I. Les Grecs
Au milieu de cette décomposition, d'une civilisation millénaire, Tapparition de ces Grecs, tant méprisés, quelques siècles auparavant, fut saluée, comme la délivrance d'un joug pesant, et Taurore d'une ère nouvelle. Une période relativement glorieuse allait commencer, avec les Ptolémées, et aboutir à une efflorescence politique, littéraire et artistique, où devaient se rénover les vieilles formules d'autrefois. L'Egypte n'en était pas moins morte, avec son dernier Pharaon : son histoire avait pris fin.
La domination romaine ne fut que la prolongation de cette phase de survie. Insensiblement, l'esprit des mythes religieux et des cérémonies des cultes antiques s'était défiguré et perdu. Plusieurs causes avaient précipité cette déformation des dogmes et cette dérogation aux plus essentiels des principes liturgiques. L'efibrt des Grecs, pour identifier les dieux de leur panthéon aux divinités pharaoniques; la décadence
LA DiFFUSION DES IDÉES ÉGYPTIENNES 287
des collèges sacerdotaux, jaloux de favoriser les ambitions du maître; rentrainement des foules, non vers les cultes deTOlympe, mais vers les pratiques dévotes, dont s'entouraient encordes symboles des mystères de 3adis, incompris et dégénérés.
et Tout était Dieu en Egypte, excepté Dieu luimême» , a dit Bossuet; et rien pourtant n'-est plus vrai que la proposition contraire. Si Tillustre Prince de rÉglise avait pu connaître la civilisation pharaonique^ autrement qu'à travers les « histoires i> d'Hérodote et des autres explorateurs grecs, il eût ainsi formulé sa pensée : k Rien n'était déifié en Egypte; on n'y rencontrait que les symboles d'une divinité invisible, dont les manifestations emplissaient le pays. «
Malheureusement, aux temps gréco-romains, les apparences étaient là, pour donner créance aux contes, écbafaudés par l'esprit fertile des voyageurs helléniques. De sa foi antique, la populace, toujours superstitieuse, ne vénérait plus que les emblèmes, dont jusqu'au sens s'était perdu ; le bœuf Apis, le crocodile de Sebek, l'êpervier d'Horus, le bouc d'Osiris ou la vache d'Hathor. Qui donc dans cette tourbe eût été à même d'en expliquer l'idéalisme aux Grecs, alors que les prêtres, dépositaires du secret des mystères, se refusaient obstinément à le dévoiler aux étrangers, demeurés des barbares à leurs yeux ?
Précisément, les nouveaux venus étaient avides de pénétrer ces secrets; n'obtenant rien du haut clergé, ils s'adressaient aux diacres, aux sacristains, aux por^ tiers des temples; et, moitié ignorance, moitié raillerie, ceux-ci leur contaient des fables ridicqles, C'était Tins-
SSS Là CIVILISATIOX PHARAOHIQDB
tant où la politiqoe hellénique s*efforçait de rattacher son panthéon à celai de TÉgypte, afin de justifier la conquête; et la première Yersion se déformait encore, an gré du rapprochement cherché. Ainsi s*e8açait la tradition de rHapi, le Nil, si admirablement décrit dans rhymne des vieilles dynasties; et dont le symbole, fourni par une figure hermaphrodite, tenant sur ses deux mains les lotus et les papyrus, personnification de la Haute et de la Basse-Egypte, s*était changé en Timage du bœuf, pour cette raison que le fleuve nourricier, rhermaphrodite qui fécondait et enfantait les moissons était considéré, sous cette nouvelle forme, comme fer^ tilisant la terre, en Tinondant, autant et plus que le labourage, et devenait de ce fait le laboureur mystique, envoyé par Ra, pour donner la vie à ses sujets.
Des autres animaux sacrés, Thiératisme était, de même, faussé. Le crocodile se trouvait déifié, après n*avoir été que Temblème du mal et des ténèbres, dont Horus triomphait à la sixième heure de sa course nocturne. Choisi pour synthétiser le principe de Tombre des fourrés marécageux, les forces dissolvantes de rhumidité, la destruction, que Set, le dieu pervers, le Sébek de la Basse-Egypte résumait en lui, il n*apparaissait aux yeux ébahis des voyageurs que comme une idole vorace, gavée de friandises et de gâteaux.
I«a vache d'Hathor, Fépervier d'Horus, le bélier de Ra, le bouc d'Osiris étaient pareillement incompris. De même encore, les lotus et les papyrus, qui croissaient, les premiers, dans la Vallée; les seconds, dans le Delta, et qui étaient devenus les symboles des deux (poitiès de la couronne. De plus, un sens mythiqae
leur était resté attaché. Par delà les temps fabuleux, les conquérants n'avaient dû trouver, à leur arrivée dans le pays, encore dépourvu de culture, que ces deux plantes couvrant les berges nilotiques. Les graines du lotus les avaient d'abord nourris. La preuve en est que, jusqu'aux basses époques, elle fut présentée en offrandes. Seule végétation, ces lotus et ces papyrus, alors si abondants, qu'ils couvraient le fleuve sacré, furent considérés comme les plantes du jardin de Ra ; le parfum des lotus, si pénétrant, montait comme l'encens vers le Père, ce qu'expriment les hymnes, par cette phrase des litanies d'Horus. a Ame qui sort du lotus. » Ainsi employées comme symboles essentiels de l'existence, ces plantes mythiques figurent au premier rang devant les images divines. A l'aurore de l'histoire, elles font déjà partie des attributs du pouvoir royal. Au flanc du trône du Pharaon, elles s'assemblent, en un bouquet, que noue l'Hapi, qui les vivifie. C'est l'union des deux royaumes, celui d'Horus, la vallée du Nil; celui de Set, le Delta, sur lesquels est affermi le souverain.
A son arrivée en Egypte, Alexandre, qui prétendait à la lignée d'Amon, feignit d'y reconnaître la patrie des dieux de l'Olympe. Si risquée que fut l'hypothèse il rencontra des courtisans, qui donnèrent une solution favorable à ses prétentions. Les premières notions de l'existence de l'empire pharaonique, qu'avaient eues les Grecs, ne remontaient pourtant pas très haut; en vain, Thotmès, Sétî, Ramsès II étaient allés en terre d'Ilion; en vain sous Ramsès III, Dardanes, Lyciens, Myciens avaient envahi le Delta; toute trace de sou-
venir en était perdue. La littérature grecque n'y fait aucune allusion. A peine dans Homère, dans Pindare et dans Hésiode, vers le neuvième siècle avant notre ère, quelques notions flottantes renferment-elles, en germe, les fables qui, plus tard, se naturaliseront en Libye. C'est vers cette a Terre du Nord » , mal définie, tt au delà de Tillustre Okéanos » , que Atlas soutient tt le large Ouranos d ; là que résident les Gorgones, dont triomphera Persée; là que Méduse fut unie à Poséidâon ; là que naquit Triton et que Atbéné fut engendrée par lui ; là que Hercule fut vainqueur d'Anthée et enleva les taureaux de Geryon (1).
Trois siècles plus tard, ces légendes avaient pris corps, et s'étaient fixées en Cyrenaïque. La fondation de Cyrène était attribuée aux Myniens, venus de Lacédémone; et Pindare racontait qu'Apollon avait enlevé la nymphe chasseresse Cyrène ; qu'il l'avait emportée tt au delà des mers, dans les riches jardins de Jupiter- Ammon n . Un dieu était né de leur union, a Aristée, seigneur des chasseurs et des pasteurs » .
Un autre souci du roman religieux des Grecs fut de rattacher le mythe de Bacchus à l'Egypte. Thymœtès imaginait un Ammon » roi des dieux Égyptiens d mari de Rhéa a la grande déesse mère » , qui de la nymphe libyenne Amalthée avait eu un fils, élevé secrètement dans l'île de Nyse, dont la population était composée de Silènes, du nom de Silénus son premier roi. Là, Ammon avait donné pour nourrice à Bacchus, Nisa,
(1) PiNDARB, Neuvième Pythique, troisième Isthmique; Vaiva- CYDE, Fragments; Apollooorb, II, V, 11.
iille d'Aristée, dont nous ne savons rien davantage. Mais, Rhéa, par représailles, avait épousé son frère Cronos (Saturne), et en avait eu pour fils Atlas. Cette rivalité avait abouti à des guerres, dans lesquelles Saturne avait eu pour alliés les Titans, et Bacchus les Libyens, appuyés par Athéné, à la télé des Amazones. Cronos défait, Bacchus avait institué en Egypte Toracle de son père Ammon.
Cette parenté, imaginée de toutes pièces, au lendemain de la conquête d'Alexandre, — le Bacchus couronné, — afin de justifier celle-ci, chercha tout naturellement à assimiler les héros de la mythologie hellénique aux divinités pharaoniques. Aussi, est-ce cet effort persistant, que nous retrouvons dans les mythes défigurés de Khem (Persée) ; de Bès-Hercule ; d'Osiris (Bacchus); de Khéper-Protée ; d'Atet (le Destin) et des Devenirs du Double, ses métamorphoses successives, alors qu'il parcourut les chemins de TAmenti, à l'expédition d'Aristée,au palais de sa mère, sous les profondeurs de l'Océan (1).
Khem, manifestation d'Amon, est appelé dans les textes antiques a le Coureur, à travers les espaces célestes r> . Les peintures retracent cette course. Le dieu passe, effleurant à peine de la pointe des pieds, le ciel. Dans ses mains, sont tantôt les sceptres de vivification, tantôt les vases renfermant la libation du renouvellement des existences. Son culte, reconnu par toute la Thébaïde, avait pour centre principal la ville de Panopolis. Aux temps gréco-romains, nous y re-
(!) Philippe Virky, l'Episode d'Aristée.
m LA CIVILISATION PHARAORIQOB
trooTons Pereée honoré. C'est le pays natal de Pa-Rer« le Cooreor, et la légende rapporte qae, vainqueur de Méduse, le héros y revint, à son retour de Libye, pour y fonder des jeux en Fhonneur de Lyncée et de Danaos.
Bès, Cl celui qui préside aux renaissances solaires t> , est représenté dans les monuments anciens sous les traits d*un nain, mais de grosseur herculéenne, vêtu d'une peau de lion, dont la tête lui couvre le front. Au temple d'Amon générateur, bâti par Aménophis III, à Thébes, nous le voyons assister à lenfantement du Pharaon, soleil vivant, et le tableau prend un caractère, qui explique comment la déformation des croyances antiques pût prêter matière aux assimilations helléniques. Leur point de départ s'autorisait de ce fait, que le souverain d'Egypte était considéré comme le fils d'Amon.
Pour mettre les réalités de l'existence d'accord avec ce dogme, les peintures nous montrent Aménophis III, fils de Thotmès IV et de la reine Maut-m-Oua, naissant de l'union de la reine à Amon ; et la composition, retrace en minutieux détails cette conception purement mystique. En des passes magiques, Isis délègue sa personnalité à la reine, qui doit renouveler le soleil. Amon vient alors auprès d'elle, au palais divin du ciel intermédiaire, conduit par Thot, de même que Jupiter l'est par Mercure, quand celui-ci se rend chez Alcmène; et s'unit à elle. Au tableau suivant, Thot dresse le procès-verbal de cette cohabitation. Ce trait spécial de l'esprit bureaucratique égyptien est des plus caractéristiques. L'acte qui vient d'être accompli, au ciel, ne saurait être authentique, qu'autant qu'il aura
été enregistré. Et à la scène d'après, Thot, efiTectivement, notifie la conception de Tenfantà la reine. Puis, Amon va trouver Khnoum, le dieu des formes, qui avait modelé le premier homme, sur un tour à potier, et lui enjoint de pétrir le corps de Tenfant. Khnoum se met à Tœuvre, pendant que la déesse Hathor en façonne le Double et lui prédit sa destinée. » Tu seras roi de la double terre, en qualité de fils du Soleil (1) . » Les peintures suivantes nous font assister à la naissance d'Aménophis III. La reine est entourée des Hathor-sat (les filles d'Hathor), qui reçoivent Tenfant, pendant que le Double s'envole vers le Douaout (la demeure des essences psychiques) où réside la déesse. C'est à cet instant qu'apparaît Bès.
Elle a ceci de particulier, cette peinture, qu'elle établit l'assimilation de la parenté d'Hercule à Jupiter, par un rapprochement incompris de cette image de Bès, mêlée aux figurations où Amon et Maut-m-Oua peuvent être comparés à Jupiter et Alcmène. Il n'en fallait pas plus aux Grecs, pour affirmer la filiation divine d'Hercule à Amon.
Mais un détail particulier nous est donné par d'autres monuments, funéraires ceux-là, qui vont jusqu'à expliquer l'origine égyptienne de l'un des travaux d'Hercule. Sur les sarcophages, un dessin retrace ce passage des litanies du soleil : a Tu as élevé le ciel à la hauteur de tes deux bras; tu as abaissé la terre à la longueur de tes enjambées! » C'est u le Sou-
(1) Al. Gavkt. le Temple de Louxor : Mémoires de la Mission archéologique de France au Caire,
lévement de Shou » ; le sol est figuré par le dieu élémentaire Seb, couché sur le côté. Au-dessus de lui, le plafond du ciel est représenté par la déesse Nout, le torse horizontalement étendu, tandis que l'extrémité de ses pieds et de ses mains retombe vers la terre. Des étoiles constellent son corps : des tiges d'herbe croissent sur le dos de Seb. Entre ces deux figures mythiques des commencements, Shou, manifestation de Ra, que les textes désignent comme la lumière créatrice, émanée du disque, se tient debout, les bras levés, enjambant le corps de Seb, et effleurant de ses doigts celui de la déesse. Ce tableau revient souvent; et dans les variantes, la figure de Bès alterne à celle de Shou. L'on peut y voir ainsi l'origine de la tradition d'Hercule, déchargeant Atlas du poids de la voûte céleste. La fable de l'Atlas libyen se trouve même expliquée ainsi (1).
La façon dont les principes du mythe bachique furent puisés, aux mystères d'Osiris a été minutieusement expliquée (2). Son exposition demanderait des développements qui dépasseraient le cadre de cet ouvrage : abrégée elle ne serait qu'une redite, d'autant plus que le sujet a été traité autre part (3) .
Pour Protée, son origine remonte au dieu Khépra tt le Multiplicateur des Formes, » représenté par le symbole du scarabée, qui passa dans l'antiquité égyp-
(i-2) Philippe Virey, Sur quelques données égyptiennes introduites par les Grecs dans le mythe d'Hercule; le Tombeau de Rekhmara, Mémoires de la mission, etc.
(3) Al. Gatet, le Mythe bachique à Antinde, dans le recueil d'études consacrées aux fouilles d'AntinÔe.
tienne comme jouissant de la faculté de renaître de lui-même. Dans la liturgie, c'est une figuration de Tâme, qui se renouvelle, et peut, successivement, prendre à son gré toutes les formes qu'il lui plaît. Son domaine de l'au-delà, que doit traverser le Double, au cours de ses pérégrinations, pour revenir à la lumière de l'autre monde, comprend trois bassins; celui de Sokar-Assar (forme d'Osiris), — le mort momifié, — qui contient a ce qui fut m ; celui de la déesse Haqt, dont le symbole, la grenouille, indique l'élat embryonnaire de tt ce qui sera )? , et qui renferme a le devenir en germes m . Enfin, le bassin du scarabée, Khéper, où réside a ce qui a pris une forme et s'est renouvelé » .
Cette personnalité de Khéper-Protée se trouve ainsi intimement liée à celle du Double, — Aristée (1) . Dans les fresques des tombeaux, une première interprétation des métamorphoses que subira le mort, avant de renaître à la vie des régions mystérieuses, nous le montre recouvert d'une peau de taureau, et couché sur un escabeau, dans la pose de l'animal. La légende en marge donne : a Arrivée à la place de l'enfantement du taureau (Osiris) au bassin de Khéper m — Protée. — Peinture qui correspond à la mise en terre des semailles; Osiris étant appelé, dans les hymnes a le grain de blé, uni à la terre, Isis n , et qui fut traduite par l'histoire des abeilles d'Aristée, échappées du corps du taureau.
A la scène suivante, un véritable taureau est étendu
(1) Philippe ViRBY, l'Episode d'Aristée ;Géorgiques, vers 458- 36S.
mort. A côté, une femme agenouillée, devant une pièce d'étoffe, symbole de l'enveloppe de la terre, prépare Tunion du blé à l'élément liquide, qui doit le dissoudre, représentée par deux vases, i*enfermant les grains et Teau. Puis, le voyage commence, à travers les chemins funèbres. Comme Aristée, le mort, non encore rénové a invoque sa mère » en cultivant la terre, avant de pénétrer à la demeure divine. A cette invocation, la mère d'Aristée a ordonne aux eaux de rOcéan de se diviser, et de livrer passage à son fils. Et Tonde se dressa autour de lui, s'infléchit en forme de montagnes, et le laissa passer sous ses voûtes » . Dans les fresques égyptiennes, trois purifications font circuler le défunt sous des jets d'eau, retombant autour de lui en arceaux, avant d'atteindre la porte de la région de l'Amenti.
Les trois cantons du domaine de Khéper, qu'il lui faut traverser ensuite, ont leur équivalent dans le domaine de Protée. Quand sa mère donne à Aristée les indications nécessaires, pour conjurer le destin, et lui indique ce qu'il doit faire, elle lui dit : (( Il y a dans les abymes de la mer Carpathienne un devin, le dieu marin Protée. En ce moment, il visite les ports d'Emathie et Pallène, sa patrie, nous le vénérons nous les nymphes, car la science du devin comprend tout ce qui fut, cB qui est et ce qui sera. »
Les trois bassins de Khéper réunissent précisément ces conditions.
Un peu plus loin, nous trouvons encore ce passage : tt II délia ainsi la bouche du destin, i» Cette idée se trouvait pareillement dans les tableaux magiques des
LA DIFFUSION DES IDÉES ÉGYPTIENNES Si^7
tombes. Dans l'enceinte du fief de Kfaépra, des cabines, de forme sépulcrale, renferment les figures de Sokar et de Sokart, symbolisant les existences passées; puis, celles de Men, « Celui qui est immuable, » accompagné d'Atet, a Celle dont dépendent les choses de Tavenir n . Le Double, ressuscité à une vie nouvelle, au domaine de Khépra, n'est pas encore parvenu, toutefois, au séjour de la seconde existence. Il poursuit sa route; et, ici encore, Tidée de a la fente du Ténare et de Tentrée profonde de TEnfer, avec son bois sombre, aux ténèbres effrayantes n , puise son origine dans les tombeaux thébains. La crevasse, c'était celle du rocher d'Abydos, — Ro-Sta. Cette passe franchie, c'était le monde de l'audelà, qui n'est ni le Tartare, ni les Champs-Elysées, mais qui commence aux confins de la terre, pour finir à l'étoile polaire. La lumière terrestre de Ra, soleil des vivants, pas plus que celle d'Osiris, soleil du ciel nocturne, n'en éclaire l'inconnu. Certains corridors de ce labyrinthe sont figurés dans les peintures; l'une des portes est surmontée d'arbres touffus, dont le feuillage est censé l'ombre. Le seuil franchi, un long couloir mène à un second portail, celui de l'autre monde, où brille le soleil mort. Une obscurité absolue y règne. Mais, a son débouché sur a l'autre horizon n , se dresse le signe de la clarté de l'Amenti.
Bien d'autres rapprochements pourraient être faits encore, établissant la manière dont les idées égyptiennes furent la source des fables helléniques. Celles là ont suivi la filière la plus directe; d'autres sont arrivées à prendre corps, par d'assez longs détours.
La principale tradition reçue par la Grèce, bien avant la conquête d'Alexandre, avait été celle du mythe d*Isis, dont les lambeaux, rapportés sans doute par les prisonniers de Ramsès, puis les mercenaires au service des Saites, s'étaient condensés dans le culte de Déméter, pour aboutir aux mystères d'Eleusis.
Des litanies d'Isis, quelques passages retenus, avaient porté en Attique les légendes des courses de la déesse, à travers la vallée du Nil, à la recherche des membres d'Osiris, dispersés par Set, et du rituel des funérailles. Osiris, c'est, dans ce dogme, l'épi de blé, qui se reproduit de lui-même; la moisson, le battage en grange, c'est la mort et la mutilation du corps divin. Mais un seul grain produira un autre épi, uni à Isis, la terre. La grande pleureuse deviendra ainsi la grande ensevelisseuse; la rénovatrice de l'Etre-Bon.
Les textes exprimaient cette interprétation mythologique en donnant à Isis le nom même de Tenveloppe, taoUy et à Osiris celui du blé, het^ dont l'union formait le mot hettaoUy servant à désigner le Double, alors qu'il accomplit les phases des transformations successives, qui le mèneront à une autre existence; s'identifiant au grain de blé, qui germe dans la demeure souterraine d'Occident, avant de parvenir à la lumière de l'Amenti.
Aussi, l'expression de a Dame du Blé » était-elle le qualificatif de la déesse, dans les hymnes égyptiennes, de même qu'elle le devient dans les hymnes orphiques. Ces éléments se traduisent à Eleusis, sous la forme de Déméter, la « Dame du Pain, » errante à
la recherche de sa fille Coré, et qui, à son arrivée en Grèce, enseigne Tagriculture aux hommes. Son fils, Horus, dans ce nouveau mythe, s'identifie à Dyonisos.