trois générations royales travaillèrent, à cette entreprise gigantesque. Maître de la Nubie, Ousortasen III fit construire, un peu au-dessus de la cataracte de Ouady-Halfa, une citadelle dont les ruines s'élèvent, à l'endroit précis où une grande chaîne de rochers vient couper le fleuve, et y former une suite de rapides, franchissables seulement au temps des hautes eaux. Bâtie en briques crues, avec escarpe, fossé, contre-escarpe et glacis, cette citadelle pouvait défier tous les moyens d'attaque dont disposait la stratégie d'alors, et constituait la clef inexpugnable de l'Egypte (1). Un temple s'élevait dans son enceinte; Amen-m-hat III eut l'idée de la doter d'un observatoire et de charger les ingénieurs d'un service des irrigations qu'il y créa, de relever les cotes atteintes par les crues, au moment de l'inondation, cotes que nous pouvons voir, encore aujourd'hui, gravées dans les passes, sur les récifs. Ce travail accompli par ses prédéces-

(1) Db Vogu^, Fortifications de Semneh.

seurs, Amen-m-hat III, à son arrivée au trône, mit à exécution ce génial projet : établir un bassin suffisant à la régularisation de la crue du Nil.

De petits réservoirs, échelonnés sur le cours du fleuve, assuraient déjà Tarrosage des terres de quelques provinces. Ce n'était là toutefois que des services locaux. A Test d'Akhnen-souten, un Ouady s'ouvrait dans la chaîne des montagnes libyques; un défilé étroit, aboutissant à un cirque de 30 milles environ de diamètre, entouré, presque de tous côtés, par les plateaux du désert. Le niveau de cet Ouady est à peu de chose près celui de la vallée du Nil ; mais au sud, une forte dépression du sol y creuse une excavation naturelle de plus de dix lieues d'étendue. Ainsi à l'abri de l'inondation, ce lac desséché remplissait les conditions voulues pour devenir le réservoir du pays. L'on se borna à fermer, au moyen de digues de plus de 50 mètres d'épaisseur, l'extrémité de la vallée, pour prévenir l'écoulement des eaux emmagasinées. Elles couraient sur un pourtour d'environ 30 milles, assez hautes, pour n'être pas submergées; deux canaux, pourvus de vannes, établissaient la communication avec le Nil et commandaient la prise et le débit. L'un s'amorçait au fleuve, assez loin au sud, vers Lycopolis, aujourd'hui Assiout, et se raccordait au réservoir, en suivant les contreforts de la chaîne libyque; l'autre rejoignait la rive beaucoup plus bas, vers Akhnen-souten. La crue était-elle insuffisante? La

(1) E. DE RouGÉ, les Inscriptions de Semneh; Lbpsius, Brief an Éhrenberg.

vanne était ouverte, de manière à maintenir Tétiage, dans la Basse et la Moyenne-Egypte. Menaçait-elle d'emporter les villes et les villages; de séjourner et de transformer les bas-fonds en marais? La branche sud recevait le trop-plein, et le dirigeait sur le bassin. Les inscriptions donnaient à ce réservoir divers noms. Houni, Tinondation ; Ma Ra, le lac, dont les Grecs firent Maeris; Pa ima, la mer, dont la prononciation corrompue se changea en Fa ima, le Fayoum arabe d'aujourd'hui (1).

Cette œuvre extraordinaire remplissait les Grecs d'admiration. Hérodote, Strabon et Diodore se sont extasiés sur sa grandeur et sa magnificence. Au centre du lac, leur imagination plaçait deux pyramides, qui ne durent jamais exister, pour cette raison que les Egyptiens n'exposèrent point les momies aux dangers que leur aurait fait courir le voisinage des eaux. Faut-il davantage ajouter foi à l'existence du Labyrinthe, cette demeure de mystère, que leur enfantillage plaçait parmi les merveilles du monde? Peut-être, car sur une telle œuvre, il est trop naturel que le Pharaon eût voulu appeler la protection de son dieu. Jusqu'au mot Labyrinthe trahit d'ailleurs une étymologie égyptienne, Apt-ro-liouni, ce le Sanctuaire de la Bouche de rinondation. » Quant aux descriptions qu'ils en ont données, mieux vaut ne pas en parler.

(1) L'oQ croit reconnaître les ruines d*un labyrinthe aux alentours de la pyramide d'Ël Aouarah.

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