‹ La civilité non puérile, mais honnèteChapitre 14 sur 23 · DISTRACTION AFFECTÉE. — LA BIENVEILLANCE · texte numérisé non relu

DISTRACTION AFFECTÉE. — LA BIENVEILLANCE

La lettre lue, Vesprit vivifie... Qui n'a entendu^ qui li'a prononcé cette maxime si profonde, si exacte, qui s^applique à tout ici-bas et qu'on applique à tout... excepté à soi? Si j'ai tenté souvent^ dans les divers chapttresqui font partie de ce volume consacré à la civilité , de conseiller au moins la /orme, en Tabsence du fond, je tiens cependant à établir que la politesse réelle ne peut s'accommoder d'une scission , et que le fond lui est aussi néc( ssiire que la forme ; nous allons le prouver tout à Theure.

Chacun a rencontré ^ chacun a connu des individus empressés à remplir les menus devoirs de la civilité, s'informant exactement de la santé des personnes qu'ils visitent ou qu'ils

rencontre, ne négligeant jamais d'envoyer leur carte de visite dans toutes les circonstances qui commandent ce soin, polis envers toutes les femmes, même pour celles qui sont vieilles, même vis-à-vis de celles dont ils n'attendent rien, ni invitation à de bons dîners, ni recommandation près de personnages influents; ils ont par conséquent tout à fait Papparence des gens de bonne compagnie, hélas !

seulement Fapparence 1 La forme aéié soignée ; le fond fait défaut, soit par un vice organique, soit par le manque de réflexion sur Tintime cohésion qui existe entre la bienveillance, la bonté, la charité) et la politesse ; ils s'attachent à la lettre qui tue, et négligentresprit qui vivifie.

Ces individus si polis, tant qu'on effleure seulement la mince couche de vernis qui recouvre leurs prétentions, leur vanité et leurs défauts, se montrent franchement incivils dès que la conversation s'engage. Ils ont adopté une ligne de conduite qui demeure absolue, parce qu'ils pensent y trouver la satisfaction de leur puérile vanité; or leur vanilé s'applique à cette spécialité : être bien informés de

LA CIVIILITÉ. ^*

tout ce qui concerne les gens que leur fortune ou leur position sociale place en évidence. Si vous racontez devant eux l'anecdote du jour^ ils se sentiront profondément humiliés, car on empiète ainsi sur leurs attributions. La politesse d'emprunt qu'ils possèdent se dissipe immédiatement; ils prendront une attitude d'ennui ou de commisération, et laisseront tomber avec majesté soit un démenti formel, soit une phrase dédaigneuse : C'est bien vieux ! Cette anecdote est bien connue ! Personne ne parle plus de cela!... Et autres paroles gracieuses du môme genre.

Je ne saurais trop prévenir mes jeunes lectrices, et même mes jeunes lecteurs, puisque j^en ai, contrede semblables faiblesses, absolument incompatibles, soit avec la politesse, soit avec la bonté, soit avec l'intelligence ; le moindre des inconvénients de cette mauvaise habitude est de dénoncer la sottise de celui qui Ta contractée. Si l'aveu volontaire, et surtout involontaire d'une prétention a pour conséquence immédiate et forcée d'amoindrir celui qui en est atteint, combien ce résultat ne s'aggravet-il pas de la puérilité de cette prétention ! Et

que découvre-ton en analysant celle-ci? Un plat sentiment d'admiration pour tout succès obtenu à un titre quelconque, pour toute notoriété acquise à tout prix; une infime vanité s'efforcant de se rattacher au succès et à la notoriété, et voulant à toute force frayer avec les premiers rôles de la scène du monde, ou tout au moins ]}araï^re frayer avec eux. Le ridicule inhérent à cette prétention s'aggrave presque toujours de sa fausseté. En effet, on n'affiche pas la vérité avec tant de persistance, on ne se vante pas des relations que l'on possède naturellement et légitimement, on ne jette de la poudre aux yeux, en un mot, que dans les circonstances où l'on a tout intérêt à aveugler son public.

Ce n'est pas seulement la prétention en ellemême que j'entreprends de combattre ici, parce qu'elle est incompatible avec la civilité, parce qu'elle a pour origine et pour but le désir d'indiquer que l'on hante une sphère inaccessible à ceux que l'on veut bien entretenir des faits et gestes de personnages haut placés; ces motifs ne seraient peut-être pas suffisants pour décider la vanité à abandonner tous les

petits moyens qui, dans sa persuasion^ Faident à obtenir de grands effets; il sera plus efficace je crois, d'en appeler à la vanité elle-même, de lui dire qu'elle fait fausse route, qu^elle ne trompe personne; qu'au lieu d'éblouir, elle fait sourire; que les esprits les plus simples discernent fort bien la hâblerie; que mille circonstances imprévues, mille symptômes légers, mais accusateurs, mettent sur la voie de la vérité, et détruisent en un moment l'édifice que le mensonge, ou du moins l'exagération élève si laborieusement. Quoi que l'on fasse, et quelque habileté que l'on déploie, on ne parvient pas à duper longtemps un auditoire. Quelques esprits naïfs et crédules, quelques bonnes âmes peu disposées à soupçonner sans preave, se laisseron^t peut-être éblouir une fois, lorsque la réflexion n'aura pas eu le temps d'examiner les faits qu'on affirme ; mais il en est de l'exagération qui farde la réalité, comme de tous les fards : sans s'en douter on augmente la dose, et Ton se trouve bien vite en désaccord avec là vraisemblance; dès lors, en place de l'admiration qu'on poursuit, on ne recueille plus qu'une moquerie méprisante, ou une pitié

dédaigneuse. Au nom même de votre vanité, réprimez votre vanité, ô gens vaniteux!

Une deuxième variété, due aux mêmes combinaisons d'origine, adopte le dénigrement perpétuel, en le considérant comme une preuve irrécusable de goût raffiné, délicat, suprême. Pour dénigrer ce que les autres approuvent ou admirent, il leur importe peu de se mettre en contradiction avec la vérité, avec la vraisemblance, et en opposition avec la politesse ; si Ton admire devant eux une œuvre d'art, un, artiste habile, ou même un monument, ils entreprendront immédiatement de prouver que Ton ne sait ce que l'on dit, espérant ainsi, d'un seul coup, abaisser leurs interlocuteurs, et s'élever eux-mêmes à des hauteurs vertigineuses. Dénigrer ce que les autres admirent, n'est-ce pas en effet démontrer avec la dernière évidence que l'on possède un discernement supérieur, un jugement éclairé ? Hélas, non! on se trompe tout aussi souvent en dénigrant qu'en approuvant, et lorsque le jugement que l'on porte est contraire à la vérité, on s'expose au contraire à produire un effet absolument opposé à celui qu'on recherche

à prouver, en un mot, que Ton est absolument ignorant, et, de plus, mal élevé.

La politesse n'impose à personne le devoir de se ranger, en toute circonstance, à Tavis d'autrui; elle n'oblige pas à abdiquer toute opinion personnelle, tout sentiment particulier; elle permet l'opposition et la discussion, pourvu que Ton sache manifester celle-là, et conduire celle-ci, non dans l'intérêt d^ une personnalité vaniteuse se prétendant infaillible , mais au nom de l'indépendance d'esprit qui appartient à chacun. Ainsi dirigée, la discussion ne prendra jamais le caractère violent qui est en contradiction avec la politesse; nul n'a le droit de prétendre imposer son opinion à autrui. En entendant émettre certaines doctrines, certains sentiments, qui sont un outrage à l'humanité, à la vérité, à la justice, on peut èire surpris, affligé ou indigné, mais on ne peut se permettre de forcer celui qui les proclame à adopter une opinion plus honorable.

Si votre contradicteur vous semble manquer de sens moral, n'en faites pas votre ami; s'il est impoli, agressif, s'il sème la discussion de personnalités offensantes, ne le suivez pas sur

ce terrain ^ d'où la politesse serait absolument exclue; ayez la force de clore la discussion, et, s'il s'agit de principes sérieux, déclarez que vous ne sauriez en changer^ et que toute discussion devient par conséquent absolument inutile. Les attaques directes ou indirectes^ les allusions, les accusations ^ les récriminations, n'ont jamais eu d'autre résultat que de faire naître et croître des hostilités implacables; ces moyens ne ramènent personne à ce que nous croyons être la vérité, et enlèvent aux relations sociales tout le charme qu'on peut en espérer lorsqu'on observe de part et d'autre les principes de la politesse.

Il serait aisé de ne jamais se départir de ces principes , si l'on rencontrait uniquement des gens bien élevés; leur application est difficile , justement parce qu'un grand nombre de personnes les méconnaît; mais lors même que Ton se trouverait en butte à des agressions acerbes, il fausse garder d'imiter ces exemples d'incivilité; on peut toujours se réfugier dans la froideur, et couper court à une conversation qui discute et attaque non plus les principes , mais les personnes; car si la politesse nous

commande des égards pour nos semblables,, la justice veut que ces égards soient réciproques. Si , par le fait de la mauvaise éducation de ceux qui nous interpellent, cette réciprocité ne se produit pas, il n'y a, pour toute personne bien élevée , qu'un parti à prendre : se retirer absolument de la conversation engagée, afin de ne point être entraîné à imiter les emportements que Ton réprouve.

L'une des formes les plus blessantes que puisse revêtir l'incivilité, est l'attitude distraite et dédaigneuse adoptée par quelques sots, qui pensent s'attribuer une grande importance en s*étudiant à ne marquer aucun intérêt à ce que Ton dit autour d'eux. C'est là un pauvre calcul , qui ne peut germer que dans les cervelles étroites et dans les âmes dépourvues de noblesse. Parfois ce calcul a pour origine une incapacité absolue, qui espère déguiser le vide en le masquant avec l'indifférence; ces puérils procédés ne trompent personne , ef blessent tout le monde ; celui-là seul qui les emploie se méprend sur leur portée, car chacun sait que la véritable supériorité s'intéresse à tout et à tous, soit pour satisfaire l'intelligence.

soit pour contenter le cœur. La bienveillance est un sentiment que nous devons à tous nos semblables ; et la civilité ne saurait exister sans ce sentiment ; sommes-nous eu situation de rendre des services sérieux, nous ne pouvons , sous peine de manquer de cœur ou de politesse , nous dispenser de les rendre avec bienveillance , c'est-à-dire sans hauteur, sans sécheresse. Si, au contraire, nous avons le malheur de ne pouvoir être utiles, la bienveillance adoucira le refus, en prouvant que nous aurions été heureux d'accorder l'aide que Ton nous demandait, et que Fobstacle ne peut être attribué à notre égoïsme ou bien à notre sécheresse d'âme. Enfin, lorsqu'on ne peut accorder un secours efficace, apporter son contingent d'efforts pour écarter quelques difficultés , porter enfin une partie du fardeau qui pèse sur chacun de nos semblables, on l'allège tout au moins par des marques de bienveillance et d'intérêt sincère : toute autre ligne de conduite ne peut être adoptée, je le répète, que par des sots dépourvus de tout sentiment délicat et généreux.

Ce sentiment de bienveillance , inhérent à

tout cœur bien doué et inséparable d'une grande intelligence, se manifeste sans cesse dans les relations sociales ; il est Tessence même de la politesse ; c'est lui qui commande les égards^ les ménagements j qui inspire les ^oins , les attentions ; c'est grÀ€€ à lui que Ton tcoute avec complaisance , même les détails auxquels on ne porte pas un intérêt direct, mCme les anecdotes que Ton connaît déjà, même les lieux communs^ les banalités qui composent le répertoire decertaines personnes; c est la bienveillance qui écarte les honteux mouvements de Tégoïsme et de la vanité; c'est la bienveillance qui nous porte à accueillir avec empressement les parents pauvres, les amis placés dans une sphère inférieure, tous ceux enfin dont la susceptibilité pourrait être blessée par ces façons distraites et froides qui établissent une sorte de barrière, imaginaire sans doute, mais nullement chimérique. Il n'est point de situation ici -bas qui puisse nous excuser de manquer à ce premier devoir de civilité, et quelle que soit l'élévation à laquelle les hasards de la fortune puissent nous placer, nous ne saurions faillir à ce devoir

sans accuser des instincts bas et mauvais. 11 ne faut pas croire quUl existe en ce monde une situation dans laquelle on soit dispensé de témoigner à tous ses semblables la bienveillance qu'on leur doit. Tant pis pour ceux qui s'élèvent sans songer à s'améliorer : leurs défauts de cœur et d'intelligence seront d'autant plus visibles qu'ils seront plus haut placés , d'autant plus répréhensibles qu'ils peuvent blesser un plus grand nombre d'individus, d'autant plus inexcusables que la bienveillance leur est devenue plus aisée à manifester.

LES DEVOIRS d'uNE MAItRESSE DE MAISON.

Les devoirs d'une maltresse de maison sont si nombreux^ qu'il serait à peu près impossible de les inscrire dans le code que Ton nous demande de composer. Nous ne pouvons en indiquer qu'une faible partie, mais on suppléera aisément aux lacunes inévitables^ aux cas non prévus par la loi, en se souvenant sans cesse que ces devoirs peuvent être résumés en quelques mots : plaire à ses hôtes , ménager leurs susceptibilités, satisfaire leurs goûts, et par conséquent connaître leurs habitudes, afin de leur éviter des privations et des obligations qui leur seraient pénibles.

Il ne faut point conclure de ces recommandations que le rôle d'une maîtresse de maison puisse obliger une femme à tolérer chez elle des habitudes de mauvais goût, des discours incon-

venants, des façons vulgaires et choquantes.

Une maltresse de maison vraiment digne de remplir ces fonctions délicates doit avoir, outre le soin de ménager les susceptibilités de tous ses hôtes , le respect de sa propre dignité , et rimposer avant tout à ceux qui passent le seuil de sa demeure. Lors même qu'il lui conviendrait de tolérer pour son propre compte certaines habitudes vers lesquelles les hommes de notre époque inclinent volontiers, elle doit songer que, du moment où elle reçoit du monde, elle doit abdiquer ses sympathies et ses antipathies, et veiller à ce que nul ne soit favorisé au détriment des autres. Elle doit une part égale de sollicitude à chacun de ses hôtes, et ceux-ci, pour peu qu'ils aient le sentiment des convenances, sauront joindre leurs efforts aux siens propres, afin de concourir à Tagrément de tous. Mais s'ils n'avaient pas ce sentiment des convenances? A cette question, nous répondrons que le devoir de la maîtresse de maison est justement de Tinspirer, d'enseigner avec tact et délicatesse les règles du savoir-vivre à ceux qui les ignorent , et de leur apprendre, non par ses préceptes, mais par ses actions^ que

les relations de la société sont basées sur le respect de droits égaux ^ sur le désir de faire disparaître toute aspérité blessante^ sur la politesse, en un mot. Il en existe deux variétés, la fausse et la vraie : la première peut être trèsblessante , tout en conservant les dehors les plus irréprochables; la seconde, celle qui vient du cœur, sera toujours charmante, lors même qu'elle aurait quelques défauts de forme, et comporte tant de qualités délicates, tant de sentiments généreux, qu'elle est presque une vertu. En effet, préférer constamment les autres à soi-même , faire gracieusement abnégation de ses volontés, de ses goûts; éviter, que

dis-je éviter? n'avoir pas même la pensée

d'adresser une parole désobligeante, de laisser percer une intention dédaigneuse ou moqueuse, ne faire jamais acte de supériorité sociale ou intellectuelle, afin d'éviter de heurter ceux qui sont moins favorisés par la fortune ou la nature... ces caractères ne sont-ils pas ceux auxquels on reconnaît une vertu? On voit combien la vraie politesse diffère de celle qui est fausse : celle-ci, en effet, tout en observant scrupuleusement les formes, sait renfermer une offense

dans un salut ^ placer dans la phrase la plus gracieuse en apparence la parole qui doit blesser; elle est, en un mot, la politesse des hypocrites^ celle des méchants cœurs, et elle fournit la plupart des armes que Ton dirige contre les lois de la politesse proprement dite. En effet, les caractères égoïstes et vaniteux, les gens qui ne veulent s'imposer aucune contrainte profitable aux autres, ceux qui ne veulent pas admettre l'obligation de voiler leurs prétentions blessantes pour Tamour-propre d'autrui, ceux-là condamnent la politesse au nom de la sincérité, et l'assimilent à Thypocrisie. Mais, en croyant prouver une qualité, ils ne prouvent en réalité que la sécheresse de leur nature j ils prouvent qu'ils ne peuvent être polis avec sincérité, et que leur personnalité envahissante a détruit en eux les sentiments de bienveillance inhérents à toute àme un peu élevée. La société n'impose pas le mensonge à titre de politesse ; elle exige la manifestation de certaines vertus, telles que la modestie et l'abnégation : mais elle ne défend pas à ces vertus d'exister réellement et d'être la source de ces manifestations. La grossièreté ne peut donc, en aucun cas, se

parer et s'honorer des dehors de la franchise : celle-ci n'est point une qualité quand elle dévoile des défauts, et la société ne fait point preuve d'hypocrisie en la condamnant; elle use seulement du droit de défense^ car elle écarte de son sein ceuxqui, parleurs habitudes^ rendraient ses relations impossibles.

Ces principes doivent être toujours présents a la pensée d'une maltresse de maison, et, ainsi que nous l'avons dit, elle doit les propager surtout par son exemple. Elle y parviendra en n'occupant jamais les autres d'elle-même, et en s'occupant sans cesse des autres. Elle tomberait dans une erreur grave si elle croyait avoir le droit d'imposer à ses hôtes les passetemps qui lui conviennent le mieux. L'hospitalité qu'elle donne exige le sacrifice de ses propres goûts, lorsqu'ils ne s'accordent pas avec ceux des personnes qu'elle reçoit. De plus, une maîtresse de maison ne doit pas prendre une part trop active aux divertissements que l'on trouve chez elle : si Ton joue, si l'on fait de la musique , elle doit avoir pris des mesures qui la dispensent de figurer au premier rang, et de se livrer à des divertissements qui

l'empêcheraient de veiller sur tous ses hôtes. 11 ne peut y avoir d'exception à cette règle que dans le cas où la maltresse de maison pourrait se faire suppléer dans ses fonctions par une mère ou une belle-mère , qui , ayant les mêmes droits qu'elle, aurait qualité pour exercer les devoirs qu'elle lui céderait.

Quel que soit l'objet d'une invitation , qu'il s'agisse d'un dîner, d'un concert ou d'une simple soirée, la maîtresse de maison doit être prête avant l'arrivée de ses invités; elle doit avoir prévu le cas où quelques-uns de ceux-ci pourraientarriverdebonneheure,etleuréviter la crainte d'être arrivés trop tôt. Le salon doit être prêt de bonne heure , par lamêmeraison, puis aussi parce que des préparatifs faits à la hâte , au dernier moment, devant une partie des invités déjà réunis, indiquent le manque d'ordre et de prévoyance, ou bien encore une insouciance dédaigneuse, et par conséquent blessante pour ceux qui en sont l'objet. On doit aussi se préoccupera 4^ bien-être matériel de ses convives, et ne point les introduire dans un salon où l'on allume du feu devant eux, et dans lequel ils attendent en grelottant que l'on

ait terminé les préparatifs qui devaient ppécé* der leur arrivée. Quel que soit le nombre des domestiques dont une maltresse de maison puisse disposer^ elle agira sagement en faisant prendre, la veille du jour où elle doit recevoir^ toutes les dispositions qui peuvent être faites d^avance. Si nombreux que soient les domestiques, ils s'acquitteront toujours imparfaitement de leur tâche si la maltresse de maison les abandonne à eux-mêmes et leur permet d'attendre les derniers moments. L^ordre et la prévoyance sont des qualités indispensables dans toute administration; elles peuvent, jusqu'à un certain point, remplacer la richesse : mais celle-ci ne les remplace jamais, et n'existe pas longtemps quand elle ne les a pas pour soutiens.

L'élégance du service, qu'il s'agisse d'une soirée ou d'un dîner, est toujourssubordonnée à la fortune de ceux qui reçoivent; il nous est par conséquent impossible de donner ici les règles absolues que l'on nous demande , puisque ces règles sont au contraire relatives. Nous devons ajouter cependant^ en thèse générale^ qu'il est un luxe à la portée de tout le monde.

KON PUÉRILE^ MAIS UOKNÊTË. 3l3

et que la maîtresse de maison doit à ses invités de diriger tous ses efforts vers ce point capital, qui est la propreté. Elle doit déployer à cet égard une sévérité rigoureuse et user d'une surveillance minutieuse. Quelques apparitions, courtes, mais imprévues, dans l'office ou dans la chambre où s'élaborent les rafraîchissements, suffiront pour faire exécuter ses ordres. Quelle que soit la simplicité des rafraîchissements que Ton est en mesure d'offrir, ils doivent toujours être bien préparés et servis avec abondance.

Il vaut mieux faire circuler des verres de sirop bien frais que d'offrir des glaces, des sorbets, etc., en quantité insuffisante. Il n'est rien de plus pauvre que le faux luxe, et, comme il dénonce toujours une vanité mal entendue, il porte toujours le cachet du mauvais goût. De même que Ton aura épargné aux invités la vue des rouages qui servent à faire fonctionner la fête à laquelle ils ont été conviés, il faut éviter de les initier aux efforts qui auront été faits pour les recevoir convenablement, et par conséquent il faut se garder soigneusement d'entreprendre une tâche au-dessus de ses moyens. L'influence de la maîtresse de maison doit

3^V LA CIVILITE

être toujours préseute et toujours invisible. Elle aura le soin de réunir les personnes qui se connaissent et qui se conviennent^ afin que nul ne reste délaissé etabandonné à ses propres forces. Si Ton danse chez elle , elle préparera une ou plusieurs tables de jeu , afin que les pères, les mères, les tantes^les oncles, puissent trouver les divertissements de leur âge. Si Ton joue y eût-elle beaucoup de plaisir à jouer^ elle devra s'en abstenir, afin de ne négliger aucune des personnes présentes, aucun des soins qu'exige toute réunion. Enfin, si Ton fait de la musique d'amateurs , lors même qu'elle aurait beaucoup de prétention à un talent musical quelconque , elle s'abstiendra de jouer le premier rôle, et s'appliquera à placer les autres sur le premier plan. Elle aura les mêmes précautions lorsqu'il s'agira de sa toilette : elle sera assez élégante pour faire honneur à ses hôtes, mais elle évitera d'éclipser les femmes qu^elle reçoit. La toilette d'une femme qui connaît les lois du savoir-vivre est moins brillante chez elle que chez les autres; elle sait en effet que son but doit être de s'effacer au profit des autres etd'employer tous ses efforts, non pas à éblouir

ceux qu'elle reçoit, mais à mériter leur reconnaissance pour tous les sentiments d'abnégation dont elle fait preuve.

Comme on le voit dans cette esquisse rapide, le rôle d'une maltresse de maison se compose surtout de dévouement; mais n'est-ce point toujours le dévouement que l'on trouve quand on analyse les petits et les grands devoirs des femmes , ceux qui leur sont imposés par la société , comme ceux qui leur sont dictés par la nature ? Aucune femme , vraiment digne de ce titre , ne songe à s'en plaindre ni à les rejeter parce qu'ils sont trop lourds. Le dévouement ennoblit tous les soins, même ceux qui sont les plus infimes; il allège tous les fardeaux; il facilite tous les sacrifices , et, en les imposant il donne la force de les supporter. Il donne plus encore , car il apporte avec lui une satisfaction pleine de sérénité, qui échappe aux douloureuses déceptions auxquelles sont soumises les relations du monde, et, puisant sa force en lui-même , il n'est point soumis aux pénibles conditions de mobilité qui président à toutes les joies et à toutes les espérances que l'on fait reposer sur les autres.

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