XII. Les travaux d'utilité publique
L'imporiance prise par les travaux d'utilité publique fut au diapason de cette épanouissement politique, littéraire et artistique. Avec les présents du Ta Nouter, Hatasou fonda à Thèbes le premier jardin d'acclimatation, dont l'histoire des peuples ait fait mention. Les fleurs rares, les arbres odoriférants y furent planté; les oiseaux et les animaux inconnus à l'Egypte, élevés en volières ou en cages. L'événement prit tant d'importance aux yeux des Égyptiens, que trois monuments nous en ont donné la représentation. Les basreliefs de Deïr el Bahari ; ceux de la salle postérieure du temple de Karnak et les peintures de la tombe de l'intendant, chargé des travaux d'installation, un certain Anâ, situé en plein cœur du cimetière Thébain.
L'exploitation des mines et des carrières se trouvait
forcément poussée avec entrain; l'entretien des canaux, en parfait état, rendait l'Egypte florissante. Ramsès II ne se montra pas moins soucieux d'ailleurs de la prospérité du pays, que de la sécurité de ses processions. Des citernes furent creusées, à chaque étape, sur les routes habituelles des armées en marche vers la Syrie, protégées chacune par une forteresse; le réseau des irrigations du Delta fut complété; un grand chenal mettant la Méditerranée en communication avec la mer Rouge, creusé. Il s'amorçait au Nil, près Memphis, pour aboutir aux environs de Suez; assez large pour laisser passer de front deux trières. La grande muraille de l'isthme sinaïtique fut réparée, une fois encore, et renforcée de citadelles, bâties sur des plans jusque-là inconnus. Un nouveau quartier de la nécropole royale, devenu nécessaire, demanda l'établissement d'un chemin, à travers les défilés de la montagne libyque. Les ingénieurs de Ramsès II le coupèrent au milieu des collines, établissant, en plein roc, une tranchée de quarante mètres de profondeur. Des villes nouvelles s'élevèrent, comme par enchantement, à la frontière orientale de l'Egypte. La nécessité pour le Pharaon d'y résider souvent et de s'y trouver à toute alerte du côté de la Syrie, prêt à se mettre à la tète de ses soldats, décida même Ramsès II à s'y construire une sorte de seconde capitale, Pa-Ramsès-aa-nakht, — Ramsès la Valeureuse, — dont les poètes nous ont laissé cette description : tt Elle s'étend entre la Syrie et l'Egypte, toute remplie de trésors. Elle est semblable à l'An du sud; sa durée est celle de l'An du nord. Le soleil se lève et se couche en elle. Les hommes quittent leur ville et
s'installent sur son territoire. Les habitants sont en habits de fête, chaque jour. De l'huile parfumée oint leurs perruques neuves. Ils se tiennent sur leurs portes, les mains chargées de bouquets, de rameaux verts du bourg de Pa-Hathor, de guirlandes du bourg de Pa- Hor, au jour de Ten-trée du Pharaon. La joie règne sans que rien Tarrête. 0! Ousor-ma-Ra-sotep-n-Ra, dieu Menthou, dans les deux Ëgyptes, Ramsès-mer- Amen. -n
Xin. La vingtième dynastie.
La décadence venait cependant à grands pas, et dès le règne du successeur immédiat de Ramsès II,. son fils Mer-n-Phtah, il eût été permis d'en préjuger, à certains indices, qui, à eux seuls, suffisaient à prouver combien de faiblesse était cachée sous la puissance apparente du grand roi.
Mer-n-Phtah avait résisté à grand'peine à la coalition des races nouvelles, que le flot migrateur du moment venait de jeter du fond de TAsie Mineure et de la Troade. Les Libyens avaient pu envahir le Delta, et s'avancer jusque sous Memphis, appuyés par les Tyrsènes, les Shardanes, les Lydens, les Lydiens et leurs auxiliaires Aquiousha, Shakalousha, Timihou, Mashaouash et Kéhak.
A la faveur de cette incertitude, des révoltes de toutes parts éclatèrent. Les esclaves, ramenés au
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temps de la conquête, et dont le nombre était considérable, surtout en Basse-Egypte, commençaient à se mettre ouvertement en rébellion. Aux pieds du mur blanc de Memphis, les Babyloniens s'emparaient d'une position forte, livraient bataille aux troupes égyptiennes; et si grande était l'impuissance du monarque à réprimer la mutinerie, qu'il préférait traiter avec cette tourbe, dont pas un seul n'eût échappé au supplice au temps de Séti I". Il lui concédait le terrain, l'autorisait à le coloniser, et à l'appeler Babylone-d'Egypte, en souvenir de son ancienne patrie. A Troja, les ouvriers des carrières, encouragés par ce succès, se soulevaient à leur tour : Libyens, Sémites, Éthiopiens, Maz s'enhardissaient à espérer leur affranchissement.
Parmi les Sémites, les enfants d'Israël, ceux du nioins qui avaient préféré rester dans le Delta, après l'expulsion des Hyksos, se trouvaient attachés aux travaux en cours dans la Basse-Egypte. Ramsès II, privé par la paix qu'il avait signée avec les Khéta, du contingent d'ouvriers que lui avaient fourni ses campagnes, se montra particulièrement dur envers eux. tt Les Egyptiens établirent sur le peuple des commissaires d'impôts, pour l'affliger en le surchargeant. Car le peuple bâtit des villes fortes à Pharaon, savoir Pithome et Pa-Ramsès-aà-Nakht. Mais plus ils l'affligeaient, plus il multipliait et croissait en abondance. C'est pourquoi, ils haïssaient les enfants d'Israël. Et les Égyptiens faisaient servir les enfants d'Israël avec rigueur, tellement qu'ils leur rendirent la vie amère par une rude servitude, les faisant fabriquer des
briques et les astreignant à tous les travaux des champs. * Tout service qu'on tirait d'eux était une rigueur (1). >>
C'est alors qu'apparut Moïse, et que selon la tradition, l'Exode se produisit, vers la fin du règne de Mern-Phta (2). L'on a objecté que l'invasion des Peuples de la Mer n'avait point pénétré au pays de Goshen, où les livres juifs placent les cantonnements des Israélites; et que, d'autre part, la décomposition de l'Egypte n'était pas encore assez grande, pour permettre aux Hébreux de quitter impunément le Delta. Il est permis de répondre, en se plaçant sur le terrain de la critique pure, que les Babyloniens avaient pu traiter avec le Pharaon, et obtenir des privilèges. C'en était assez pour que leurs voisins s'enhardissent jusqu'à fuir à la faveur de troubles, que l'histoire a intentionnellement négligé de mentionner.
Cet état de décadence allait devenir plus manifeste çncore, sous la dynastie suivante. La dix-neuvième éteinte, en la personne de Séti II, le pays était tombé dans une anarchie complète ; des royautés collatérales s'étaient élevées, parmi lesquelles nous relevons le nom d'un certain Aî-Ra, qui se qualifie de souverain légitime et d'héritier de Seb(3).
Après ces années » de néant d ainsi que s'exprimaient les textes, une monarchie nouvelle enfin s'élève, qui, une heure, retardera la ruine irrémédiable de
(i) Exode, I, 11-14.
(2) E. 08 RouG^, Examen critique de V ouvrage de M. le chevalier de Bunsen.
(3) Ë. OB RouGtf , Notice des monuments.
l'ËgypIe, celle des Ramessides, dont le chef, Nakht-Sêti, descendait directement de Ramsès II. Son rôle consista à refaire, une fois encore, Tunité de la puissance nationale. « Il fut comme les dieux Khéper et Soutekh en sa violence, tuant les barbares implantés dans le Delta, purifiant le grand trône d'Egypte. Il fut régent des deux terres, à la place de Toum : s'appliquant à réorganiser ce qui avait été bouleversé, si bien que chacun reconnut un frère dans ceux qui avaient été séparés de lui pendant si longtemps. Rétablissant les temples et les sacrifices; si bien qu'on rendit à la Paout des dieux les hommages traditionnels. »
Son fils, Ramsès III, que de son vivant il avait, selon la coutume, associé au trône, allait être le dernier grand roi, et pour la dernière fois reconstituer TEmpire, tel qu'il avait existé sous Ramsès II. A son avènement, il trouvait les provinces syriennes perdues et les frontières mêmes du pays entamées. A TEst, les Shàsou, maitres du Sinai, harcelant les avant-postes échelonnés sur Fisthme, devant la grande muraille. A FOuest, les Libyens et leurs alliés, Mashaouash, Timaou, Zaoutmar, Tahonnou et Kéhak campant en plein Delta, de la ville de Karbina aux portes de Memphis.
Tout d'abord, le nouveau souverain marcha contre les Shàsou, qu'il tailla en pièces; et l'an V de son règne, il défaisait les Libyens, et les rejetait dans le désert. Puis, débarrassé de ce côté, il entreprenait de reconquérir les provinces syriennes. L'ennemi traditionnel de l'Egypte, les Khéta, avaient, sinon disparu de la scène du monde oriental, du moins, n'y tenaient
plus qu'un rôle effacé. Les Dardanes eux-mêmes avaient fait place aux Danaens, aux Tyrseniens, aux Shakalash et aux Teucriens, dans Thégémonie des peuplades de TAsie septentrionale. Devant le danger, tous s'unirent contre le Pharaon, entraînant dans leur confédération les Lyciens, les Philestas et ce qu'il restait de Khéta; Gargamisb, Arad et Kadesh. Grossis du contingent des villes qu'ils rencontrèrent en chemin, les alliés poussèrent droit vers le Delta, traversèrent la Cilicie, se concentrèrent au pays d'Amahour (Amorrheens), et s'avancèrent sur l'embouchure du Nil, tandis que leur flotte serrait la côte, de manière à menacer le flanc des Egyptiens. Ramsès III, qui les attendait à Péluse, se porta à leur rencontre, vers Raphia, sous les murs d'un château fort, récemment construit, le Migdol de Ramsès III, et les mit complètement en déroute. Hais, trois ans après, l'an XI, les Libyens étaient reformés. Leur chef Kapour entraînait les Hashaouash, les Sabati, les Kaigash ; et, aidé des Tyrseniens et des Lyciens, pénétrait de nouveau dans le Delta. Battu pour la seconde fois, repoussé l'épée aux reins, la défaite essuyée par lui était si complète, que désormais, il ne songea plus à troubler le repos du roi d'Egypte. Une fois encore, les bataillons de Soutekh et de Ra reprirent la route de Gargamisb et de Kadesh. Une flotte de galère cingla vers la côte de Kida, et la fit rentrer dans l'obéissance; une autre alla faire escale au Ta- Nouter et au pays de Pount, d'où elle rapporta tout un tribut de parfums.
L'Egypte rétablie dans son intégrité, telle qu'elle
avait existé au siècle d'avant, ne revit plus sur ses frontières Tapparition menaçante des Shardanes, des Tyrsènes, des Lyciens ou des Troyens. Le courant migrateur avait détourné ceux-ci des bords du Nil, pour les diriger sur Tltalie. Les Tyrsènes se fixèrent à Fembouchure du Tibre; les Shardanes, en Sardaigne; les Philestas obtinrent de fonder une colonie aux environs de Joppé, et les Mashaouash, incorporés dans la garde du Pharaon, formèrent un corps d'élite, dont le chef allait acquérir une influence, de jour en jour grandissante, dans les affaires de TÉtat. [Cette paix, c'était la décadence définitive, irrémédiable, inévitable. L'on s'en aperçut bien sous les successeurs de Ramsès III. Le premier en date, Ramsès IV, son frère, le remplaça après trente-deux ans de règne. Le nouveau souverain n'exerça le pouvoir que quelques années, et eut pour continuateur un parent éloigné, Ramsès V. Après ce dernier, les quatre fils de Ramsès 111, Ramsès VI, Ramsès Vil, Ramsès Vlll et Ramsès IX ne firent que passer sur le trône. A peine trouve-t-on mention dans leurs annales de quelques petites expéditions. Plus de guerres en Libye, plus de campagnes aux sources de l'Oronte, plus de reconnaissances poussées sur le haut Nil. A l'intérieur, même accalmie, même trêve aux luttes politiques et religieuses. Plus de guerres civiles, plus de compétitions. A reconnaître cet état de choses, on pourrait croire que l'Egypte, arrivée au calme, touchait à la période la plus heureuse de son histoire; tout au contraire, elle en mourait.
La preuve? Maints documents nous la fournissent,
m LA CIVILISATION PHARAONIQUE
indubitable : pièces juridiques, correspondances de fonctionnaires et de particuliers. C'est l'histoire anecdotique de Thèbes au jour le jour; nous y voyons Tappauvrissement de la ville, privée du riche butin que lui procurait, aux siècles d'avant, le sac annuel des villes asiatiques. Une population considérablement accrue, que le bien-être général avait habituée à une existence de paresse et d'indolence, portée à la turbulence, et dont l'audace grandit à mesure que se fait plus bénévole le pouvoir royah L'argent monnayé étant inconnu, les salaires consistaient en distributions de pains et de céréales, faites le premier du mois; mais le manque d'ordre, inhérent aux ouvriers, faisait qu'après quelques jours de bombance, la provision du mois était épuisée. Une mutinerie se produisait alors sur les chantiers des temples ou de l'Etat. Les grévistes quittaient le travail, s'assemblaient sur une place publique, auprès de l'édifice le plus voisin, au seuil du sanctuaire de Mer-n-Phtah ou de Séti. Les gendarmes (Maz) cherchaient bien à les disperser ; les chefs des équipes, à les ramener; mais les jours étaient passés où le Pharaon était pour son peuple le dispensateur des souffles de vie. a Nous avons faim, il y a encore dixhuit jours, jusqu'au mois prochain, déclare le à tes supérieurs, qui sont là-bas assemblés (I) n . Et les représentants de l'autorité négociaient avec les meneurs, les gagnaient par des concessions, et les remet-* taient à Touvrage. Mais souvent aussi, le différend devenait plus difficile à apaiser. L'émeute tournait au
(1) Ghabas, Papyrus de Turin.
pillage. Les greniers, civils ou religieux, regorgeaient de grains. Les grévistes en franchissaient les enceintes, assaillaient les contrôleurs préposés à leur garde, a Nous venons, poussés parla faim, poussés par la soif, n'ayant plus de vêtements; n'ayant plus d'huile, n'ayant plus de poisson, n'ayant plus de légumes; envoyez au Pharaon, pour qu'on nous fournisse le moyen de subsister. »
Et, si faible se sentait le souverain, qu'au lieu de lancer sur les émeutiers quelques escadrons de Mashaouash, qui les eussent mis vite à raison, il accordait l'augmentation de salaire ainsi demandée. « Nous avions dit, a ne nous sera-t-il pas donné de grains en ce sus de ce qui nous est attribué, sinon nous ne boutt gérons pas d'ici. » Voici donc le dernier du mois; il arriva que l'on comparut par-devant les magistrats, et ils dirent : a Qu'on mande le scribe comptable Kha- « mes » . Il fut appelé, par-devant les grands magistrats de la ville; et ils lui dirent : a Vois les grains tt que tu as reçus, et en donnes aux gens de la nécroa pôle ». On fit venir Pa-Menthou-neb, et l'on nous donna des rations supplémentaires, chaque jour. »
Ce relâchement de l'autorité enhardissait la populace; et les délits de tout genre devenaient de jour en jour plus nombreux et plus graves. Les cimetières enfermaient d'inépuisables trésors, les caveaux royaux et princiers surtout. Les momies y reposaient, couvertes d'or, de bijoux, de joyaux, d'amulettes, de pierreries. Des bandes s'organisèrent, dans le but de les dévaliser. 11 entrait de tout dans ces associations de malfaiteurs : des ouvriers, des vagabonds, des em-
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ployés subalternes des nécropoles, voire même des agents de police. Les uns venaient en aide aux autres, par ia connaissance qu'ils avaient des quartiers de la cité funèbre, ou des moyens qu'il fallait employer, pour venir à bout des obstacles amoncelés, en vue de parer à une violation. Sous Ramsès IX, une inspection de Tétat des tombes du cimetière thébain, établit que rhypogée du roi Sokar-m-sa-f, de la sixième dynastie, et de sa femme avait été mis au pillage; qu'aux alentours de ceux d'Antef et d'Aménophis III avaient été creusées de véritables galeries, et que ceux de plusieurs autres avaient été attaqués. Une commission, présidée par le grand prêtre d'Amon, fut chargée alors de visiter toutes les tombes royales, et de dresser un procès-verbal de leur état (I) .
Cet état de choses, se manifestant cinquante ans à peine, après la mort de Ramsès III, était le présage de la décomposition prochaine de TÉgypte. Trois Ramessides passèrent encore sur le trône ; Ramsès X, Ramsès XI et Ramsès XII. Leur règne fut long et obscur. Enfermés dans leur palais, s'en remettant pour le soin de l'expédition des affaires aux fonctionnaires de tous ordres, ils s'abandonnèrent au repos d'une paix complète, que ne troublait plus le souci de la sécurité des frontières. Mais, dans cet effacement, la puissance des prêtres d'Amon insensiblement grandissait. Le souverain n'était plus roi, que de nom;
(1) Ghabas, Une spolieUion des hypogées de thèbes; Maspbro, Une enquête judiciaire à Thèbes au temps de la vingtième dynastie; Erman, Beïtrage zur Kenntniss des œgypfisçl^ti GçrichU per/ahens.
le vrai maître du trône, c'était le Premier Prophète. Au lendemain de la mort de Ramsès III, le grand prêtre Ramsès-nakht avait été tout puissant auprès de Ramsès IV; quelques années plus tard, le fils de ce Ramsès-nakht était Tégal ou presque de Ramsès IX. Il consacrait des monuments en son nom personnel, présidait la commission d'inspection des nécropoles, en faisait graver le procès-verbal dans la syringe de Séti. Sous Ramsès XII, le Premier Prophète, Her-Hor est en réalité le véritable souverain d'Egypte» Successeur du prince héritier Pa-neh-sa (Penedjem), dans la vice-royauté d'Ethiopie ; généralissime des troupes nationales et mercenaires, il détient en mains tous les attributs du Pharaon. Sa mère était de sang royal d'ailleurs, et lui avait transmis des droits, à l'héritage de la couronne. A la mort de Ramsès XII, il se proclama « Seigneur du midi et du nord » et prit pour prénom son titre de Pontife d'Amon.
Tout alla bien d'abord ; mais les collèges sacerdotaux de Basse-Egypte ne virent point, cependant, sans jalousie le chef du culte thébain s'élever ainsi au trône. Bientôt, un tanite, Sa-Amen-Mer-Amen s'arrogea, lui aussi, le pouvoir. Reconnu de suite par tout le Delta et la Moyenne-Egypte, il devint le fondateur d'une dynastie collatérale éphémère, qui régna à Tanis sans gloire ; mais à dater de ce jour, c'en était fait de l'unité et de l'indépendance de l'Empire, la civilisation pharaonique était morte ; elle allait se survivre, quelques siècles encore, sous les dominations étrangères, qui tour à tour passèrent sur elle, sans même parvenir à l'entamer.