‹ La civilisation serbe au moyen âgeChapitre 7 sur 13 · DI · texte numérisé non relu

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rages de la montagne servaient surtout de bêtes de somme, les plus grands, spécialement de robe plus rare, noire ou blanche, pour la cavalerie. L'àne était plus répandu comme animal domestique dans l'ouest que dans l'est. Le bâtard de cheval et d'âne, le mulet, était très apprécié, et ses solides sabots en faisaient la meilleurs bête de somme pour les sentiers pierreux des montagnes. En outre des bœufs, on trouvait aussi des buffles, par exemple à Canali, près de Decani et dans la région du Vardar. L'élevage* fournissait de la viande, surtout le porc salé, qu'on exportait vers la côte pour l'approvisionnement des navires, puis du cuir, de la corne, du suif, de la graisse, de la laine de mouton, des peaux d'agneaux, mais avant tout des fromages de différentes espèces. Le pâturage des pâtres montagnards différait de l'élevage des propriétaires fonciers ou des agriculteurs qui entretenaient des pâtres à gages [pastir,. Les pâturages de montagne \planina) étaient propriété partie du souverain, plus tard aussi des moines et des nobles, partie des Zupa. Pour l'abri qu'il leur accordait durant Thiver, les pâtres montagnards donnaient généralement au seigneur du domaine une bête sur cent. Comme dans toute l'Europe méridionale, le passage [progon] entre les pâturages d'été et ceux d'hiver était réglé par le vieux droit coutumier. Les contrats d'association (pripasa, en latin socida), par lesquels les Cattariotes et les Ragusains confiaient du bétail à leurs voisins pour qu'ils en prissent soin, reposaient essentiellement sur le principe du partage par moitié des gains et des pertes. Ces contrats se faisaient non seulement pour les chevaux de somme, les bœufs, les moutons, les chèvres ou les porcs, mais aussi pour les ruches. Avant que ne se répandissent le sucre et de meilleurs instruments d'éclairage, l'apiculture avait dans toute la presqu'île, de la Grèce jusqu'à la Roumanie, une importance extrême. En Serbie, le roi et les couvents possédaient de grands jardins d'abeilles [ulijanick] où, les ruches {ulije, uliïte) étaient installées entre forêts et prairies, sous la surveillance d'apiculteurs (ulijar). Elles fournissaient du miel, de la cire, et la boisson si appréciée, le met. L'élevage des vers à soie, qui

florissait en Grèce, en Albanie et en Macédoine, est mentionné, aussi sur les domaines des couvents de Decani et de Prizren, et dans l'Albanie du nord.

L'agriculture (i) subissait une forte influence byzantine. Les propriétés étaient exactement délimitées. La nature du pays fit apparaître des fermes très dispersées ; ce n'est que dans les vallées et les plaines que purent se former des agglomérations villageoises étendues. La ferme, unité de propriété foncière, ne s'appelle plus que rarement, aux xiii= et xiv^ siècles, Selo (I, 146), le plus souvent dvor ; c'était une maison [Kuca) dont la cour était entourée d'une palissade, et dans la région du Karst d'un mur de pierres sèches ; elle se dressait au milieu des champs, des vignes, des vergers et des prairies qui formaient le domaine. Le fermier, sur les domaines du roi ou des magnats, le dvoranin^ (en Croatie i^vorniA") était ou un petit noble, fils de pronarius^ ou un paysan. L'établissement au voisinage immédiat de la ferme [pridvorica]. Jouissait de certains privilèges. Dans le sud, la ferme se nommait stas («rcàfftç), le propriétaire stasnik. La dénomination de « lots » [zdrebije) donnée aux domaines, rappelait le premier partage des terres ; on la rencontre en Serbie sur les biens des popes, en Dalmatie sur les terres voisines de Cattaro, Spalato et Zara. On distinguait nettement l'origine du domaine, héréditaire ibastina)^ acheté [kupljenica] ou apporté en dot [prikija]. Les Grecs et les Serbes évaluaient la dimension du domaine en attelage de bœufs ou en seaux de céréales, (}x6Sto), vieux serbe mot^ kobol, latin

(1) Sur les conditions de l'agricuhure byzantine et serbe. Th. Uspensky, Matériaux pour l'histoire de la propriété foncière au XI V" siècle, en russe, Zapiski de l'Université d'Odessa, XXXVIII (1883) et nombreux autres mémoires. B. A. Panenko. La propriété paysamie à Byi^ance, la loi agraire et les chartes de couvents en russe, J^vestija arch. inst. IX (1904) I, 234.

Sur la Serbie, l'ouvrage fondamental Novakovid Selo (le village), Glas, XXIV (1891) ; Peisker, La Zadruga serbe, Zeit-schri/t fur Sopal und Wirtschaftsgeschichte VII (1900). Milan Wlainatz, La condition juridique de l'agriculture dans la Serbie du Moyen-Age. léna, 1903.

coelliis). Dans l'empire byzantin, on distinguait deux classes de terres de paysans : Çeuyapâiov, en serbe zevgar' avec une paire de bœufs iÇeuyàptovl et potSàrov) avec un seul bœuf, mais leur dimension variait beaucoup suivant la fertilité du sol. Le modius comme mesure de surface correspondait, d'après Th. Uspenky, à 200 coudées carrées grecques, comme poids, à 40 livres. En Serbie, les champs (njiva) étaient aussi évalués en charrues, journées, ou, de manière primitive, en « jets de pierre » et fuseaux, etc.. (i) La commune rurale ne possédait en commun que les bois et les pâturages. Les limites du territoire du village \megja< étaient exactement fixées par des marques [granica]^ non seulement à cause des questions de possession, mais aussi à cause de la responsabilité en cas de brigandage ou de vol : pierres dressées, blocs de marbre blanc, croix de pierre, dans la région du littoral grands tas de pierres, piliers maçonnés de pierre et de chaux, croix taillées dans le rocher, etc..

L'existence de latifundia en Serbie n'est pas prouvée. Sur l'ancien territoire serbe, c'est la ferme ou le village qui est toujours l'unité, rarement des pièces de terre isolées. Sur le littoral et en Macédoine, au contraire, la propriété naine avec de toutes petites parcelles de terrains n'était pas rare, tout comme dans l'empire grec, où les chartes font mention, par exemple en Apulie et près de Smyrne, de terrains qui ne comptent que 2 à 5 oliviers. Dans l'île de Meleda, aujourd'hui encore, un olivier ou un figuier a parfois plusieurs propriétaires. En Macédoine, au xiv<= siècle, le couvent de Treskavec près de Prilep, possédait par exemple des champs de 20 à 25o « seaux » à côté d'autres qui n'en avaient que de i à 12. C'est sur les domaines des nobles que nous sommes le mieux renseignés. Il n'a pas été conservé non plus de nomenclatures des grandes propriétés royales dont faisaient partie à l'origine, tous les villages valaques (I, 126 . Sur le littoral, près de Stagne

(1) Pour les anciennes mesures agraires, voir Etat et Société II, 33.

et de Ragusa Vecchia, il est fait mention encore au xiii'' siècle de possessions des anciens Kne:{ ou princes, de parties du pays [knezina). On connaît bien les domaines des couvents ou « Metochies » [metohja^ de [XExôxtov) qui sous la direction des intendants des couvents ou « ikonomes » (olxov6{i,oç) étaient les meilleures exploitations. Les couvents ont rendu en Serbie les mêmes services qu'en Allemagne pour la colonisation du pays. D'après Novakovic, le couvent de Banjska possédait 67 villages et 4 hameaux, ainsi que 8 Katiini (604 maisons) de Valaques ; le couvent de Decani 40 villages et hameaux (2.166 maisons) et g Katuni (266 maisons de Valaques ; le couvent de Prizren 60 villages et hameaux, 9 ka?z/?n' d'Albanais et 8 katuni (447 maisons) de Valaques. La plaine du Drim blanc a, Jusqu'à nos jours, gardé de nombreux domaines monastiques du moyenâge son nom de Métochie. Les archevêques contribuaient aussi aux progrès de l'agriculture par des plantations de vignobles et de vergers sur leurs domaines.

Les rapports entre le seigneur terrien et les paysans, étaient tout autres dans le pays serbe de l'intérieur que dans la vieille zone de civilisation du littoral adriaiique et de Macédoine. D'après Pancenko, la différence capitale entre la charte de couvent grecque et la byzantine, est l'énumération des corvées hebdomadaires et desimpôts en nature dûs par les paysans, qui est usuelle en Serbie, inconnue des Grecs. Les corvées (djelba) des colons [meropsi] étaient calculées à l'origine d'après la surface du terrain ; ils avaient à labourer de 6 modii à 7 1/2, à assurer la moisson et à*faucher tout le foin. Plus tard, c'est la mesure du temps qui prend le pas; deux journées par semaine pour le travail des champs, plus une par an pour les foins et une pour la vigne, plus encore le travail de l'aire, la préparation du malt, etc.. Un champ est complètement cédé à un paysan pour sa subsistance ; c'est le paraspor /^irapàeT-jTopovi (i), encore

(1) Novakovié, Paraspor, Godilnjica, XXVI (1907) 191, Arch. slav. Phil. XXVIII (1906), 463 sq. Morosi. Sur les éléments grecs des dia. lectes de l'Italie méridionale. Archivio glottol'ogico ital. XII. (1890).

aujourd'hui bien connu en Sicile, en Calabre, en Serbie orientale, en Bulgarie occidentale. En Dalmatie et en Macédoine prédominait le colonat partiaire, surtout le métayage [polvicAy i?jfit(Teta, en italien me^^eria]. Par suite de Tinégale fertilité du sol et des différences dans les conventions, le propriétaire recevait aussi du colon partiaire [ispolniki, parfois un tiers itretina), parfois seulement un quart \cetvrtina]. Sur l'Adriatique, on avait un système plus avancé, le bail à temps avec rente fixe en argent ou en nature, souvent passé à vie ou pour quelques générations, et qui est l'origine du bail héréditaire. L'exploitation des terres par des étrangers, en qualité de maîtres ou de fermiers, n'est attestée que dans le voisinage de Raguse, jusqu'à la domination turque.

La culture se faisait par trois assolements, avec des semailles d'été et d'hiver. Les principales cultures étaient le froment e l'avoine, puis dans des proportions considérables, aussi bien à l'intérieur que sur la côte, le millet (proso). Le grain obtenu par le battage en plein air était conservé soit dans des silos, soit dans une grange. A côté des céréales, on voyait des champs de lin, de chanvre, de pavots, de légumes à cosse et d'autres légumes. Sur le littoral, le premier rang était tenu par la vigne. Le vin, principalement rouge, était conservé dans les caves dans des tonneaux en bois, ou comme dans l'antiquité, dans de grandes jarres, et pour le transport chargé en foudres sur des chariots ou dans des outres en peau de bouc, sur des chevaux de bât. Parmi les arbres fruitiers, l'olivier était le plus précieux, du côté d'Antivari et de Budua, comme dans le sud de la Macédoine. Près de Raguse, on rencontrait aussi des figuiers, des grenadiers, des amandiers, des citronniers, des orangers et des melonnières : les montagnards voisins s'en trouvaient fort enclins à des excursions nocturnes. Le régime juridique des eaux était strictement réglé par des fossés d'irrigation (i\vod, vodovadja) comme par exemple près de Skopje.

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