‹ La Clarté de vieChapitre 14 sur 43 · LES BRUMES · texte numérisé non relu

LES BRUMES

La lune à mi-chemin des cimes dépouillâmes Sourit entre le lacis noir des branches basses, Tout au ras du coteau, comme un pâle soleil; La nuit est claire et froide sur la terrasse. La brume noie là-bas les peupliers, Hausse la plaine au niveau de nos treilles Et bat d'un flot muet le pied des escaliers.

La plaine est pâle et légère comme un ciel d'avril.

L'on dirait que, du haut du firmament

— Tant l'air est clair —

Les nuages sont tombés doucement;

Ou l'on dirait que, portés par un flux d'argent

Nous montons vers la voûte qui brille,

Si proche !

Plus proche encor si tu la fixes longuement,

Ainsi, penchée et immobile...

Nous montons doucement !

CHANSONS A. L OMBRE «VJ

l\is un bruit, pas un souffle ; on sent les feuilles Se fleurir dans la mort d'un parfum innommé; Ce soir, c'est une assomption sans deuil De l'âme des charmilles et des roses fanées Et des heures du seuil...

Maintenant, sur la brume ('laie, Le baiser de la lune flotte en lueurs de rêve; 0 la mer amoureuse où voguer vers des grèves De printemps sans automne et de vagues égales Où le désir s'achève !

Peux-tu voir ?

L'ombre — de la tourelle émergée comme un phare —

Balance devant nous une barque noire

Au long de la nmraille :

Nos ûmes passagères, iront-elles s'y asseoir?

Et qui tiendra la rame et qui le gouvernail ?...

Ah ! chère ! la vie est longue si la féerie s'efface Au pied de la terrasse Déferle sous le clair de lune

Tu I.A (I.AKt^ bK VU

1^(' Uni, soudain lumullucux, des hi'umes; La barque a chaviré ; le réve passe !

Voici l'emblave encor el les peupliers nus,

Le fleuve d'acier froid comme un glaive posé,

Le vent d'I'^st chasse et glace;

Rentrons, le feu est bas sous la laiijj)e baissiM,-;

L'hiver sur le chemin a posé son pied nu;

L'hiver est en chemin ; qu'il soit le bienvenu!

Car le Printemps le suit comme une ombre rosée.

CHANSONS A l'ombre TI

IIIVKII

La ll«'ili(' (le ton rire aiN»

Se perd dans 1 oFiibre ;

La lourde bel esjx)ir inégal»^

( >ue j ai l)Atie avec la iiiontagiio écroulée

Lbrèche de ses tourelles effilées

Le ciel lourd qui retombe

\'ers les herbes foulées ;

Ils nul l(?vé les yeux et n'ont vu que l'hiver Au vol bas et morose :

C est par delà que chantent encor mes vers, (>ue s'effeuillent tes roses;

Kst-ce la faute aux dieux ?

Nous sommes seuls, encore, sous le soleil ,

.l'ai songé que nous étions, tous deux.

Page 1