‹ La civilisation pharaoniqueChapitre 7 sur 44 · VII. La dynastie de Shésou-Hor · texte numérisé non relu

VII. La dynastie de Shésou-Hor

Avec le règne d'Horus, prenait fin la dynastie divine, mais non la période fabuleuse. Au dernier des dieux-

rois, avait succédé une dynastie d'êtres mythiques, celle des Shésou^Hor (les Suivants d'Horus). Ces Shésou-Hor, nous les retrouvons à la période historique, considérés comme des justes et des sages; c'est à eux que, toujours, le croyant reporte Thonneur d'avoir constitué TÉgyple, telle qu'elle nous apparaît avec les premiers monuments. Toutes les sciences, l'astronomie en particulier, avaient été enseignées par eux; les premiers traités de morale, de philosophie et de législation étaient leur œuvre; ils avaient donné les principes de la construction des temples; fondé les sanctuaires les plus vénérés et en particulier selui de Denderah (1). Leur capitale était Thini (Abydos), la Ville Sainte par excellence. Longtemps considérés comme sortes de demi-dieux, leur vie vient de s'éclairer pour nous d'un jour soudain. L'on a cru reconnaître leurs tombeaux lors de la découverte d'édifices souterrains, qui furent, à n'en pas douter, les chapelles d'antiques sépultures. Elles consistent en une chambre centrale, entourée de cellules, renfermant des vases, des meubles, des jarres, dont les bouchons d'argile sont estampés, au moyen d'un cylindre de granit. On les a appelées, un peu à la hâte, des lombes royales. Furent-elles antérieures aux premières dynasties; c'est possible: en tout cas elles nous fournissent les plus anciens documents de la civilisation.

Les plaques de schiste, qu'on désigne sous le nom

(1) DuifiCHEN, Dairurkunde der Tempelanlagenvon Benderah; E. DB RouGi, Recherches sur Us monuments qu'on est en droit d'attribuer aux six premières dynasties de Manéthon.

42 LA CIVILISATIOM PH&BAONIQDE

de palettes, fixèrent surtout l'attention du monde savant. Les plus grandes mesurent soixante-quinze centimètres de long, leur épaisseur est d'environ deux centimètres. Des sculptures les ornent, à Tendroit et au revers, et Ton a supposé même qu'elles furent autrefois plaquées d'or. Au milieu de l'une des faces, un petit godet est évidé, ou se posait le symbole royal ou divin, taillé en forme de cône ou de pyramide. A l'entour apparaissent des figures d'hommes et d'animaux. Quelques inscriptions y figurent aussi, et les hiéroglyphes sont déjà ceux que nous retrouverons dans la suite. La constatation est importante; elle tend à prouver que récriture avait été sinon apportée, du moins fixée par le conquérant, ce qu'elle reproduit est trop intimement lié à l'Egypte, trop étranger à un autre pays, pour admettre qu'elle se soit élaborée ailleurs que sur son sol. La preuve en est ces bannières, surmontées de l'Horus, l'épervier, dont il a été question déjà, et qui nous donnent les noms de princes, restés jusqu'ici inconnus, D'jet, Den, Ti, Quad, d'autres encore. Horus reconnu comme le dernier des dieux-rois, ces princes apparaissent comme ses légitimes successeurs. La période des Shésou-Hor, des Suivants d'Horus, est toujours mentionnée dans les textes comme étant celle dont on ne peut évaluer la durée. Nous avons un plan, retrouvé dans un mur de briques, remontant à cette époque, des ivoires sculptés, des vases de pierre dure, granit, diorite, basalte, brèche ; des pots de cristal de roche évidés au tour et jusqu'à des bijoux d'or. Des fragments de meubles témoignent d'un art déjà sur de lui-même. Un autre apport carac-

téristique des Horiens est celui du métal. L'Egypte, très pauvre en minerais, n'avait pu songer à Tutiliser; elle s'était contentée d'instruments de bois et de pierre. Une légende pfolémaïque, rapporte que le pays fut soumis par Horus a doiit les compagnons étaient des forgerons » . Ce que font ceux-ci, c'est avant tout des armes, l'art de travailler les métaux a pour point de départ l'instinct de conquête : tout conquérant est métallurgiste. Et peut-être faut-il voir dans l'horreur du fer, dont le souvenir persista dans l'esprit de certaines traditions égyptiennes, l'écho des luttes soutenues contre l'envahisseur.

Page 1