III. — Les Eglises
L'Eglise serbe, fondée en 1219, était une des églises nationales de l'Orient. Ainsi que le rapportent Domentian et Theodosij, Tarchevêque, à cause de la longue distance, reçut le privilège de ne pas avoir à aller se faire sacrer par le patriarche de Constantinople, qui, jusqu'en 1261, résidait à Nicée, mais de pouvoir se faire sacrer en Serbie par ses évêques, tout comme par exemple le métropolite de l'empire de Trébizonde. Son titre était une imitation du titre royal : « par la grâce de Dieu, * archevêque de tous les pays serbes et du littoral » (srpskih i p pomorskih zemloj. a Sa Sainteté » [svetost^ lepoxiqç), était rarement un parent de la maison régnante, d'ordinaire un moine d'origine noble, qui avait vécu dans les couvents du Mont Athos et fait le pèlerinage de Jérusalem ; on l'installait sur le trône de saint Sava dans une Diète, avec la participation personnelle du roi. La première résidence archiépiscopale fut le couvent de Zica, « la maison du Sauveur », fdom Spasov) avec une grande église de TAscension. Ce couvent est situé dans la cuvette fertile, encadrée de montagnes boisées, où l'Ibar, au sortir d'une gorge étroite, se jette dans la Morava occidentale. Mais déjà le premier successeur de Sava P""^ l'archevêque Arsenije I, dut, dans une époque agitée de guerres, se faire construire plus au sud une nouvelle demeure mieux protégée (I, 334) qui demeura jusqu'au xviii^ siècle le centre de l'Eglise serbe. C'était le couvent fortifié de Pec (en turc Ipek, mot à mot la caverne , avec une grande église des Apôtres édifiée au point où, d'une gorge étroite où l'on voit encore des cavernes avec d'anciennes habitations d'ermites, la Pecka Bistriaca débouche dans le chaud bassin du Drim blanc, fertile en fruits et en vins. Lorsqu'Etienne Dusan
prit le titre d'empereur (1346), l'archevêque fut élevé à la dignité "f^ de « Patriarche des Serbes et des Grecs », ce qui amena une rupture (jusqu'en iSyS) avec l'Eglise de Constantinople.
Par le nombre de ses évêchés, l'Eglise nationale serbe exerçait une influence profonde sur toute la population. La rareté des villes faisait que les premiers évêques résidaient presque tous dans les couvents, ce qui ne va pas à l'encontre des règles des Eglises orientales, d'après lesquelles un moine peut devenir évêque. Mais le clergé régulier se trouvait très gêné par la surveillance de l'évêque; c'est pourquoi, dans les chartes de fondation de nouveaux couvents de Banjska etdePrizren, il fut formellement prescrit qu'ils ne pouvaient en aucun cas être la résidence d'un évêque ou d'un archevêque. Le nombre des évêchés augmenta par les conquêtes faites au sud, où les Serbes, comme auparavant les Bulgares, chassèrent les évêques grecs des églises d'Ochrida et de Constantinople pour les remplacer par des gens à eux. Après l'érection du patriarcat serbe, une nouvelle hiérarchie fut instituée et les diocèses répartis en trois classes : archevêchés, métropolies et simples évêchés, mais aucune liste de ce temps-là ne s'est conservée. On sait seulement que le métropolite de Skopjé avait le premier rang. Les biens des évêchés étaient beaucoup moins étendus que ceux des couvents. Comme fonctionnaires épiscopaux, on connaît les Protopopes (Protopresbiter) dans toutes les villes et tous les bourgs, chargés en même temps de la surveillance des revenus de , l'évêché, et les exarques, inspecteurs à la fois des bâtiments ecclésiastiques avec leur mobilier et des mœurs du clergé, et qui, d'après le code du tsar Etienne, ne pouvaient être que des réguliers et jamais des séculiers. Le prêtre séculier marié (svestenik, tepeùç), ou pope (iraTcàç) était possesseur d'un domaine héréditaire libre (bastina) ou usufruitier d'un « lot )) {:^drelji) exempt d'impôt, comprenant « trois champs légaux », et touchait l'impôt du pope [bir popovska)^ réparti sur les ménages de sa paroisse. Les fils de pope issus de la classe des colons ne restaient libres que s'ils devenaient prêtres. Ce ne fut que la charte de Decani ii33o) qui interdit aux hls des
paysans l'accès aux dignités ecclésiastiques, probablement à cause du trop grand nombre de popes; d'après Novakovic, il y avait alors, dans la plaine de Decani, un pope pour 20 maisons, tandis qu'il y avait peu de prêtres dans la montagne.
Les couvents serbes [monastir, fxovaerTrjpiov) étaient des abbayes isolées, le plus souvent dans les vallées boisées, et dotés de vastes propriétés ; ils ressemblaient aux grandes abbayes de Hongrie, d'Italie ou d'Allemagne, et différaient des groupes de petits couvents que Ton rencontrait dans l'empire byzantin et en Bulgarie. Ceux qu'on connaît le mieux sont les couvents royaux (monastir kraljqyski) du genre des u couvents impériaux » exempts de la surveillance épiscopale dans l'empire de Constantinople i{3aaiX{xa [xovaffrrjpia!. Il v eut d'abord Studenica et St. Georges de Ras, tous deux fondations de Nemanja, Gradac (aujourd'hui Cacak fondé par Sracimir, frèrt? de Nemanja, Zica et Chilandar sur l'Aîhos. Par contre, les couvents de St. Nicolas de Dabar (aujourd'hui couvent de Banja sur le Lim inférieur), de St. Georges de Budimlja sur le Lim, près de Bérani, (aujourd'hui en ruines) et Petit Studenica au nord de Pec, siège de l'évêque de la région de Hvostno, étaient résidences épiscopales. L'évêque de Zêta résidait dans le couvent de St. Michel, dont on peut voir les ruines entre des buissons de chênes et de lauriers dans l'île de Prevlaka à côté de l'île St. Gabriel (I, 209) sur la rive méridionale du golfe de Cattaro ; l'évêque de Zachlumie habitait le couvent de la Mère de Dieu de Stagno (en serbe Ston). Mileseva, dans la basse vallée du Lim, fondée par le roi Etienne Vladislav, Moraca, dans l'est du Monténégro, par Etienne, fils de Vekan (1242) et Spocani, près de Ras, fondé par Etienne Uros I'"", dataient du xiii^ siècle. Au xiv^ siècle, les fondations devinrent plus magnifiques et furent richement dotées de terres : couvent de St. Etienne de Banjska, fondé par les frères d'Etienne Uros II, Milutin et Etienne Dragutin (i3i5), couventde Granica, rétabli par Uros II, alors résidence de l'évêque de Lipljan, puis au sud de Pec le couvent de Decani, fondé par Etienne Uros III, encore habité aujourd'hui, enfin le couvent des archanges
Michel et Gabriel près de Prizren, fondation du tsar Etienne, aujourd'hui à peine reconnaissable dans ses ruines. Par le recul des frontières méridionales vint s'ajouter aux couvents serbes, toute une série de couvents anciens de Macédoine des régions de Skopje et de Prilep, jusque vers Sérès et la Thessalie. Dans les couvents royaux, rhigumène (abbé) était choisi sur présentation du roi, et investi par lui personnellement, pendant un service divin, par la remise d'un bâton. Les couvents de femmes, dont il est rarement fait mention, étaient insignifiants. Parmi les fondations serbes à l'étranger, il faut citer au premier rang Chilandar, dont les domaines s'étaient, avec le temps, beaucoup étendus sur tout le territoire entre l'Athos et les montagnes de Zêta. D'autres couventsde l'Athos aussi connurent la générosité des Serbes. Le roi Etienne fit bâtir à Constantinople un hôpital (]gevo)v Tou xpàXT)) près du couvert de St. Jean Prodomos de Petra dans le voisinage du palais impérial des Blachernes (i). Le même roi fonda à Jérusalem le couvent des archanges Michel et Gabriel, richement doté aussi par les tsars Etienne et Uros, aujourd'hui possession des Russes. Il y avait des moines de Serbie au couvent de Sinaï qui possède encore des manuscrits du xiv« siècle.
Parmi les églises autocéphales d'Orient, l'archevêché d'Ochrid se trouvait sous les tsars Etienne et Uros complètement en territoire serbe, pourvu de privilèges, mais déjà très diminué dans îa période précédente par le détachement de nombreux évéchés à l'est et au nord. Les inscriptions ecclésiastiques, qui ne sont rédigées qu'en grec, montrent que les Grecs et les demi-Grecs s'étaient sous la domination serbe maintenus en possession de cette Eglise autonome.
Les Romains et les Albanais du pays côtier restèrent à l'Eglise romaine, bien qu'il y ait eu aussi, au xv« siècle, des
(1) A cet hôpital serbe à Constantinople appartenait encore au xye siècle un magnifique manuscrit de Dioscoride, écrit en 512 par Anicia Juliana, fille de l'empereur romain d'Occident Olybrius, qui se trouve maintenant à la Bibliothèque de "Vienne. Voir A. de Premerstein dans la préface de l'édition fac-similé, Leyde, 1906.
couvents serbes, par exemple dans les villes de Scutari et de Dulcigno. Les Nemanides surent entretenir de bonnes relations avec le Saint-Siège, surtout Etienne le premier couronné. Le roi Etienne Dragutin, nous l'avons vu, se rallia formellement à TEglise romaine sous l'influence de sa mère Hélène, qui était française (I, 335). Uros II et Uros III, de même le tsar Etienne lorsqu'il fut excommunié par le patriarche de Constantinople, furent disposés, à l'occasion, à reconnaître la primatie du pape. Les rois serbes protégèrent toujours les droits de l'évêché catholique d'Antivari (i), surtout Uros I pendant legrand conflit entre ce siège et l'archevêché de Raguse (1247-1255).
Jusqu'à l'époque d'Etienne Dusan, il était d'usage que les archevêques d'Antivari nouvellement nommés, parfois aussi ceux de Dulcigno et de Cattaro, fussent recommandés par le pape au moyen d'un bref « carissimo in Christo fllio nostro, régi Servie (ou Rassie) illustri ». Ce ne fut qu'après le transfert forcé du siège de la papauté de l'église de Latran à Avignon qu'il y eut quelques difficultés causées par la tension des rapports entre les Nemanides et la dynastie française des Anjou qui régnait à Naples et en Hongrie. Depuis lors, les Latins se plaignirent que les Serbes leur enlevassent des églises et des abbayes. Le code du tsar Etienne contient des dispositions sévères contre la chute dans « les hérésies latines » et contre les mariages mixtes entre « mi-croyants » et « chrétiens ». Les archevêques d'Antivari étaient, à ce moment, ou bien nommés directement par le pape, ou bien proposés '2) parle chapitre de la
(1) S. Stanojevic, L(3 /c///e pour V autonomie de l'Eglise catholique dans l'Etat des Nemanides [Borba ^a samostatnost katolicke crkve u nemanickoj dr^avi, Belgrade, Académie, 1913). M. V. Sutflay, Dié Kirchen^ustànde im vortiirkischen Albanien (en allemand, partie d'une histoire d'Albanie en préparation), Vjesnik ^em. ark. XVII (1915) l-7o. Illyrisch-albanische Forschiingen, herausg. von L. v. Thallôczy (1916), I, I88-28I.
(2) Sur les évêchés, les évêques, les lieux ecclésiastiques, les chapitres, les cures, les couvents de l'église d'Antivari, abondants renseignements dans Sufflay, /. c.
cathédrale de St. Georges. Parmi les premiers furent deux missionnaires dans le lointain Orient, le franciscain italien Jean de Piano Carpini (1248-1252), célèbre dans l'histoire de la géographie par son voyage dans l'intérieur de l'Asie, et l'ancien archevêque de la ville commerçante de Sultaniali près Tauris, en Perse, le dominicain Guillelmus, français du Midi, fils d'Adam (1322-1341) ennemi fanatique de tous les schismatiques (I, 327). Les évêques, élus par les chanoines, étaient surtout des patriciens d'Antivari. Les évêques de cette église (I, 217 sq) avaient une situation difficile à cause des luttes locales de partis, et de l'usurpation des biens d'Eglise par les laïques, qui était fortgênante pour l'entretien des évêchés : ainsi s'expliquent les nombreuses démissions volontaires et les longues vacances du siège. La même cause amenait l'émigration de clercs de ces villes vers Raguse, où ils trouvaient dans les couvents, les églises et les chancelleries, de meilleures situations matérielles. Les couvents de bénédictins étaient nombreux. Un pèlerinage très fréquenté par les Ragusains des xiv^ et xv^ siècles était l'abbaye de Ste-Marie de Retezo (en vieux serbe Rotoc,en serbe moderne Ratac), qui possédait une Madone célèbre; c'est aujourd'hui une ruine, à une heure au sud-ouest d'Antivari, sur les pentes de Punta-Ratac. Les abbés de ce monastère, richement doté par la reine Hélène et Uros II, étaient le plus souvent des membres de la noblesse patricienne d'Antivari. La pieuse Hélène avait aussi fondé les couvents de Franciscains qui étaient aux portes de Cattaro et d'Antivari. Comme autres lieux de pèlerinage, il y avait la cathédrale de Dulcigno, qui possédait aussi une image de la Vierge, et la cathédrale de St. Etienne dans le château-fort de Scutari, rendue célèbre par quelques miracles, et dont la visite fut encouragée par le pape Clément VI (1346), au moyen de la concession d'indulgences : c'est aujourd'hui une mosquée, avec des restes d'architecture gothique. Deux abbayes bénédictines de la Bojana sont connues dans l'histoire du commerce : St. -Nicolas, à l'embouchure du fleuve, et la vieille abbaye des Saints Serge et Bacchus, plus en amont; dans ses ruines, on peut encore lire les inscriptions
latines de la reine Hélène et de ses fils Etienne (Dragutin) et Uros II (I, 2 12],
L'évêché de la ville de Cattaro, avec la cathédrale romane de St.-Tryphon, construite aux xi^ et xii'' siècles, soumis jusqu'au xv^ siècle à l'archevêque de Bari en Apulie (I, 219I avait reçu par la faveur des rois serbes un grand diocèse : non seulement les églises des Saxons et des Dalmates des bourgs et des mines depuis la côte jusqu'à Belgrade et Golubac sur le Danube, mais encore les églises et les couvents qui, avant 1254, avaient appartenu aux évêques catholiques de Tribunie et de Zachlumie en territoire serbe : églises de Risano, de Tanali, couvent des Bénédictins de St.-Pierre de Campo près de Trebinjé, etc. L'évêché de Budaa était aussi réuni à Cattaro. Les évêques étaient le plus souvent des fils de familles patriciennes de Cattaro, jusqu'au jour où la commune prit la décision de ne plus admettre de Cattariotes comme évêques, ce qui amena de grands conflits avec la Curie et même l'excommunication (i328). Pendant ce temps, différents nobles s'emparaient des biens de l'évêché, et de nombreuses églises des environs, de l'intérieur, et surtout en Tribunie et en Canalie, étaient occupées par les Serbes. Les rapports étroits de Cattaro et de Bari furent sans doute l'une des causes des riches dons que firent à la célèbre église de pèlerinage de St. -Nicolas dans la ville des Pouilles tous les souverains serbes, depuis Nemanja, jusqu'au tsar Uros, et surtout le roi Uros II et Etienne Dusan.
L'évêché de Tribunie, suffragant de l'archevêque de Raguse, fut une victime des conflits des Ragusains avec Uros P"". Salvius, episcopus Trihuniensis (i 250-1276), un Ragusain,dont le nom primitif étaitSlav, fut expulsé de son diocèse et dut habiter Raguse. Ses successeursfurent d'ordinaire simplement des vicairesdel'archevêque de Raguse, et signèrent depuis le xiv« siècle episcopus Mercane ; car ils reçurent des Ragusains deux petits couvents de bénédictins, sur les rocs aujourd'hui inhabités qui se dressent devant les ruines d'Epidaure (Ragusa vecchia), Sainte- Marie de Mercana (en serbe Merkan^ et « St.-Petrus de medio mari » (maintenant Supetar). A Raguse même, le cou-
vent de femmes nobles de Ste-Claire (aujourd'hui caserne d'artillerie) recevait chaque année du bureau serbe du sel de la ville 100 perper, en vertu d'une donation d'Etienne Dusan (i).
Plus au nord, Tévêque catholique de Zachlumie fut, d'après le récit des annalistes ragusains, contraint par le comte Pierre de Chelmo, unPatarin, de quitter Stagno et de se réfugier dans l'île de Curzola. Après que Pierre eut été chassé, les Serbes fondèrent à Stagno (vers 1220) un évéché serbe. Lorsque les Ragusains acquirent Stagno et la presqu'île (I, 372), il dut, d'après un ordre formel d'Etienne Dusan (i334), y rester. Ce fut le pope Bratoslav, un prêtre serbe (pop srpski), auquel la commune de Raguse assigna des terres ; mais ses tils, petits fils, et arrières petits-tils ne furent plus prêtres, et c'est pourquoi ces biens leur furent retirés un siècle plus tard, comme biens d'Eglise, lors d'une révision du cadastre (1433) (2). L'île Meleda, très étendue, très boisée, avec l'abbaye bénédictine de Ste- Marie, pittoresquement située sur un îlot dans une lagune, et qui relevait de l'archevêque de Raguse, mais payait aux Serbes un tribut, fit partie du territoire serbe jusqu'aux temps d'Uros.
Les partisans de la secte bosniaque, également persécutée par les deux Eglises d'Orient et d'Occident, les Patarins, Bogomiles ou Babounes, étaient bannis de Serbie depuis Nemanja (I, 223). Les derniers d'entre eux, nobles pour la plupart, furent baptisés par l'archevêque Sava I ou expulsés du pays. Ils ne se maintinrent qu'en Zachlumie, à la faveur de la situation spéciale de ce territoire. Les vieux textes ecclésiastiques serbes sont pleins de haine contre « la foi baboune [babiinska vjera]^ « les hérétiques bosniaques et chelmiaques », ennemis de la Croix et des saintes images, qui appliquent aux tableaux des Eglises, les passages de la Sainte Ecriture qui visent les idoles; ils contiennent des anathèmes personnels contre le ban Etienne (II)
(1) Mon État et Société, I, 58.
(2) Documents dans ma dissertation (en croate) sur le tribut de Stagno dans le Mémorial en l'honneur de Jagid, (1908), p. 530.
et contre les nobles et les ecclésiastiques de la secte (i). Le Code du tsar Etienne menace « les hérétiques» ou ceux qui les accueillent en cachette, de la marque et du bannissement. Les bans bosniaques jouèrent un double jeu singulier. D'une part, ils délivraient, en présence des chefs des sectes, des chartes solennelles à leurs nobles, de l'autre ils voulaient être regardés comme des chrétiens orthodoxes, vénéraient Saint-Grégoire de Nazianze comme patron national, épousaient des princesses catholiques et orientales et s'en tenaient dans les formules de leurs chartes au culte des saints proscrits par les Patarins. Sous le ban Etienne II, il y eut une restauration de l'Eglise latine, favorisée par les Franciscains établis dans la région des mines, dont le vicaire, Peregrinus de Saxonia, résida ensuite de nouveau dans le pays même comme évêque de Bosnie (i349-i356). Le ban Tvrtko, plus tard roi, eut à sa cour des prêtres catholiques de Raguse ; le prêtre Ratko fut son chapelain et plus tard, son ministre des hnances (Protovestiar)^ pour finir évêque de Trebinjo et de Mercana ; il mourut vers iSgS; le prêtre Michel, son chancelier, et ensuite évêque de Knin en Dalmatie. Après la grande extension de leur territoire vers le Sud, les Bosniaques durent montrer aussi plus d'amitié aux fidèles de l'Eglise serbe, à laquelle appartenait par exemple la famille du Zupan Sanko dans la Zachlumie méridionale.