‹ La civilisation serbe au moyen âgeChapitre 8 sur 13 · II. — Les métiers et V industrie · texte numérisé non relu

II. — Les métiers et V industrie

Les artisans avaient toujours leur vieille organisation en corporations héritée du temps des Romains, surtout dans les villes de la côte, où certaines rues étaient nommées d'après des corps de métiers ; par exemple, Raguse avait une rue des Orfèvres, des Cordonniers, des Opancar, fabricants de sandales (jniga opin:^ariorum), etc., etc.. On occupait dans les ateliers de Raguse et de Cattaro de nombreux apprentis qui venaient souvent de loin dans l'intérieur du pays. Le métier de tailleur de pierres était très florissant sur toute la côte, depuis Antivari jusqu'à Zara. Les ouvriers citadins de Raguse et de Cattaro n'étaient pas seulement des Dalmates, mais aussi des étrangers, Italiens, Grecs (les armuriers et les peintres) et Allemands (tanneurs et chapeliers). Dans les villes d'origine grecque, on trouvait à la tête de chacun des métiers un protomagisîer, par exemple chez les cordonniers de Prizren. Dans l'intérieur, les métiers s'exerçaient au village même; les chartes des couvents citent parmi les paysans des maîtres (majstori) de toutes sortes, potiers, fondeurs de cruches, armuriers, tisserands, tanneurs, selliers, chapeliers, drapieis, cordonniers, fourreurs, etc.. Sur les domaines monastiques, les forgerons et les maçons peuplaient souvent des villages entiers. Seuls les orfèvres, depuis la loi du tsar Etienne, n'avaient plus, à cause du faux monnayage, le droit d'habiter les villages, mais seulement les bourgs. Parmi les exploitations plus importantes, on trouve citée une « maison de cire » à Prizren, bâtie par les Cattariotes et plus tard propriété de l'évêque de la ville, avec le monopole de fondre de la cire qui y était attaché. Aujourd'hui encore, il y a en Serbie des villages aux noms de métiers depuis longtemps disparus, par exemple : Strelari, Tulari, Stitari, dont les habitants fabriquaient autrefois des flèches [strela]^ des carquois [tul] et des boucliers (sft7).

Comme on ne trouve le sel, dans l'intérieur des pays balkaniques, qu'à Sol (aujourd'hui Tuzla) en Bosnie, les sauneries de sel marin avaient une grande importance. Les salines du

territoire de l'Adriatique se trouvaient le plus souvent au voisinage de couvents ou de résidences épiscopales près du couvent de Bénédictins de Meleda, près de la résidence épiscopale de Stagno, dans les baies de Malfo et de Gravosa, près de Raguse. Aux environs du couvent de St-Michel, résidence de l'évêque de la Zêta, sur la côte méridionale des bouches de Cattaro, il y avait, en 1426, 109 marais salants ; sur le nombre, 32 appartenaient à la ville de Cattaro, 24 au iMétropolite serbe de la Zêta, 26 aux GJurasevici et à d'autres nobles, 27 aux habitants de la contrée de Lustica (i). Au temps du tsar Etienne les Serbes possédaient encore des sauneries près de Valona, près de Chrysopolis (aujourd'hui Orfano! à l'embouchure du Strymon, et près de Lykostomion, à la sortie du défilé de Tempe sur la mer.

Dans l'exploitation des mines, l'extraction de l'or et de l'argent n'avait jamais été arrêtée depuis l'époque romaine. Mais le lavage de l'or [:{latari, laveurs d'or), par exemple près de Novibazar et de Prizren, n'était pas, au moyen âge, très productif. Dans les mines de fer travaillaient des mineurs [rudari] et des forgerons ^Jîovaci\ indigènes qui devaient livrer annuellement au roi une certaine quantité d'acier. Les mineurs allemands, les Saxons, donnèrent à ces industries un nouvel essor. Ils avaient été, au xiu^ siècle, tout comme en Hongrie, attirés dans le pays par de grands privilèges, et ils suivaient partout les traces des exploitations des Romains, surtout pour les mines d'argent ill, 29. Par suite de la grande valeur des métaux précieux avant la découverte de l'Amérique, des mines même peu productives rapportaient alors un gain sûr. L'exploitation appartenait le plus souvent à une société dont les parts [partes, en serbe djelove se transmettaient librement par héritage ou vente, et pouvaient être données en hypothèque. D'après le droit saxon, découvert naguère dans une traduction turque, les grandes mines étaient exploitées par des associations d'action-

(1) Acta arch. Ven. II, 225, 236 — Glasnik, XIII (1861) les mêmes pages (manqué dans Ljubic).

naires formées toujours de 64 parts. Par de sévères prescriptions on cherchait à assurer la marche ininterrompue du travail. Dès qu'il s'était passé trois semaines sans travaux sur un terrain de recherches, ou six semaines sans descente dans un puits, ou qu'une grande fosse avait été, malgré toutes les sommations, abandonnée depuis un an et six semâmes, n'importe qui pouvait en entreprendre l'exploitation. Les diverses mines étaient rigoureusement délimitées, l'aération et la dérivation des eaux minutieusement réglées. Les chefs étaient les urbiirarii^ qui enregistraient tous les contrats et tous les paiements; les surveillants des travaux étaient les hutman^ terme encore connu de nos jours en Bosnie et à Kratovo (i), [huttenmann]. L'exportation des métaux n'était que rarement l'objet de restrictions. Le souverain prélevait probablement une dîme sur le minerai. Parmi les associés de l'exploitation, monnayeurs, orfèvres et marchands, qui vendaient aux mineurs (en serbe rupnici) des marchandises et des vivres en échange du métal brut, on comptaient de nombreux Dalmates. Les obscures ouvertures des galeries abandonnées, d'énormes amas de scories et d'impressionnantes ruines de maisons et de forges portent encore témoignage de la vie intense qui régnait dans ces mines aujourd'hui envahies par la forêt. Les fosses (en serbe rupa^ en italien Jossa) étaient en partie des puits carrés, en partie de larges galeries avec couloirs latéraux. Les annales serbes du xv« siècle mentionnent des incendies de mines avec de grandes pertes de vies humaines, effets de l'incendie des boisages ou du grisou. Des traces de la vieille terminologie minière allemande se rencontrent tant dans les vieux documents que dans les expressions et dansles noms de lieux modernes (2). On n'a pas encore

(1) F. Spaho, Glasnik bos. XXV (1913) 133 sq.

(2) En vieux serbe Ceh i Zeche (lieu de l'exploitation) d'où les lieux dits Ceovi, Ceovine( des vieilles fosses ouKopaoni. Les scories se nomment en serbe sijakna, les crassiers lljaknVite en bulgare slakno, mais encore en serbe ^giira du latin scoria. Près de Srebrnica un village s'appelle Kvarac (Quartz). Le plus grand nombre de ces termes subsistent encore à Kresevo en Bosnie llag, Schlage, slegel, Schlagl, pilon, liber (ardoise) etc..

commencé à rassembler et à décrire les instruments de travail des mineurs, pics, maillets, marteaux et les nombreux petits objets trouvés. Le minerai [ruda] extrait était travaillé dans des pilons, des fours et des forges, dans les carri des Ragusains, kolo des Serbes (littéralement roue, par exemple Gvo^denokolo^ « roue à fer w, Srebrnokolo, « roue à argent ») toujours actionnées par la force hydraulique. Mais l'afBnage [àffinatura] des métaux qu'on exportait en lingots, et particulièrement de l'ar gent, ne pouvait, au xiv« siècle, s'opérer qu'à l'extérieur du pays, et principalement à Raguse.

Les mines de fer étaient nombreuses : dans la province de Kucevo (près Majdanpek actuel, au Kopaonik, près de Novo Brdo, sur la montagne de Rogozno, près de Banjska au « village sourd », Gluha vos (plus tard Gluhavica) près de Novipazar, à Altino près de Decani, enfin dans le sud sur le territoire étendu des antiques laveries de sable ferrugineux, depuis le haut bassin du Vardaret les montagnes de Nis jusqu'aux mines métallurgiques du Rhodope et de la Chalcidique. On extrayait du cuivre à Kucevo, Rudnik, Kratovo et en Bosnie. L'extraction du plomb se faisait de minerais argentifères, surtout à Olovo (en latin Plumbrum) et à Srebrnica en Bosnie, à Rudnik, à Kucevo, où le chevalier de Dernschwam mentionne encore (i555) « le Ratzenpley » (le plomb rascien) et dans le sud à Novo Brdo et Kratovo. Mais le principal était l'argent. La mine la plus productive en Bosnie était celle de Srebrnica (srebro^ argent), héritière de la ville minière romaine de Domavia (I, 41;. Les mines d'argent de Rudnik, où l'on ne trouve plus aujourd'hui que du cuivre, du zinc, du plomb et du fer, eurent une période de grande prospérité, de même que plus au sud la région minière longue de 70 kilomètres, qui entoure le Kopaonik, et qui s'appelait encore au xu^ siècle chez les Vénitiens Montagna dell Argento^ et chez les Turcs Gumush Dagh (Montagne d'argenti. C'est là que se trouvaient les colonies de mineurs de Plara, Kovaci, Livadje, Zaplanina (à une haute altitude au-dessous du sommet du Kopaonik),

Ostraca, Koporici, Belasica, et la ville de Trepca (i). Bien loin à l'étranger s'étendait le renom des mines de Novo Brdo (Novomonte) et de Janjevo, où l'on trouvait la glàma [argento de glama), argent avec teneur d'or qui d'après un texte ragusain de 1436, contenait parfois jusqu'à un sixième d'or (21. Dans le nord est de la Macédoine, il y avait de grandes mines dans les montagnes d'Osogov, sur le versant méridional les mines de plomb, de cuivre et d'argent de Kratovo, sur le versant septentrional, près de Kiistendil, les mêmes exploitations aujourd'hui envahies par les forêts. On extrayait du mercure et du cinabre près de Kresevo en Bosnie et au mont Avala près de Belgrade.

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