‹ La claire fontaineChapitre 18 sur 24 · LA BEAUTE · texte numérisé non relu

LA BEAUTE

Elle ne m'a jamais rien dit Et jamais elle n'entendit Les mots confus de ma triste-i>e.

Dans mon chemin elle a pa^eé En blanc, noir ou fin nuancé Glorifiant son corps de déesse.

Devant son sourire orgueilleux, Qiuand s'allume dans bien des yeux L'espoir brûlant comme une lavt, Moi. pour plus longtemps l'adorer, Je la suis sans rien espérer, Comme son chien ou wn esclave.

Elle n'aura pas soupçonné

Le tourment béni et damné

Que sa présence renouvelle,

Et combien j'ai rêvé souvent

La meurtrir dans mes bras déments,

D'une étreinte douce et cruelle;

Car, d'être ainsi, dans mon destin. Le rayon de bonheur lointain Qui martyrise mon front blême; Car, m'imposant un vain émoi, D'être à d'autres bien pdus qu'à moi, Je la hais autant que je l'aime.

CHANaONS 83

CONNAITEE

A Albert DREUX.

EnTeloppé de son bonheur insoucieux, Sous le dôme sans fin du ciel mystérieux, Comme un enfant dans la caresse de sa mère, Le monde souriait, bercé par la chimère.

Simplicité camlide, enfantine bonté, Paix certaine du cœur dans l'espoir abrité, Comme une vision extatique, sans trêve, De mirages divins vous enchantiez son rêve.

84 LA CLAIBE FONTAINE

Qu'importait l'éphémère édosion «li-s jours ? Absorhani dans linir âpre ap|Kil toiir^ les amours, Aux berceaux gazouillants de timides prières, Les tombeaux envoyaient des l^aisers de lumière.

Dans son étroit chemin nettement défini

La vie, à calmes flots, coulait vers l'infini

Des bonheurs dont se? rides purs montraient les germes,

Vers des amours heureux, sans partage et sans terme.

Un jour, l'Es-prit Humain, Prométhée orgueiiMeux

N"e voulant plus subir la tutetUe des dieux,

Se leva fièrement, d'un effort grandiose,

Pour disputer au ciel l'obscur secret des causes.

Il alla, sans soutien autre que sa raison,

Par chaque jour vécu reculant 1 horizon

De son ambition enfantine et sublime,

Scrutant d'un œil farouche et dur vous les abîmeg.

Ses pas orraient sans trêve et par tous les chemins. II pesa toute la matière en ses deux mains, En définit le poi^ds, In saveur, la puissance; A tout détermina sa cause et son essence.

Puis vers les mondes au songe toujours pareil, Comme il venait, son.nant la gJoire du réveil, De sinistres échos à sa voix répondirent; Les fantômes de ses rêves morte l'assaillirent.

Contre les souvenirs trahis de son passé Impuissant, il lutta, désarmé, terrassé, N'apercevant au loin, par delà sa souffrance. Qu'un ciel chargé de nuit et de désespérance.

Sur un sol dépouillé de joie et de grandeur, Son corps n'était qu'un tas de chair et de laideur Que la mort sourdement emprisonne et travailde. Des atomes hideux lui mangeaient les entrailles.

Alors, dans son amour égoïste et flétri, Dans son orgueil par l'âiyre vérité meurtri, Dans ses sens vainement émus, dans tout son être, Il subit la torture atroce de Connaître.

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