‹ La civilisation pharaoniqueChapitre 28 sur 44 · VII. Séti /" et Ramsés IL · texte numérisé non relu

VII. Séti /" et Ramsés IL

A peine investi, Séti s'annonça comme un conquérant. Les Shasou s'étaient révoltés à la nouvelle de la mort de Ramsés. Le nouveau roi assembla à la hâte quelques bataillons autour du château de Zarou et se lança à leur poursuite. L'ennemi fut partout dispersé; le pays mis à sac; les arbres furent coupés, les maisons brûlées ; et en peu de jours, le Pharaon parvint devant Rabibat et Kanâan. Cette dernière place, bâtie sur les versants des monts amorrhéens, près d'Hébron, commandait les cantons de la Syrie méridionale; enlevée sans coup férir, la route à l'invasion était désormais ouverte. Séti poussa droit au nord, vers le Liban; en fit abattre les cèdres, pour servir aux constructions de Thèbes; puis se jeta sur l'Oronte, à la poursuite des Khéta. Ceux-ci, efirayés par les succès qui venaient de les surprendre, se soumirent sans trop de peine. Mais, délivrés pendant les règnes d'Aménophis IV et de ses successeurs de la crainte d'une invasion, leur puissance, en ces quelques années, avait considérablement grandi. Maîtres de tous le Naharana, ils s'étaient fortifiés à Gargamish et à

(1) M. GoNDER, The Forteress of Canaan. Palestine exploration Fund-Quart. Stat.

(2) LuHiNGTON, The Victor ies ofSeti ^' recorded in the Great Temple at Karnak.

Kadcsh; leurs avant-gardes avaient franchi le Taurus, pénétré dans les plaines de Cilicie» où elles étaient entrées en contact avec les peuples alors fixés dans la péninsule» Lyciens, Mysiens, Dardaniens et Troyens. Des traités d'alliance, passés avec tous ces nouveaux venus, allaient doubler dorénavant la puissance militaire des Hittites, ce que Séti comprit bien vite, lorsqu'au cours d'une nouvelle expédition, il eut à se mesurer avec les confédérés. Certes, il pouvait encore prendre à son gré Gargamish et Kadesh ; mais les Khéta, pour défaits, n'en étaient pas moins prêts à rentrer le lendemain en campagne. A bout de patience, Séti préféra passer avec le prince Mâ-rousâr, fils de Sapaloul, un traité d'alliance, qui resta en vigueur jusqu'à sa mort.

Ce fut la fin de l'hégémonie égyptienne sur l'Asie septentrionale. L'autorité des Pharaons ne dépassa plus les sources de TOronte, et des garnisons permanentes durent être établies à Gaza et à Mageddo. Rien que ce fait, d'ailleurs, d'un contrat diplomatique, passé d'égal à égal, avec l'un de ces roitelets, qu'un Thotmès ou qu'un Aménophis ne jugeaient bons qu'à être égorgés à l'autel d'Amon, suffirait à nous prouver que l'Egypte allait toucher au commencement de sa décadence. Elle était grande encore, cependant, et capable de maintenir longtemps en respect son héréditaire ennemi. Au dedans, la prospérité touchait à son apogée. L'art et la littérature refleurissaient, en une moisson de chefs-d'œuvre, dont bon nombre nous sont parvenus.

Les résultats de patientes recherches, faites dans le

but d'établir la filiation de la dix-neuvième dynastie, tendent à prouver que Séti aurait épousé, du vivant de son père, une princesse du sang, fille d'Hor-m-Heb, et petite-fille d'Aménopbis III, de façon à légitimer l'usurpation dont ce père se serait rendu coupable. Ce qui confirmerait cette hypothèse, est que le fils né de cette union, Ramsès II, le Sésostris des Grecs, fut associé au trône tout enfant. A Tâge de dix ans, nous le trouvons attaché à une expédition envoyée en Syrie, puis mêlé à rhistoire de toutes les guerres asiatiques et éthiopiennes. Ainsi formé avant Tàge, Séti vieilli, se débarrassa sur lui du soin de TEmpire et lui laissa Texercice du pouvoir.

De nouveaux ennemis venaient de surgir pour rÉgypte ; et la fatigue des campagnes qu'il allait falloir entreprendre contre eux justifiait cette mesure prudente. Les peuples de l'Asie Mineure, jusque-là restés inconnus sur les bords du Nil, entraient brusquement en scène, Shardana (Sardes) et Toursha (Tyrsènes) venaient de débarquer en Afrique et de s'allier aux Libyens, toujours insoumis. Ramsès II les tailla en pièces, et incorpora les prisonniers dans sa garde; le reste regagna l'Asie » emportant un tel souvenir de la défaite, que le pays fut pendant près d'un siècle à l'abri de leurs incursions (1). »

Les dernières années du vieux roi furent remplies par des courses rapides de Ramsès, à travers l'Ethiopie. Rappelé brusquement à Thèbes, par la mort de son père, il ceignit la couronne et pendant quelques

(1) E. DB RouGé, Extrait d'un mémoire sur les attaques.

années, put régner paisiblement. Les Khéta, fidèles au traité d'alliance signé avec Séti, ne fomentèrent aucune révolte; les peuples de Kanàan, contenus par leui's garnisons égyptiennes, ne pouvaient même songer à la rébellion. Tout semblait devoir longtemps favoriser cet état de choses, lorsque Tan IV de RamsèsII, Télévation au trône d'un nouveau roi de Khéta, le prince Khétasar, fut le signal d*un soulèvement terrible. Il dénonça le contrat, rallia à sa cause le Naharana, Gargamish, la Phénicie, le pays d'Amaour, les Lyciens, Illion, Pédasos, Gergis, les Mysiens, les Dardanes, les Shasou et se concentra à Kadesh. Ramsès rassembla aussitôt ses troupes, et marcha contre lui. Un épisode de cette campagne demeure entre tous célèbre; poètes et artistes s'en emparèrent, et c'est à lui que nous devons maints chefs-d'œuvre, qu'on ne saurait trop admirer.

Arrivé à une journée de marche de Kadesch, au bourg de Shabtouna, Ramsès y prenait position, lorsque deux espions shasou, simulant une désertion, vinrent lui dire : a Nous voulons servir le Pharaon, nous quittons le service du vil chef des Khéta. Il est au pays de Khaloupou — Alep — , dans la crainte du Pharaon; il s'est enfui rapidement. » Ainsi trompé sur les positions occupées par l'ennemi, Ramsès s'avança sans défiance vers Kadesch, escorté seulement de sa maison militaire, tandis que Khétasar, disposait toutes ses troupes en embuscade, s'apprétant à prendre les Égyptiens en flanc, et à les écraser à leur apparition en plaine. Heureusement pour le roi, deux autres espions arrêtés en chemin étaient soumis à la baston-

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nade, et faisaient des aveux complets. Ramsès rassembla aussitôt son conseil de guerre et fit partir des esta^ fettes, afin de rallier ses troupes. La séance était à peine ouverte, que Khétasar, se portait brusquement en avant. La légion de Ra, enfoncée au premier choc, Tannée égyptienne fut coupée en deux, et Ramsès, obligé de charger à la tète des officiers de sa garde. Un instant séparé d'eux par la violence de la mêlée, huit fois de suite, il se lança au plus épais de Tennemi ; rompit le cercle qui renfermait, rallia ses bataillons dispersés et soutint le choc des Khéta. Au soir, les légions de Phtah, d'Amon et de Soutekh entraient enfin en ligne. L'ennemi battait en retraite, et le lendemain, àTaube, le combat recommençait. Cette fois, les confédérés essuyaient une déroute complète. Le grand écuyer Garbatousa, généralissime de Finfanterie, le commandant en chef des chars, le chef des eunuques, Thistoriographe Khalapsar restaient sur le champ de bataille; Tarmée syrienne était culbutée dans TOronte, Mizraim, frère de Khétasar, s'enfuyait à la nage; le prince de Nissa se noyait; celui d'Alep était retiré à moitié asphyxié. Le lendemain, le prince de Khéta mettait bas les armes. Pourtant la guerre se prolongeait au pays de Kanaan ; Khétasar reprenait courage et rentrait en lice; mais la victoire restait fidèle à Ramsès. L'an VIII il s'emparait de Mérom en Galilée ; l'an XI, d'Ascalon et de Tounip. Pour la seconde fois, le roi Hittite implorait le vainqueur, et signait avec lui un traité d'alliance offensive et défensive, dont le texte est parvenu jusqu'à nous.

Ce fut le dernier acte des grandes guerres asiatiques;

et pendant les quarante-six ans qu'il vécut encore sur le trône, Ramsès put, à loisir, employer son temps à la prospérité du pays. Il fut constructeur, autant et plus que ses devanciers; à ce point que la moitié des monuments sont datés de son règne. Les trois premiers fils qu'il avait eu de la reine Isitneferte étant morts, il avait choisi Fan XXX, le quatrième, Kha-mès, grand prêtre de Hemphis, pour lui succéder. Mais Tan LV Kha-mès disparaissait à son tour, et Ramsès désignait son treizième fils, Mer-n-Phtah, à sa place. Celui*ci exerça douze ans la régence du royaume, dont son père s'était déchargé sur lui, et à sa mort, Tan LXVII, lui succéda.

Né alors que Ramsès II n'était encore que prince héritier, le nouveau roi venait d'atteindre sa soixantième année. Le début de son gouvernement fut paisible ; fidèles à leur traité, les Khéta avaient cessé de menacer la sécurité de l'Egypte; tout conspirait à la paix. Soudain, l'an V un péril nouveau rejeta l'Empire dans les aventures. Les peuplades de l'Asie Mineure, maintenues dans la crainte depuis les défaites essuyées au temps de Séti, commençaient de nouveau à s'agiter. Les grandes migrations maritimes, accomplies depuis lors, les avaient en partie renouvelées. A l'appel du roi de Libye, Maermaou, des flottes, parties de l'archipel, jetèrent sur les côtes des hordes de Tyrsènes, de Shardanes, de Lyciens et jusqu'à des inconnus, les Ayaiouscha et les Shaklousha. Maermaou se mettait à leur tête, rassemblait autour de lui ses voisins, Timaou, Mashouash et Kehak; franchissait la frontière, et pénétrait dans le Delta. Mer-n-Phtah couvrait en

LA MONâfiGHIE THÊBÂINE 161

hâte Memphis, et qaelqaes jours après, taillait les confédérés en pièces ; mais ce triomphe était un effort. Aux victoires sanglantes d'autrefois» allait succéder une période glorieuse encore, mais où TÉgypte devait se borner à la défensive; sinon de son propre territoire, du moins de ce qui lui restait encore de ses possessions.

A la mort de Mer-n-Phtah, une obscurité se fait sur le cours des événements. Son fils, Séti II, semble avoir été d'abord supplanté par un cousin, nommé Amen- Messou, qui régna quelques jours à peine; puis par un autre, Mer-n-Phtah-sa-Phtah. Parvenu enfin au trône, nous ne savons rien de lui, sinon que le pays tomba dans Tanarchie : que la guerre civile paralysa la guerre étrangère, et qu'un démembrement de l'Empire eut lieu (1)* « Le pays de Kémet — l'Egypte — s'en allait à la dérive; les gens qui l'habitaient n'avaient plus de chef suprême, et cela pendant des années nombreuses; car la terre de Kémet était aux mains des gouverneurs de provinces, qui s'entre-tuaient, grands et petits. D'autres temps vinrent après cela, pendant des années de néant, où chacun complotait avec le prochain, pour piller les biens de l'un et de l'autre, et comme on traitait les dieux de même que les hommes, il n'y eut plus d'offrandes faites sur les autels (2). «

(t) E. DE RovGi, Étude sur une stèle et Notice sur les monu^ tnents.

(2) Ghabas, Recherches, Grand papyrus Harris. Maspero, His* toire des peuples de l' Orient,

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VIIL La littérature théhaine.

Cette puissance à laquelle, trois siècles durant, venait d^atteindre TÉgypte était Tœnvre des prêtres d'Amon. Tout naturellement la plus forte empreinte qui nous en soit restée nous est fournie par Texposé du dogme. Pour établir sa suprématie sur tous les autres cultes, les collèges sacerdotaux de Thèbes s'arrêtèrent au meilleur parti à prendre; faire de leur mythe un monothéisme absolu. Amon devint, pour le théosophe, Têtre unique, éternel, doué de science et de sagesse infinies; qui existe par essence, qui vit en substance ; le générateur du ciel et de la terre, celui qui n*a pas été engendré. Ce dieu unique, en (rois personnes, Amon-Haut-Khousou, est père, par cela seul qu'il existe; il est, en lui-même, Tessence de son devenir perpétuel. La conception et Tenfantement se confondent en lui, de toute éternité, il a produit journellement en lui-même, un autre lui-même; et désor-? mais tous les autres dieux ne furent plus considérés que comme ses manifestations otl ses anciens noms locaux. La légende fabuleuse disparut; Horus ne fut plus que le lever de Tastre au matin.; Toûm son coucher sur rhorizon; Aten, le disque, son habitation par excellence; Shou, la lumière qui en émane; Anhour, la force qui Tentraine; Osiris, le soleil de nuit au pays des morts. Dans un autre ordre d'idées, Ra fut consi-^

déré comme le nom d'Amon à Héliopolis; Sokhar, celui d'Osiris à Memphis; et partant de ce principe, on composa des litanies, où Ton énaméra méticuleusement les noms des dieux de tous les nomes pour les rapporter à lui.

Ces litanies, écrites en un style imagé, précisent les divers caractères de la divinité déjà indiqués, avec une intensité d'expressions vraiment remarquable; concourant toutes à mettre en relief Tidée monothéite. Le dieu est son père, sa mère, son fils. Engendré de dieu, enfanté de dieu, sans sortir de dieu, les trois personnes de la trinité égyptienne ne sont qu'un seul et même dieu, et concourent à la perfection du Dieu-Un. Les attributs de cette divinité sont Timmensité, Téternité, la volonté souveraine, la bonté sans limite. Elle développe ces qualités naturelles en elle, ce que les textes expriment par cette phrase : a Elle crée ses propres membres, qui sont des dieux. « Amon, àme du soleil, revêt à son gré toutes les formes qu'il lui convient de prendre; il se manifeste dans les kerty les cantons du ciel, pour y assurer la revivification quotidienne des existences de l'univers.

a Tu t'éveilles, bienfaisant Amon-Ra ; tu t'éveilles, seigneur des deux horizons. bienfaisant, resplendissant, flamboyant! Ils avancent, tes rameurs; ceuxlà qui sont les Akhimourdou ; ils avancent, tes rameurs, ceux-là qui sont les Akhimousekou. Tu sors, tu montes, tu culmines, en bienfaiteur, guidant ta barque, sur laquelle lu croises, par Tordre souverain de la mère Nout! Tu parcours le ciel d'en haut, et tes ennemis sont abattus! Tu tournes ta face vers le cou-

chant de la terre et da ciel. Eproavés sont tes os, souples tes membres ; vivantes tes chairs ; gonflées de sève tes veines. Ton âme s'épanouit! On adore ta forme sainte; on te guide sur le chemin des ténèbres; et tu entends Tappel de ceui qui t'accompagnent, derrière ta cabine, en poussant des acclamations. Le cœur des rameurs de ta barque est apaisé; le seigneur du ciel est en joie ; les chefs du ciel inférieur sont en allégresse; les dieux et les hommes poussent des acclamations, et s'agenouillent devant le soleil, sur son pavois, par Tordre souverain de sa mère Nout. Leur cœur est content, parce que Ra a renversé ses ennemis! Le ciel est en allégresse, la terre est en joie, les dieux et les hommes sont en fête ; afin de rendre gloire à Ra, Hor-m-Khout, lorsqu'ils le voient surgir sur sa barque et qu'il a triomphé du mal.

tt Avance sur ta mère Nout (la voûte céleste). Seigneur de l'Éternité ! Après avoir récité pour toi les charmes de l'enfantement, elles se relèvent, Isis et Nephthis, lorsque tu sors du sein de ta mère Nout. Lève toi, Ra-Hor-m-Khout ! Tu te lèves et tu prononces ta parole contre l'adversaire; tu repousses le méchant en son heure, afin qu'il n'avance pas l'espace d'un moment. Tu as anéanti la valeur de l'impie ; l'adversaire de Ra tombe dans le feu. Nou-her-ha (l'esprit du mal) est vaincu ; les enfants de la rébellion n'ont plus de force; Ra prévaut contre ses adversaires. Les obstinés de cœur tombent à la renverse. Tu fais vomir à l'impie, ce qu'il avait dévoré. Lève-toi, Ra-Hor-m- Khout! Lève-toi!

(i Fort est Ra, faible l'impie»

LA MONARCHIE THÉBÂINfi 165

(c Haut est Ra, abaissé Timpie.

" Vivant est Ra, mort Timpie.

a Grand est Ra, petit Timpie.

Cl Rassasié est Ra, affamé l'impie.

a Abreuvé est Ra, altéré Timpie.

a Lumineux est Ra, ténébreux Timpie.

tt Bon est Ra, mauvais Fimpie.

tt Puissant est Ra, impuissant Timpie.

tt Ra existe, Timpie est anéanti.

Oh! lève-toi, Amon-Ra, qui se crée lui-même! Tes deux sœurs (Isis et Nephtbys) sont debout à TOrient, portées vers ta barque, la bonne barque de toute procréation. Viens, Ra qui se crée lui-même. Fais que le Pharaon reçoive les offrandes qui se font dans Habenben (la demeure du sphinx, le grand temple d'Héliopolis), sur les autels du dieu, dont secret est le nom. Honneur à toi, vieillard qui se manifeste à son heure. Seigneur aux faces nombreuses, qui irradie les ténèbres, tous les chemins sont pleins de tes rayons. Ton âme examine ceux qui sont dans le ciel intermédiaire (le Douaout, la demeure des doubles) , et les âmes sont dans le ravissement. Car tu fais le fléau qui tue, et tu donnes les souffles, à celui qui est dans la vallée funèbre. Tu as illuminé la terre plongée dans les ténèbres; tu as adouci la douleur d'Osiris. Ceux qui y sont goûtent les souffles de vie ; ils poussent des acclamations vers toi. Ils s'agenouillent devant cette forme qui est tienne : » Seigneur multiplicateur des formes. y> Ils rendent hommage à ta force, dans cette figure bienfaisante qui est tienne de : a Dieu du Lever. îî Les dieux tendent leurs bras vers toi, lorsqu'ils sont

enfantés par ta mère Nout. Viens au Pharaon. Donne lui ses mérites dans le ciel ; sa puissance sur la terre. Ra, tu as réjoui le ciel, tu as frappé la terre de crainte.

bienfaisant Ra-Hor-m-Khout !

« Tu as soulevé le ciel d'en haut pour élever ton âme; tu as voilé le ciel inférieur, pour y cacher tes formes funéraires.

tt Tu as réjoui le ciel d'en haut par la grandeur de ton âme; la terre est sous ta crainte, Epervier saint, à Taile fulgurante, Phœnix aux multiples aspects I Grand lion qui est par soi-même, et qui ouvre les voies à la barque Sekti, ton rugissement abat tes ennemis. Coureur du ciel qu'on ne peut atteindre au matin de ses naissances, lève-toi sur nous, pour que nous connaissions ton image. Apparais à notre face, nous ne connaissons pas ton corps.

tt bienfaisant Ra-Hor-m-Khout, roi du jour, beau disque bleu ; roi du ciel, souverain de la terre, la grande image dans les deux horizons du ciel. Ra, créateur des êtres; Totanen, vivificateur des esprits d'intelligence! Que ton fils, le Pharaon, soit vénéré pour ses mérites ; qu'il soit adoré, quand tu te lèves bienfaisant à l'horizon du ciel. C'est lui qui dirige ta course, renverse tes ennemis, devant toi. dieu qui t'es ouvert les voies; dieu qui se lève, en qualité de soleil, Etre qui devient, sous la forme de Khéper, dans le double horizon !

tt Enfant qui nait chaque jour.

a Vieillard enfermé dans les bornes du temps,

tt Vieillard qui parcourt l'éternité.

« Seigneur de la demeure mystérieuse^

« Être caché, dont on ne connaît pas Timage,

a Seigneur des années, qui donne la vie, à qui lui plait.

tt Tu es venu, tu as parcouru les voies de Téternité. »

Telle est la définition de la divinité diaprés Tliymne d'Amon-Ra. Dans une autre, où le dieu est appelé a la Veille qui connaît le Lendemain » , on trouve les qualificatifs suivants.

« Il a fait les herbages pour les bestiaux ; les choses dont se nourrissent les hommes. Il a fait vivre le poisson dans le fleuve ; les oiseaux dans le ciel ; il a donné les souffles de toute vie. Sois béni pour tout cela, Unqui-est-Seul. Le troupeau de Ra, (les quatre races humaines), dit : louange à toi, parce que tu demeures parmi nous. Prosternation devant toi, parce que tu nous a créés. Tu es béni de toutes les créatures, tu as des adorateurs en toute région ; au plus haut des cieux ; dans toute la largeur de la terre; au plus profond de la mer. Les dieux s'inclinent devant ta majesté sainte; les âmes exaltent qui les a créés. Elles se réjouissent de se présenter devant leur générateur. Elles te disent : ft Viens en paix, père des pères de tous les dieux, qui a a suspendu le ciel, qui a étendu la terre, créateur des a êtres, formateur des choses, toi dont les membres sont tt des dieux. Nous adorons ton esprit, parce que tu nous tt as fait, nous te faisons des offrandes, parce que tu nous a as donné naissance ; nous te faisons des bénédictions, a parce que tu demeures parmi nous. «

Ces quelques passages suffisent à montrer combien élevée était cette philosophie du dogme, et combien

Amon y apparaissait comme Tordonnateur unique du monde cosmique. « Dieu dont le nom est caché autant que les naissances, y> et dont la forme indéterminée n est jamais définie que par l'expression : » Dieu multiplicateur de formes, âme de l'univers, n

La grandeur d'images employées par le style liturgique, montre assez à quel lyrisme avait atteint la littérature religieuse. Nous ne possédons point de traité de philosophie ou de morale, datant de la même époque, mais les .pensées disséminées à travers les divers livres du Rituel suffisent à nous prouver que. Tune et l'autre, étaient à la hauteur des conceptions des théosophes qui venaient de réglementer le mystère d'Amon.

Plus heureux nous sommes en ce qui touche à l'histoire, à la poésie, au roman, aux formules épistolaires; chaque genre est représenté par d'impérissables œuvres. L'histoire, par les Annales de Thotmès III, les Récits des campagnes de Séti et de Ramsès, le Panégyrique de Mer-n-Phtah ; la poésie, par le Chant de triomphe de Thotmès et le poème de Pentaour; le roman, par le Conte des deux Frères, celui du Prince prédestiné. Comment Thôti prit la ville de Joppé, et quantité de fragments analogues; la diplomatie, par le Traité d'alliance de Ramsès II avec Khétasar; l'enseignement de l'art, par un papyrus consacré à l'architecture; la magie, par nombre de lettres et de prescriptions.

Gravées sur les murs de la basilique d'Amon, à Thèbes, les Annales de Thotmès 111 sont dignes des pages lapidaires sur lesquelles elles se déroulent. Les expéditions du souverain, ses marches, contre-mardies;

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le détail des opérations, le récit des batailles sont exposés dans une langue sobre, nerveuse, concise et harmonieuse à la fois. La première guerre de Syrie est annoncée en ces termes : « Depuis des années, le pays de Rotennou était en discorde, chacun se battait contre son voisin, grand ou petit.» Suit Texposé de la campagne avec date de chaque opération . L'on a vu plus haut avec quelle fierté le Pharaon repousse Tavis de ses généraux, lui conseillant d'éviter les défilés du Carmel. Après la bataille de Mageddo, il gourmande en ces termes ses soldats, dont la rapacité a permis à Tennemi de prendre la fuite. « Si ensuite, vous aviez pris Mageddo, c'eut été une bien plus grande faveur que .mon père Ra m'eut accordée, en ce jour; car, tous les chefs du pays sont enfermés en elle. Si bien que c'est prendre mille villes, que de prendre Mageddo n .

Le récit des victoires de Séti I" et de Ramsès II, relève d'un poème épique, plus que du style ordinaire des Annales. Pourtant, l'inscription dédicatoire du temple d'Abydos est une maîtresse page, digne d'un Tacite égyptien. Le roi rappelle en termes éloquents à son fils les conditions dans lesquelles il l'a élevé au trône.

Le bulletin de victoire de Mer-n-Phtah appartient, lui aussi, plus à l'épopée qu'à l'histoire. En voici le commencement :

tt II est fort, Ba-n-Ra (prénom du roi), lorsqu'il est à la tête de ses archers. Ses soldats vaillants épargnent ce qu'il a humilié. Ils tombent sur les Libyens, renversent le Syrien, font prisonniers de leurs propres mains les Shardanes. t) Tout le reste du morceau est sur ce ton.

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Avec la grande stèle triomphale de Thotmès III, nous toachons au modèle du genre, le morceau est d'ailleurs poétique et observe les lois d'une métrique, malheureusement perdue pour nous. Amon dit au roi :

tt Je suis venu, je t'accorde d'écraser les princes de Zaî, je les mets sous tes sandales. Je leur fais voir ta majesté, telle qu'un seigneur de lumière, lorsque tu brilles sur leur tête, comme mon image.

a Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares d'Asie ; d'emmener en captivité les chefs des Rotennou. Je leur fais voir ta majesté couverte de ma painire de guerre, quand tu saisis tes armes, sur ton char.

a Je suis venu, je te donne d'écraser la terre d'Orient ; Kefte et Asa sont sous ta terreur. Je leur fais voir ta majesté comme un jeune taureau, frappant de la corne, auquel rien ne peut résister.

a Je suis venu, je te donne d'écraser les peuples qui sont dans les ports. Je leur fais voir ta majesté, comme l'hippopotame, seigneur de l'épouvante des eaux, qu'on ne peut approcher.

a Je suis venu, je te donne d'écraser les peuples qui sont dans les iles; je leur fais voir ta majesté, comme un vengeur, qui se dresse sur le dos de sa victime.

a Je suis venu, je te donne d'écraser les Tahonnou. Les îles des Danaens sont sous ta terreur ; je leur fais voir ta majesté, comme un lion furieux, qui sème les vallées de leurs cadavres.

tt Je suis venu, je t'accorde d'écraser les contrées maritimes. Tout le pourtour de la grande zone des eaux est lié à ton poing. Je leur fais voir ta majesté,

telle que Tépervier qui saisit, en un clin d'œil, ce qui lui plait.

tt Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui sont dans leurs lagunes ; de lier les maîtres des sables. Je leur fais voir ta majesté, semblable au chacal du midi, seigneur de vitesse, coureur qui rôde à travers les deux régions.

tt Je suis venu, je t'accorde d'écraser les barbares de Nubie. Jusqu'au peuple de Pount, tout est dans ta main. Je leur fais voir ta majesté, semblable à tes deux frères, Horus et Set dont j'ai réuni les bras pour assurer ta puissance (I). »

Le poète Pentaour nous a chanté les exploits de Ramsès II, ses guerres contre les Khéta; c'est un autre Homère, mais un Homère dont l'Iliion se nommait Kadesh, et qui au lieu d'une querelle domestique, avait à mettre en scène le choc des deux moitiés du monde d'alors. Il sut être à la hauteur de sa tâche, et quatre exemplaires nous sont parvenus de son œuvre : trois, gravés âur des pylônes de temples, à Louxor, Gournah, Abou-Simbel ; le quatrième, fourni par un merveilleux papyrus, connu sous le nom de papyrus Anastasi. Voici le passage relatif à l'épisode de l'embuscade, c'est Ramsès qui parle :

tt Aucun prince n'est avec moi, aucun général, aucun officier d'archers ou de chars. Mes soldats m'ont abandonné ; mes cavaliers ont fui devant eux ; pas un ne s'est retourné pour combattre avec moi. Où

(i) De Rougi, Revue archéologique; Maspero, Du genre épistolaire.

donc es-tu, 6 mon père Amon. Est-ce qu'un père oublie son fils ? Ai-je donc fait quelque chose sans toi ? N'ai-je point marché, ne me suis-je pas arrêté à ta parole? Certes, il est grand, le seigneur de TÉgypte qui renverse les barbares sur sa route. Que sont donc pour toi les Asiatiques? Amon énerve les impies. Ne t*ai-je point consacré des offrandes innombrables? J*ai rempli ta demeure sacrée de mes prisonniers. Je t'ai bâti des temples, pour des milliers d'années. Je t'ai donné le monde pour enrichir tes domaines. Certes, un sort misérable est réservé à qui s'oppose à tes desseins! Bonheur à qui te connaît, car tes actes sont produits par un cœur plein d'amour. Je t'invoque, ô mon père Amon ! Me voici au milieu de peuples nombreux et inconnus de moi. Toutes les nations se sont liguées contre moi. Mais Amon seul vaut mieux qu'un million de soldats !

tt La voix a retenti j usqu'à Hermonthis. Amon vient à mon invocation. II parle derrière moi. a Je viens à tt toi, mon fils, je suis avec toi, c'est moi ton père. tt Je suis le seigneur de la force, aimant la vaillance. tt J'ai reconnu un cœur courageux, et je suis satisfait. )) Pareil à Menthou, de la droite, je lance mes flèches; de la gauche, je bouleverse l'ennemi! Je suis comme Baal à son heure devant eux. Pas un d'eux ne trouve sa main pour combattre; le cœur manque dans leur poitrine, et la peur éneiTe leurs membres. Je les précipite dans les eaux, comme y tombe le crocodile. Ils sont couchés, la face en bas. Je ne veux pas qu'un seul regarde derrière lui, ni qu'un autre se retourne. Celui qui tombe ne se relève plus. )>

Et ce passage encore : Ramsès reproche à son armée de ravoir abandonné :

a Que dira la terre entière, lorsqu'elle apprendra que vous m'avez laissé seul, et sans un second? Que pas un prince, pas un officier de chars ou d'archers n'a joint sa main à la mienne. J'ai combattu, j'ai repoussé des milliers de barbares, à moi seul. Victoire à Thèbes et Nourite satisfaite étaient mes grands chevaux. C'est eux que j'ai trouvés sous ma main, quand j'étais seul au milieu des ennemis frémissants. Je suis revenu après une lutte victorieuse ; j'ai frappé de mon glaive des multitudes assemblées (1). »

Le caractère grave et solennel de cette poésie laisse^ rait à supposer que l'Egyptien ne connut jamais le genre de l'ode ou de l'églogue. Il n'en fut rien cependant, et si tendu que fût l'esprit du poète vers la littérature sacrée ou épique, il a, par instants, écrit pour son délassement, des morceaux que ne renierait ni Horace ni Virgile. Ceci d'abord :

tt Je n'ai point pitié de ton amour, ma Baie de Loup qui engendre l'ivresse. Je ne la jetterai point, pour qu'on l'écrase, à la Veillée de l'Inondation. En Syrie, avec des bâtons de cyprès ; en Ethiopie, avec des branches de palmier; sur les montagnes, avec des branches de tamaris; dans les plaines, avec des tiges de souchet. Je n'écouterai point les conseils de ceux qui veulent que je regrette ce qui fait l'objet de mon désir.

(1) E. DB RouGÉ, Recueil de travaux; Maspero, Histoire de$; peuples de l'Orient,

tt Je m'embarquerai sur le fleuve, j'entourerai mes épaules de myrtes et j'arriverai à Onkhaou. J'adresserai ma prière à tout dieu juste. Que ma maîtresse soit, pendant la nuit, comme la source vive, dont les myrtes sont semblables à Phtah ; les nymphéas, semblables à Sekhet ; les lotus bleus, semblables à Adat ; les lotus roses, semblables à Nefer-Toum ! Que le mur blanc lui donne d'éclairer la terre de ses beautés, et Memphis, les boites de fards, qu'on dépose devant Nefer-ho.

tt Je resterai dans ma chambre, je serai malade gravement, et mes voisins entreront pour s'informer de moi. Si ma maîtresse vient avec eux, elle fera honte aux médecins, car elle connaît mon mal.

tt Je descendrai en canot, tandis que tu t'embarqueras sur le fleuve, mon désir est d'être le plus près possible des maisons, qui sont au confluent du canal de An. Je me mettrai à courir, et je n'épargnerai point mes prières. Je demanderai à Ra de voir l'entrée de mon amant. Je t'embrasserai, et me tiendrai debout près de toi, sur la berge du canal. Je transporterai mon cœur à An, et je retournerai avec toi, sous les arbres du palais. Je serai près de toi, le sein paré de fleurs de persea ; les cheveux alourdis d'essences odorantes. TU

Et ce morceau :

tt Ta jolie maîtresse, que ton cœur aime, vient dans les jardins, ô mon amant, car mon cœur poursuit ce que tu aimes ; et je t'appelle, vois où je suis.

tt Mon amant sort de sa maison. II poursuit son chemin, sans s'inquiéter de mon amour, et mon cœur

s'arrête en moi, j'ai beau voir les gâteaux et les parfums, ce qui est doux à la bouche et à la narine est maintenant amer pour moi, comme le fiel de Toiseau.

<^ Ce sont les souffles de ta bouche qui seuls donnent la vie à mon cœur, et alors il me semble qu'Amon m'est donné, à toujours et à jamais.

tt O mon bel ami, je dirai à mon cœur, qui est dans ton sein, mes supplications. Si mon grand ami ne vient pas, pendant la nuit, je serai comme qui est au tombeau.

tt La voix de la tourterelle résonne. Elle dit : ^ Voici tt l'aube; las, où est mon chemin » . Toi tu es l'oiseau, tu m'appelles. J'ai trouvé mon bien-aimé, et mon cœur s'est réjoui plus que leurs cœurs.

« Ah ! que je mette la tête à la porte du dehors, car voici mon amant qui vient à moi, mes yeux sont fixés sur la route; mon oreille écoute le bruit de ses pas. Car je me suis fait de l'amour de mon amant le bien unique de mon cœur.

tt Mon cœur est si heureux de l'amour que tu as pour moi, que les boucles de mon front tombent, quand je vais en courant pour te chercher, et que mon chignon se défait. Pourtant je te jure que je pare ma chevelure pour te recevoir. »

Enfin cette ode :

tt Pourpier» mon cœur est en suspens, quand je suis dans tes bras. Maitre de mon cœur, qu'elle est belle mon heure, c'est une heure d'éternité, quand je repose près de toi !

tt Armoise de mon amant, devant qui l'on se sent plus grand, je suis ta maîtresse favorite. Je suis

comme un champ de lotus, où tu fais pousser des fleurs odorantes. C'est une boisson enivrante pour moi que d'entendre ta voix, te voir, te voir encore !

tt Marjolaine de mon amant, je me pare de guirlandes quand tu viens (1)... >)

Le reste est malheureusement perdu.

De tous les romans égyptiens, le Conte des deux Frères est de beaucoup le plus intéressant. Sous une forme légère, il nous initie au mystère le plus redoutable de rÉgypte, celui de la mort et de la renaissance d'Osiris. Le prologue a une fraîcheur biblique et rappelle, par certains côtés, Thistoire de la femme de Putiphar et de Joseph. Anepou, Tainé, est le nom même d'Anubis, le dieu des morts, et Betaou le cadet se retrouve, dans les textes religieux, alternant au nom d'Osiris.

Les événements qui se déroulent nous font revivre la légende du dieu.

Le Conte du Prince Prédestiné tient beaucoup de la Belle au bois dormant.

ttll y avait une fois un prince, qui n'avait pas d'enfants mâles; son cœur en fut attristé, et il demanda un garçon aux dieux.

tt Sa prière fut exaucée, etquand un fils lui naquit, les Hathorsat vinrent pour lui prédire sa destinée : a Qu'il meure par le crocodile, par le serpent ou par le chien! »

tt Les gens qui entendirent ces paroles allèrent les répéter au prince, qui en eut le cœur tout triste. Il fit construire une maison sur la montagne, Tentoura de

(i) Maspero, Journal asiatique.

gardiens, et la pourvut de toutes les bonnes choses, dont vivent les grands; car Tenfant ne sortait pas.»

tt Quand cet enfant fut grand, il monta un jour sur la terrasse de la maison, et aperçut un chien, qui marchait derrière un homme. Il dit à son page : tt Qu'est-ce qui marche derrière Thomme qui chemine sur la route? yi Le page lui répondit : a C'est un chien. »

tt L'enfant dit : « Qu'on m'en apporte un pareil ! » Le page l'alla redire au prince, qui répondit : » Qu'on lui amène un jeune chien courant, afin qu'il ne s'afflige pas 1) . Et on lui amena un chien, d

Longtemps après ces jours, quand le jeune garçon eut pris de l'âge, il dit à son père : « Allons, pourquoi être comme les fainéants! Puisque je suis voué à un sort fâcheux, pourquoi n'agirai-je pas selon ma volonté ! Que Dieu fasse à sa volonté à lui ! »

ce On donna au jeune prince toutes sortes d'armes ; on lui donna aussi son chien, et on le mena à la région orientale, en lui disant : a Va où est ton destin ! »

Le jeune homme gagne ainsi le Naharana, et arrive sur les terres d'un seigneur a qui n'avait d'enfant qu'une fille unique, laquelle était promise pour femme à celui des princes du pays qui parviendrait jusqu'au balcon d'une tour, dans laquelle elle était enfermée, balcon situé à soixante-dix coudées du sol. »

a Le prince se mit sur les rangs, avec les enfants des chefs du pays, et atteignit la fenêtre de la fille du prince de Naharana. ))

ttOn s'en alla pour réjouir le cœur du père de celleci, et on lui dit : a Un des hommes a atteint la fenêtre

da ta fille » . Le prince interrompit le messager, disant : <& Le fils duquel des princes? » On lui répondit : a Le fils du prince venu du pays d'Egypte v . Le prince de Naharana se mit très fort en colère; il dit : tt Est-ce que moi, je donnerai ma fille au transfuge du pays d'Egypte ! Qu'il s'en retourne ! i»

«On alla dire au prince : « Retourne au pays d'où tu viens! » Mais la princesse le saisit, et jura par Dieu, disant : a Par Ra, si on me l'arrache, je mourrai ! » Le messager alla pour répéter ces paroles à son père. Celui-ci envoya des gens pour tuer le prince égyptien, pendant qu'il était dans sa maison. La princesse leur dit : a Par Ra! si on le tue, au coucher du soleil, je serai morte! »

Ces paroles sont reportées au père de la princesse, qui se décide à donner sa fille au jeune Égyptien. Le prince prédestiné dit alors à sa femme : a Je suis voué à mourir par le crocodile, le serpent ou le chien. »

La princesse veut alors faire tuer le chien, mais son mari s'y oppose. Un serpent qui se glisse dans la maison est tué à coups de pique. Enfin le crocodile vient à son tour, et est enfermé sous la garde d'un géant.

tt Le géant ne laissait point sortir le crocodile; et quand le crocodile donnait, le géant sortait, pour se promener. Et quand le soleil se levait, le géant rentrait; et cela dura un mois et dix jours, n

« Mais un jour, le prince sortit pour chasser sur les terres de son domaine; son chien était avec lui, et prit du champ pour rabattre le gibier. Le prince se mit à courir derrière son chien. Et quand il fut arrivé au

LA MONARCHIE THÉBAINfi 170

marais, il en descendit la berge. Alors, le crocodile sortit et Tentraina vers le bord, où était le géant. Le crocodile dit au prince : a Ah ! moi je suis ton destin qui te poursuit! »

La fin de ce conte est mutilée; le crocodile pose au prince un dilemme fatal, où le prince acceptera une condition, qui reste inconnue; s'il ne la remplit pas, il a verra sa mort. ^

Une lutte terrible s'engage; le géant est tué, et le prince triomphe; mais, dans Tardeur de Faction, son chien le blesse mortellement, sans le vouloir, et, ainsi est accomplie la prédiction des Hathorsat.

Les archives diplomatiques ont conservé le traité d'alliance, signé par Ramsès II et le prince de Khéta, en voici quelques extraits :

tt Ce jour, étant Sa Majesté à la ville de Pa-Ramsès- Mer-Amen, à faire des actes de remerciements à son père Amon-Ra, le grand chef de Khétasar fut amené au Pharaon, le vivificateur éternel, comme son père, Ra, chaque jour. »

a Copie de la tablette d'argent, présentée par le grand prince de Khéta au Pharaon, par la main de son envoyé Tartesebou, et du messager Rames, pour demander la paix.

a I^ prince grand de l'Egypte, le fils de Ma-men- Ra (SétiP'), le vaillant.»

a Que soit afiermi, à toujours, son dessin, qu'il ne soit plus d'hostilités entre eux; et, qu'à dater de ce jour, le chef grand de Khéla soit lié à lui, par un traité, pour faire ensemble la loi, qu'a faite le dieu Ra, pour l'Egypte, et qu'a faite le dieu Soutekh, pour

le pays de Khéta; et pour que ne surgissent plus d^hostilités entre eux, à jamais. »

Suivent les clauses additionnelles au traité. :

a Si quelque ennemi marche contre les pays soumis au grand roi d'Egypte, et qu'il envoie dire au prince de Khéta : « Viens, amène-nous des forces contre eux, le prince de Khéta fera comme il aura été demandé par le grand roi d'Egypte. Le prince de Khéta détruira ses ennemis. Que, si le prince de Khéta préfère ne pas venir lui-même, il enverra les archers et les chars du pays de Khéta au grand roi d'Egypte, qui détruira ses ennemis. »

Par réciprocité, le Pharaon s'engage à porter au prince de Khéta l'appui des troupes égyptiennes. Vient ensuite un article additionnel, visant un traité de commerce entre les deux nations. Puis enfin une clause, relative à l'extradition des transfuges et des criminels. Tout malfaiteur sera remis aux mains des officiers de son pays. Tout réfugié non conpahle, qui ne déclarera pas son intention de se fixer à demeure dans le pays où il se sera retiré, sera rapatrié d'office, mais sans pouvoir être inquiété.

« Celui qui sera ainsi expulsé, que sa faute ne s'élève point contre lui. Qu'on ne séquestre point ses biens, qu'on ne le frappe ni dans les yeux, ni dans la bouche, ni dans les pieds : qu'aucune action criminelle ne soit introduite contre lui (1). »

Nombreux sont les papyrus ayant trait à la magie;

(1) E. DE Roucé, Etude sur les traités publics; Goodwin, Treaty of peace between Ramsès Uand the Hittites,

formules de conjuration, d'exorcismes, d'incantations. L'on y rencontre en général tout le galimatias habituel à ces sortes de choses : paroles mystiques, pour nous vides de sens, et qui peut-être Tétaient déjà pour rÉgyptien. Voici quelques extraits de Fun d'eux, donnant la liste des jours fastes et néfastes. Les mots nefer et tyhi que Ton trouve en tète de chacun d'eux, ont le sens de heureux et malheureux.

a Le 4 du 1" mois de la saison : Per : Nefer, Nefer, Nefer. Quoi que tu voies en ce jour, c'est pour toi un heureux présage. Qui naît en ce jour, meurt le plus âgé des gens de sa maison. 11 aura longue vie succédant à son père.

a Le 7 : Tyhi, Tyhi, Tyhi. C'est le jour où furent brûlés les chefs par la déesse Sékhet, qui réside dans la Demeure Blanche. Gâteaux et offrandes pour Shou, Phtah, Thot; encens sur le feu pour Ra. Quoi que tu voies en ce jour, ce sera un jour heureux.

tt Le 10 : Tyhi, Tyhi, Tyhi, Ne fais pas de feu ce jour-là. C'est le jour où le feu sortit du dieu Sep-her dans le Delta. Quiconque s'approche du feu en ce jour, se portera mal le reste de sa vie.

et Le 4 Paofi; Nefer, Tyhi. Ne sors aucunement de la ta maison en ce jour. Quiconque naît en ce jour, meurt de la contagion.

tt Le ... Tyhi, Tyhi, Tyhi. Ne sors aucunement de la maison en ce jour. Ne t'appreche pas de la femme. C'est le jour d'offrir les choses d'or devant Dieu; et Menthou repose en ce jour. Quiconque nait en ce jour mourra par la femme.

tt Le... Tyhi, Tyhi, Tyhi! Ne sors pas en ce jour.

Ne t'adonne à aucun travail manuel. Quiconque nait en ce jour, meurt par le serpent.

tt Le... Ne te lave dans aucune eau en ce jour. Quiconque navigue sur le fleuve est mis en pièces par Sébek (le crocodile) . »

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