‹ La Clarté de vieChapitre 23 sur 43 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Si j'élève la voix, les grandes roses

Rient, comme une troupe claire de filles,

De ma déconvenue ;

Les feuilles chuchotent des choses

Malicieuses, je suppose,

Au long de l'avenue,

Et même l'herbe en cause

Aux roseaux qui oscillent,

Au courant solennel qui les reflète

Et rit entre les pierres satisfaites.

Alors je me suis tu, couché dans l'ombre,

A n)ordiller des feuilles de noisetier,

Non sans humeur, peut-être, et presque sombre

Vous me guettiez :

El votre rire, aussi^ mêlé au leur.

Soudain !

M'a nioqiir do son trille alorte.

— J'en ai i)iis('' la ligo dune (leur.

— Puis, lioMlfux de mon geste sot, vous lai offerte l'n Vf)us liaisanl la main.

Vous avez bavardé luul<.- la malinée,

Votre voix s'est môlée aux mille voix de Mai ;

La fleur de votre lèvre est telle, Bien-Aimée,

Que les jeunes abeilles y peuvent butiner

Un miel plus doux qu'aux roses satinées,

Et si l'image est vieille elle est belle et dit vrai ;

Votre pas est furtif comme le pas des brises,

Un seul rayon scintille et Hotte : vos cheveux ;

Et c'est dans l'ombre, là, que je vous ai comprise,

Hôtesse radieuse de la Maison de Dieu !

Tout en elle est par vous et pour moi :

Et les fleurs et les frêles clartés ;

Vous êtes la maîtresse mutine des grands bois

Et la reine rayonnante des prés ;

La brise s'accorde à vos rires

Et l'horizon mire son vague sourire

CHANSONS A l.'OMBHi: t03

LU l'cflol l)leii (le vos yfiux

)ue leurs cils ennuagent,

It tout, autour dr vous, hahilie, chante et jase,

lolesse matinale de la Maison de Dieu.

lors des halles hàlives du [)àl(' automne ,

i travers les étapes de 1 hiver,

jSl dure roule fui belle et bonne

'^ers l'ombi'e, ici, du j)rinlt;m|)s \( ri:

]ar l'espoir de sa main vive et ferme

^ous y menait en riant pâi' la main.

Chantait la chanson des lendemains

il disait le but et montrait !<• irrme

)es longues nuits et des mauvais chemins;

il s'il m'a quille sur le seuil

)c votre domaine joyeux,

1 m'avait |)r(''dit votre accueil en les feuilles,

I'*'h sse au rire clair de la Maison de Dieu.

ci, enfin, il est doux de vivre Mé à la joie éternelle ; ii'air vibre aux traits d'un arc bel ivre }ui chante entre terre et ciel !

!<>/« LA l.l.kRld DE VIE

Je suis tout ce (jiie vous ^les, Ma pensée est votre jeu, Et ton baiser fut le poète, Giianteuse du Verger de Dieul

CHANSONS A I/OMBRE 105

VERS i;i:tk

Par l'escalier fleuri aux larges marches basses

Que l'averse d'avril fouette et lave à grande eau

Et qu'a séchë, par places, le vent d'est

Sous son pied leste

(On suil sa trace.

De marche en marche, jus({u'aux roseaux^,

Main dans la main, tous deux, sous la neuve clarté,

Marche à marche, à pas lents, descendons vers l'été.

Voici la grappe extrême et le lilas s'effeuille :

La branche s'est penchée vers toi d'un geste las;

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