‹ La civilisation serbe au moyen âgeChapitre 12 sur 13 · V. — L'architecture · texte numérisé non relu

V. — L'architecture

Un témoignage durable de la prospérité de la Serbie, du sens artistique de ses souverains et des dons artistiques de la

(1) Jirecek. Sur le tribut de Stagno, dans le Mémorial par Jagid (1908) 527, 542, avec la preuve que la charte du tsar Uros 1358 [Monserb. 165) sur le doublement prétendu de ce tribut, est un faux de date plus récente. Le mogoril on magarisium (I. 188) était une rente foncière, et non un tribut.

nation, subsiste dans les belles églises érigées du xii^ au xv*' siècle [i). Les modernes historiens de l'art distinguent sous les Nemanides deux périodes; la plus ancienne avec des traits d'architecture romane; la plus récente, celle du plus grand éclat, avec influence byzantine; après j36o, il y eut une troisième période: nationale. La situation géographique favorisa l'influence des Byzantins aussi bien que celle des Dalmates. Les foyers d'art byzantin les plus voisins étaient Salonique avec ses superbes églises des vi= au xiv= siècle et les nombreux couvents fondés depuis le x' siècle sur le mont Athos. Il y eut, à cette époque, une renaissance de l'art byzantin dans l'architecture religieuse : la vieille forme des basiliques qui s'observe encore dans les édifices de l'époque du tsar bulgare Samuel, à Prespa et à Ochrid, disparut; l'octogonal et le trikonchos aussi, se firent rares, tandis que la forme de la croix grecque avec la coupole recouverte de plomb resta dominante. Un nouvel élément apparut avec l'éclatante décoration de l'extérieur, donnée par l'alternance des pierres et des briques de couleur, en lignes ou en figures géométriques, souvent disposées comme un tapis aux couleurs éclatantes : les Serbes l'ont souvent fort bien imitée. L'intérieur de l'église, avec l'iconostase doré qui couvre l'autel fut, après le déclin de 1 ancienne mosaïque, entièrement orné de fresques depuis le sol jusqu'à la coupole; le parquet

(1) Bibliographie : F. Kanitz, Serbiens by:^. Monumente, Vienne, 1862. — Impressions de voyage des architectes D. S. Milutinovic et M. Valtrovié dans Glasnik, XXXVI, LXIV (1872-1885). Valtrovid •îrpôôpo[ji.(o;. Mitt. ûber neiiere Forschungen auf dem Gebiete serb. Kirchenbaukunst, Vienne 1878, 4° B. Nikolajevid, Die kirchl. Architektur der Serben in Mittelalter, Belgrade 1902. A. Stefanovic, Sur l'ancienne architecture religieuse serbe Glasnik 1903. P. Popryskin, L'architecture religieuse orthodoxe du ^w^^ au xviii« s. dans le royaume serbe d'aujourd'hui (en russe), Petersbourg 1906, avec lO'i planches, (Cf. -Strzygowski, By^. Zeitsch; XVI, 729 sq.)vlad. R. Pelkovic, Zick, Starinar, N. S., 1(1907), II (1908) III (1909). N. P. Kondakov, La Macédoine, voyage archéologique (en russe) Acad. de Petersbourg ,1909. Ch. Diehi, Manuel de l'art byzantin, Paris 1910. (Serbie, p. 706 sqqi. G. Bals, une visite à quelques église; de Serbie, Bucarest, 1911 {cï. Bey:;. Zeitschr. XXI, 647).

composé de pierres de couleur artistement groupées. En Dalmatie, il y avait depuis le temps de l'empire romain jusqu'aux grandes cathédrales romanes et gothiques de grands édifices monumentaux qui étaient le signe de la richesse croissante des villes. Les églises les plus proches des Serbes étaient celles de Cattaro, également celles de Raguse, que Philippe de Diversis de Lucques (1440) vit dans toute leur magnificence, et qui sont remplacées aujourd'hui par celles qui ont été reconstruites après le tremblement de terre de 1167. Les architectes qui travaillaient en Serbie étaient Grecs, Dalmates ou indigènes. On distinguait, comme en Dalmatie, les majstori et leur chef le protomajstor. Le moine Theodosij raconte que l'archevêque Sava I aurait amené avec lui, pour la construction du couvent de Zica, des maçons, des marbriers et des peintres des pays grecs. Une inscription en serbe de l'année i334-i339. dans le couvent de Decani mentionne le protomagister Vita (Vitus) de Cattaro, comme conducteur des travaux durant huit ans ; le nom de frad [Jrater et « petit frère » qui lui est donné, indique qu'il faisait partie d'une congrégation latine, sans doute du « tiers ordre » franciscain. Les chartes de fondation de ce même couvent mentionnent le protomagister Georges avec ses frères Dobroslav et Nicolas. Ces serbes avaient, disent-elles, coopéré à l'érection « de beaucoup d'églises dans le pays serbe » en dernier lieu à celles de la grande tour de Decani de la Trape^aria (réfectoire), etc., et, pour récompense, reçu des rois Uros II et Uros III le don de villages entiers. D'origine byzantine est le narthex, ;'en serbe priprata^ vient probablement de (irepl-TcaToç) le porche fermé des églises conventuelles, qui parfois, sur l'Athos, est plus grand que l'église elle-même. Seuls les édifices de l'époque de Nemanja, à Gradac (Cacak', à Bjelopolje et à Kursumlje, avaient deux tours, à droite et à gauche de la porte d'entrée, tout à fait dans le style occidental. Plus tard, la haute tour recouverte de plomb, [pirg^ stlbp) avec les cloches et une chapelle à l'étage supérieur, fut une imitation des solides donjons des couvents de l'Athos ; à Zica, elle est au-dessus de la porte d'entrée du narthex; à Pec devant l'église ;

à Decani au-dessus de la porte du couvent, dans le mur d'enceinte.

Les édifices de Nemanja ont le style occidental. L'église de marbre blanc de Studenica est, d'après Kondakov, un monument de style lombard de Dalmatie. Une autre fondation de Nemanja, le couvent de St-Georges, (« les tours de Georges, Gjurjevi Stupovi), près de Novipazar, abandonné depuis 1689, a été malheureusement très abimé par le feu de l'artillerie pendant la dernière guerre serbo-turque en 1912. L'église conventuelle de Maraca (1252] a un portail roman avec des sculptures primitives sur la frise. Zica et Téglise de la reine Hélène, veuve du roi Uros I, à Gradac près de Raska, sont des édifices de style byzantin, mais avec des éléments romans et gothiques aux fenêtres et aux portes. De même Decani, admirable édifice où alternent les rangées de marbres de couleur : les sculptures, têtes d'hommes et d'animaux, oiseaux, pampres etc., sont occidentales 1 . Les édifices de Pec, peu étudiés jusqu'ici, forment tout un ensemble d'églises, dont l'histoire est en partie connue par les biographes des archevêques et des patriarches. Kondakov fait le plus grand éloge de l'église conventuelle de Gracanica, fondation de Uros II et de son épouse, avec ces cinq coupoles et ses trois absides. La belle église de Georges, du couvent de Nagoriceno à l'est de Skopje, qui est de la même époque, a aussi cinq coupoles. L'une et l'autre sont tout à fait byzantines. L'église conventuelle de Banjska. élevée parle même souverain, célèbre autrefois par ses peintures et sa riche décoration d'or, eêt aujourd'hui en ruines. L'église de l'Archange, du tsar Etienne, près de Prizren, connue encore au xv^ siècle pour son incomparable dallage, est détruite. De plus, de magnifiques églises de la même époque, plus petites, se trouvent dans les environs de Skopje. Dans les villages aussi, il y avait des fondations pieuses faites par des nobles. Quand elles ne suffisaient pas pour un édifice en pierre, on élevait des églises de bois.

(1) Description de M. Milovanovic dans Godisnjak, XXIII (1909). Voir Etat et Société, 111,9.

Parmi les édifices profanes, les seuls un peu solidement construits, étaient les étroites demeures des chàteaux-forts royaux. Les manoirs du roi et des nobles n'étaient, au témoignage de Guillaume Adam, faites que de palissades et de bois. Ce n'est que dans les villes des anciennes provinces byzantines qu'il y avait des « palais » [polata], du genre de la maison des Archontes conservée à Melnik, avec deux étages, une grande salle et une tour carrée. Les manoirs un peu plus soignés des nobles de l'ouest étaient aménagés comme ceux des patriciens des environs de Raguse avec des tours pour la défense. Les bourgs près des mines consistaient surtout en baraques de bois. Sur le littoral, dans les villes de Cattaro, d'Antivari, de Dulcigno, il y avait de hautes maisons de pierre de plusieurs étages àéchauguettes et à balcons, serrées les unes contre les autres. De nombreux et sombres passages traversaient les maisons pour relier les ruelles étroites, dont la propreté était souvent douteuse. Ce n'est qu'en 1409, à Venise, et en 1418, à Raguse, que la divagation des porcs fut interdite. Les villes d'origine grecque avaient aussi des maisons de deux à trois étages. Dans les villages, on ne voyait guère que des huttes de bois avec des toits de chaume; dans la région du Karst des maisons de pierre sans chaux, toujours bâties en quadrilatère. Le foyer était le centre de la maison. Dans les demeures des gens de distinction, les murs et les planchers étaient garnis de tapis de couleur, souvent en soie avec des broderies d'or, comme chez le roi Uros II à Skopje ; dans les maisons de paysans, c'étaient de simples couvertures grossières. Les objets de ménage précieux étaient chez le berger comme chez le roi, conservés dans des coffres de bois ou dans des sacs souvent ornés de broderies bariolées. Dans les familles distinguées, on mangeait comme dans les couvents, sur des tables itrape'^a, tiré du greci recouvertes de nappes. On s'asseyait sur des bancs, des trépieds ou des chaises istol) de diverses grandeurs. Etienne Dusan a^ssigna les plus hautes à l'empereur Cantacuzène, lorsqu'il fut son hôte. La vaisselle était de bois, souvent peinte de plusieurs couleurs; d'étain ou d'argent, d'or chez Uros II. Les tasses à boire [casa, en Bosnie,

pehar, qui vient de rallemand bêcher] étaient de verre, de bois ou d'étain. Le roi Ladislas, dont nous connaissons la fortune par un inventaire remarquable de 1218 (i), avait encore un gobelet d'étain, mais au xiv« siècle, on ne voyait chez les nobles serbes et chez les grands commerçants que des services à boire en argent ; dorés ou en or chez les princes; de différentes formes et grandeurs. Les riches s'éclairaient avec des bougies de cire dans des chandeliers ou des lanternes en cuivre, mais, même chez les patriciens ragusains et dans les monastères serbes, on brûlait habituellement, tout comme dans les maisons des paysans, des torches de bois résineux [lue). «

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