‹ La civilité non puérile, mais honnèteChapitre 4 sur 23 · LA POLITESSE ENVERS LES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LA POLITESSE ENVERS LES DOMESTIQUES

Dans la plupart des réunions actuelles , quelle que soit leur dénomination^ soirées intimes, soirées dansantes^ ou bals , il se trouve toujours des tables de jeu autour desquelles un certain nombre d'invités viennent prendre place.

Une maîtresse de maison qui connaît ses devoirs ne souffrira jamais que des jeux de hasard s'établissent chez elle. 11 est difficile^ pour ne pas dire impossible^ que le dépit causé par la perte , Tivresse due au gain , ne dégénèrent pas tôt ou tard^ surtout à notre époque , en discussions plus ou moins vives^ qui communiquent immédiatement au salon le plus honorable tous les caractères extérieurs d'une

maison de jeu. L'interdiction doit donc être formelle, absolue, si l'on veut éviter les suites fâcheuses que peuvent entraîner les émotions de la perte, combinées avec l'impolitesse si répandue aujourd'hui.

Si Ton tient à rendre parfois un service léger, mais fort apprécié, on saura jouer le whist, afin de pouvoir, lorsque l'occasion s'en présentera , remplacer un partenaire absent. On remplira son rôle avec bonne grâce, lors même qu'on ne prendrait pas un vif intérêt au jeu, et Ton aura soin de ne pas laisser supposer qu'on accomplit un sacrifice en se prêtant au plaisir d'autrui. La maîtresse de la maison , de son côté , doit connaître les goûts de ses hôtes, et se garder de leur imposer un ennui, en les obligeant à prendre part aux jeux qui ne leur conviennent pas; cette tyrannie serait d'autant plus inexcusable, qu'on l'exercerait chez soi, c'est-à-dire dans des conditions qui ne permettraient pas de s'y soustraire immédiatement, en opposant un refus aux instances des maîtres de la maison. Ceux-ci oublient trop souvent qu'ils doivent se plier aux goûts de leurs hôtes, au lieu de leur im-

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poser leurs goûts particuliers. S'effacer en toute circonstance, se révéler seulement par une constante sollicitude, ayant pour but la satisfaction des personnes que l'on reçoit :

tel doit être,, en peu de mots, Yidial dont une maltresse de maison doit toujours essayer de se rapprocher. C*est justement en s'oubliant elle-même y en veillant sans affectation à éviter tout ennui à ses hôtes y en s'appliquant à leur donner les distractions qui leur conviennent, en faisant, en toute circonstance, abstraction de ses goûts , en sachant supporter Tennui , en en préservant les autres, en sacrifiant ses amusements, lorsqu'ils n'amuseraient pas son entourage, qu'une femme devient l'âme d'une réunion, le lien qui rassemble un certain nombre de personnes; on trouve près d'elle la paix, les dispositions bienveillantes, les sentiments délicats et généreux qui se traduisent par mille soins discrets, et sa compagnie devient indispensable pour ceux qui en ont apprécié les agréments.

En regard de cette esquisse, dans laquelle il est donné à toutes les femmes de trouver leur image ressemblante, placerai-je le por-

trait de la femme égoïste, et, par conséquent, incivile? Le besoin de dominer^ le désir de primer, Tont portée en toute circonstance à abuser de sa force , à vouloir plier à sa guise tous ceux qui ont passé le seuil de sa demeure ; elle a voulu imposer sa loi Tous l'ont repoussée et se sont affranchis de sa tyrannie; si elle est riche , elle aura quelques complaisants, des flatteurs intéressés, mais elle n'aura jamais d'amis , pas même des personnes disposées à lui accorder quelques sentiments bienveillants. Sa personnalité âpre et absorbante a tout stérilisé autour d'elle , et son égoïsme lui a apporté le sévère châtiment qui marche à sa suite, c'est-à-dire la solitude complète , l'indifférence de tous ses semblables, juste retour de l'indifférence qu'elle leur

a témoignée. Elle a voulu être tout elle

n'est rien, parce qu'elle a ignoré, méconnu ou repoussé la loi qui enseigne à toutes les femmes que leur seul rôle ici-bas, dans la famille comme dans la société, est le dévouement sous toutes les formes; tous les sentiments, toutes les tendances qui ne se rattachent pas directement à ce grand, à cet unique

moteur de Texistence féminine, entrainentles femmes hors de leur voie^ et les jettent^ sans boussole et sans guide, dans les chemins désolés. Ces vérités ne sauraient être répétées trop souvent, même à cette place, car une femme égoïste est blâmable y non-seulement au point de vue de la morale^ mais aussi à celui de la civilité.

On voit aujourd'hui un grand nombre de femmes joueuses ; il m'est pénible d'avoir à constater ce fait, mais je ne saurais m'en dispenser sans laisser une lacune dans mon sujet. Les femmes jotiewses sont en effet presque toujours inciviles ; elles se livrent à cette distraction avec l'emportement, avec la passion qui caractérisent ceux de leurs goûts non réglés par la raison ; c'est justement parce que cette pente est glissante, parce qu'on est facilement entraîné par la passion du jeu à des manifestations violentes, que le bon goût, toujours d'accord avec la morale, condamne sévèrement les femmes qui se livrent aux jeux de hasard. Ces lois sont souvent méconnues à notre époque , et l'on voit des femmes suivre pendant une nuit entière les péripéties du

lansquenet ou du baccarat. En les condamnant , il ne faut pas oublier de les plaindre ; si elles avaient de Tesprit ou du cœur, elles trouveraient à faire un autre emploi de leur temps et de leurs facultés. Oisives, frivoles, ignorantes, elles demandent à ces émotions violentes de leur venir en aide pour combattre Tennui , cet éternel ennemi qu'elles se sont donné.

Dans les jeux permis à tout le monde, c'est-à-dire dans les jeux qui ne sont pas de hasard, qui demandent l'usage de la mémoire et du raisonnement, on peut se trouver en contact avec des personnes injustes ou exigeantes, appliquant les règles avec une rigueur parfois peu équitable, et, en tous cas, peu polie. On pourra même rencontrer des joueurs qui auront une conscience de jeu comme ils ont une bourse de jeu , et qui ne croiront pas déroger aux lois de la probité en commettant certaines infractions tout à fait en désaccord avec Thonnèteté : les uns profiteront d'un oubli....; les autres essayeront même de « faire naître des distractions dont ils tireront avantage. Il faut se garder de tomber dans

les mêmes errements; il est plus important d'être et de rester poli que d'obtenir quelques fiches aigrement revendiquées au whist. En cette circonstance y comme toujours, la règle de conduite à suivre est de se montrer sévère seulement pour soi^ indulgent pour les autres dût-il en coûter quelques fiches. On

n'est pas forcé cependant de porter le dévouement trop loin , et de se résigner à être souvent la proie de petites cupidités de salon. Lorsqu'on se sera trouvé en contact avec des joueurs exigeants^ injustes ^ trop jaloux de leurs droits^ et, par conséquent ^ insoucieux des devoirs mutuels que la société impose , il sera facile d'éviter leur compagnie et de s'écarter de la table de jeu à laquelle ils figureront. Si ces préceptes étaient généralement suivis, il s'établirait autour des personnes impolies une sorte de quarantaine qui les isolerait, les empêcherait de troubler Tharmonie de la réunion , et les obligerait peut-être à réfléchir et se réformer. Ce résultat serait désirable, non-seulement au point de vue de l'agrément des réunions^ mais aussi dans l'intérêt bien entendu de la morale. Aucun

effet ne se produit isolément; il n'y a pas de ftiiit injustice, parce que^ si mince qu'elle soit, cette injustice dénonce chez celui qui la commet , le pouvoir et l'inclination de se montrer injuste en toute circonstance; l'avidité se produisant à propos de sommes insignifiantes, indique qu'en une circonstance plus grave cette avidité se développerait sur de vastes proportions. Enfin, l'application trop rigoureuse des règles, lorsqu'on la revendique à son profit et au détriment d'autrui, dénote le manque absolu de générosité. Il n'est pas suffisant, en effet, d'être juste dans nos rapports avec nos semblables , surtout lorsqu'on doit bénéficier de cette justice; il faut encore savoir sacrifier ses droits réels ou de convention, peser les circonstances dans lesquelles il est loisible d'user de son droit, et se souvenir qu'en maintes occasions la lettre de la justice est en désaccord avec son esprit; qu'en un mot, pour demeurer équitable , il faut souvent se montrer généreux.

La politesse ne doit pas être seulement le complément des vêtements d'apparat, une sorte d'ornement dont on se pare pour se

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montrer au monde. Ceux qui font deux parlies de leur existence, qui s'appliquent à se montrer polis pour leurs supérieurs, pour leurs égaux, pour toutes les personnes qui leur sont étrangères , et qui se vengent et se reposent de cette tension et de ces efforts en traitant avec brusquerie et grossièreté les personnes qui font partie de leur famille, et les domestiques qui sont sous leur dépendance, ceux-là sont des hypocrites. Pour èlre respectable, pour produire tous les bons effets qui résultent de son exercice, la politesse doit être naturelle, et puiser la force qui la fait agir dans Télévation et la bonté du cœur. Certains caractères, comprenant la nécessité de ne point heurter les exigences de la société, qui parfois se venge quand on la blesse , ont assez d'empire sur eux-mêmes pour demeurer à peu près polis avec les personnes qui pourraient se défendre et leur rendre , selon l'expression populaire, la monnaie de leur pièce; mais ces caractères se dédommagent dans leur intérieur, et Ton voit alors des maris, même •des fils, même des filles, adopter vis-à-vis "de leurs femmes et de leurs mères des exprès-

sions grossières y des intonations brusques et vulgaires, qui^ pour la forme non moins que pour le fond , constituent une souffrance de tous les moments^ lorsque celle qui les subit est douée de délicatesse et de bonté. Ces caractères savent être polis cependant... mais uniquement lorsque leur propre intérêt est en jeu, lorsqu'ils craignent les représailles, lorsqu'ils sentent que leur tyrannie et leur égoïsme ne pourraient se produire impunément.

11 n'est pas toujours aisé de refaire l'éducation d'un mari ; je suis persuadée cependant qu'en faisant abstraction de certains caractères absolument inaccessibles au perfectionnement^ une femme peut toujours réformer autour d'elle quelques habitudes déplaisantes. Elle y parviendra, surtout si elle a assez d'empire sur elle-même pour ne jamais se laisser emporter par le ressentiment, pour montrer en toute circonstance , par sa propre conduite, combien la politesse communique d'agréments et de dignité au foyer domestique. Elle doit agir par l'exemple toujours , souvent par le raisonnement, et même,

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parfois , par la plaisanterie ; les reproches, l'ironie, les dédains, Téloigneraient de son but. C'est seulement en faisant apprécier en elle les vertus dont la politesse est la monnaie, qu'elle peut espérer en faire comprendre la valeur, et amener insensiblement son mari i adopter le langage mesuré , les habitudes polies, sans lesquelles la vie intérieure devient un steeple-chose d'égoïsme, une sorte de tableau répugnant, où toutes les laideurs de la nature humaine se montrent sans voile et sans honte.

Quant à l'absence de respect, quant à l'insubordination, à la grossièreté, dont tant d'enfantsfontpreuve aujourd'hui, en vérité, ce n'est pas seulement sur ceux-ci qu'il faut en faire peser la responsabilité. Les enfants sont ce que les a faits la faiblesse, l'incurie, ou la mauvaise éducation de leurs parents. Témoins de l'impolitesse qui préside aux rapports de leur père avec leur mère, voyant trop souvent Tégoïsme séparer les deux êtres qui, pour le bonheur de tous , devraient être rapprochés par la mutualité dudévouement, les enfants se règlent sur les exemples qu'ils ont reçus, et reflètent >

en les décuplant , les défauts qu'on leur a laissé apercevoir. A moins d'être un phénomène monstrueux^ l'enfant aura toujours les qualités et les défauts qui ont réglé et dominé l'existence de ses parents : il sera doux et poli^ si ceux-ci lui ont donné l'exemple de la concorde et de la générosité; brutal et égoïste si, au contraire, Tégoïsme présidait au foyer domestique^ et en écartait toute manifestation polie. Si j'essaye d'expliquer l'origine de ces habitudes détestables, qui sont trop fréquentes aujourd'hui, je ne prétends pas cependant excuser ces jeunes filles répondant avec arrogance à leurs parents, les traitant non-seulement comme des égaux , mais encore comme des inférieurs qu'on maltraite, ces jeunes gens rapportant près de leur mère le ton, le laisser-aller, les plaisanteries grossières de la plus mauvaise compagnie. Tout en rappelant aux parents l'influence toute-puissante de l'exemple, je puis ajouter, en m'adressant aux enfants, que Dieu leur a donné la raison , la conscience, le jugement, et qu'ils sont inexcusables lorsqu'ils ne font pas usage de ces dons, pour comprendre leurs devoirs et ré- .

gler leur conduite. Quoi qu*en paissent dire les partisans intéressés du sans gêne y qui plaident toujours leur propre cause , et es* sayent de Fennoblir en la faisant solidaire de la sincérité^ l'impolitesse est et demeurera un défaut d\iutant plus grave quMl est la conséquence et l'affirmation des plus mauvais instincts du cœur. Ce défaut est de plus un indice infaillible de sottise. Si Ton me citait des exemples qui détruisent cette dernière assertion, si Ton m'opposait des individus intelligents et cependant impolis^ je parierais à coup sûr que, malgré leur intelligence, ils sont afQigés d'ineptie. Joignez en effet, à une intelligence si considérable qu'elle soit, une dose trop forte de vanité et de personnalité, cette combinaison produira inévitablement un sot de la pire espèce, car il appartiendra à la variété des sots agressifs, infatués de leur propre mérite, par conséquent accessibles à toutes les erreurs les plus risibles.

On a trop oublié, de notre temps, la politesse due aux inférieurs; en cela encore, les enfants , se réglant sur l'exemple donné par certains parents, s'exagèrent volontiers leurs

droits envers les domestiques. La générosité n'est pas , il faut bien le reconnaître , la qualité dominante de notre époque ; on est fort jaloux de ses droits y mais assez ignorant de ses devoirs, et Ton suppose volontiers que, du moment où l'on paye le travail et le temps d'un domestique, celui-ci descend du rang de créature, et devient une chose inerte, une machine à servir , dont on peut user sans remords, sans mesurer la besogne qu'on lui donne, sans éviter de le froisser et de l'humilier , sans lui épargner les blessures attachées à toutes les conditions pour lesquelles on abdique l'indépendance. A voir toutes les vertus qu'on exige des valets y connaissez- vous beaucoup de maîtres dignes d'être des domestiques? Cette vérité désagréable, présentée sous la iorme d'une plaisanterie , mérite d'être méditée par toutes les personnes qui aiment la justice et pratiquent la charité chrétienne.

C'est dans cette chgyjité qu'il faut chercher les principes que j'essaye de développer dans ces lignes; ils y sont tous contenus... mais, hélas! bien souvent méconnus! Nos rapports avec nos semblables , avec nos égaux et nos

inférieurs, ne sont-ils pas réglés par celte parole véritablement divine : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pasqu^on vous fit à vous-même?

Cette règle est la seule bonne; elle s'applique à toutes les situations, à tous les détails^ et cependant combien il est rare de la voir niiseen action ! Combien de femmes se croient chrétiennes, et bonnes chrétiennes , et ne se font pas faute de tourmenter , souvent même d'humilier ceux qui dépendent d'elles! On peut se faire respecter sans user de rigueur, se faire aimer sans établir une familiarité incompatible avec les différences d'éducation ; on obtient ces résultats en se montrant toujours équitable , en supportant avec bonté les fautes involontaires , en agissant par la persuasion plutôt que par l'autorité, en ménageant l'amour-propre inhérent à toute créature humaine, en s'abstenant de toute formule acerbe, rappelant trop durement la dépendance de celui auquel on l'adresse. Tout cela est bien difficile, diront peut-être certaines personnes; non vraiment, car tout cela vient d'une seule source : la générosité qui est si naturelle aux

cœurs féminins ; ceux qui en sont dépourvus forment une exception , et même ceux-ci la trouveront s'ils veulent la chercher, écarter les mauvais instincts, les fausses idées qui l'obstruent, et la laisser libre de produire tous les bons effets qu'elle fait naître sur son passage. La politesse est obligatoire pour tout le monde et envers tout le monde. Les petits esprits, accessibles à toutes les fausses idées, imaginent volontiersque l'on s'élève en traitant avec hauteur les fournisseurs et les ouvriers; c'est le contraire qui est la vérité, et, pour s'en convaincre, il suffit de comparer les habitudes d'une personne à la fois bien née et bien élevée (ce qui n'est pas toujours synonyme) avec la conduite d'un parvenu , en prenant ce mot dans la mauvaise acception qu'il mérite parfois. La première, sans être familière, saura se montrer bienveillante; le second, tout en étant grossier , sera familier malgré lui. Il n'y a donc pas à hésiter sur la conduite qu'il faut suivre, et l'on doit se souvenir en toute occasion, si, pai; malheur, on avait besoin de recourir à un calcul intéressé , que la politesse rapporte plus quelle ne coûte.

LA CORRESPONDANCK. — L* ÉCRITURE. — DB QUELQUES FORMULES. — LES LETTRES DE FAIRE PART.

Il semblerait qu'à l'époque actuelle on ne dût plus rencontrer des personnes ignorant Torthographe, les règles delà ponctuation^ en un mot tous les détails qui composent ce que l'on peut appeler la physionomie matérielle de la correspondance. Il n'en est pas tout à fait ainsi cependant, et l'on est parfois désagréablement surpris par l'aspect d'une écriture vulgaire, de fautes grammaticales grossières, dénonçant une éducation négligée, et par conséquent plaçant immédiatement ceux qui les commettent dans les rangs les plus infimes de la société, c'est-à-dire parmi ceux qui n'ont pas même une instruction élémentaire.

L'écriture ne peut, sans doute, être toujours régulière et belle, mais elle doit toujours être

lisible. Écrire avec une précipitation qui ne laisse pas le temps de former les lettres , supprimer , pour avoir fini plus vite , les accents, les virgules, se soustraire à l'obligation de mettre les points sur lest y c'est faire preuve d'incivilité , ou bien démontrer que l'on est incapable de réflexion et de sang- froid. Dans le premier cas, la négligence dé l'écriture prouve que l'on a peu de considération pour les personnes que Ton condamne à déchiffrer des hiéroglyphes; dans le second , elle dénote une sorte de faiblesse d'esprit : égoïsme ou incapacité, tels sont les traits de caractère que l'analyse trouve dans une écriture illisible. On a dit, il est vrai, que les sots avaient seuls une belle écriture; mais cet axiome a été probablement mis en circulation par des gens intéressés à le propager. Il n'est point nécessaire , d'ailleurs, d'écrire en caractères moulés, mais seulement en caractères lisibles, d'éviter, en un mot, à ceux qui doivent lire notre écriture, la peine de deviner ce que nous leur disons; et lors même qu'on m'opposerait l'exemple de certains grands hommes qui avaient une écriture détestable ,

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je répondrais que cet exemple est un argument en ma faveur, car il est prouvé qu'ils étaient fort égoïstes, et préféraient donner à autrui la peine de déchi^rer les lignes qu'ils avaient tracées, plutôt que de prendre le soin de rendre ces lignes\ lisibles.

Les signes extérieurs auxquels on reconnaît la vulgarité dans llicriture sont d'abord l'irrégularité des lettres\tracées avec une hésitation qui dénonce une Win novice , peu habituée à manier une plun^; viennent ensuite les vices de ponctuation, le^ettres minuscules employées à la place des leures majuscules, c'est-à-dire après un point ou (levant un nom propre. 11 ne faut pas tomber dans Texcès opposé, et s'appliquer à former des lettres majuscules entourées d'ambitieux traits de plume : cette recherche trahirait un pédantisme burlesque, prétention risible, puisqu'elle ne serait pas proportionnée au but très-puéril qu'elle se proposerait. Une extrême simplicité doit être le trait distinctif de toute écriture, et on le trouve toujours chez les personnes de bonne compagnie. La civilité commande aussi d'écrire sur une feuille double , parfaitement

nette et propre, d'éviter l'emploi des papiers très- fins y dont la transparence compromet la netteté des caractères y tandis que leur finesse les expose à se chiffonner dans la main qui les tient^ et adonner par conséquent une difficulté de plus lorsqu'il s'agit de lire les lignes qui y sont tracées ; ce même motif engagera aussi à éviter de surcharger une lettre de lignes tracées en plusieurs sens. Comme il n'est plus permis aujourd'hui d'envoyer une lettre sans l'affranchir, et que le port est toujours à la charge de la personne qui écrit, celle-ci , en encombrant une feuille de papier d'une trop grande quantité de mots^ semble vouloir éviter une minime surtaxe de port, et imposer au destinataire une lecture hérissée de difficultés, afin de réaliser une économie insignifiante. Si l'abondance des matières Texige , il faut écrire la lettre sur deux feuilles doubles, ou bien sur une feuille et demie , plutôt que de tracer des carrés de lignes qui s'enchevêtrent et se confondent.

Toute lettre, quelles que soient sa dimension et sa destination , doit être envoyée dans une enveloppe carrée; les enveloppes d'une autre

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forme obligent à replier plusieurs fois la lettre sur elle-même, et ces plis répétés rendent la lecture de la lettre un peu difficile. L'emploi des pains à cacheter n'est permis que lorsqu'il s'agit de lettres de commerce; on cachette toute lettre un peu cérémonieuse avec de la cire à cacheter; pour les lettres familières, on se sert d'enveloppes gommées , dont on mouille l'extrémité pour enfermer la lettre.

On n'emploiera jamais de papier à vignettes et ornements de couleur; les initiales ou bien les armoiries sont le seul décor qui puisse figurer sur le papier à lettres.

On doit éviter soigneusement d'écrire , dans le cours d'une lettre, les mots Monsieur^ — Madame y — OU Mademoiselle , — en abrégé : ce procédé semble indiquer que les personnes dont il s'agit ne méritent pas que l'on prenne la peine d'écrire ces mots en toutes lettres. Ce n'est qu'une nuance, sans doute, mais elle est significative; elle équivaut presque à l'impertinente accentuation du mot M'sieu , — tel que le prononçaient autrefois les grands seigneurs en parlant aux gens qui n'étaient pas nés.

On ne saurait être trop poli dans l'adoption des formules qui terminent une lettre. Il est si facile en effet, et en môme temps si usité, d'employer en celte circonstance des termes hyperboliques, que Ton semble ne pouvoir s'en dispensersans avoir des motifs très-graves , ou des intentions fort impertinentes.

Tout homme, quel que soit son âge , écrivante une femme, terminera sa lettre ou son billet par une formule dans laquelle figurera le mot respect. Il agira de même vis-à-vis d'un supérieur ou d'un homme âgé; lorsqu'il s'adressera à un égal , ou bien à un inférieur, il adressera ses compliments.

Les formules respectueuses seront aussi employées parles femmes vis-à-vis des femmes franchement âgées. Celles qui n'ont pas voulu accepter leurâge et les prérogatives de la vieillesse pourraient en effet se trouver offensées par la manifestation du respect qui leur serait adressé par une autre femme, puisque ce sentiment, entre personnes du même sexe, s'adresse seulement à celle qui est en possession de la dignité que confère la vieillesse: dans ce cas particulier, mais non trop exceptionnel.

une jeune femme sera plus polie en employant un ton d'égalité, qu'en adoptant vis-à-vis d'une ainée des formules trop respectueuses.

On n'écrit jamais deux fois le mot Monsieur ^ ou Madame^ surune adresse; le bon goûta condamné ce pléonasme, qui ne se rencontre plus que sous la plume des étrangers , des personnes ignorantes, ou des ^rès-jeunes.gens.

On place toujours le mot Monsieur ou Madame , à la ligne , seul, ou suivi du titre de la personne à laquelle on écrit , si Ton a avec celle-ci des rapports un peu cérémonieux ; dans le courant de la lettre il n'est point nécessaire de répéter le titre , mais on le placera dans la phrase finale, et on le répétera sur l'adresse. Si au contraire on écrit à une personne que l'on connaît intimement, on ne séparera pas de la première ligne le mot Monsieur ou Madame.

Il arrive parfois que l'on est assez familier avec une personne pour lui adresser une formule affectueuse , sans cependant avoir l'habitude de la désigner par son nom de baptême : on ne peut écrire Ma chère dam^y cela serait rationnel et grammatical , mais cela est vieillot, suranné, et date d'un siècle au moins; on écrit

donc Chère Madame , formule absurde , dépourvue de signification, opposée aux lois qui régissent notre langue, mais formule adoptée , par conséquent indiscutable. Nous ne dirions pas : Donnez-moi bon mon pain , — mais nous écrivons sans cesse : Chère Madame,

Lorsqu'un événement important ( mariage , — naissance ou décès) se produit dans une famille, on en instruit les personnes que Ton connaît : de là l'usage des lettres de faire party circulaires lithographiéesqueTon envoie nonseulement à ses amis, mais encore aux personnes avec lesquelles on a eu quelques relations, même sommaires. L'envoi de ces circulaires a pris une extension telle, que toute négligence sur ce point équivaut à une marque d'indifférence, presque à une marque de mépris; il est donc essentiel de n'oublier personne dans la distribution des lettres de faire part.

Celles qui annoncent un mariage s'expédient en double, exemplaire, lors même que la personne à laquelle on les adresse ne connaîtrait que l'une des deux familles. L'un de ces exemplaires est rédigé au nom des parents de la

mariée , — Tautre au nom des parents du marié. Si Tune de ces familles est inconnue au destinataire , la lettre de cette famille est insérée dans l'autre lettre^ afin que les noms connus soient placés les premiers sous les yeux de la personne qui reçoit la communication.

Les lettres qui invitent à assister à la cérémoniedu mariage doivent être envoyées plusieurs jours d'avance^ celles qui font simplement part du mariage peuvent être expédiées m^me après sa célébration.

On annonce de la même façon une naissance^ et la rédaction de ces circulaires est invariablement limitée à ces lignes : a Madame*** est heureusement accouchée d'un garçon (on d'une fille).

' c< M.*** a l'honneur de vous en faire part. »

Lorsqu'il s'agit d'annoncer un décès , les lettres sont rédigées au nom de tous les membres delà famille, et l'on inscrit d'abord les parents les plus proches. Nous n'avons pas la mission de réformer les usages adoptés , et nous nous . bornons à les indiquer, en essayant d'en extraire le sens véritable et le but social. Il est sans doute bien puéril de faire acte de vanité

en des circonstances si solennelles , et d'indiquer, à propos de la mort d'un père , par exemple , les litres et les fonctions des parents les plus éloignés; on semble profiter de celte occasion pour faire connaître les distinctions que possède la famille dont on fait partie. Le sujet principal delà lettre de faire part, c'està-dire le décès, n'est plus que Taccessoirè, le motif dégénère en prétexte , la vanité , en un mot, écarte la douleur, se dévoile et s'affirme, justement à propos de l'événement qui prouve le néant de toutes les vanités.

Il me semble cependant, que, tout en se conformant aux usages établis , on peut les modifier >en un certain sens, et atténuer leur signification, quand elle est trop incompatible avec les sentiments que l'on éprouve, ou que l'on est du moins censé éprouver, lorsqu'on est frappé par un événement de cette nature. Les titres font partie du nom que l'on porte, il est donc naturel de les indiquer; en les retranchant, on agirait avec une affectation qui serait opposée au but que l'on se propose , puisqu'elle indiquerait un calcul de fausse humilité, étranger au sentiment unique que Ton doit

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manifester en une semblable circonstance.

"Quant aux faux titres, quant ^aux particules usurpées, il est superflu de dire que tout ce clinquant doit être soigneusement écarté d'une lettre de décès. La manie de l'aristocratie qui florissait il y a de cela vingt à trente ans est d'ailleurs à peu près passée de mode. Là, •comme ailleurs, l'abus a tué l'usage; sous prétexte de pseudonyme littéraire, on adoptait, â cette époque, un titre, un nom, une particule, et ce déguisement social avait pris des proportions considérables. Le bon goût repousse tous les mensonges; il a fait justice de celui-ci, et l'on est plus honoré aujourd'hui en portant son nom, fût-il très-bourgeois, qu'en s'affublant d'une appellation aristocratique; cette usurpation inspire la pitié, ou même une sorte de méfiance, car elle émane du charlatanisme et aboutit à Timposture. On porte le titre que l'on possède, mais on se garde bien de s'accorder à soi-même des lettres de noblesse. Les titres véritables, les grades militaires , peuvent figurer dans les lettres de faire part; les grades, même civils, du défunt et de son fils, ou bien du proche parent au

nom duquel la lettre est rédigée, sont ausi^i inscrits dans cette lettre, non par vanité^ ,mais parla nécessité d'indiquer aussi clairement que possible l'individualité des principaux personnages, afin d'éviter les erreurs qui pourraient résulter d'une ressemblance ou d'unecommunauté de noms. Quant aux parents éloignés, il est tout à fait superflu, pour ne pas^ dire inconvenant , d'inscrire en toutes lettres leurs grades civils, de noter leurs décorations,, de rappeler les postes qu'ils ont occupés, et lorsqu'on se laisse entraîner à ces puériles manifestations de vanité, on encourt un blàrae sérieux, et Ton s'expose à être accusé d'insensibilité.

On envoie aujourd'hui des lettres de faire part à toutes les personnes que l'on connaît , même à celles qui habitent un point éloigné de celui où se passent les événements de famille dont on les instruit. On répond à cet envoi par une simple carte de visite, si l'on ne connaît pas intimement les personnes qui font part de ces événements; par une lettre courte et simple , si au contraire on a eu des rapports fréquents avec la famille qui se rappelle à notre

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souvenir. Si Tenvoi est fait par un homme à une femme, celle-ci n'adresse point de carie de visite.

Lorsque les rapports ont été assez intimes pour autorisera écrire, on doit rédiger sa lettre sansempbase, la faireaussi courte que possible, et enfin, lorsqu'il s'agit d'un décès, se borner strictement aux témoignages de condoléance.

L'emphase ne prouve jamais rien; je me trompe, elle prouve l'affectation, incompatible avec un sentiment vrai. Par l'exagération des formules, elle blessera celui qui est peu affligé, en établissant un contraste désobligeant avec sa propre tiédeur; elle blessera davantage encore celui qui est sincèrement affligé, car tout sentiment vrai est toujours clairvoyant, et sous les hyperboles de l'affliction on discerne aisément la sécheresse du cœur qui croit se déguiser en se fardant d'exagération. On doit écrire brièvement, et éviter jie mentionneraucun sujet étranger à l'événement qui motive l'envoi delà lettre, parce que les douleurs véritables ne veulent pas être distraites, et qu'il est cruel de mettre trop immédiatement sous les yeux des personnes qui

viennent d'éprouver un malheur le spectacle du mouvement, désintérêts et des plaisirs de la société.

Quelle que soit la circonstance dans laquelle on se trouve, il faut, lorsqu'on écrit, s'oublier soi-même, et penser uniquement à la personne à laquelle on s'adresse ; la politesse par écrit doit être plus scrupuleuse encore . qu'entoute autre occasion. L'écriture, en effet, donne le temps de la réflexion , qui peut manquer à la parole; de plus elle est privée des atténuations infinies qui peuvent résider dans le ton, dans l'enchaînement delà conversation, dans mille circonstances qui modifient lés nuances et leur enlèvent la crudité inséparable des mois écrits. Ceux-ci restent , ils expriment sans détour la pensée dans laquelle ils ont été conçus, et, si celte pensée est égoïste, si elle dénonce un blâme, même indirect, si elle renferme une intention désobligeante, la blessure qu'elle fait dure autantque les lignes qui contiennent ces manifestations hostiles, et leur souvenir survit même à leur destruction.

Lorsqu'on écrit à une personne fort occupée.

pour Tentretenir d'intérêts qui lui sont étrangers, la politesse exige que la lettre soit aussi courte que possible ; la brièveté en celle circonstance est une preuve de savoir-vivre. Il ne faut jamais oublier, en effet , que les détails sont le style de V amitié , — mais seulement celui de Tamitié, et, lorsqu'on vient entretenir une personne étrangère et indifférente de faits puérils et intimes, on prouve que l'on a plus d'égoïsme que de politesse, plus de souci de sa propre personnalité que de là convenance d'autrui, ou plus de naïveté que d'expérience et de savoir-vivre.

LA POLITESSE ENVERS LES INCONNCS DANS LES RUES, — EN VOYAGE. — l'iNCIVILITÉ INTER- MITTENTE. — POLITESSES A ACCEPTER. PO- LITESSES A REFUSER.

On rencontre parmi les inconnus un grand nombre de personnes fort impolies, qui paraissent cependant n'être pas absolument dépourvues d'éducation ; elles agissent envers ceux qu'elles rencontrent avec une hostilité systématique, leur prouvent une mal veillan ce qu'a ucun déguisement n'atténue, etse font leur place avec un égoïsme qui est révoltant par sa naïveté même. Elles offrent ainsi une esquisse du tableau que présenterait la société si jamais les règles du savoir-vivre étaient abandonnées au proiït des instincts que ces règles sont justement destinées à combattre , à corriger ou bien à voiler, lorsqu'ils veulent s'exercer au détriment d'autrui.

Ces mômes personnes, qui se font remarquer par leur grossièreté dans les rues, dans les gares de chemins de fer, en voyage , sont probablement polies lorsqu'elles se trouvent dans un salon, parce qu'elles craignent les représailles, et savent que la société ne tolérerait pas la manifestation des instincts brutaux qui seraient préjudiciables à tous; mais, comme ces personnes ne connaissent que les formes extérieures de la politesse, et n*ont jamais médité le sensdes devoirs qu'elleimpose, comme leurs sentiments sont peu élevés et leurs habitudes aussi vulgaires que leur intelligence, elles se vengent envers les inconnus de la contrainte qu'elles s'imposent vis-à-vis des individus qu'elles connaissent.

Les deux personnages les plus impolis du monde civilisé , sont le sot et la solle. Or il n'est pas indifférent, même à ceux qui se rendent coupables d'impolitesse vis-à-vis des inconnus, d'être ainsi classés , àpremière vue, dans la catégorie des sots; c'est cependant le moindre , le plus inévitable des inconvénients qui résultent d'une impolitesse. Le sot, en général, et la sotte aussi, ne doutent pas qu'ils ne

soient des personnages extrêmement considérables, ou tout au moins possédant des qualités singulières ; qu'elles commandent Tintérêt , la considération , l'abnégation de tous les individus qui sont assez heureux pour se trouver en contact avec eux. Cette erreur provient d'un défaut d'organisation qui semble irrémédiable, puisqu'il est dû à un manque absolu de jugement , à une perception confuse et incomplète des rapports que nous entretenons avec nos semblables.

Pour demeurer dans la réalité des choses , pour nous conformer aux règles de l'équiié^ il ne faut, en effet , jamais oublier que la politesse ne peut être que mutuelle; que les petits sacrifices qu'elle impose constituent un échange, et ne peuvent, dans aucun cas, être considérés comme un hommage rendu à quelques individus privilégiés, qui ont le droit de tout recevoir sans être tenus à aucune réciprocité ; en un mot, nul ne mérite les égards dont il s'affranchit envers autrui.

On m'objectera peut-être que , si la réciprocité était si rigoureusement observée, il suffirait d'un homme grossier pour faire naître

une foule de représailles grossières. Mais la politesse a bien des nuances : elle exprime la bienveillance envers ceux qui méritent ce sentiment; la froideur envers ceux qui ne sont pas dignes d'inspirer l'intérêt. Dans le premier cas, on est poli par considération pour les autres; dans le deuxième, on reste poli par égard pour soi-même, par respect pour sa propre dignité.

D'ailleurs, la politesse envers les inconnus n'est pas et ne saurait être identique à celle que Ton marque aux personnes que Ton connaît; il est même des circonstances où l'on manquerait complètement le but , où la politesse se transformerait en impertinence, si Ton témoignait aux inconnus les égards que Ton aurait pour les individus faisant partie delà compagnie que l'on fréquente. Ainsi un homme , jeune ou vieux , peu importe, peut être en situation de rendre à des femmes inconnues plusieurs petits services : il serait impertinent s'il ne limitait pas strictement son intervention à ces services , s'il paraissait en prendre avantage pour engager la conversation, s'il n'observait pas, en un mot, la réserve

la plus scrupuleuse en s'éloignant immédiatement des personnes qui n'ont plus besoin de son aide. Si la réserve manque à celui-ci, les femmes qui s'en apercevraient auront ellesmêmes recours à la politesse froide que j'indiquais tantôt , pour couper court à toute con versation s'écartant des sujets qui appartiennent à la banalité.

Tout homme poli n'occupera pas un siège dans une salle d'attente^ dans un bal^ dans un jardin public, etc., lorsqu'il .y aura près de lui des femmes , jeunes ou vieilles , qui ne pourront trouver à s'asseoir.

Toute jeune fille, ^t même toute jeune femme, cédera sa place à une femme âgée, qui n'aurait pu trouver un siège.

Dans la rue , les hommes ne disputeront pas le haut du pavé , même quand ils y ont droit, lorsqu'ils se trouvent en face de femmes ou d'hommes infirmes ou fort âgés. On appelle haut du pavé le côté de droite , que chacun a ledroitde prendre et de garder ; ce droit, que l'on possède en communauté avec les charrettes, les fiacres, les véhicules de toutes sortes, a seulement pour objet de faciliter la circula-

lion dans les rues trop remplies de passants. Il serait ridicule de vouloir le disputer, et nul n'est tenu» de le céder à l'exigence d'autrui , hors des cas ci-dessus mentionnés; alors la concession est purement un acte de civilité accompli en faveur des personnes qui désirent rester dans le voisinage des maisons bordant la voie publique.

Un homme qui fume dans la rue ne lancera pas des bouffées de fumée dans le visage des passants et des femmes; il est vrai que ceux qui se rendent coupables de cette grossièreté la commettent plus fréquemment envers les femmes que vis-à-vis des hommes , les premières étant forcées de supporter l'impolitesse, qui peut être réprinttée ou punie par les seconds. Ils n'en sont, par conséquent, que plus condamnables, et cependant, je regrette de le dire , mais la vérité m'y oblige , celte incivilité se produit très-fréquemment, et se rencontre surtout chez les jeunes gens désœuvrés que le peuple désigne par les mots : beaux fils. D'où vient cette anomalie, cette différence si tranchée entre les habitudes du salon et celles de la rue ? Elle a pour cause un préjugé qui ap-

NON PUÉRILE y MAIS HONNETE. 103

partenait autrefois à certains membres de l'aristocratie^ et dont ils ont été dépossédés au profit de quelques-uns des enrichis contemporains. Autrefois , en effet y on avait pour ses égaux une politesse exquise y dont les raffinements ne pouvaient se comparer qu'aux raffinements d'impertinence que Ton déployait visà-vis des inconnus, des individus qui n'étaient pas nés. Ce sentiment est devenu l'héritage (Tune partie de l'aristocratie d'argent , dans laquelle on rencontre, butons-nous de le dire , un fort grand nombre de personnes sensées et intelligentes, par conséquent incapables de commettre des impolitesses; mais celles qui ne sont ni sensées ni intelligentes , estimant l'argent par-dessus tout et n'estimant que l'argent, connaissant tous ceux qui possèdent une fortune égale et surtout supérieure à la leur propre , considèrent les individus moins riches comme des êtres insignifiants^ vis-à-vis desquels on peut s'affranchir sans inconvénient des prescriptions les plus élémentaires de la politesse. Ce sentiment est, hélas ! partagé par un certain nombre de jeunes filles riches; il semble plus déplaisant encore chez elles, car

rance , leur fera porter son lourd fardeau :

elles ne connaîtront aucun des plaisirs infinis que procure l'étude des arts ; elles seront classées parmi les personnes nulles; elles n'aurant pas d'autre valeur en ce monde que celle de leur argent y qui leur vaudra quelque apparence de considération de la part de leurs fournisseurs et de quelques parasites seulement.

Quant àTestime des personnes sensées, quant à l'affection des cœurs généreux , quant à la sympathie de leurs semblables, elles devront y renoncer, car elles n'auront rien fait pour ir.ériter ces biens , qui , à eux seuls , peuvent tenir lieu de tous les autres.

Une jeune fille, à la fois intelligente et bonne, sera polie en toute circonstance , et même envers les inconnus. Elle respectera la vieillesse, parce que ceux qui vivent depuis longtemps ont beaucoup souffert, et méritent par conséquent les soins de tous; elle ne restera pas assise dans un lieu public , s'il y a près d'elle une vieille femme qui n'a pu trouver un siège; elle ne choisira pas la meilleure place dans un wagon, au détriment des femmes âgées qui s'y trouvent; elle n'usera pas despotiquement

NON PL'ÊRILE, MAIS UONNÉTE. 105

vicié chez une jeune fille impertinente , car les attitudes hautaines, le langage moqueur, les habitudes agressives, impliquent toujours l'infériorité de Tintelligence et la sécheresse du cœur; inspirer la pitié, mériter le blâme, exciter parfois la haine, tel est le "résultat qu'atteint infailliblement une jeune fille lorsqu'elle méconnaît son rôle en ce monde , lorsque le jugement lui fait défaut, lorsqu'elle se laisse entraîner à humilier ses semblables, lorsqu'elle prouve que les satisfactions de la vanité sont les seules qu'elle connaisse et qu'elle recherche.

Quelques- unes de nos jeunes contemporaines supposent que la fortune gagnée par leurs parents les dispense d'acquérir aucune qualité, de réprimer aucun défaut; elles sont fermement persuadées que l'argent leur tiendra lieu d'intelligence, d'instruction, de bonté et de savoir-vivre. Il faut les blâmer sans doute, mais il faut encore plus les plaindre : elles ne connaîtront jamais la joie d'être aimées et celle d'aimer ; elles ne seront utiles àpersonne. L'ennui, qui naquit non de l'uniformité, vieille erreur que Ton a mise en vers, mais bien de l'igno-

rance, leur fera porter son lourd fardeau:

elles ne connaîtront aucun des plaisirs infinis que procure l'étude des arts ; elles seront clas* sées parmi les personnes nulles; elles li'aurant pas d'autre valeur en ce monde que celle de leur argent , qui leur vaudra quelque apparence de considération de la part de leurs fournisseurs et de quelques parasites seulement.

Quant àTestime des personnes sensées, quant à l'affection des cœurs généreux , quant à la sympathie de leurs semblables, elles devront y renoncer, car elles n'auront rien fait pour mériter ces biens , qui , à eux seuls , peuvent tenir lieu de tous les autres.

Une jeune fille, à la fois intelligente et bonne, sera polie en toute circonstance , et même envers les inconnus. Elle respectera la vieillesse, parce que ceux qui vivent depuis longtemps ont beaucoup souffert, et méritent par conséquent les soins de tous; elle ne restera pas assise dans un lieu public , s'il y a près d'elle une vieille femme qui n'a pu trouver un siège; elle ne choisira pas la meilleure place dans un wagon , au détriment des femmes âgées qui s'y trouvent; elle n'usera pas despotiquement

du droit d'ouvrir ou de fermer une fenêtre , sans avoir consulté ses voisines ; en un mot, elle sacrifiera en toute circonstance ses propres convenances à celles des personnes âgées qui re trouvent près d'elle.

11 y a en ce monde quelque chose qui est plus répréhensible que l'incivilité franche, naïve, se déployant sans vergogne, s'affirmant sans ménagement : c'est l'incivilité intermiltente, se produisant par accès calculés, et n'ayant pas, comme la première, l'excuse de l'ignorance. On rencontre la seconde chez les individus dont les sentiments sont empreints de bassesse : ils sauront avoir des égards empressés, des soins multipliés, des ménagements ingénieux, pour les personnes dont ils attendent un profit quelconque; mais ils s'affranchiront de toute contrainte vis-à-vis de ceux qui ne sont pas en situation de leur procurer les avantages qu'ils recherchent; ils se montrent alors dans toute la laideur de leur nature. Passée au creuset de l'analyse, celle-ci donne la combinaison de la bassesse et de l'égoïsme; ce sont en effet ces deux sentiments qui modifient leur conduite selon les circons-

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tances , seloo les individus , qui les rendent civils ou incivils par intermittence ^ qui les portent à marquer un empressement maladroit ou bien une indifférence grossière à ceux qu'ils rencontrent, suivant qu'ils espèrent en obtenir quelque profit, ou qu'ils désespèrent de les employer pour leur propre satisfaction.

Vis-à-vis des inconnus, la politesse se borne à ne point les incommoder, à leur rendre tous les bons offices qui peuvent leur être utiles. 11 est cependant des services qu'il ne faut point offrir, ou que du moins il faut se garder d'accepter. Ainsi un homme ne peut se permettre de proposer à une jeune femme inconnue l'abri de son parapluie; lors môme que celte proposition lui serait faite, elle ne peut en profiler, et doit se borner à remercier avec réserve. '

Un homme ne causera pas dans la rue avec une femme en gardant son chapeau sur sa tête; il le tiendra à.la main jusqu'à ce que son interlocutrice l'ait engagé à te couvrir ; elle ne manquera pas de l'exiger dès le début de la conversation. C'est elle qui rompt la conversation en prenant congé, et elle aura soin de

oe pas retenir son interlocuteur au delà de quelques minutes.

Il doit jeter ou éteindre son cigare dès qu'il s^arrète pour parler à une femme.

Si deux femmes qui se connaissent s'arrêtent dans la rue pour causer, c'est à la plusâgée qu'appartient le droit de faire cesser la conversation, en continuant sa route.

Lorsqu'on est admis fréquemment dans la maison d'une femme, on peut lui offrir le bras quand on la rencontre, et elle peut l'accepter sans inconvénient. Le cas n'est pas le même lorsque la connaissance est de date récente, ou bien quand il s'agit d'une personne que l'on voit rarement; la proposition indiquerait alors un manque absolu de savoir-vivre, et devrait être immanquablement accueillie par un refus poli , mais péremptoire ; pour conserver les apparences de la politesse, on alléguerait un prétexte plausible, et l'on couperait court à la conversation en changeant, s'il le faut, l'itinéraire de son chemin.

Un liomme est ridicule lorsqu'il offre le bras à deux femmes; il peut s'en dispenser, et, en tout cas,. la plus jeune des femmes à laquelle

f tO LA CIVILITÉ NON PL'ÉUILK^ MAIS UONNlh'E.

il adresse cette offre la refuse toujours, afîo qu'il puisse conduire la personne plus âgée.

Si la femme à laquelle on donne le bras pCH'te à la main un objet quelconque^ on lui offre de s'en charger; il vaut mieux ne pas •abuser de la politesse, et une femme devra par conséquent remercier, et porter elle-même son ombrelle ou son chàle. H ne faut pas oublier, en effet, que ce sont peut-être les exigences féminines qui ont porté un coup si funeste à la civilité, et qui ont causé le dépérissement dont elle est atteinte. L'abus a toujours compromis l'usage. Pour ranimer la politesse , si languissante aujourd'hui, il faudrait éviter de faire peser sur elle des charges trop lourdes, et^ parmi les sacrifices que l'on s'impose à notre profit, accepter seulement ceux qui sont les moins pénibles.

Li:S VOYAGES. — LES SEJOURS DANS LES MAISONS KTRANGERES. — DEVOIRS DE CEUX QUI REÇOI- VENT l'hospitalité. — LA DISCRÉTION. — DEVOIRS DE CEUX QUI OFFRENT l'hOSPITALITÉ.

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