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RAPPORTS DES MAITRES AVEC LES DOMESTIQUES

La politesse est obligatoire pour tous et envers tous; il n'est point d'exception aux devoirs qu'elle impose y car, lors même que ces devoirs changent de forme y selon les circonstances et les individus , ils ont une origine commune : ils procèdent d'un bon cœur, d'un esprit équitable^ d'un sentiment de délicatesse, et le manque de politesse implique toujours Tabsence de tous ces dons.

La hauteur^ la dureté, les exigences injustes^ ne doivent pas être réprimées seulement dans les rapports que Ton a avec ses égaux ; ces défauts seraient même plus excusables en se manifestant vis-à-vis de ceux qui ont le droit de riposte et de défense^ qu'en se produisant envers des êtres dépendants, forcés parfois d'end urer des outrages pour ne point perdre les

fonctions qui leur permettent de gagner leur pain ou celui de leur famille. On doit ètie aussi poli envers ses inférieurs qu'envers ses égaux et ses supérieurs, quoique la politesse se manifeste , dans ces divers cas , d^une façon différente. Lorsqu'on l'analyse , on découvre que la politesse se compose d^un mélange de bonté , de bienveillance et de déférence; selon que Ton se trouve en contact avec des inférieurs, des égaux ou des supérieurs , on fait dominer Tun de ces éléments. On marque surtoul de la bonté à ses subordonnés, de la bienveillance à ses égaux , de la déférence à ses supérieurs.

Un certain no:nbre de jeunes filles, et même (disons-le bien bas) de femmes, qui se croient suffisamment bien élevées , et seraient fort étonnées d'apprendre que la bonté leur fait défaut, pensent que leur dignité est intéressée à l'usage constant d'un ton de commandement aigre et revêche, de termes durs et méprisants, de formules blessantes. Ces personnes ignoren t qu'on peut être fort poli avec ses domestiques, sans s'exposer à compromettre le respect qu'ils doivent témoigner à leurs maîtres, et qu'il

suffit pour cela d'élre bon et équitable, en évitant de se montrer familier.

Parmi les instructions données aux enfants il faut faire figurer en première ligne celles qui concernent leurs rapports avec les domestiques. Si l'on n'est pas parfaitement logiquîi dans les enseignements que Ton met à leur portée, les enfants, logiciens implacables s'il en fut, lorsqu'ils constatent la contradiction se révélant parfois entre les actions et les préceptes, se hâtent de conclure de cette contradiction à rinutilité des préceptes. Si Ton veut les rendre polis pour tout le monde , en leur permettant de se montrer grossiers pour les domestiques, ils considéreront la politesse, — avec quelque raison, convenons-en, — comme un masque hypocrite qu'ils adopteront avec empressement, ou rejetteront avec indignation, selon la nature de leur caractère; et le principal résultat de l'éducation sera de développer en eux la fausseté ou bien la grossièreté. Dans toutes les circonstances quise produisent dans la vie des enfants, l'exemple doit se joindre au précepte pour donner à celui-ci sa valeur véritable, car les meilleur)

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avis sont frappés de discrédit y si la personne qui les donne ne conforme pas sa propre conduite à Tesprit qui dicte ces avis. Il est certain qu'un enfant ne sera jamais poli avec les gens qui le servent y malgré toutes les recommandations qu^on pourra lui faire à ce sujet y s'il /aperçoit que la politesse dont on lui conseille Texercice manque à ses parents. L'éducation que Ton entreprend de donner n'est autre chose qu'un travail continuel sur soi-même, un perpétuel effort pour mettre ses actions d'accord avec ses paroles^ en s'appliquant à atteindre à un but élevé.

Il faut donc apprendre aux enfants , par Texemple autant que par le précepte, que les injures et les mauvais traitements abaissent encore plus ceux qui les infligent que ceux qui les subissent; il faut leur enseigner à donner aux domestiques les ordres qui concernent leur service, non-seulement avec un ton doux, mais en employant des formules polies. La supériorité du maître est toute personnelle; elle n'est point constituée par le seul fait de payer des gages, d'acheter des services; c'est la patience, l'équité, la bonté et la politesse.

qui placent les maîtres au-dessus de leurs domestiques. Eu se dispensant de ces vertus^ on pourra sans doute avoir des valets bas et flatteurs^ qui sauront se dédommager des caprices et des grossièretés de leurs maîtres , mais on n'aura jamais des serviteurs respectueux. Ou ne peut exiger le respect; il est indépendant, comme tous les sentiments ; on l'inspire, mais on ne l'impose pas.

Tout pouvoir, quel qu'il soit, fût-ce celui d'un père ou d'une mère de famille, ou d'un maître vis-à-vis de ses domestiques , pour être respecté, doit se montrer infaillible; on ne doit jamais avoir tort ni vis-à-vis des enfants ni vis-à-vis des domestiques. 11 faut donc se garder soigneusement de se contredire, de formuler des accusations téméraires, de se livrer à des emportements violents et par conséquent injustes. Quel que soit le caractère d'un domestique, on agira sur lui bien plus efficacement en se montrant rigoureusement équitable en toute circonstance, en atténuant la justice par la générosité , qu'en lui reprochant ses torts avec colère : les reproches accompagnés d'invectives ont pour résultat de

déplacer les torts, et de les ramener vers la personne qui ne sait pas conserver la force que lui communique le droit, en lui donnant la modération pour compagne inséparable.

On a toujours mauvaise grâce à se plaindre de ses domestiques, car on peut toujours les modifier, ou les renvoyer s'ils ont des défauts insupportables ou bien des vices. Il est peu de défauts qu'on ne puisse corriger en agissant avec douceur et fermeté. Quant aux vices, il serait difficile d'entreprendre la tâche de [es réformer, et l'on ne peut exposer les enfants à ce contact, qui pourrait être dangereux, soit pour leur sûreté, soit pour leur caractère. Renvoyez par conséquent tout domestique ivrogne ou menteur, quelle que puisse être d'ailleurs l'excellence de sonservice. Suppléez, par une surveillance infatigable , à la négligence , à la paresse ,et , dans les ordres que vous donnerez, agissez toujours avec justice, afin de pouvoir enlever aux remontrances toute apparence d'arbitraire. Ne marquez aucune aigreur pour les fautes involontaires , et sachez supporter avec résignation la perte causée par la maladresse d'un domestique brisant quel-

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que objet précieux; diminuez vos risques en vous chargeant de nettpyer vous-même ceux de ces objets dont la valeur intrinsèque ou relative est considérable, soit parla somm^ qu'ils valent, soit par le souvenir qu'ils représentent, et, quand on cassera dans votre maison un ustensile de médiocre valeur, ne vengez pas votre perte par des reproches trop amers. Excusez au contraire à leurs propres yeux les domestiques sincèrement repentants; engagez ceux qui sont négligents ou imprudents à s'acquitter de leurs fonctions avec plus d'attention . Cette modération sera plus efficace que les reproches les plus violents, et, si la générosité la commande , l'intérêt bien entendu la conseille.

Les formules polies que l'on emploie en s'adressant aux domestiques sont du reste la monnaie des vertus que la civilité représente, et elles engagent les personnes qui en prennent l'habitude dans la voie des sentiments généreux et des actions équitables. Pctii maltraiter un domestique , pour exiger de lui des services répugnants , pour interrompre son sommeil , pour retarder ses repas, pour lui

mesurer sa nourriture avec parcimonie ^ pour ne tenir enfin aucun compte de ses peines ni de ses plaisirs, il faut avoir élevé autour de soi une barrière inaccessible à la justice , à la bienveillance, à la commisération ; il faut s^ètre accoutumé à considérer le domestique comme une machine dont on paye les services, comme un esclave dépourvu de sentiment ou dépouillé de tout droit. La médiocrité des ressources dont on dispose n^excuse pas 1^ parcimonie s'exerçant, ainsi que cela se voit assez souvent dans les ménages parisiens, aux dépens du bien-être du domestique. Si Ton n'est pas assez riche pour nourrir suffisamment une servante, il faut se passer de ses services. Hais il «stà Paris un spectacle plus navrant que celui de l'économie rigoureuse et forcée, imposant de dures privations à tous les membres d'une famille : ce spectacle est celui de Pégolsme féroce de certaines jeunes femmes, charmantes lorsqu'on les rencontre dans quelquesréunions, bien élevées , en apparence du moins , vêtues avec une élégance irréprochable dont les détails révèlent des habitudes de luxe. Si quelque fée justicière permettait de voir soudainement

ce que M"* de Sévîgné appelait le dessous des cartes, on reculerait, saisi d'horreur. Cette jeune et charmante femme , d'apparence si douce , est un tyran implacable; dure , cruelle avec ses domestiques, elle leur dispute un morceau de pain , elle les renvoie lorsqu'ils sont malades, elle économise enfin sur les êtres qui sont placés sous sa dépendance, sur les objets qui leur sont de première nécessité, afin de payer un coiffeur en renom , une couturière habile. Elle n'estpas avare; ce vice affreux , ce péché mortel semblerait plus excusable encore que le senti ment auquel elle obéit: elle est égoïste sans honte, sans mesure, avec férocité, et en elle l'ostentation s'appuie sur la parcimonie, pour prendre le développement exigé par sa vanité.

Toute maltresse de maison, capable de comprendre et de remplir ses fonctions, exercera dans sa maison une surveillance assidue et minutieuse ; mais, si elle a la politesse qu'inspire le cœur , elle saura enlever à cette surveillance tout caractère blessant pour ceux qui la servent. Elle n'abandonnera pas ses clefs, mais elle évitera de fermer ses tiroirs et ses

armoires devant ceux qui pourraient voir dans ce soin une marque de soupçon peut-être injuste; elle donnera ses ordres d^une façon précise^ en évitant de se contredire^ de surcharger ses domestiques de besogne^ et de leur parler avec un ton méprisant et grossier. Quelques formules de remerclment et d^excuse n'enlèveront rien à son autorité^ et ajouteront beaucoup à sa considération. Beaucoup d'indulgence pour les défauts, et autant de fermeté pour les fautes graves, sont les principaux moyens, misa la portée de toutes les femmes^ pour administrer sagement leur petit empire.

Si les motifs d'humanité^ si les sentiments de justice et de bonté n*étaient pas suffisants pour engager les femmes à bien traiter leurs domestiques, l'intérêt bien entendu, l'égoïsme même, devraient leur enseigner à ménager ceux quilesservent. Les personnes impérieuses, injustes, exigeantes, ne conservent jamais de bons domestiques, et sont réduites aux services de ceux qui savent se créer des compensations aux outrages qu'ils reçoivent et aux injustices qu'ils endurent.

Toute association , quelle qu'elle soit, fût-

ce celle d'un maître avec son domestique, comporte la mutualité des devoirs. J*ai été au plus pressé , en indiquant d*abordles devoirs des forts envers les faibles; je vais m'occuper maintenant de ceux-ci, afin de désigner à Tatten tion des maltresses de maison les formules de politesse qu'elles doivent enseigner à leurs domestiques, si ceux-ci lès ignorent, et si elles veulent avoir une maison bien tenue.

RAPPORTS DES DOMESTIQUAS AVEC LES BIaItRES.

Le précédent «hapitre contient quelques conseils relatifs à la politesse que les maîtres doivent avoir avec leurs domestiques. Nous allons nous occuper des marques de déférence que les maîtres doivent à leur tour obtenir de leurs domestiques.

Il est rare que l'on ait à donner une éducation complète aux servantes et aux dômestjques ; mais enfin , il peut arriver que l'expérience du service leur fasse défaut^ et dans ce cas il faut bien se préoccuper de modifier celles de leurs habitudes qui ne se concilient pas avec le respect qu'ils doivent témoigner à leurs maîtres. Rien n'est plus déplaisant qu'un intérieur dans lequel on entend la voix des domestiques élevée à un diapason aigu et grossier, et Ton ne peut s'empêcher de porter un jugement défavorable sur le compte de la mal*

tresse de maison qui tolère des réponses impertinentes de la part de ses serviteurs. On a le droit d'exiger de ceux-ci toutes les formule* respectueuses du langage, et lorsqu'ils s'obstinent à les repousser, il faut leur donner leur congé, car leur impertinence n'est pas un défaut isolé , et se rattache , au contraire , non-seulement àd'autresdéfauts, mais encore à des vices. On ne souffrira pas qu'un domestique donne des démentis, qu'il réponde avec une into-^ nation brusque et grossière aux ordres qu'on lui donne, ou bien aux remontrances qu'on lui adresse; déplus, on lui enseignera quelque» formules réglées par l'étiquette présidant aux rapports des domestiques avec leurs maîtres.

Ainsi ils parleront toujours à la troisième personne; au lieu d'employer le pronom vous, ils diront : Le coiffeur de Madame est arrivé. — Selon les ordres de Monsieur, j'ai fait venir le tapissier, etc. Cette habitude n'est point adoptée uniquement pour imposer aux do-' mestiques les dehors de la servilité; elle peut être considérée comme un frein salutaire opposéaux envahissements d'une familiarité malséante; elle amoindrit forcément la grossièreté

(les débats qui peuvent s'élever, et enfin elle est une marque extérieure de déférence.

On s'appliquera à réformer les habitudes trop rustiques , à substituer le calme à la brusquerie. On ne permettra pas à un domestique de jeter sur la table les ustensiles servant au repas, ni même de les poser bruyamment; le service doit se faire en silence , avec précaution, non-seulement parce que* cette façon de procéder est plus respectueuse, mais aussi parce qu'elle est plus agréable. Ainsi Ton ne permettra pas de frapper les portes , sous prétexte de les fermer, de pousser rudement les chaises ou les fauteuils pour les changer de place. Sans imiter Philaminte, sans exiger qu'une servante parle la langue académique , on peut lui enseigner l'usage de certaines formules, et on l'habituera entre autres à annoncer le dîner en disant : Madame est servie. On évitera ainsi d'exciter Thilarité générale qui s'éleva un jour chez une dame de mes amies. Quelques conviés attendaient l'heure du dîner; la porte s'ouvrit brusquement, et l'on vit apparaître une servante, nouvellement engagée, encore novice, et ignorant les

lois de rétiquelte. Elle s'écria d'une voix tonnante : La soupe est sur la table! Ces termes^ qui peuvent être acceptables à la campagne lorsque les laboureurs sont avertis par leurs ménagères que a la soupe est trempée^ » ne peuvent être employés à la ville ^ et l'on doit enseigner aux domestiques les expressions qui remplacent ces avertissements par trop familiers.

L'éducation des domestiques ^ comme toute autre éducation y ne peut porter de bons fruits si elle n'appelle à son aide la patience et la bonté, en se gardant bien de confondre la fermeté avec la rigueur. La fermeté, lorsqu'elle a pour origine une équité scrupuleuse , et pour correctif l'indulgence, donnera les meilleurs résultats en toute circonstance, qu'il s'agisse d'élever des domestiques ou des enfants. La rigueur fait haïr l'éducation... et détester Péducateur. Quant à l'emportement, il n'a jamais servi qu'à transporter les torts de celui contre lequel l'emportement s'exerce, sur celui qui s'abandonne à une fureur, même légitime dans son prigine ; il faut par conséquent l'é-

carter absolument de tout enseignement, quels qu'en soient la nature et le but.

Je ne voudrais pas que Ton se méprit sur le sens de quelques-unes de mes paroles, et que l'on pût trouver dans ce chapitre des assertions contredisant celles qui sont contenues dans le chapitre précédent. Je viens de parler du respect qui est dû au maître par le domestique, des marques de déférence auxquelles le premier a droit, tandis que je disais naguère , — si j'ai bonne mémoire : — La supériorité du maître est toute personnelle , elle ' n'est point constituée par le seul fait de payer des gages, d'acheter des services, etc. Si je parle aujourd'hui des droits du maître , c'est parce que je n'admets pas qu'il soit indigne de mériter le respect de ses domestiques, parce que j'ai le ferme espoir que mes lectrices et mes lecteurs (j'ai même des lecteurs!) ne pensent pas que les droits puissent s'exercer lorsqu'on se dispense des devoirs. Je suppose que ceux-ci sont scrupuleusement remplis, que le maître se montre en toute circonstance équitable , humain , patient et généreux; et

dans cet état de choses , il est évident que le domestique ne saurait donner trop de marques de respect à son maître , car les vertus de celui-ci enlèvent à ces démonstrations ce caractère de servilité aussi humiliant pour celui qui s'y soumet que pour celui qui l'exige. D'ailleurs, l'intérêt personnel bien entendu ne devrait-il pas, — à défaut d'instincts plus élevés, — conseiller les vertus qui commandent le respect et l'affection ? Avec les domestiques, comme avec tous les individus qui composent la société humaine, les qualité»

rapportent plus que les défauts. J'ai connu un petit nombre de maltresses de maison , acariâtres, injustes, agressives, dures et méprisantes pour leurs domestiques ; j'ai toujours vu qu'elles étaient plus mal servies que celles dont rhumeur était bienveillante et le caractère indulgent. La discorde avait élu domicile au foyer des premières, et les domestiques, les fuyant dès qu'ils les connaissaient, renouvelaient sans cesse , par leur départ , les abo* minables tracas qui dérivent de la nécessité de mettre un domestique au fait des fonctions dont il doit s'acquitter; chez les secondes,.

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au contraire, la vie s'écoulait sans changements, sans secousses, sans débats, et l'on y jouissait de la paix qui appartient aux créatures de bonne volonté.

Une maîtresse de maison doit demander à ses serviteurs de s'acquitter des fonctions qui leur sont dévolues avec propreté , diligence et attention. Si la négligence provient de la mauvaise distribution du temps ^ la maîtresse de maison s'appliquera à régler le travail de la journée, en lui assignant les heures les plus convenables. La promptitude, Fexactitude, peuvent être exigées chez un domestique, mais à la condition de ne point le troubler par des ordres contradictoires, de ne point interrompre une besogne commencée pour faire entreprendre un autre travail; de ne point accabler le domestique par une infinité de détails inutiles qui compliquent ses occupations et, ne permettant pas de les mener à bien, lui attirent des reproches qui sont injustes en réalité. Tous les ustensiles servant au ménage doivent être bien rangés et toujours prêts pour l'usage qu'on en veut faire ; mais , si le maître a le droit d'adresser des remontrances à un

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domestique qui se serait montré négligent sur ce point , ce ne peut être qu'à la condition de ne point interrompre son travail ni bouleverser inutilement l'office et la cuisine.

Si nous devons demander et obtenir de nos domestiques toutes les marques de respect et de politesse , il ne faut pas négliger de leur imposer la même politesse en ce qui concerne les étrangers. Il y a longtemps qu'on a dit, et non sans raison : Tel maîlre , tel valet. Les domestiques, vivant près de nous, discernent bien vite nos préférences, nos faiblesses et nos antipathies; de plus, oi^ a trop souvent le tort de parler devant eux avec malveillance des personnes que l'on reçoit. 11 n'en faut pas davantage pour rendre un domestique impertinent vis-à-vis de la personne qui déplaît à son maître, sur lequel il se modèle toujours avec empressement, surtout lorsqu'il s'agit d'infliger à autrui une partie des humiliations qu'on a le tort de ne pas lui épargner. Dans ' noire société actuelle, si éprise deTéclatdela fortune , les parents et les amis pauvres sont reçus et supportés avec une impatience dont on ne prend guère la peine de réprimer les

manifestations; le contre-coup s'en fait immédiatement sentir chez la geni porte-lablier, comme le dit le spirituel H. de Lagafdie , et les Dorine et les Fronlin se bâtent de renchérir sur la généreuse et charitable disposition de leurs maîtres. Le proverbe a donc raison : en mal comme en bien y les domestiques copient toujours les personnes qu'ils servent^ et si celles-ci marquent autant d'empressement et de considération à leurs amis pauvres qu'à leurs amis riches, les premiers n'auront pas à subir des humiliations poignantes, et se diront, non avec amertume, mais avec reconnaissance : Tel maiirey tel valet. Hais il ne faut pas se faire d'illusion sur ce point; on doit payer de sa personne , car toutes les recommandations y et même les ordres les plus formels et les plus sévères, seront toujours éludés si l'on ne donne pas soi-même l'exemple de la politesse que Ton commande. Rien n'est plus subtil que Timpertinence; elle se révèle par les signes les plus imperceptibles en apparence pour les indifférents, les plus évidents en réalité pour les personnes qu'elle atteint ; un regard la contient, une intonation la recèle, un

oubli la dénote, une négligence l'affirme»

DonC; si l'on veut que les domestiques se montrent polis et attentifs pour les personnes que l'on reçoit, il sera bien insuffisant de leur recommander celte politesse , si Ton se montre soi-même incivil ou dédaigneux. En cette occasion, comme toujours, il faut agir sur soi pour agir avec efficacité sur les autres, et, au lieu de se complaire à faire d'excellents et judicieux sermons , on peut se borner à prêcher d'exemple.

L'étiquette que l'on fait observer par les serviteurs varie selon la différence des fortunes. Lorsqu'il y a un grand nombre de domestiques dans une maison, cette étiquette est plus sévère. Un valet de chambre ou de pied , une femme de chambre , ne se permettent pas d'adresser la parole à leurs maîtres; automates silencieux, ils s'acquittent de leurs fonctions sans paraître écouter ce que Ton dit devant eux, sans se permettre de prendre la parole. Il n'en peut plus être de même lorsqu'on se fait servir par une seule domestique. Si elle a des qualités, elle fait pour ainsi dire partie de la famille; ce n'est

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plus une machine à servir, et, de même qu'elle connaît les principaux événements qui surviennent dans Texistence de ses maîtres, ceuxci connaissent aussi ses peines et ses joies, y prennent part, et la conseillent dans les circonstances graves. Dans cet état de choses, l'observance d'une étiquette rigoureuse serait à la fois intempestive et ridicule. Voyez-vous l'unique servante d'un ménage forcée d'aller prendre un plateau d'argent pour présenter à ses maîtres une lettre, un journal, une carte de visite? Cela serait choquant, comme tout ce qui manque de proportions et d'harmonie.

La dignité n'est point attachée à ces menus usages, et l'on peut s'en affranchir sans craindre d'amoindrir le respect des domestiques.

Ce sentiment est nécessaire à la bonne administration d'une maison, et l'on doit faire tous ses efforts pour l'obtenir; c'est dans ce but qu'il faut éviter toute familiarité avec les gens qui nous servent. Si on ne les habitue pas à tenir compte des ordres qu'on leur donne, — ordres qui ne doivent jamais affecter une forme dure et méprisante; — si on ne leur inspire pas un respect suffisant, de nature à empêcher

que ces ordres soient éludés ou méprisés, Tinexpérience, les erreurs, qui accompagnent une instruction insuffisante^ pourraient causer des désordres ou des accidents graves. Il faut donc que les domestiques obéissent à leurs maîtres, non pas seulement par un sentiment de servilité , mais parce que ceux-ci , par la supériorité de leur éducation, ont plus de discernement et de lumières. Et maintenant, si Ton me demande quels sont les meilleurs moyens à employer pour obtenir le respect et Tobéissance des domestiques, je dirai qu'il faut toujours avoir raison avec eux, c'est-à- ' dire se montrer toujours équitable, ne point exiger des travaux qui dépassent les forces humaines, m adresser des remontrances injustes; tenir compte de leurs efforts , les en récompenser, veiller à leur bien-être, ménager leur santé, et même leur amour-propre. En observant ces prescriptions , on trouvera trèscertainement d'excellents domestiques; et si, nonobstant la pratique constante de la justice, de la patience, de la bonté, on était mal servi, il faudrait chercher d'autres serviteurs, afin

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d'écarter de soi des natures qui seraient notoirement vicieuses.

Les devoirs des domestiques sont si intimement liés aux devoirs des maîtres, qu'en voulant indiquer les uns^ je me trouve toujours forcément ramenée à parler des autres.

Pour que les domestiques ne soient pas envieux, il faut éviter de leur imposer des privations , qui font naître des comparaisons douloureuses pour eux; leur nourriture doit être a1)ondante et bonne, et, si Ton n'a qu'une seule servante, ses repas doivent être semblables à ceux de ses maîtres. En cas de maladie, on fera appeler un médecin, et on soignera attentivement le malade. On exercera autour de soi une surveillance assidue ^ du moins jusqu'à ce que Ton ait acquis la certitude de la probité de ses serviteurs; mais, en tous cas, on évitera de rendre cette surveillance trop évidente, et de blesser une âme honnête. On n'exigera jamais un service répugnant, à moins que Ton ne soit malade, et que la nécessité n'oblige à imposer à autrui des soins de cette nature. Enfin , lorsqu'on a

reconnu à un domestique quelques qualités essentielles , telles que la probité et le dévouement^ il faut supporter patiemment les défauts qu'il peut avoir. Si ces défauts sont de nature à lui attirer quelques reproches, il faut formuler ceux-ci avec douceur, en évitant soigneusement d'infliger une humiliation^ soit par le ton ironique employé pour la remontrance, soit en adressant cette remontrance devant des témoins. La prodigalité ellemême serait impuissante à remplacer toutes ces attentions : des domestiques comblés de présents supporteront sans doute tous les torts que leur maître pourra avoir vis-à-vis d'eux; mais la cupidité seule les attachera à lui, et tous les présents qu'il pourra faire ne le soustrairont pas à leur haine, et ne retiendront pas près de lui les cœurs honnêtes et fiers.

Pour résumer tous ces ccMiseils, je dirai que les domestiques sont toujours polis avec leurs maîtres, comme avec les étrangers, lorsqu'on leur donne soi-même l'exemple de la politesse que BOUS devons à tous nos semblables.

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