POUR L'ÉQUINOXE DU PRINTEMPS
Voici le jeune Amour Parmi les feuilles neuves ; L'ombre des vieilles tours, Comme un voile de veuve, Passe, silencieuse, Entre les tombes vertes :
Voici les fleurs d'avril Avec leur lèvre ouverte; L'ombre du campanile Fonce, dans l'herbe verte, L'éclat des marguerites; Voici le bel Amour Rose et sa bouche ofTerle Entre les feuilles vertes ; Sous le portail des tours, Pâle en sa robe blanche, Voici la jeune Mort, Contre la porte ouverte...
9S LA CLKHTf. DE VIE
De l.'i main sur l.i niiquo et jusqu'à ses genoux
Le regard du soleil brûle sa nudité ;
11 est rose, et pareil à son sourire arqué;
L'horHe dressée le frôle entre les deux genoux
Et la feuille abaissée va le baiser au cou;
Son rire, tout bas, roule un cbant sourd de ramier;
Elle, dans l'ombre calme du parvis, est pâle;
Elle a vAu la blanche étole sacerdotale ;
Le soleil devant elle recule et l'ombre longue
Qui tombe de la tour
Lui fait une allée sombre
Pour qu'elle marche à lui, dans la jeune herbe égale;
Lui, n'a pas peur; elle n'a pas honte;
S'il la regarde au clin de sa paupière prompte.
Il la voit diaphane :
Et du haut de la nef, là-bas, du seuil du chœur.
Deux cierges embrumés d'encens mettent leur flamme
Perpétuelle au fond de ses orbites vides,
Et luisent jusqu'en lui et lui brûlent le cœur
D'un chaste amour sans but que son éternité.
CHANSONS A L'f>MBlU; 9*J
Ello n'a pas honte de cette chair farouche,
Ni de son geste vain qui appelle et repousse,
M de la grande fleur charnelle de sa bouche
Où saigne le désir humide de la Vie :
Car le voici, d'un pas, dressé dans le soleil,
Canihrant la svelte ivresse de sa chair vermeille
Sur le frémissement de ses ailes battantes
Où la lumière en poussière poudroie.
Les deux bras étendus au geste de la Croix
Que trace une onil)re vague en les feuilles mouvantes.
Elle s'est avancée par le sentier qu'allonge Jusqu'aux pieds de l'enfant l'ombre des vieilles tours; On dirait qu'elle marche dans un songe, Drapée en son étole blanche aux longs plis lourds ; Et sur le seuil où la Lumière effleure l'Ombre, Son-diadème blanc, soudain, scintille et tombe En rayons d'argent froid vers sa gorge couverte... Mais lui, entré du pied dans 1 ombre, sent monter — Plus haut que le baiser froleur de l'herbe verte, Et jusque sur sa hanche — une âpre volupté. Comme une étreinte d'onde : la caresse de l'Ombre. Leurs bouches en un baiser se confondent, Et la Mort s'est pâmée !
100 l-A CLAH-rt DE TIE
Sonnez, cloches de Pdque î Tombez des vieilles tours î Toutes, et tour à tour.
Bondissez à la hâte !
Chacune à toute voix, Toutes à la volée î Roulez à travers bois, Croulez sur la vallée !
Montez, la voix des chœurs Par le portail ouvert!
Dites le sang des cœurs.
Dites le printemps vert!
Chantez, voix des ramées, Dites les lèvres douces.
Dites la tiède chair.
Dites la Mort pâmée Du baiser de sa bouche.
Pâle en les primevères !
Au son du baiser double, Comme à l'heure qui sonne, Rose d'un léger trouble, Vois! qui va s'éveillant, Parmi les anémones, La Vie au bois dormant.
CHANSONS A LOMBKK l'M