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VI. La vie d'outre-^ombe

Les principes de cette croyance avaient-ils été apportés en Egypte par les conquérants, les Horiens, ces ft Suivants d'Horus « dont nous connaissons maintenant la civilisation ? La réponse est hasardeuse. Rien dans les représentations qu'ils nous ont laissées d'euxmêmes n'indique un culte extérieur, tout au plus, pouvons-nous demander une indication à leurs tombeaux.

Une contradiction plus apparente que réelle, dans le mode de sépulture adopté par eux, a soulevé, de prime abord, des doutes. Alors que l'Egypte historique s'efforcera toujours de préserver le corps de la destnio» tion par l'embaumement, nous n'çn retrouvons aucune trace chez les autochtones et les Horiens. Tout au contraire, sous les tumulus d'alors, le cadavre repose sur le côté, les genoux ramenés sur la poitrine, et, maintenus par les poignets, à la hauteur du.

menton, à la façon des momies péruviennes. Dans l'une des mains est déposée une plaquette de schiste, taillée en losange ou en forme d'oiseau, d'animal, quelquefois même de poisson. Ce type d'ensevelissement a été appelé « la position embryonnaire « et on l'a interprétée comme une attitude de gestation, devant aboutir à une seconde naissance, la plus naturelle à un corps, appelé à l'existence d'un monde ignoré.

L'étonnement fut grand, quand d'autres nécropoles fournirent aux explorateurs l'exemple d'un genre de sépulture tout différent, celui du démembrement du corps, soit consécutif de la mort, soit opéré lors d'un enterrement secondaire. Dans le premier cas, le cadavre a été dépecé, aussitôt le décès; dans le second, il a été d'abord enterré, puis exhumé, après destruction des chairs et les ossements ont été placés dans le tombeau. On s'applique alors à donner, autant que possible, au squelette la position embryonnaire; mais quelquefois les os sont jetés pêlc-mèle, qu'ils proviennent d'un seul individu ou de plusieurs.

Diverses interprétations ont été proposées. Elles sont bien savantes pour des primitifs, et il semble qu'on aurait pu y voir sans peine le rudiment du mythe osiriaque. Le démembrement s'explique, comme une manière de s'identifier à Osiris, qui, vaincu par son frère Set, avait ainsi été mutilé. Quant à la position embryonnaire, elle découle de ce même mythe aussi. Osiris avait réuni ses membres; il était né à la lumière d'un monde invisible, l'Occident, où le soleil mort disparait chaque nuit. Plus tard, la liturgie avait pu modifier cette formule première, repousser le

dépècement avec horreur, comme on le voit au Livre des Morts, conserver le cadavre par Tembeaumement et changer Taspect du tombeau.

Dès Faurore historique cette tombe devint le logis du Double; et les rites de Tenterrement furent calqués sur ce que rapportait la légende des cérémonies funèbres, accomplies en Thonneur d'Osiris. Isis et Nephthys, ses deux sœurs, Tavaient enseveli et pleuré. Elles devinrent la grande pleureuse et la grande ensevelisseuse; et furent censées rendre à chaque Osirien — tout mort étant identifié à Osiris, — les devoirs qu'elles avaient rendus à leur frère jadis. La tradition plaçait le sépulcre d'Osiris à Abydos; on décréta que chaque défunt devait avoir sa syringe auprès de la syringe divine; non pas pour reposer près de lui, mais pour s'engager, à sa suite, dans Tau-delà, par les chemins qu'il avait suivis. Le passage de ce monde dans VAmenii ne pouvait avoir lieu indifféremment, d'un point quelconque de l'Egypte. Il n'était possible, qu'autant que le mort s'enfonçât dans le défilé qu'avait franchi Osiris, Ro Sia (la bouche de la fente), dont la cataracte céleste marquait la place sur le fleuve d'en haut. C'était une crevasse du rocher, situé à l'ouest d'Abydos, à une heure environ de la Ville Sainte. Mais si cette disposition était voulue par le dogme, elle n'entra guère réellement en usage; une fiction y suppléa. Le défunt fut enterré n'importe où, le Double seul fut supposé accomplir la traversée; on le pourvut du simulacre des moyens de transport nécessaires ; et grâce à la puissance de la prière, on pensa que ce voyage s'efiectuait en réalité.

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Pareille fiction ne pouvait modifier la disposition voulue de la tombe. Elle est la demeure du double, et ce Double, si impalpable soit-il, est un être pourvu des mêmes besoins que l'individu . Il lui faut se loger, se nourrir, se vêtir, reprendre le cours des occupations qui ont été celles de Thomme. Vivre en famille, auprès des Doubles des parents du mort. En oulre, la région de TAmenti étant peuplée de génies mauvais et de monstres terribles, il doit être armé et avoir en sa possession des talismans et des amulettes ; des formules magiques et des mots de passe qui lui ouvrent les portes ; et tout cela c'est à la piété des survivants d'y pourvoir, s'ils veulent qu'un jour les mêmes devoirs leur soient rendus. Toute la religion du Double tient dans l'accomplissement de ce rituel, sans qu'il s'y joigne la moindre idée de mérite ou de démérite, de peines ou de récompenses. Que les cérémonies aient été ponctuellement observées, et le Double vit et est heureux.

Cette survie de la personnalité psychique sur laquelle le bien ou le mal-fait n'avait aucune action, fut la seule croyance spîritualiste des premières dynasties. Jusqu'aux temps de la monarchie thébaine, le sort du juste ou du coupable demeure identiquement le même, pourvu que le formulaire funéraire soit rigoureusement observé. Alors, seulement, tout en conservant l'idée première d'une vie future, dans un milieu différent, une seconde manifestation de cette existence fut transportée dans les régions célestes. Et ce premier point admis, l'idée de récompenses et de peines, proportionnées au bien ou au mal fait, en fut le corollaire naturel.

Le Double continue bien à vivre encore dans sa demeure d'Occident; mais pendant ce temps, l'âme instruite par les formules magiques de tous les secrets de Tau-delà, préservée par les talismans de tous les périls, passe par diverses transformations successives. Quand Tidée du mérite et du démérite, des récompenses et des peines proportionnelles aux actions fut admise, on supposa qu'à la mort de l'homme, elle partait à tire d'aile, pour comparaître devant Osiris, entouré de quarante-deux assesseurs. Sa conscience, son tt cœur» ainsi que dit le Livre des Morts, témoigne de sa vie; mais au lieu de s'accuser de ses fautes, elle se vante des péchés qu'elle n'a point commis. Le texte de cette confession négative est l'un des plus connus; chaque mort en emportait avec lui un exemplaire dans sa tombe. Il est curieux, en ce qu'il nous fait pénétrer dans le domaine de la morale égyptienne, avec une précision parfaite de détails, u Je n'ai jamais commis de fraude contre les hommes ! Je n'ai pas lourmenté la veuve! Je n'ai pas menti dans le tribunal! Je n'ai pas connu la mauvaise foi! Je n'ai fait aucune chose défendue! Je n'ai pas fait exécuter à un chef de travailleur, chaque jour, plus de travaux qu'il n'en devait faire! Je n'ai pas été négligent! Je n'ai pas été oisif! Je n'ai pas défailli! Je n'ai pas fait ce qui est abominable aux dieux ! Je n'ai pas desservi l'esclave auprès du maître! Je n'ai pas affamé! Je n'ai pas fait pleurer! Je n'ai pas tué! Je n'ai pas ordonné de meurtre par trahison! Je n'ai point détourné les pains des temples! Je n'ai pas enlevé les provisions ou les bandelettes des morts! Je n'ai point fait de grains

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frauduleux! Je n^ai point altéré les mesures des grains! Je n'ai pas usurpé dans les champs! Je n'ai point faussé les poids de la balance ! Je n'ai point chassé les animaux sacrés dans les herbages! Je n'ai point pris au filet les oiseaux divins! Je n'ai point péché les poissons sacrés dans les étangs! Je n'ai point repoussé l'eau en sa saison ! Je n'ai pas coupé un bras d'eau sur son passage ! Je n'ai point éteint le feu sacré l Je n'ai point violé le cycle divin dans ses ofirandes choisies! Je n'ai point repoussé le dieu dans sa procession. Je suis pur! Je suis pur ! Je suis pur (1) ! » Les actions du défunt sont alors pesées dans la balance de la déesse de Vérité, — Màt — et selon qu'elles sont trouvées mauvaises ou bonnes, le jury la condamne ou l'absout. Coupable, elle tombe dans les enfers, où les scorpions et les serpents la poursuivent à travers les ténèbres ; et où après mille tourments et mille tortures, elle trouve la fin de ses maux dans un anéantissement final. Pure, elle n'est pas encore exempte d'épreuves; mais elle a acquis la science supra-terrestre. Elle peut revêtir toutes les apparences divines, celles de l'épervier d'or, de la grue huppée, du scarabée, de l'hirondelle, de la vipère et du lotus. Pourtant le mal la guette et cherche à l'arrêter partout au passage. Pour surmonter tous les obstacles, il lui faut recevoir d'Fsis, de Nephthys, et des dieux bons les soins qu'Osiris en avait reçus, et qu'elle s'identifie à lui. Guidée par Anubis, qui sous sa forme animale, le chacal d'Occident, est le gardien de la région fu-

(1) ifâSPBRO, Histoire des peuples d'OriefU*

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Dëbre, elle arrive aux espaces célestes; en cultive les champs, et se mêle à la troupe des esprits, adorateurs du soleil. A son gré, elle peut s'échapper de ce séjour; pénétrer dans la tombe, et venir se reposer dans la demeure éternelle du Double. Ce n'était point là d'ailleurs une simple visite de politesse, rendue à un compagnon d'autrefois. Un livre se trouvait là, déposé dans un coffret, qui était pour elle un véritable guide des chemins qu'il lui fallait suivre. Le Livre des Maris renfermait la description de toutes les localités qu'il lui fallait traverser; les routes à parcourir, les rites à observer, pour que le voyage ne fût troublé par aucun accident. C'était un aide-mémoire, autant qu'un itinéraire, et s'il était dans VAmenii des âmes distraites, elles n'avaient qu'à le consulter. Elles y trouvaient jusqu'à la formule sacramentelle de la déposition à faire au tribunal d'Osiris, les invocations à réciter; les incantations magiques à dire; les mots servant à conjurer les esprits mauvais; les acclamations à donner au dieu, une carte des chemins funèbres, une table astronomique, donnant l'état du ciel de nuit, heure par heure; avec les déclinaisons des étoiles, et jusqu'aux actions de grâce à rendre, après avoir surmonté tous les périls.

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