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II. Les Phéniciens

D'autres commentaires avaient donné, à ce mythe d'Isis, demeuré, pour les étrangers, le plus important de tous, une tournure toute différente. Sa principale assimilation aux cultes de TOlympe, fut Fœuvre des Phéniciens.

Plus que les peuples de la Troade et de TArchipel, connus des Egyptiens sous le nom d'habitants du pays d'iUiouna et des îles du grand cirque maritime, les l'héniciens s'étaient trouvés mêlés à toutes les guerres Ramessides. Leur contact à la frontière égyptienne les mettaient en rapports constants avec les populations du Delta. Aussi la légende isiaque s'était-elle, chez eux, de bonne heure acclimatée; et Byblos avait eu ses mystères, qui le disputaient en splendeur à ceux des sanctuaires les plus fameux de la déesse, Mendès et Busiris (1).

Pour se fondre ainsi dans le rituel des dieux phéniciens, la tradition isiaque ne s'était pourtant que peu modifiée. Un seul point en était altéré. Selon la

(i) Eugène Lefkburb, le Mythe osirien.

tradition de Byblos, la tète d'Osiris, jetée au Nil par Set, avait été entraînée par le courant jusqu'à la mer, puis roulée par les vagues jusqu'à la côte phénicienne. Et îsis avait dû quitter sa patrie céleste, pour venir la repécher.

Les dieux du pays étaient peu préparés, pourtant, à lui témoigner leur pitié. Leur liturgie nous les montre envieux et farouches. Les Baalims exigeaient, avant tout, les holocaustes de sang humain, et la mort du premier-né. Dans les calamités publiques, le roi et les nobles devaient même offrir tous leurs enfants en victimes. Les Astartés joignaient à leur impudicîté la même cruauté. Elles aussi voulaient des sacrifices humains, et n'acceptaient pour prétresses que des courtisanes; de toutes, la plus grande était celle de Byblos.

Au solstice du commencement de Tannée, alors que, selon l'expression des textes a l'été tue le printemps, T) des Passions étaient célébrées, qui revêtaient un caractère funèbre. Astarté avait aimé le maître des Baalims, Adonis, mais, un rival jaloux, ayant pris l'aspect d'un sanglier monstrueux, lui avait tué son amant. Elle l'ensevelissait, et la Phénicie, tout entière, s'associait au deuil de sa déesse. Sous des catafalques, dressés au sommet des montagnes, commençait la veillée des images du dieu, avant leur mise au tombeau. La cérémonie terminée, on enterrait les statues, et l'on préparait les a jardins d'Adonis» , grands vases d'argile, où des rameaux verdoyants se desséchaient; puis l'été passait. A l'automne avait lieu la résuri'ection du dieu, et c'était la célébration d'un nouveau

sacrifice. L'allégresse ^éclatait partout en rhonneur de r Adonis rénové et de nouveau uni à Astarté.

Cette conception du mythe d' Astarté, que devait plus tard adopter la Grèce, explique combien aisément la religion isiaque put s'acclimater dans le pays, en subissant, bien entendu, les modifications qu'entraînaient les instincts de la race. De ce culte nouveau de Tlsis de Byblos, un détail était caractéristique, touchant le voyage d'Isis à la recherche de la tète d'Osiris. Les livres phéniciens nous apprennent, sans nous en donner la moindre explication, cette particularité, que la tète du dieu avait été recueillie dans un filet, tressé avec des cheveux de femme, et remorquée en Egypte, par la déesse, à l'aide d'un câble, également fait de cheveux.

Or, le Livre des Morts, ce guide des chemins de l'au-delà, que tout défunt emportait avec lui dans sa tombe, fait précisément mention dé rites funéraires, qui indiquent l'origine de cette tradition phénicienne. C'est l'une des invocations adressées au mort par les pleureuses, à l'office des funérailles. La voici :

a Ta tète, ô mon maître, est dans la corbeille qui navigue, par la tresse des cheveux d'une femme d'Asie! »

Plus encore, le chapitre de la Barque infernale parle d'un câble de cheveux. C'est a la tresse du poteau d'abordage » . Elle servait à aman*er la bari au rivage, et les vignettes de certains exemplaires du Livre, nous la montrent fixée à la proue de l'embarcation. Enfin les mystères de l'Isis-Astarté, tels qu'ils étaient représentés au cours de la veillée des statues d'Adonis,

correspondaient, presque traits pour traits, au scénario des mystères d'Osiris, représentés dans les temples, au commencement de Tannée. Et les jardins du dieu phénicien, évoquaient pareillement les fêtes des Jardins d'Osiris.

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