VIVRE
Toujours partir pour n'arriver jamais!
Recommencer sans plaisir et sans trêve!
Toujours pousser devant soi quelque rêve! A des désirs enchaîner des regrets !
Appeler dans la nuit, tremblant et blême, Un spectre doux qui ne nous répond pas; Toujours aimer sans savoir qui l'on aime; Sentir !l'es»poir buter à cliaque pas !
Comme la femille morte au vent funèbre, Errer, gémir, bonilir et retoniber ; ^Icurtrir son âme aux angles des ténèbres, Puis dans la tombe, inerte, succomber !
Est-ce donc là le bien entier de vivre? De tant d'efforts ridicutles et vains, Foi, lumière ou mirage, qui délivre, Montre à mon rêve un moins banal destin.
rTTAKfiONfl
MOURIK
Pourquoi, si l'infini t'appelle.
Douter d'une vie étemelle.
Cœur qui tremble? devant la mort,
Ame injcjuiète qui, sans cesse,
Pour vaincre la chair qui t'oppresse,
Recommences le même effort !
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Quel est ton but?. . . sous ta paupière Si ta pensée est prisonnière, Si tu gérais vers l'inconnu, Si ton espoir glorieux pleure, Aux barreaux étouffants de l'heure Par l'instinct brutal retenu.
Oii vont, quand leur chaîne se brise, Ceux qui d'une vaine hantise, Dans un long exil, ont souffert ? . . . L'oiseau prisonnier qu'on délivre Et le fauve dompté qu'enivre Le regret lointain du désert?
Vers l'objet de son espérance L'être libre aussitôt s'élance, ^Mortel que rien n'a contenté, ilourir c'est la cage qui s'ouvre, Le tigre enfermé qui recouvre Ses jungles et sa liberté.
C'est l'oiseau caiptif qui s'envole:
C'est — de sa froide et sombre géole Ijq mur écrasant souîevé — L'âme d'un long effort plus forte Que son désir vainqueur emporte Vers les bonlicurs longtemps rêvés.
Alors, dans l'univers immense, Les cœurs asv<oiffés de vengeance, Ceux dont le songe est plein de fiel, Et ceux dont, unique, le rêve Fut la beauté sans fin ni trêve Atteignent l'Enfer ooi le Ciel.
Mais ceux que nul Dieu ne réclame, Ceux à qui la matière infâme Offre un plaisir toujours nouveau.
Quand s'affaisse leur corps débile, Leur âme, à jamais inutile, Rentre avec eux dams le tombeau.