‹ La civilisation pharaoniqueChapitre 30 sur 44 · X. Uartthébain · texte numérisé non relu

X. Uartthébain

L'on est convenu de considérer l'art des dix-huitième et dix-neuvième dynasties romme inférieur à celui des dynasties précédentes. La vérité est que la production artistique fut beaucoup plus considérable, ou si l'on préfère, qu'un bien plus grand nombre de spécimens sont parvenus jusqu'à nous. D'où ce fait indéniable : quantité d'œuvres inférieures ont donné l'idée que l'école qui les avait produites touchait à sa décadence. Supprimez ces monuments médiocres; ne considérez que les chefs-d'œuvre de Thèbes; l'hémispeos de la reine Hatasou ; le temple d'Amon générateur, bâti par Aménophis III; la basilique de Seti I";

fi) Edouard Naville, la Religion des anciens Egyptiens.

son caveau, à la vallée des Rois et sa chapelle funéraire, à Abydos. Les peintures et les sculptures dont sont ornés ces édifices ne le cèdent ni pour la grandeur, ni pour la puissance, ni pour Télégance, ni pour la beauté à aucun des monuments plus anciens.

Deux types nouveaux nous sont fournis par les édifices de la Thébaîde, le temple et Thypogée. L'un et l'autre ont été diversement appréciés. Une chose essentielle manque à ces études de critique; la connaissance du sentiment premier, qui préside toujours à l'ordonnance de la tombe ou du temple égyptien.

Le rôle exact de chacun des éléments architectoniques prouve d'ailleurs, jusqu'à l'évidence, l'impossibilité de rechercher en eux le ressouvenir d'un type primordial. Ce temple, à quelque époque que ce soit, comprend deux parties, susceptibles d'acquérir chacune un degré de développement extrêmement variable. A l'entrée, se dressent deux hautes tours quadrangulaires, afiectant la forme de pyramides tronquées, deux pylônes, entre lesquels se dresse la porte majeure. i\u delà, une cour s'étend, entourée, sur trois de ses côtés, de portiques, à une ou plusieurs rangées de colonnes, et fermée, au fond, par une salle hypostyle, comprenant nef centrale et bas côtés. Plus loin, c'est le sanctuaire et les chapelles qui l'environnent, désignées eu archéologie sous le nom de cantons du mystère. Le nombre de ces chapelles varie; leur rôle reste le même en tous les cas.

Les quatre éléments de ce temple synthétisaient, pour l'Égyptien, la création tout entière. Toute la partie antérieure de l'édifice, les pylônes, la cour, l'hypostyle

était pour lui la représentation du monde terrestre; la partie postérieure, le sanctuaire et les salles du mystère, le ciel, la demeure des dieux.

A la première de ces divisions appartient la porte d'entrée, flanquée des deux pylônes, les obélisques, les statues adossées à cette façade, les sphinx de l'avenue qui la précède, la cour qui s'ouvre derrière elle, avec ses colonnades et la salle hypostyle prenant jour librement sur cette enceinte, fermée seulement qu'elle est, sur ses trois autres côtés. Au fond de l'hypostyle commence la demeure divine. Son plan est celui du monde d'en haut, avec ses salles différentes, dont chacune représente un canton du ciel. Les chapelles de gauche sont les Kert de l'Occident ; les chapelles de droite, les Kert de l'Orient; celles du fond, les Kert du Nord. L'orientation réelle importait peu; le principe voulait qu'en s'avançant dans le sanctuaire, on eût le Levant à sa droite, bien qu'en réalité il n'en fût pas ainsi.

Avant d'aborder l'examen des dispositions où se matérialise le symbolisme du temple, encore faut-il connaître quel était le sens du mythe qu'on y célébrait, et quels en étaient les acteurs.

Le triomphe du culte d'Amon avait donné le pas aux puissances de lumière, et partant créatrices. Ce temple est donc le cadre où se déroulent les phases de la course du soleil, et du mystère des engendrements et des enfantements de l'essence cosmique, éparse dans l'univers. Le Pharaon, fils du dieu, intermédiaire entre le ciel et l'homme, est naturellement l'officiant de ce sacrifice. C'est par son entremise que la vie circule dans le monde, il a toutes les prérogatives du pou-

voir que son père lai a délégué, pour faire acte de seigneur. Il » se lève comme Horus sur son trône, » selon Texpression des textes; entendant par là, que son apparition sur terre s*assimile à celle du soleil an ciel. La créature était trop indigne pour s'adresser à la divinité même. Il lui fallait cet intercesseur, réunissant en sa personne la nature divine et la nature humaine. L'office ne pouvait être célébré que par lui. Aux grandes cérémonies, la reine figurait à ses côtés, semblable à Isis, jouant le rôle de la déesse mère. Le prince héritier complétait alors la triade, tenant la place d'Horus, le dieu fils. Voilà pour les deux pensées principales que doit exprimer Tensemble du temple. Rappeler, par ses dispositions, la navigation du soleil, sur le fleuve d'en haut; le montrer créateur dans la demeure de mystère, en la personne du roi, faisant, aux lieu et place de son père, acte de vivification. La première est exprimée par Tarchitectonie du monument; la seconde, par les peintures, retraçant dans les cantons du ciel, l'œuvre accomplie par le Pharaon au passage. L'une traduit l'extériorité du mythe; l'autre, ce que l'Égyptien croyait être son intimité.

On a vu ce qu'étaient les croyances relatives à la circulation du soleil dans l'espace. Ra apparaît an matin, sur la montagne d'Orient, traverse le ciel dans sa barque; puis, parvenu au soir, meurt sur la montagne d'Occident, où sa personnalité disparaît, pour faire place à celle d'Osiris. Celui-ci s'enfonce alors au Nord, dans la nuit de l'Amenti, où se préparent les renaissances ; puis, revient vers le Sud, après être ressuscité

comme son propre fils, pour se manifester de nouveau à l'Orient.

En outre, tout était dualité pour TEgyptien. D'après les textes^ le soleil allant d'Orient en Occident coupe l'univers en deux moitiés, celle du Nord et celle du Sud. Aussi, le temple est-il double, comme le monde. L'axe longitudinal passant par le sanctuaire est censé le diviser en deux. Et non seulement cette ordonnance s'étendait à la basilique dans son ensemble, mais s'appliquait en particulier à chacune des salles, à chacune des chapelles : toutes avaient leurs deux régions, celle du Nord et celle du Midi. Enfin, cette disposition servait encore à symboliser la course du soleil nocturne dans la maison divine. La moitié du Nord était celle que parcourait le roi, assimilé à Osiris, lorsque, à l'instant où le disque s'ensevelit à l'horizon, le dieu s'engage dans les chemins de l'Amenti; la moitié Sud, celle des chemins par lesquels il revient à la lumière, après sa résurrection.

A l'analyse, c'est tout cela que nous retrouvons dans les éléments constitutifs du temple. Le pylône rappelle, par sa masse, la chaîne des montagnes arabiques, avec leurs pentes en glacis et leurs sommets en terrasses. Ce sont deux grosses tours en forme de pyramides tronquées, qui dominent tout le reste du monument. Les inscriptions les nomment a Isis et Nephthys, lorsqu'elles soulèvent le disque » . Derrière cet horizon, la cour avec ses portiques, soutenus par des colonnes à chapiteaux lotiformes, est l'image du monde extérieur. Les plafonds représentent le ciel, sur lequel coulent les eaux d'en haut, où navigue Ra dans

sa barque, et qae soutiennent, aux quatre angles, les quatre piliers gigantesques, dont le fût est le sym* bole de vie par excellence, la tige de lotus. Dans la pratique, la colonne angulaire s'est naturellement métamorphosée en portiques, mais a conservé les •caractères essentiels de la fleur sacrée, jusque dans ses moindres détails.

L'hypostyle répond à Thorizon occidental du ciel, la montagne de Libye, sur laquelle le soleil s'abaisse et va disparaître. C'est la limite du monde, le péristyle de la région ténébreuse, dans laquelle le dieu va s'enfoncer. Aussi, cette salle est-elle plus élevée que les portiques de la cour, et bâtie, de même que les pylônes, en forme de pyramide tronquée. Ouverte librement sur sa façade, elle a son plafond porté sur une véritable forêt de colonnes, et par cette disposition, un jour crépusculaire y règne, avant-coureur de la nuit où l'on entrera, le seuil du mystère franchi. Un mur épais, percé d'étroites portes, sépare cette première partie du temple de la seconde. Au delà, on est dans le ciel, au palais divin.

Chacune des salles qu'on y trouve répond à Tune des divisions de l'habitation céleste. Au centre, est le Saint des Saints, réservé au Dieu Père, auteur des choses. A gauche, c'est la contrée d'Occident, consacrée à la Déesse Mère, celle au sein de laquelle le soleil se plonge; celle en qui le dieu mort s'engendre ; à droite, les cantons de l'Orient, le sanctuaire du Dieu Fils, celui en qui le soleil renaît.

Les plafonds de ces chapelles vont s'abaissant de proche en proche, jusqu'à la deniière; et cette décrois-

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sance est encore un symbole. Celui de la descente du dieu, sur le fleuve infernal. Mais, en même temps que la hauteur des salles décroît, le sol se relève d'un mouvement uniforme. Pour passer de Tune à l'autre, il faut toujours gravir quelques marches, et cette seconde disposition figure la deuxième partie de la course de FOsiris-Ra, lorsque, arrivé au terme de son voyage vers le nord, il remontera vers la terre, pour de nouveau surgir à Thorizon de la montagne, au matin. Par là, le culte des divinités de lumière, de vie et de renaissance se confondait avec celui des divinités funéraires ; et cela impliquait, à ce que, dans leur enthousiasme pour l'antiquité gréco-romaine, les archéologues du commencement du siècle dernier appelaient tt le Temple du Soleil n un aspect de tombeau. Cette contradiction apparente les choquait, il est vrai. Ils ne s'expliquaient point qu'un mythe de lumière pût se dérouler dans les ténèbres. Ils eussent aimé à retrouver un de ces édicules à ciel ouvert, qui leur étaient familiers en Grèce, où Apollon, descendu du ciel, pour courir à quelque galante aventure, s'arrêtait an passage, en sautant à pieds joints par-dessus les murs.

Voilà pour la masse architecturale, le décor est à l'unisson.

A la porte de ce temple, les sphinx, rangés au bord de l'avenue qui y accède, sont l'image de Hor-m-khout, l'Horus sur l'horizon, le soleil qui va apparaître; les béliers, l'àme de Ra générateur, et les figures momiformes, qu'on voit debout, entre leurs pattes, l'assimilation du roi au dieu. Les statues colossales du souverain symbolisent la manifestation de la divinité sur

terre. Sur la crête des pylônes, une corniche court, formée d'une gorge et d'un listel. Sur la gorge, s'éta* lent des rayures multicolores; ce sont les rayons de lumière, qui jaillissent au lever de THorus. A la porte majeure, ouvrant entre les deux tours, le même surgissement se répète; pendant que sur Tentablement, s'écartèle le disque ailé. Ce disque, les textes nous rapprennent encore, c'est une figure du soleil nocturne; l'habitant de Houd, région du firmament fermée à la lumière teiTestre, le ciel intermédiaire;. « dieu beau, qui irradie la flamme» figurée par les palmettes du couronnement.

Dans la cour, dans l'hypostyle, les colonnes sont autant de tiges de lotus, aux fleurs tantôt encore en boutons, tantôt épanouies, selon que se prépare ou qu'a eu lieu la renaissance. La base représente la terre, où la plante a pris racine. A sa naissance, elle s'étrangle, ainsi qu'il en était en réalité, et les petites feuilles qui entourent le bulbe se peignent à son pied. L'architrave est le rebord du plafond, avec sa corniche de lumière. Il suffit, pour s'en rendre compte, de remarquer que, sous les portiques, la couverture de dalles, au revers de laquelle est creusée cette gorge, est étoilée d'or, sur fond bleu.

Sur les murs, de vastes compositions mettent eu scène le Pharaon, rappelant les grands événements de son règne; les victoires remportées en Asie ou en Ethiopie, les ofirandes et les sacrifices qu'il a ofierts au dieu. Ce n'est pas là seulement les annales officielles de l'Egypte. C'est l'affirmation de la puissance d'Amon. Sous la lumière atténuée ^ des portiques,

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le léger relief des sculptures peintes se découpe en lignes vigoureuses, donnant aux figures royales, ainsi profilées, un aspect de triomphe absolu. Dans la salle hypostjde, la disposition reste la même. On est au soir, le crépuscule commence. Aussi le plafond est-il pareillement peint en bleu, mais plus sombre, presque noir. Cette fois, on est au seuil du mystère; et les cérémonies qui vont s'accomplir dans le ciel auront pour but la revivification des éléments des existences dissoutes. Les figurations montrent la manière dont ces atomes vont y être introduits. Des Nils courent au ras des soubassements. De petites figures symboliques, représentant les diverses provinces, se déroulent en files serrées, portant chacune sur un plateau les espèces animales ou végétales spéciales au nome. C'est l'arrivée des principes de vie de rÉgypte entière au palais divin. Au-dessus, dans de grands tableaux, le Pharaon procède à des passes magiques, qui élèvent au ciel intermédiaire les parcelles exhalées de ces existences, amoncelées devant lui, sur des autels, que fort improprement on a nommées tables d'offrandes. Une main posée sur elles, il a frappe de son sceptre aux quatre points cardinaux D . La flamme vitale jaillit hors de la dépouille mortelle, animaux tués, plantes coupées, fruits cueillis, et remonte au « trésor des germes, » où la revivification s'accomplira. Et, à mesure que l'on s'enfonce sous cette forêt de colonnes, la perspective se resserre, les ténèbres se font plus épaisses. De quelque côté que le regard se tourne, il ne rencontre, dans le vide, que le 5urgissement fantomatique des colonnes,

et sur celles-ci, des bas-reiief s encore, retraçant, expliquant, commentant, ce drame de lumière et d'ombre, tandis qu'en haut de la porte du sanctuaire, le disque rouge. Habitant de Houd, met le ressouvenir de Tensenglantement du soleil tombé.

Dans les bas côtés, les colonnes conservent leurs chapiteaux à boutons de lotus, car cette région est, par excellence, celle où se préparent les renaissances. Quand le dieu, — le roi dans les cérémonies, — ressortait du sanctuaire, où il venait de vaincre la destruction, et d'assurer l'équilibre de la création, pour retourner à la lumière, il traversait l'hypostyle par la grande Aef, où le lotus fleuri épanouit sa corolle, à la tête des chapiteaux.

Les premières salles ,àn palais divin, précédant le sanctuaire, sont nommées par les textes l'Ousekhi^hoiep et rOusekht'kha; la Salle des Offertoires et la Salle du Lever. A l'Offertoire, les cérémonies accomplies ont trait à l'introduction des atomes émanés des existences dissoutes, au Douaouty le ciel intermédiaire. Ils y figurent encore amoncelés sur des autels; et de nouvelles opérations magiques les préparent à la résurrection. A la chapelle suivante, celle du Lever ^ c'est la fécondation de ces principes de vie universelle, l'engendrement des espèces, puis ce sont les sanctuaires, avec leurs mystères, et les cantons afférents à chacun d'eux. Le décor y est fourni par des tableaux magiques relatifs à la mort et à la résurrection du soleil ; mais leur composition, toute dogmatique, en fait des œuvres d'un symbolisme trop spécial, pour qu'il soit possible d'entrer ici dans leur exposition.

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La disposition générale de la sépulture, tout en restant fidèle à sa donnée première, change et se modifie; ses fresques se font encore plus nombreuses que celles de Tépoque memphite; et le mobilier funé- •raire prend une importance qu'il n'avait pas eue jusque-là. Au type du mastaba, succède celui de Thypogée, de la tombe creusée dans la montagne. Tout au plus, un petit vestibule, plaqué devant la paroi oii s'ouvre la porte, conserve le ressouvenir de Fédicule ancien, couvert d'un pyramidion doré.

Cette porte franchie, la chapelle prend une physionomie nouvelle. Les scènes retracées sont devenues toutes autres; les tableaux de la vie du Double s'abrègent et l'office funèbre prend une place considérable; montrant tous les détails des rites de l'enterrement. L'arrivée du convoi à la tombe, le voyage de l'àme vers Abydos, les sacrifices, la culture des champs du domaine de la tombe, le labourage, les semailles, la moisson, l'élevage des bestiaux, les vendanges, les métiers manuels ont changé de signification. Les mœurs se sont modifiées, la civilisation s'est renouvelée. On ne trouve plus les troupeaux de gazelles privées; par contre, le cheval a été importé et s'est acclimaté ; les industries se sont perfectionnées et sont devenues plus nombreuses; le luxe en a fait éclore un grand nombre ; l'outillage s'est renouvelé et transformé.

Au point de vue dogmatique enfin, une idée toute nouvelle s'est superposée à l'ancienne; celle de la survie de l'âme et d'une rétribution future proportionnelle au bien ou au mal fait sur terre. Dans le culte

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primitif de Memphis, les actions de Têtre humain n*ont aucune influence sur le sort qui Tattend dans l*autre monde. Juste ou pervers, du moment que les cérémonies funèbres ont été célébrées à son intention, les rites observés, il est placé au nombre des élus. C'en était donc assez, pour lui, d'établir son identité; mais avec la croyance aux peines et aux récompenses, on jugea qu'il était sage d'assurer à chacun le bénéfice de ses bonnes œuvres, et dans chaque sépulture, on joignit à l'état civil une véritable biographie du défunt. Quand l'idée s'en était imposée, pour la première fois, sous la onzième dynastie, quelques notes manuscrites avaient suffi, mises pour ainsi dire en marge de rinscription donnant la généalogie. Un peu plus tard, de longs récits avaient rappelé toutes les actions d'éclat dont chacun pouvait se vanter. Avec l'avènement des Thébaîns, le dessin ayant pris une importance considérable, les peintres s'emparèrent de tous les épisodes, jadis simplement relatés, pour en décorer la chapelle. Là, où le général s'était borné à raconter ses campagnes, on figura le siège des places fortes, les batailles gagnées, les défilés des prisonniers faits. Là, où l'intendant du palais s'était glorifié des travaux exécutés sous sa direction, on montra l'extraction des blocs de granit, dans les carrières de Syène, leur transport jusqu'au fleuve, leur embarquement sur des chalands; les maçons jetant les fondations du temple, élevant les murs, équarissant les moellons, montant les briques; les sculpteurs dégrossissant et polissant les colosses; les charpentiers et les menuisiers se livrant à tous les travaux de leurs

métiers ; les forgerons et les orfèvres martelant et ciselant les plaques de métal, devant servir aux revêtements. De plus, les phases de la vie du Double se précisent encore, tout en se faisant plus complexes. Et les cérémonies de l'office des morts se détaillent, une à une, chaque phrase du rituel n'étant, pour ainsi dire, que la légende d'un tableau.

Le fond des croyances, ainsi retracées, reste le même qu'à la période memphite. La tombe est toujours la demeure d'Occident, où le mort s'enfonce, de même que le soleil dans l'Amenti. Cette course, c'est le voyage vers l'étoile polaire, en serrant la côte occidentale du fleuve infernal, pour revenir au Sud, en suivant la rive orientale, et renaître en la personne du Double. Où qu'il se trouve, l'Égyptien imagine des points cardinaux fictifs, La chapelle est creusée à l'Ouest; mais celui qui y pénètre est censé marcher vers le Nord.

Ceci établi, l'ordonnance des compositions est logique. Au seuil de la chapelle, le défunt arrive au terme de sa vie terrestre; sa gauche est son horizon. Aussi les fresques qui se trouvent à cette place, nous montrent-elles le reflet de ses actions méritoires; le résumé des faits qui ont marqué son existence, de manière à lui en assurer le bénéfice, au tribunal osiriaque. Au delà, commencent les scènes de prise en possession du tombeau, et les rites célébrés à cet efiet. A l'entrée de la nécropole thébaine, une basilique, aujourd'hui disparue, existait où était célébré l'office mortuaire. Par les peintures, nous savons qu'elle avait trois salles, flanquées de diverses dépendances; la salle d'Ament, la déesse d'Occident; la salle d'Anubis»

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I^Oavrear des chemins, et la salle d*Hathor. Toutes les cérémonies accomplies dans cette basiliqae sont scrupuleasement retracées ane à une. Le cortège arrive, puis passe de demeare en demeure; les prêtres célèbrent les divers offices ayant pour but d'identifier « THabitant de la tombe » à Osiris. Le sacrifice célébré, le sarcophage était descendu dans le caveau. Aussi, quel qae soit le développement ou le résumé de ce commenlaire en images, se trouve- t-on, avec ce tableau, arrivé au fond de la syringe. C'est Tinstant où le corps disparait, réellement, ou en pensée; le chemin que parcourera désormais le Double, qui le ramènera à la lumière d'une autre vie, et pour obéir à cette idée, la stèle marque le seuil de l'au-delà, et les peintures à la paroi de droite rétrogradent, de proche en proche, vers le jour, de même que tout à l'heure elles s'avançaient vers le fond du tombeau. Un nouvel office a pour objet de substituer les effigies à la momie, de manière à servir de supports au Double. Un prêtre évoque l'ombre du mort, la fait se dégager du corps, par des incantations magiques ; s'en empare, en l'enveloppant d'une étofie, puis l'infuse et la fixe dans les portraits. L'on procède ensuite aux cérémonies destinées à mettre l'image en possession des sens dont était doué l'être sur terre ; et celui-ci réapparaît en la personne d'un autre lui-même, pour s'avancer vers le jour. Dans les caveaux, rien ne nous montre les phases de la vie de l'âme; seules, les hypogées royaux nous en ont gardé le détail. Tout le Livre des Morts y est illustré, les peintures en ont traduit chaque passage, en des compositions où revit toute la croyance égyp-

tienne. Des corridors s'enfoncent dans la montagne, coupés de salles ; et les uns et les autres représentent chacun Tune des régions à traverser. Des portes se dressent, de place en place, gardées par des serpents, et le paysage infernal se déroule sur les murailles, retraçant les épreuves des âmes, les supplices des coupables, les béatitudes des bienheureuses, la lutte des génies s'attachant à leur poursuite, ou s'efforçant de les protéger. Il serait trop long d'analyser ici ces scènes; un seul point est à retenir : Tàme juste jouissait de la béatitude éternelle, Tàme coupable, après une série de tourments, proportionnels à ses fautes, était anéantie pour toujours.

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