IV. — Les Finances
La Chambre des Comptes des souverains serbes était, au contraire de Byzance, à la fois Trésor d'Etat et Trésor privé de la dynastie, comme c'était le cas dans la plupart des Etats du moyen-âge. Elle était désignée comme une partie de la maison du souverain, comme sa «garde-robe » [ri^nica), de ri\a^ habit de parade, vêtements d'Eglise, ;cf. le byzantin peoTÎapiov, du latin vestis]^ ou tout simplement comme « sa maison » [biica] ou «sa chambre» [caméra domini regis^ en Bosnie /romora (3). Les dépenses de la Chambre étaient grandes pourle dispendieux entretien de la cour, les voyages diplomatiques, les achats d'armes, la solde des gardes et des mercenaires, les nombreux présents faits à la noblesse, à l'Eglise et aux couvents, lescoûteuses constructions d'églises et de forteresses, etc. Le ministre des finances, plus tard nommé protovestiaire, était le plus souvent originaire des villes de la côte, de Scutari, de Cattaro ou de Raguse, et choisi parmi les fermiers des douanes. La famille noble des Buchia (en serbe Buca, Bucic) de Cattaro, joua dans ces fonctions un grand rôle : Nicolas Pierre (mentionné enire i323 et i353), protovestiaire du tsar Etienne; son frère Michel;
(1) Sur les monnaies de l'Albanie du nord, voir Ippen et Stookert, Numism. Zeitschrft, Vienne (1901 et 1910).
(2) Les monnaies d'or à l'effigie d'Uros II, d'Etienne Dusan, de Vukasin et de Lazar, fabriquées au moyen d'une refrappe de ducats autrichiens et qui semblent avoir été lancées de Prizren en 1873, sont une falsification moderne. Ljubic les défend, Rad. XXXIV, (1876), cf Truhelka, Wiss. Mitt. IV, (1876) 305, avec reproductions, Brunsmid. Vjesnik Arch. II (1897) ; 132, A. V. Luschin Allgem. Miin^kunde (Munich, 1904). 127 sq.
(3) Cedomil Mijatovic. Les finances du royaiane serbe, Glasnik, XXV et XXVI, 1869.
son neveu Triphon Michel, gentilhomme de la Chambre impériale sous le tsar Uros, et Triphon Pierre, vers iSgo protovestiaire du roi de Bosnie Tvrtko. La grande influence du protovestiaire est caractérisée par le vieux proverbe: « Le tsar donne, mais Buca ne délivre pas les dons» ^i). Sur la somme des revenus de la Chambre, il n'existe qu'une seule indication: le tsar Etienne tirait annuellement des troupeaux de ses domaines 40.000 perpers (2). Dans les impôts (danj, podanak) il y avait des éléments indigènes et des éléments byzantins. La Chambre possédait bien quelques dénombrements des villages et des domaines, mais il n'existait pas en Serbie de livres cadastraux à la manière byzantine, avec les noms de tous les habitants, le compte du bétail et la mesure exacte de toute la propriété foncière. Les chartes aux nobles serbes ne contiennent aucune donnée précise sur les diverses propriétés. Seules les archives des couvents, sous l'influence du mont Athos, deviennent toujours plus précises. On a commencé par faire le compte desValaques et des Albanais par leurs noms, mais point celui des agriculteurs. Les deux chartes détaillées de Decani marquent une innovation; elles contiennent un cadastre avec indication précise des limites des villages et les noms de tous les paysans et pâtres, mais sans le nombre de têtes de bétail et de ruches d'abeilles. Mais déjà les chartes du couvent de Prizren, de peu d'années postérieures, ne contiennent plus ces détails.
« L'acrostiche » d'Antivari et de Budua, tribut fixe de la somme ronde de 100 perper, provenait du temps de l'administration byzantine àxpôffxtj^ov, cadastre;. La contribution foncière de la maison de la batUna, nommée soce (le asoch » des Vénitiens près de Scutari, d'après Novakovic de (TaxéXXïj), payable en deux termes, consistait, d'après le Code d'Etienne, en un M seau » [modius] de céréales, ou, en argent, en un perper, le
(1) Ako car da ali Buca neda. Daniiid, Poslovici, n^ 17 cf : supra
(2) Le dixième (ou la dîme) de cette somme était donné en cadeau par le tsar au couvent de Chilandar. Pièce 1318 dans Sâfarik. Pam