III. — Le commerce et la monnaie
Les centres du commerce (3) étaient les mines, surtout Novo Brdo, dont les relations s'étendaient du Danube à Salonique et du littoral de l'Adriatique en Bulgarie. Des négociants en gros serbes se rencontraient surtout dans les villes de marchés, Pec et Prizren, nées sous la protection de l'Eglise. Mais la première place du commerce en Serbie et au temps des Nemanides était Cattaro. Le petit commerce, par réchange des produits de l'élevage contre ceux de Tindustrie, était exercé dans l'ouest par les Valaques de la montagne. En Serbie, en Bosnie et en Bulgarie, on nommait souvent les marchands étrangers [kupci.
(1) Sur ces endroits, voir Avram Popovic dans le Godisnjica, XIX et XXV.
(2) Glama d'après Novakovic, Arch. slav. Phil. (1879) 523, du grec moderne \i-xK'-x-^\xfx.
(3) iJedomil Myatovic, Études pour lliistoire du commerce serbe au xni« et xivc siècle, en serbe, Glas7iik, XXXIII XXXVII et XXXVIII, (1872-1873). Les documents ragusains ont été utilisés dans mes Routes de commerce et mines, et mon mémoire sur Raguse dans Vhistoire du commerce. [Almanach de V Académie impériale 1899) Pierre Kosovid et Michel Miladinovic. Centres commerciaux et routes dans les pays serbes au Moyen Age, et au temps des Turcs, Godisnjica, XX-XI (1900-1901). — Kosta" N. KostitS livre sous le même titre, Belgrade (1900). Du même, Le commerce serbe et l'industrie d'autrefois en Serbie (Stara sprska trgovina i industrija) Belgrade 1904.
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trznici, trgovci), les « hôtes « (gosti) comme en Allemagne, en Russie et en Hongrie. Quelques uns restaient longtemps dans le pays, possesseurs de biens héréditaires [bastina). C'étaient en partie des petits commerçants, surtout dans le voisinage de la Dalmatie, en partie de gros négociants. Le commerce en gros était principalement exercé par des sociétés auxquelles participaient assez souvent des indigènes et des étrangers ; par exemple, des Cattariotes associés avec des gens de Durazzo, des Milanais et des Ragusains, ou des Ragusains avec des Vénitiens, des Serbes, des Valaques et des Albanais. Les bateaux de commerce étaient aussi le plus souvent la propriété des sociétés. Les relations avec Tintérieur étaient établies par des courriers porteurs de « paquets de lettres », par exemple de Raguse à Prizren, Vidin, Salonique et Constantinople.
Nous avons peu de renseignements sur le commerce des Grecs qui sont signalés à Prizren; c'étaient surtout des marchands de Salonique qui parcouraient toute la Macédoine. Nous en savons encore moins sur les Hongrois et les Bulgares. Les chefs et les juges des colonies commerçantes des Italiens et des Ragusains portaient, depuis la période des Croisades, le nom des consuls. Aux xiii« et xiv^ siècles, les Vénitiens eurent toujours des consuls à Cattaro et à Dulcigno. Les Ragusains distinguaient un consul, appelé à juger des procès particuliers avec l'aide de deux assesseurs pris parmi les commerçants, et le consul generàlis, nommé pour un an par tout le pays, obligé de visiter toutes les colonies et les foires et de paraître à toute occasion à la cour de Serbie ; sa résidence fût, selon la variation d'importance de ces divers lieux, à Brskovo (1278 et années suivantes), puis à Rudnik, à Prizren, et en dernier lieu à Novo Brdo.
Raguse, à cette époque ii2o5-i358 sous la souveraineté vénitienne, était devenue, par sa situation naturelle, la plus importante place de commerce de la Dalmatie ; elle est située exactement à l'endroit où se termine l'archipel dalmate, entourée de baies nombreuses et spacieuses, avec des passages faciles à travers la montagne vers l'intérieur. De plus, elle était
dans ce temps-là voisine immédiate du royaume serbe. Il est caractéristique de voir les rois serbes chercher, en toute occasion, à confiner le développement des cultures des Ragusains dans « les vieilles limites », interdisant de planter un seul empan de terrain de plus, et la riche Raguse, depuis Nemanja jusqu'au tsar Uros (ii86-i362), pousser pas à pas, par une inlassable extension des vignobles, ses frontières jusque sur les hauteurs des pentes pierreuses de la montagne. Mais leur but, le sommet de la montagne, malgré tout, ils ne l'atteignirent pas; de ces hauteurs, les pâtres des voisins, en dernier lieu les Turcs, plongeaient leurs regards dans la vallée de Breno. Les droits commerciaux des Ragusains en Serbie, réglés depuis Nemanja, reçurent depuis le privilège d'Etienne Dusan en 134g une forme définitive. A l'intérieur le commerce ragusain s'étendait par la Bosnie et la Serbie jusqu'en Hongrie et en Bulgarie jusqu'à Vidin, mais au sud, vers la Macédoine méridionale, il ne dépassait pas Skopje. D'autre part les Serbes aussi jouissaient à Raguse de grands privilèges et ne payaient comme droits d'exportation qu'un demi pour cent et souvent même rien du tout. Ce ne fut que depuis les troubles du règne du tsar Uros que le commerce de terre ferme des Ragusains déclina; mais ils trouvèrent promptement une compensation dans l'essor nouveau de leur commerce maritime. Parmi les autres Dalmates, on voyait souvent en Serbie des gens de Zara et de Curzola.
Les maîtres de l'Adriatique étaient les Vénitiens, dont le commerce avec les Serbes se faisait soit par Raguse, soit par Cattaro. Au commencement du xiv^ siècle, les relations entre Raguse et Venise étaient établies par les traversées régulières de deux galères des négociants de Raguse, qui d'ailleurs étaient à cette époque affranchis de tous droits d'entrée à Venise pour l'importation des marchandises en provenance de « Slavonie ». Il ne s'est pas conservé de traités de commerce entre Venise et la Serbie, on n'en a qu'avec la ville de Cattaro, ratifiés par le roi de Serbie. Les relations amicales étaient souvent traversées par des plaintes sur les exactions et les mauvais traitements
subis par les marchands vénitiens et par les représailles et les blocus édictés par Venise. On ne voyait pas en Serbie les Génois, qui faisaient un grand commerce dans l'empire byzantin, en Bulgarie et en Moldavie; en revanche, on y voyait des Milanais et surtout des Florentins. Comme Orientaux, il y avait des Arméniens dans certains lieux de la Macédoine, des Juifs établis seulement à Valona et à Durazzo.
Tous les traités de commerce promettent sûreté contre le brigandage et la piraterie. En cas de pillage sur le territoire serbe de marchands ou de navire échoués, la ville ou le village le plus voisin devaient indemnité ; à leur défaut, c'est le roi qui payait. Les croisières de la flotte de guerre permanente de Venise rendaient la navigation dans l'Adriatique plus sûre que dans la mer Egée où rôdaient tant de pirates italiens, grecs et, à la fin, turcs. Il n'y avait que de petits corsaires cursari^ en serbe gusar)^ dangereux surtout pour les petits bâtiments : ils étaient d'Almisa, de la Krajina (près de Makarska), parfois de Budua, Dulcigno, ou de Durazzo. Au cap Rodoni, au nord de Durazzo, des Albanais, pendant la nuit, dans un profond silence, épiaient dans de petits bateaux les barques à voiles qui passaient. Plus tard, des Siciliens et des Catalans les imitèrent avec de grands bateaux corsaires. De Venise et de Raguse on donnait aussitôt la chasse aux pirates ; ceux qu'on prenait avaient, sans autres façons, les yeux crevés ou étaient pendus. Parmi les ports, les villes du nord de la Dalmatie, n'avaient d'importance que pour la Croatie et la Bosnie. Les voies de communication qui partaient de l'embou, chure de la Narenta pénétraient loin dans l'intérieur des terresjusqu'au Danube. Gomme, après la destruction de la ville romaine de Narona, le progrès des marécages fit qu'aucune ville de quelque importance ne put plus se développer sur cet emplacement, le commerce de ce pays passa sous Tinfluence de Raguse. Les petits bateaux remontaient la Narenta Jusqu'au marché de Drijeva ( « les bateaux », en latin Forum Narenti-, aujourd'hui Gabela). Les ports les plus importants étaient, plus au sud, Raguse, Cattaro, Dulcigno, puis, en Albanie, louies les
embouchures de fleuves depuis la Bojana jusqu'à la Vojussa, mais surtout les villes de Dunazzo et de Vaiona (i).
Pour le commerce par terre, on ne trouve mention de routes carrossables que pour l'est. Autrement il n'y avait que des chemins muletiers, pour les caravanes (en serbe : turma ou karvan ; en byzantin xap6àvtov, qui vient du persan), qui comptaient souvent 25o à 3oo chevaux de bât, loués aux chefs des pâtres de la montagne, surtout sur les domaine des couvents. Le but était assez souvent un pâturage élevé dans la montagne où se trouvaient des troupeaux de chevaux, on y changeait de chevaux, par exemple en i3j3 sur la montagne de Trjeskavica, près de Serajevo. Les marchandises étaient chargées sur les bâts de bois dans des balles, des sacs ou des sacoches en cuir [bisaciae] cadenassées. Les marchands et leurs serviteurs comme les conducteurs de chevaux [pronostiik] étaient armés de flèches et d'arcs, d'épées et de boucliers. En route on campait sous la tente, dans les villes et les bourgs à l'auberge dont l'hôte {stanjanin] répondait des bagages et des chevaux. Vers i3oo, on organisa à Raguse et à Gattaro les caravanes sous le commandement âCnncapitaneus rwrme assermenté. Les relations entre acheteurs et vendeurs s'établissaient surtout dans les foires (trgpanagjur^ de iravTjyuptçj, tout comme par exemple dans l'empire byzantin à la Saint-Dimitri à Salonique ou dans les villes de marché d'Italie. Ily avaitpar an quatre de ces foires à Prizren;ilyenavait d'autres à Pec, Lipljan, Skopje, au monastère de Saint-Georges sur la Bojana, etc. Dans les mesures et les poids existait, en dépit de la similitude des noms, une foule d'unités locales, tout comme en Italie ; par exemple, à côté de la livre romanobyzantine (Xîxpa, en serbe aussi /iifrrt), Raguse, Novo Brdo,etc., avaient leurs livres particulières, de même, à côté du «boisseau impérial » ou modius (en italien moi\o), nommé star sur le littoral (du latin sextarius)^ il existait diftérents modii ou star
(1) Sur Durazzo et Vanona au moyen âge, voir mes études dans le recueil de L. de Thallôczy, Illyrisch-Albanische Forschungefï {Munich et Leipzig, 1916) 152 sq.
de Valona, Durazzo, Alessio, Budua, Cattaro, Raguse, etc., mesures pour les céréales, l'huile ou le sel (i).
Les restrictions apportées au commerce par des monopoles et des prohibitions étaient nombreuses en Serbie, aussi bien qu'à Venise ou en Apulie. D'après le traité avec Raguse, de i3o2, sur tout marché serbe « la viande du roi » [kraljevo meso)^ probablement celle du bétail livré à titre d'impôt, devait être vendue la première, et ensuite seulement la viande des autres marchands. Les restrictions à l'importation des métaux, revenaient périodiquement; par exemple, il y en eut pour le plomb sous Etienne Dusan. Dans les villes du littoral, qui surveillaient Jalousement l'étendue de leurs propres vignes, l'importation du vin était fortement restreinte ou tout à fait défendue, à Budua également celle de l'huile. Au contraire, l'importation des céréales hors de Serbie n'était, en temps normal, pas plus restreinte qu'elle ne l'était à Byzance. Sous Etienne Dusan, le transit des armes était interdit dans toutes les directions.
Les produits serbes exportés étaient tout d'abord les chevaux et le bétail vivant, qui allaient dans l'Italie méridionale, et tous les produits de l'élevage, peaux, laine, fromages, etc. La chasse fournissait de belles fourrures, la pèche du poisson salé, surtout aux alentours de la Bojana. De même que de la Bulgarie, de la Grèce et de l'Albanie, on exportait de Serbie et de Bosnie quantité de cire et de miel. Les cargaisons de bois allaient des ports occidentaux vers l'Italie, la Grèce, la Sicile et Malte ; il s'y ajoutait comme produits forestiers, le charbon de bois, la résine, la poix et la sumac. A cette époque, l'importation des céréales dans la Péninsule se taisait surtout par les embouchures des fleuves d'Albanie, depuis Alessio jusqu'à Valona, le Peloponèse occidental, la Thessalie, le littoral macédonien, la plaine de Thrace et les ports bulgares de la Mer Noire. La Serbie y participait fort peu. L'industrie domestique fournissait la toile, les étoffe de laine, des vases et des
(1) Voir État et Société II, 59.
ustensiles de bois. Le principal marché d'esclaves (2) se trouvait à Cattaro et à Raguse, plus tard à l'embouchure de laNarenta. Les esclaves des deux sexes provenaient surtout de Bosnie et étaient vendus par le ban, les nobles et leurs propres parents ; on ne se faisait pas scrupule d'acheter des hérétiques patarins. Vénitiens, Apuliens et Siciliens venaient aussi en acheter. Au xiii« siècle, cette exportation s'étendait jusqu'aux Etats des Croisés. Le Code d'Etienne Dusan ne défend expressément que la vente des chrétiens comme esclaves à des infidèles. C'est pourquoi, au xiv= siècle à Raguse, il y avait des esclaves non seulement de Bosnie, mais des cabanes de pâtres des montagnes serbes, de Novo Brdo et de l'Est du champ des Merles. Pour l'importation en Serbie, venaient en tout premier lieu les tissus de laine, de toile, de coton et de soie. Ils provenaient pour la plupart des ateliers de la haute Italie, de Florence, Milan, Vérone, etc. Les draps des Flandres, en particulier ceux d'Ypres, arrivaient rarement de la Dalmatie, le plus souvent pa" terre à travers la Hongrie. Le coton brut venait de Syrie, d'Apulie et de Grèce. Le second grand article d'importation était le sel marin : celui qu'on débarquait par exemple à l'embouchure de Narenta provenait de toutes les salines de la côte à partir de l'île de Pago près de Zara jusqu'à Clarencia en Achaïe, et parfois aussi d'Apulie. L'importation de sel des Cattarioties et des Ragusains s'étendait sur terre ferme jusqu'au champ des Merles où, par exemple à Pristina, le sel marin de l'Adriatique faisait concurrence au sel de Hongrie et même à celui de la côte de Macédoine. Le littoral approvisionnait la montagne en vin, huile, poisson de mer frais ou conservé dans des tonneaux, polypes de mer dans des outres, sucre en pains, confiserie de toute nature en boîtes, sirops. De plus en fruits du midi, figues, oranges, citrons, grenades et amandes, comme aussi en marchandises de haut prix à cette époque, épices, médicaments et parfums. Les Ragusains fournissaient des huiles jusqu'à Scutari
(2) Voir Mijatovic dans Glasnik XXVIII (1873) 130 sq. mon Raguse dans r histoire du commerce, note 58.
et Alessio. L'importation des produits du fer depuis les armes, les armures pour chevaux et les chaînes pour animaux et prisonniers jusqu'aux petites aiguilles, était considérable. On importait en outre l'orfèvrerie d'or ou d'argent byzantine et ragusine, vases, boutons, bagues, fil d'or et d'argent, et, de plus des diamants, des perles, des coraux péchés près de Raguse et de Lagosta et enfin de la verrerie de toute sorte, des objets de cuir, tels que souliers, ceintures, bourses, gants, etc.. le savon, les cierges, le papier d'Italie.
Des restes de l'ancien commerce de troc apparaissent encore dans la première moitié du xiv* siècle où, à Raguse entr'autres, des chevaux, des mulets et des esclaves étaient vendus contre un nombre déterminé d'aunes de drap. Les montagnards valaques achetaient du sel contre les produits de l'élevage, de même les marchands et les ouvriers ragusains qui faisaient des tournées dans les catunes de la montagne rentraient chez eux avec le prix de leurs ventes en petit bétail ou en fromages. Sur le haut Vardar, le couvent de Htetovo, comme le montre un inventaire du commencement du xiv^ siècle, achetait des champs en partie contre de l'argent, en partie contre des chevaux, des bœufs, des moutons, du vin ou des céréales. Après la renaissance des mines, les paiements, dans les mines de la Serbie, se firent jusqu'au xv^ siècle, en argent brut, par livres et par onces. On mentionne aussi de l'argent en lourds lingots ou en petits fragments. L'ancienne monnaie en bétail survivait dans les amendes à payer en chevaux, bœufs ou moutons, que l'on trouve mentionnées pour la dernière fois dans deux articles du code du tsar Etienne.
Les bonnes vieilles pièces d'or byzantines restèrentlongtemps encore la monnaie prédominante (i) en Dalmatie, par endroits.
(1) Jean Safari!:, Description des Monnaies serbes, (avec planches) et suppléments, dans G/a57H7f, III-]X(1851-1857), Siméon Ljubic. Opi^ jugoslav-enskih novaca (Description des monnaies sud-slaves) Agram 1875, 4°, avec planches. Une nouvelle étude critique, avec photographies^ serait trcs souhaitable.
jusqu'au xiv* siècle. Elles furent chassées par les ducats d'or vénitiens, imités des modèles byzantins, qui conservèrent pendant plus de cinq siècles (1284 à 1797) leur aspect typique. L'événement le plus important pour la circulation métallique fut, vers la fin du moyen-âge et jusqu'à la période des découvertes, le lent recul de l'or, comme dans toute l'Europe. Les pièces d'or byzantines disparurent; leur nom, en vieux serbe perpera ' ÛTrépirupov se maintint en Serbie et en Dalmatie, comme monnaie de compte, exprimant une quantité déterminée de monnaies d'argent, qui s'appelaient en vieux serbe, dinai\ les denarii ou grossi des Vénitiens et des Ragusains. Par suite du manque d'or et de la diminution continue du titre de la monnaie d'argent, le perper tomba sans cesse plus bas. Au xiii« siècle, on comptait encore de 12a 18 dinars pour un perper. En 1282, il fallait pour un ducat d'or vénitien i perper 1/2, de 1334 à i38o, 2 à 2 2/3, au xv^ siècle, 3 en Albanie et en Bosnie, même 4 ou 4 1/2. Les monnaies de cuivre étaient les follare de tous les pays voisins. Les Ragusains frappèrent, du xiii= au xve siècle, des imitations en cuivre des monnaies de l'Empire romain, avec, d'un côté, une tête avec un diadème, et de l'autre, un R entre des étoiles [capuciae] (i). Les monnaies étrangères qui circulaient étaient surtout des pièces vénitiennes, ragusaines et franques de iMorée. D'après KQSQidiV.Xes yperpyri de cruce (en serbe krstata perpera) du xiv^ siècle, étaient des monnaies des princes francs de Grèce, surtout d'Achaïe. Au xiv^ siècle, on comptait à Cattaro et à Antivari, tout comme à Valona et en Macédoine, en « perpers vénitiens ». La frappe de monnaies bosniaques commença après i3oo, sous le ban Etienne II, par l'imitation de monnaies d'argent ragusaines, avec les images du ban et de Saint-Biaise, patron de Raguse. Les premières monnaies d'argent serbe [grossi de Rassa), frappées à BrsKOvo (mentionnées depuis 1277), étaient une imitation des monnaies
(1) Resetâr, Les monnaies de la République de Raguse, Numism. Monatsblatt, Vienne, 1910.
vénitiennes, du huitième plus légères (i . Depuis 1282, Venise éleva, à différentes reprises, d'énergiques protestations contre les denari ou les grossi de Brescoa. Dante, mort en i32i, a même immortalisé dans la Divina Commedia (2), le roi de Rascie, qui imite le coin de Venise. Bientôt on frappa également à Rudnik, Novo Brdo et Prizren, des grossi serbes, représentant le roi assis sur son trône. Sous Etienne Dusan, le tsar est représenté à cheval ou, d'après le modèle byzantin, avec sa femme, chacun d'un côté d'une croix. Les inscriptions latines montrent que les maîtres des monnaies étaient des Italiens ou des Dalmates, depuis la moneta régis Stefani (Etienne Dragustin) ou Vrôsi 'Uros II; jusqu'à Stefamcs imperator et Urosius imperator. Les légendes de monnaies en serbe paraissent appartenir à une série moins ancienne que les légendes en latin (3i, Parmi les nobles, le despote Olivier frappait encore des monnaies sous le tsar Etienne; sous le tsar Uros vinrent s'ajouter celles du roi Vukasin et bientôt celles d'autres petits souverains !4).
Les monnaies des villes de la côte forment un groupe spécial, et se sont prolongées à l'époque vénitienne. Les monnaies d'argent étaient frappées à Cattaro et à Scutari. (I, 354 . Les « grossi de Cattaro » portent l'image de saint Tryphon et le nom des souverains serbes jusqu'au tsar Uros; puis viennent des pièces de Cattaro avec le nom des rois Louis I de Hongrie et Tvrtko de Bosnie (5;. Il y a des monnaies de bronze des communes de
(1) J. Safarik et Ljubic plaçaient l'origine de la frappe des monnaies serbes au temps du roi Etienne I^r, Contra Brunsnid dans V]esnik archeol. VII (1903-04) note 182; cf. ib. II, 132. Dante Div.- Commtdia, Paradise XIX, v. 140-141 «.
(2) E quel di Rascia che maie che maie aggiusto (Var. mal ha visto) il conio di Vinegia ».
(3) Les médailles avec l'inscription serbe « Stefan Vladislav » ne sont pas d'après Brunsmid, du temps du roi Etienne Vladislav (1234 sq.), mais de celui de Vladislav, fils d'Etienne Dragutin (vers 1322- 1324).
(4) Authentique d'après Radonic, Glas XIV (1914), 104, 107.
(5) Sur les monnaies de Cattaro, C. Stockert. Bulletin Daim. 1910, supplément et Nitniism. Zcitschrf., (Vienne) 1912.
Dulcigno (à l'image de la Viergei, d'Antivari avec celle de saint Georges de Svac, et de Drivasto avec des murailles et des tours (i). Les plaintes constantes contre la falsification des monnaies sont inséparables du régime monétaire du moven-âge (2).