‹ La civilisation pharaoniqueChapitre 26 sur 44 · V. Le règne (TAménophis IV et F exil des prêtres d^Amon · texte numérisé non relu

V. Le règne (TAménophis IV et F exil des prêtres d^Amon

Au bruit de tant de victoires, la puissance d'Amon avait grandi; sa suprématie s'était imposée aux Dieux de toutes les cités de TÉgypte. De même que les anciens grands vassaux auprès du monarque, ils n'étaient plus que de hauts dignitaires, pourvus de charges à la cour du roi des cieux. La conquête de TAsie s'était faite au nom de celui-ci, c'était lui qui avait vaincu, lui auquel a la terre entière » rendait hommage : la meilleure part des dépouilles rapportées avait enrichi son trésor; le sang des princes ennemis, arrosé ses autels. Des millions de captifs, ramenés des

contrées envahiesa vaient fourni des armées de maçons à la fondation de ses sanctuaires. C'était le Seigiiear du Firmament, le Maître des Paout divines, le Père du Pharaon, reconnu sans conteste sur tous les territoires soumis au pouvoir de son fils.

Ce rêve réalisé des prêtres d'Amon avait grandi leur autorité. Sous Thotmès lïl, le grand pontife de Tlièbes, apparaît comme Tégal du roi ou presque; et son rôle dans TÉtat est tel, que c'est pour lui seul que rÉgypte a entrepris de dominer ce qu'elle connaît de l'univers.

Aussi, Thotmès III, effrayé des progrès de cette puissance envahissante des collèges sacerdotaux de Thèbes, avait-il essayé, le premier, de lui faire contrepoids, et de se prémunir contre toute tentative d'usurpation du trône. Il avait remis en honneur le vieux mythe d'Hor-m-Khout, Horus sur l'horizon, tombé en désuétude, et ordonné de déblayer le sphinx, que les sables du désert recouvraient. Son fils, Aménophis ni, fit plus encore. Il transporta à Thèbes le culte héliopolitain d'Aten, le disque solaire, et institua, au temple d'Amon, une grande fête en son honneur. Mais, pour être des dieux de lumière, Hor-m-Khout et Aten n'en étaient pas moins des dieux du nord, et le clergé d'Amon suivait d'un œil jaloux l'intrusion de leurs dogmes dans ses propres sanctuaires. Son ambition froissée le poussa à la lutte; à l'avènement d'Aménophis IV, un schisme devait éclater (1).

Aménophis IV est le Pharaon dont l'histoire est la

(1) Brugsch, Der Traum Kônigs Thotmès IV bei der Sphinx,

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plus confuse, tant par la faute de ses contemporains, que par celle des premiers égyptologues qui se sont occupés de son règne. Aujourd'hui, la publication de sa correspondance avec les rois de Babylone, a remis les choses au point, en jetant un jour nouveau sur bien des faits, restés obscurs. Il entreprit, modérément d'abord, de réagir contre l'ambition des prêtres d'Amon : ceux-ci, comprenant le danger, entrèrent résolument, contre lui, en guerre ouverte. Désespérant de venir à bout de leur résistance, il quitta Thèbes, qui leur était inféodée, vint fonder, en Moyenne-Egypte, une ville, Khout-n- Aten (rHorizon-du-Disque) , dont il fit sa capitale ; et proclama le culte d'Aten religion d'État. La querelle s'envenimait encore, il proscrivait bientôt le culte d'Amon, et rendait un édit de bannissement contre ses prêtres. Ceux-ci se retiraient alors en Ethiopie, à Napata, et aux Oasis, colonisées seulement depuis la conquête, et où le culte de leurs dieux était le seul qui fût en honneur (1).

Tels sont les faits dans leur ensemble, dépouillés de toute la mise en scène romanesque, imaginée par quelques auteurs, qui se sont plu à raconter, qu'élevé par sa mère, la reine Tii, femme d'Aménophis III, que gratuitement ils supposaient d'origine sémite ou libyenne, malgré ses portraits et son nom, sa généalogie bien établie, l'éducation reçue l'aurait rallié à un culte étranger. D'autres allaient plus loin encore.

(1) Lepsius, Uber die widderhôpfigen Gôtter Amon und Chnoumis in Beziehung ouf die Amon^Oase,

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et voulaient voir en lui un eunuque. Tout cela tombe à Texamen des textes, qui nous montrent la marche régulière d'une évolution politique et religieuse, à coup sur intéressante, mais qui ne constituait pas, au sens strict du mot, Un schisme; puisque le culte héliopolitaitt d'Aten, le disque solaire, était Tun des plus vieux mythes égyptiens, et se confondait, de tous points, avec celui de Ra.

Ces dissensions dogmatiques n'empêchaient point le Pharaon d'être conquérant et constructeur, à l'égal de ses devanciers; son élévation au trône marqua même l'une des manifestations les plus curieuses de la civilisation égyptienne, autant qu'il soit possible d'en juger, parce qu'il nous reste de ses monuments. Cette efflorescence fut passagère, toutefois, arrêtée qu'elle fut dans son essor par la mort du souverain, survenue après douze années de règne. Cette fois encore, une vacance se produisit dans la succession à la couronne; Aménophis IV ne laissant que quatre filles, de son union avec la reine Nefertii. Sa disparition fut d'ailleurs le signal de guerres étrangères et civiles; et les pouvoirs éphémères de ses gendres, qui, l'un après l'autre, lui succédèrent, est la preuve indubitable de l'incertitude de leur temps, et de la puissance de l'ennemi qu'au dehors et au dedans ils eurent à combattre. Le premier en date. Aï, essaya bien de continuer la lutte, faisant face à la fois à l'Asie et aux prêtres d'Amon. Au bout de quelques années cependant, il concluait la paix avec ces derniers, abandonnait Khout-n-Aten, rentrait à Thèbes, et rouvrait le temple d'Amon générateur, bâti par Aménophis III, ainsi qu'en fait preuve la dédicace

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de Tune des portes (1). Après lui, le second, Thot-n- Kha-men, semble avoir maintenu Tintégrité de TEmpire au dehors. Mais, après lui, les troubles grandirent de tous côtés; des guerres étrangères éclatèrent, dont rhistoire est pour nous perdue; et la dixhuitième dynastie prit fin, sans que nous sachions même le nom de son dernier souverain.

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