XV. La vie civile
Peu de renseignements nous sont parvenus, du fonctionnement des services de lladministration égyptienne, bien que celle-ci ait été la plus complète, qui ait jamais existé aux temps antiques. Le Pharaon exerçait un pouvoir absolu. Il confiait l'expédition des affaires courantes à des ministres. Le principal porte, dans les textes, le titre de » chancelier, gardien du sceau » . Un autre, celui de « trésorier» , qui répond à ministre des finances. D'autres encore sont appelés a maîtres des secrets » ou a amis royaux n , qualificatifs dont Téquivalent serait Conseiller privé et Conseiller d'État. Sous leurs ordres, des gouverneurs sont préposés à la tête de chaque nome. Recrutés indistinctement dans les collèges sacerdotaux, les fonctionnaires civils ou Tarmée, tous les ressorts de la province qui leur est confiée sont en leurs mains.
Du droit égyptien et de la jurisprudence, nous ne savons que peu de chose. Aucun jugement spécial ne nous est parvenu, daté de Tépoque pharaonique; aucun contrat n'est antérieur à la domination des Grecs. Il est peu probable, toutefois, que ceux-ci aient modifié quelque chose aux usages du pays; mais ceci reste en dehors de cette étude, qui prend fin à la conquête ptolémaïque. Quelques mentions, recueillies çà et là, au passage, tendent à établir, cependant, quelques points du droit successoral.
sas LA CIVILISATION PHARAONIQUE
Le majorât d^ainesse existait, à Tépoque féodale. On voit la terre seigneuriale appartenir à Tainé; le cadet occupait quelque charge militaire ou religieuse. Les filles, à défaut de lignée mâle, étaient aptes à hériter; et nous voyons la princesse Khet, porter le fief d'Iotef en dote, dans la maison des comtes de Heh.
Le fils avait l'administration de ses biens, et pouvait tester en faveur de ses parents, témoin le passage du pamphlet a les Misères de Tofficier n où le jeune garçon qui part comme lieutenant de cavalerie a lègue ses biens à son père et à sa mère n . Le testament était chose courante d'ailleurs, puisque, d'après la Satire des métiers, il n'est pas jusqu'au courrier, partant en pays lointain, qui ne dispose auparavant de ce qui est à lui.
Le sort de la veuve était assuré par une disposition, qui semble lui laisser l'usufi^uit, tout au moins d'une partie de la fortune ; sous des clauses qui nous échappent. Le testament pouvait dépouiller les héritiers naturels; mais il semble bien que ceux-ci étaient en droit de l'attaquer. Un roman, de très basse époque, il est vrai, mais qui, par sa tournure, semble une copie d'un document ancien, a le Conte de Setna » , met en scène un personnage épris d'une courtisane. Celle-ci lui fait faire une donation en sa faveur : les officiers ministériels viennent la rédiger. Puis, en possession de la pièce, elle exige de son amant ce qu'il fasse tuer ses enfants, pour que ceux-ci n'élèvent pas de réclamations. TU
L'Égyptien n'avait qu'une seule femme; la famille étant constituée à l'image de la triade divine. Ce ne fut
qu'après la conquête de TAsie, que les Pharaons se créèrent des harems. C'était là une mode, qui n'entamait en rien la constitution religieuse. Les Annales de Ramsès II nous apprennent qu'à huit ans, son père, qui venait de l'associer au trône, lui constitua un gynécée de neuf cents femmes. D'autres exemples ont été cités; mais il faut être en garde contre de trop promptes interprétations. Le titre « d'épouse et de favorite royale » par exemple, est appliqué dans un texte à une petite fille âgée de quelques mois à peine. De telles appellations ne relevaient que de l'étiquette, et indiquaient le rang social.
Il en est de même de cette phrase, qui presque toujours revient sur les stèles, unissant les noms de tt sœur et d'épouse d . L'on a cru ainsi, sur la foi des Grecs, que les mariages entre frères et soeurs étaient fréquents ; rien n'est moins vrai.
Sans doute, en principe cela était admis, et faisait même partie de la dogmatique. Aux temps fabuleux du règne des dieux, des unions avaient eu lieu entre les enfants de Ra, de même que la Bible nous en montre entre les enfants d'Eve et d'Adam. Osiris était bien le frère et le mari d'Isis ; cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Dans la suite, le Pharaon, incarnation, ou pour mieux dire, support de la divinité sur terre, se conforma autant que possible à l'origine divine dont il était le reflet. C'est ainsi que nous voyons Thotmès I" marier sa fille légitime, Hatasou, à un fils qui lui était né d'une concubine de son gynécée. Mais,, en dehors de ces unions, consacrées par la tradition fabuleuse, le cas était rare, et le qualificatif de
sœur a sœur-^pouse (sheni^himet) « donné à la femme, n'était, lai aussi, qu'une formule protocolaire, tout homme l'appelant « sœur », quand bien même il n'existait aucun lien de parenté entre eux. La pi'euve nous en est fournie par quantité de textes, où la généalogie des deux époux nous est donnée. Les noms des parents et des grands-parents sont différents. Le nom de « sœur n , donné à la compagne, n'était donc qu'une formule affectueuse; elle évoquait l'assimilation du couple humain au couple divin d'Osiris et d'Isis.
Le mari avait droit de vie sur sa femme, en cas de délit d'adultère. Nous voyons, par un passage du Conte des deux Frères, Anepou tuer la sienne, et jeter son corps en pâture aux chiens. Mais, en dehors de la sévérité dont il pouvait faire preuve en cette circonstance, la condition de Tépoilse était celle de la femme libre. Loin d'être recluse, comme dans le reste de l'Orient ancien, c'était la aHaîtresse de Maison n, ainsi que les inscriptions s'expriment, prenant part à tous les détails de la vie sociale, auxquels était mêlé son mari. Elle donnait, lorsqu'elle était grande dame, des réceptions, des dîners et des fêtes, et les tableaux nous prouvent, que formaliste était l'étiquette. Les convives occupaient des places assignées, selon leur rang. Les femmes avaient le pas sur les hommes, et avaient droit à des fauteuils ou tabourets, plus ou moins hauts, selon leurs titres. Les hommes s'asseyaient sur des sièges plus bas, ou sur des nattes, garnies de coussins. Les domestiques circulaient entre les rangs des invités, parfumant leurs cheveux, leur présentant des boissons
et des fleurs, pendant que des musiciennes, joueuses de harpe, de flûte et de mandoline se faisaient entendre, rythmant au balancement de leurs corps, le son des instruments. A côté de sa femme, le maître de la maison était assis sur un divan, entouré de ses enfants. Parfois, auprès d'une personne de qualité, ceux-ci s'empressaient, lui présentant eux-mêmes les bouquets et les coupes. C'étaient là les seules fêtes civiles; les spectacles publics étaient inconnus.
La condition de l'esclave était des plus douces. La meilleure preuve en est, que les peintures funéraires l'associent aux scènes de la vie du Double du maître ; le montrant mêlé à la famille, dont il a fait partie en quelque sorte, continuant son office auprès du défunt. Sans doute, on pourrait supposer que le Double avait besoin de serviteurs dans l'au-de là, et les a gardés, pour cette raison, en un esclavage d'outretombe. Mais le passage de Phtah-Hotep nous renseigne. Celui qui ne traite pas bien ses gens est a une personne maudite», et « c'est un sage, celui chez qui l'on est bien traité » .
La juridiction était naturellement fort compliquée, ainsi qu'il convient à un peuple bureaucratique, (c Nous comparûmes devant les autorités n ; cette phrase revient souvent. Les codes sont perdus ; mais une partie de la procédure est, par lambeaux, indiquée dans les peintures et dans les textes. Nous voyons, en particulier, l'usage de présenter des requêtes et des placets. Ils étaient transmis aux tribunaux compétents, et nous savons qu'il y avait convocation devant les juges. Un passage des maximes de Phath Hotep encore, témoigne
même que Tarbilrage était déjà en vigueur. Phath- Hotep recommande aux magistrats Timpartialité, Tégalité d'humeur, et à Tarbitre d'écouter les deux parties avec une égale bienveillance. Cn autre de ses préceptes a trait aux devoirs des agents de la force publique : c Si tu es Tun des gardiens délégués à la sécurité, exécute ta consigne, sans la comprendre, et parle fermement. Ne remplace pas ce que ton chef a dit par ce que tu crois être son intention. Les grands emploient la parole comme il convient. Ton rôle est de la transmettre et non d'apprécier. »
Plus tard, ces a gardiens de la sécurité » se nommèrent les Maz, qui constituèrent un véritable corps de gendarmerie. Ils dressent des procès-verbaux et font des rapports. Si le cas a une particulière gravité, s'il menace la tranquillité du pays ou s'il s'agit d'un outrage exceptionnel, le Pharaon nomme une commission d'enquête. Le document connu sous le nom : u Une enquête judiciaire à Thèbes, aux temps de la dixhuitième dynastie » , nous a conservé la marche de l'instruction ouverte, au sujet de la violation des sépultures des princes thébains. Les pénalités en ce cas étaient graves; car il s'agissait d'un crime pire qu'un sacrilège; la destruction des momies et des statues supports du Double entraînant l'anéantissement de l'Osirien.
Pour le reste, la bastonnade, la condamnation à la prison, soit à temps, soit à perpétuité, les travaux forcés, la peine de mort étaient répartis proportionnellement au délit, et, dans un pays où la philosophie était en honneur, parmi les lettrés, ces peines étaient
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toujours assez justes. A Tépoque féodale, alors que la suzeraineté du Pharaon était plus fictive que réelle, chaque seigneurie avait ses tribunaux de haute et basse justice, de même qu'elle avait l'autonomie de tous ses services administratifs. Plus tard, lorsque l'unité de la monarchie fut faite par les Thébains, les fonctionnaires furent, dans tout l'Empire, les agents du Pharaon, et rendirent les arrêts au nom de celui-ci; les seigneurs, bien que conservant leurs titres d'autrefois, n*en ayant plus les prérogatives. A quelques passages, on peut même préjuger que les magistrats étaient étrangers à la province où ils avaient à statuer..
Quantité de peintures ont trait à la rentrée de rimpôt, et le nombre des employés du fisc était considérable. La moitié des terres de l'Egypte formait le domaine des collèges sacerdotaux, du Pharaon ou des seigneurs; l'autre, fort divisée, constituait la petite propriété des paysans. La dîme, perçue en nature, avait pour unité une mesure étalon de céréales. Les caisses de l'État sont les greniers du souverain. Une armée de scribes et de vérificateurs y est occupée à contrôler les quantités de grains apportées par les contribuables, à ranger les outres qui les renferment, à inscrire les rendements. Partout, à toutes les opérations, un chef de comptabilité préside. Ailleurs on voit les hauts dignitaires, et jusqu'aux ministres eux-mêmes inspecter le contenu de ces greniers.
A cet impôt, un autre venait s'ajouter, acquitté sous forme de corvées. Avec un service d'irrigation aussi important que celui qui desservait la vallée du Nil et le Delta, il ne pouvait en être autrement. Chaque vil-
lage y avait intérêt; ses habitants rassembli's, à des dates fixes, correspondant au commencement de Tinondation, devaient mettre les prises d'eau, venant s'amorcer au fleuve, en état; curer les canaux, procéder à la réfection des digues, destinées à protéger les villages, ou les petits réservoirs échelonnés à la rive. L'Egypte entière devait, à cet instant, accomplir ce travail, sous peine de voir son sol retourner au désert. La crue passée, il fallait encore établir le réseau des petits drainages secondaires. I^a création des routes, les grands travaux d'utilité publique, étaient accomplis de cette manière aussi. Dans certains cas, la construction des monuments se trouvait assurée de même. Le plus souvent, pourtant, c'étaient les captifs ramenés des expéditions lointaines, d'Asie, d'Ethiopie, de Libye, qui étaient employés comme ouvriers. Aux temps de la monarchie thébaine, des Thotmès aux Ramessides, les populations étrangères sont seules attachées à l'édification des temples. Au besoin, une razzia était même opérée, uniquement dans ce but. Directeurs des travaux, contremaîtres de tous grades, étaient seuls Égyptiens.
Le recrutement des troupes constituait une autre charge pour le pays; plusieurs peintures nous initient à son mécanisme. Aux temps féodaux chaque principauté avait son armée, dont le chef était le seigneur. Celui-ci devait alors fournir un contingent à son suzerain, dans toutes les guerres où il faisait appel à son aide. Plus tard, l'unité de l'Empire remplaça ces armées provinciales par une armée, levée dans toute l'Égyptè et commandée par des généraux, choisis par
le Pharaon. Dans la tombe de l'un de ceux-ci, Pesoukher, commandant de la cavalerie de Thotmès II, comme autrefois dans celle de Tun des officiers des seigneurs de Meh, nous assistons à divers épisodes de la vie militaire. De même qu'aujourd'hui encore, un groupe d'agents du recensement parcourait la seigneurie ou la province, et choisissait, parmi les jeunes hommes, ceux qui leur semblaient les plus aptes à être incorporés. De même aussi qu'aujourd'hui sans doute, cet impôt du sang pouvait être racheté, par l'acquittement d'une taxe spéciale; car les contingents étaient variables. Selon les campagnes entreprises, des levées avaient lieu, fournissant l'effectif voulu. Le gros des forces nationales formait l'infanterie des légions de Ra, de Thot, de Phtah, de Soutekh, de JUenthou, — chacune étant placée sous la protection de l'une des manifestations de la divinité — que nous voyons citées dans les annales ramessides. Mauvais soldat toujours, l'Égyptien ne devait ses victoires qu'à la valeur personnelle des chefs; à leurs aptitudes stratégiques; à la grande discipline, qui faisait la cohésion de ces masses, aux pesantes armures, dont les mouvements d'ensemble triomphaient de l'incertitude des barbares d'alors. Les auxiliaires, toujours employés, même aux époques féodales, étaient enrôlés parmi les prisonniers, libyens et éthiopiens; ils formaient les corps d'archers ou de frondeurs, légèrement équipés, et portant pour tout vêtement le pagne court, serré à la hanche. La cavalerie fut toujours inconnue, au sens propre du mot; et sous ce nom, il faut entendre les combattants montés sur des chars.
Ces chars étaient petits et fort légers; deux chevaux y étaient attelés à un timon ; les plus grands en comportaient quatre. Quelquefois un automédon était chargé de la direction, tandis que Thomme d'armes conservait la liberté de ses mouvements. Le plus souvent» c'est celui-ci qui conduit lui-même. Les guides sont fixées à sa ceinture, où elles s'adaptent à des crochets. Un mouvement du toi*se en avant ou en arrière; une flexion à droite ou à gauche tendait la bride, maintenait les chevaux ou faisait touraer Fattelage. Qu'il se servit de l'arc ou de l'épée, le soldat de char avait ainsi l'usage de ses deux bras.
L'instruction des recrues retrace les divers exercices de l'assouplissement; les manœuvres en armes avec des bâtons en guise de glaives ; la boxe et la lutte à mains plates^ Certaines figures donnent les mouvements encore usités aujourd'hui. L'attaque et l'assaut des places est figuré aussi; le type des fortifications diffère selon l'époque. Le plus ancien consiste en une enceinte rectangulaire, composée de murailles épaisses, sur lesquelles deux ou trois chars peuvent passer de front. Elles sont construites en briques crues, appareillées par arcs elliptiques, à courbes très aplaties. D'une grande hauteur, elles étaient couronnées de créneaux, derrière lesquels s'abritaient les archers. Les portes, ménagées vers les angles, sont établies en zigzags, à la façon de celles de notre moyen âge. Au cenfre de ces forteresses primitives, dont Abydos et Nékheb fournissent les meilleurs exemples, un petit temple était situé.
Plus tard, ce plan de forteresses, tout en persistant,
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comporta deux ou trois lignes d'enceinte. A la douzième dynastie, il était déjà plus complique. La citadelle de Semneh, établie à l'entrée de la seconde cataracte, pour protéger la vallée du Nil contre les incursions des Éthiopiens, utilise déjà les pentes inaccessibles du rocher, sur lequel elle est bâtie. Ses angles brusques lui impriment un aspect presque moderne. A Tépoque des grandes guerres asiatiques enfin, le Migdolj — le donjon de pierre, — avec avancées, place d'armes, glacis, escarpe, contre-escarpe, remparts et fossés remplis d'eau, fut transporté des montagnes amorrhéennes, dans les villes frontières du Delta«
L'attaque de ces places, quel qu'en soit le type, demeure invariablement le même. Des machines de guerre, béliers ou catapultes, servaient à saper les fondations, à enfoncer les portes, ou à combattre les défenseurs des remparts. Cela fait, le signal de l'assaut était donné; les hommes s'avançaient, couverts de leurs boucliers, et appliquaient des échelles aux murailles. La manœuvre de la tortue était la plus usitée, pendant que l'infanterie légère appuyait le mouvement, en criblant les assiégés de traits.
Les punitions militaires comportaient surtout la bastonnade. Les récompenses consistaient dans le partage du butin, fait dans le pays conquis et abandonné aux soldats. Les chefs prélevaient la dime; et ceux qui s'étaient particulièrement signalés, recevaient des distinctions honorifiques. Un tableau de la tombe du général Rekhmara a trait à une décoration, reçue à la suite de sei'vices éclatants.
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L'industrie était fort développée sous les Tliébains; à Tépoque féodale, les corps d'état s'éfaient constitués en maîtrises. Jusqu'à cette date, peu de chose nous est connu de la vie de Fartisan. Les peintures memphites ne mettant guère en lumière que les faits de l'existence agricole et pastorale de la population du Delta.
Aux temps des grands vassaux, chaque corporation a son chef, ses maîtres-ouvriers, ses ouvriers et ses apprentis; et les rapports des uns aux autres sont fixés de manière précise. Sous les Thébains, cette organisation survit. Nous voyons, dans les peintures, les chefs de chaque atelier présenter au supérieur de la maîtrise, les modèles créés ; puis, eux*mêmes, examiner le travail exécuté par les gens placés sous leurs ordres. Tout un cérémonial est observé, au cours de ces inspections. Un huissier audiencier intiXH duit le maître-ouvrier auprès du chef de la corporation ; l'ouvrier qui apporte une pièce est accompagné d'un camarade qui l'a aidé, ou auquel il a donné des conseils, et les uns et les autres s'abordent et se retirent en se faisant de grands saluts.
Les hauts dignitaires ne dédaignaient point de visiter les travaux en cours. Les tableaux du tombeau d'un gouverneur de Thèbes^, ce Rekhmara, déjà tout à l'heure cité, qui fut premier ministre de Thotmès II et Thotmès III, puis régent de l'Empire, en l'absence de ce dernier, parti à la tête de ses troupes en Asie, nous font assister à la scène. Rekhmara avait été, avant d'arriver aux honneui*s suprêmes, conseiller (ami royal); garde du sceau; général et prêtre d'Amon. Il réunissait ainsi les pouvoirs religieux, administratifs.
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judiciaires et militaires. Cet exemple, entre mille, prouve à quel point le principe des castes fermées était inconnu. Aussi, le voyons-nous, tour à tour, donner audience aux ambassadeurs étrangers, venus des pays menacés par Tinvasion; recevoir les tributs apportés par eux, comme régent et ministre; visiter les chantiers d'un temple funéraire de son maître Thotmès III, alors en construction ; examiner les œuvres exécutées par les maçons, les charpentiers, les sculpteurs; se faire montrer, par les orfèvres, les plaques d'or qui serviront au revêtement des portes; les vases ciselés, destinés aux exercices du culte; leç meubles et les effigies; les tabernacles, les estrades et les barques peintes, qui seront disposés sur le passage des processions ou portés vei*s les reposoii*s, où s'arrêteront celles-ci. Il va de même voir à l'ouvrage les forgerons et les verriers; pénètre dans les magasins et les greniers du temple ; assiste à la préparation des pains et des gâteaux consacrés. (1)
Le luxe des pièces qui figurent dans ces tableaux témoigne d'une pratique des arts industriels, arrivée à son apogée.
L'enseignement du dessin nous est expliqué par quantité de modèles de sculptures, montrant les divers états successifs de dégrossissement des figures^ et par des esquisses, tracées le plus souvent à l'encre noire, sur des éclats de calcaire, où les corrections du maître apparaissent en rouge, mettant l'image au point. Pour ce qui touche en particulier aux figurations des choses
(i) Philippe ViRKY, le Tombeau de Rekhmara,
étrangères au pays, vases précieux, rapportés des expéditions lointaines, broderies ou bijoux reçus «n tributs, la question se pose, de savoir si ces trésors n'ont pas été copiés ou imités. Le faste oriental était devenu de mode. La langue s'émaillait de mots asiatiques, chacun voulait égaler Topulence des vaincus. Et, plusieurs siècles plus tard, sous les empereurs romains, des ateliers d'orfèvres, découverts tout dernièrement, renfermaient des parures remontant au règne de |lamsès, qui servaient de modèles aux praticiens d'alors, dont les œuvres ont été retrouvées auprès.
C'est encore aux peintures des tombeaux, qu'il nous faut demander quelques notions sur le commerce et les transactions. Nous y voyons la représentation de marchés en plein vent, où les vendeurs sont accroupis devant leurs étalages. Sans doute, ce n'était là que les marchés d'approvisionnements, et, pour le commerce proprement dit, les rues d'un quartier étaient bordées de boutiques. N'importe, le isystème d'échanges est suffisamment indiqué. La monnaie était inconnue, et la mesure de céréales, base de l'unité de l'impôt, servait à régler les achats de quelque importance. Dans la pratique, chacun était libre d'échanger telle chose à son choix, contre une autre, dont il avait besoin. Au tombeau d'Apoûï, nous assistons à la scène. Une villageoise donne des poulets pour une pièce d'étoffe; une autre, un chevreau pour des gâteaux.