VIVE LA CANADIENNE
D'aussi longtemps qu'il me souvienne, La leçon mise sous mes yeux Fut qu'ici-bas nul ne peut mieux Que chérir sa concitoyenne :
Vive la Canadienne !
Mon père, sur la race indienne, N'écrivit pOiS de longs discours.
Mais il est Fauteur de. . . mes Jours.
Cette devise fut la sienne :
Vive la Canadienne !
Et pour que brûlant se maintienne, Dans mes veines, le feu sacré D'un patriotisme éc'lairé, Il me souffle son âme ancienne :
Vive la Canaidienne !
Voilà pourquoi, quoi qu'il ad^vieime, Sous le ciel serein ou dément, Je me balade crânement Sans un radis qui m'appartienne. . .
Vive la Canadienne !
CANOT d'ÉCORCE
Petite, boulotJte ou moyenne, Aux cheveux blonds, noirs ou châtains, Qu'elle arbore, soir ou matin, Robe de velours ou d'indienne. . .
Vive la Canadienne !
FEU D'ERABLE
A l'ombre d'un g^os chêne J'ai été me faire sécher.
FEU D'ERABLE
ft Hector DEMERS.
Ame, foyer, lumière et voix, Enchantement inaltérable Des soirs tranquilles d'autrefois :
Feu d'érable!
Quand la bise, au volot rageur, Hurlait son grand cri lamentable, Qu'on était bien dans ta chaleur, Feu d'érable!
'krabt.e W
FEU D EKABI-E
Ah ! les fronts graves ou .«ereins, La gaieté bonne et vénérable Que tu réchauffais dans ton. ecin, Feu d'érable!
Les anciens aux lentes chansons, A U-x, histoires épouvantabJes Qui mettaient au cœur des frissons.
Feu d'érable!
Le petit gamin qui, têtu, Pour mieux écouter chaque fable.
Ouvrait des yeux . . . t'en souviens-tu ? Feu d'érable.
Et l'aïeul au menton branlant Dont le tisonnier inlassable Plongeait dans tes tisons ardents, Feu d'érable?
Que d'instants en vain regrettés — Assis lo soir près de la l'ablc - Se rallmneut dans ta clarté.
Feu d'érable!
FEU D ERABLE
LES QUETEUX
ft Mtre J. A. A. BRODEUR, avocat,
au Barreau de Montréal.
Dans mes souvenances lointaines Revivent parfois vaguement Les imposants croquemitaines Du temps que j'étais un enfant.
Et je demande à ma mémoire :
" Où Éont-ils tous ces noms fameux, Cayen-Sucré, le Quêteux-Xoir, Le Quêteux-Eouge et le Loucheux.
Péti-Turoot, Tomon-Vinguienne, Gaillards dégourdis et malins, Venant tous de Sainte-Julienne, Du Grand-Cordon ou de Saint-Lin!
Quand s'estompait leur haute taille Ondulant sur leurs lourds bâtons, Les chiens jai^paienit, et la marmaiiUe Kentrait craintive à la maison.
Crânement, sans cérémonie, Et sur un ton de bon aloi:
" Bonjour toute la compagnie." Puis ils étaient partout chez soi.
A manger la eouipe en famille Et sans manières, retenus, Ils riaient de façon gentille Et disaient: " C'est pas de refus."
FEU d'Érable 83
Peoiidant! qu'on lave la vaiseelle, Fumant leur pipe dans un coin, Ils vous dépliaient des nouvelles De tous les villages voisins :
" La belle Luce au gros Bellone Se marie an jx^tit Durand.
Quand j'ai passé par Terrebonne Colaâ à Pierre était mourant."
Après un petit bavardage :
" Marci ! Ben du succès ! Adieu I Puis ils reprenaient leur voyage Sous le grand soleil du bon Dieu,
On était personne de marque.
On était fier de son métier.
Un quêteux, c'était un monarque Ayant poiir carrosse ses pieds,
34 LA CLAIRE FOKTATNE
Pour tout domaine, la grand'route, Pour fortune, un corps vigoureux Et pour palais doré, la voûte Sombre ou transparente des cieux.
Depuis, des réformes iniques Et l'évolution des mœurs, Ont au vagabond pacifique, Signifié : '*' Travaille ou meurs."
Pour conserver quoique importance.
Pour être un peu considéré.
Fallut momftrer des références, Un bon billet de son curé,
Etre rachitique et tout croche, Bossu, n'avoir rien de niveau.
Avoir une jambe qui cloche.
N'avoir, de bras, que des morceaux.
FEr d'érable
Aussi — répercussion juste — Le memliant persécuté N'est plus le beau gaillard robuste Du bon temps de la liberté.
Avec leur mine pitoyable Ce sont, tantôt, de faux boiteux, Qui jettent béquilles au diable Aussitôt que rentrés chez eux,
Des sourds-muets, de vilains drôles Aux gestes gourds' et rococo Et qui recouvrent la parole Dès qu'ils vous ont tourne le dos;
Ou, si par quelque rue obscure Vous venez le soir à . . . ramer, C'est quelque quêteux d'aventure Qui parle de vous assommer.
Majestueuse silhouette, Roi hâlé des chemins poudreux, Moi, franchement, je te regrette, 0 race des anciens quêteux.
FEU d'Érable 87