MAI
Si j'élève la voix, les grandes roses
Rient, comme une troupe claire de filles,
De ma déconvenue ;
Les feuilles chuchotent des choses
Malicieuses, je suppose,
Au long de l'avenue,
Et même l'herbe en cause
Aux roseaux qui oscillent,
Au courant solennel qui les reflète
Et rit entre les pierres satisfaites.
Alors je me suis tu, couché dans l'ombre,
A n)ordiller des feuilles de noisetier,
Non sans humeur, peut-être, et presque sombre
Vous me guettiez :
El votre rire, aussi^ mêlé au leur.
Soudain !
M'a nioqiir do son trille alorte.
— J'en ai i)iis('' la ligo dune (leur.
— Puis, lioMlfux de mon geste sot, vous lai offerte l'n Vf)us liaisanl la main.
Vous avez bavardé luul<.- la malinée,
Votre voix s'est môlée aux mille voix de Mai ;
La fleur de votre lèvre est telle, Bien-Aimée,
Que les jeunes abeilles y peuvent butiner
Un miel plus doux qu'aux roses satinées,
Et si l'image est vieille elle est belle et dit vrai ;
Votre pas est furtif comme le pas des brises,
Un seul rayon scintille et Hotte : vos cheveux ;
Et c'est dans l'ombre, là, que je vous ai comprise,
Hôtesse radieuse de la Maison de Dieu !
Tout en elle est par vous et pour moi :
Et les fleurs et les frêles clartés ;
Vous êtes la maîtresse mutine des grands bois
Et la reine rayonnante des prés ;
La brise s'accorde à vos rires
Et l'horizon mire son vague sourire
CHANSONS A l.'OMBHi: t03
LU l'cflol l)leii (le vos yfiux
)ue leurs cils ennuagent,
It tout, autour dr vous, hahilie, chante et jase,
lolesse matinale de la Maison de Dieu.
lors des halles hàlives du [)àl(' automne ,
i travers les étapes de 1 hiver,
jSl dure roule fui belle et bonne
'^ers l'ombi'e, ici, du j)rinlt;m|)s \( ri:
]ar l'espoir de sa main vive et ferme
^ous y menait en riant pâi' la main.
Chantait la chanson des lendemains
il disait le but et montrait !<• irrme
)es longues nuits et des mauvais chemins;
il s'il m'a quille sur le seuil
)c votre domaine joyeux,
1 m'avait |)r(''dit votre accueil en les feuilles,
I'*'h sse au rire clair de la Maison de Dieu.
ci, enfin, il est doux de vivre Mé à la joie éternelle ; ii'air vibre aux traits d'un arc bel ivre }ui chante entre terre et ciel !
!<>/« LA l.l.kRld DE VIE
Je suis tout ce (jiie vous ^les, Ma pensée est votre jeu, Et ton baiser fut le poète, Giianteuse du Verger de Dieul
CHANSONS A I/OMBRE 105
VERS i;i:tk
Par l'escalier fleuri aux larges marches basses
Que l'averse d'avril fouette et lave à grande eau
Et qu'a séchë, par places, le vent d'est
Sous son pied leste
(On suil sa trace.
De marche en marche, jus({u'aux roseaux^,
Main dans la main, tous deux, sous la neuve clarté,
Marche à marche, à pas lents, descendons vers l'été.
Voici la grappe extrême et le lilas s'effeuille :
La branche s'est penchée vers toi d'un geste las;