IM I.A CLARTÉ DK VIK
Leurs lèvres j)ûles, loules recroquevillées; Ils l'ont fait à leur guise : aveugle et sourd; Et, selon leur âme, ils l'ont fait abject et fou, O bel amour, o saint amour émerveillé!...
Beauté,
Ils t'ont fardée d'affronts que nul ne compte
Il n'est pas de cœur bas, d'âme sordide
Qui ne le juge avecque privante
Avec des mots !
Ils discutent de ta royauté,
De par l'insulte de leurs yeux avides;
Et c'est la honte...
Espoir !
Ton vert pennon levé mène les jeunes Avrils
Au cri des troupes neuves chantant par mille et mille,
Et les filles vêtues du vert reflet des feuilles
Vont, par l'ombre légère, au-devant de l'accueil :
Tout baiser se veut tien fût-il d'un soir néfaste.
Espoir perpétuel, astre de nos désastres : ^
Et tu mets de la joie dans le fond du cercueil... j
AU <;rk de i.'hkurk IIU
Amour,
Cause et fin, spleiideiii' des eurythmies.
Vertige des abîmes,
FN'ur simple aux doigts des filles blondes
Et virginal sourire d'endormie,
l'auteur indulgent du crime sublime,
Rythme du monde,
l^'n-re rose de la pûle nuirt
•lusticier comme elle, comme elle, fort
A IT'gal de l'Éternité féconde...
Heautk !
On tremble, pâle,
A révérer ta majesté égale : —
Car tout 1 espoir du double crépuscule
— Qu On surgisse vers l'aube, que, le soir, on suppute, ■
(lar tout l'amour cpii dans les nuits circule
De rêve en rêve, de cœur en cœur, de corps en corps,
Tout ri^spoii-, tout l'Amour s'en vont à toi, leur but;
l*lt 1 on te cherche, avide, dans la mort.
lâO I.A CLAHT^. DE VIK
Un peu plus loin :
Pousse la porte basse;
— Celle musique énerv'e avec ses traits de rire - Ne te retourne point —
— Qu une flûte jacasse, Qu'un violon soupire —
Écarte 1 ombre : c est une pauvre barde Qui tombe en plis de pourpre du linteau
— De tristes mains saignant ont tissé l'oripeau Et teint de sang humain ce rideau qui les garde
Chante! leur voix s'étouffe, avinée,
Leur bestialité hoquette à peine;
Leur table faite d un miroir cerclé d ébène
Reflète à leur dégoût de vivre
Le masque immonde et ruiné
De leur âme qu'ils ont voulu assassiner
Mais dont nulle honte encor ne les délivre..
AU GRi'. DR l.'llKlHi; 121
Pousse le vantail; l'aube est grise, Le vent s'éveille doucement; Guettons vers l'orient l'éternelle surprise Qui point au lirmanient.
Oublions, comme l'avenir :
La mort probe au pas sûr de son cheval d écume
Chevauche dans le crépuscule matinal ;
La vois-tu pas venir?
Aux mains, la torche résineuse qui fume
Et l'épée d'acier pAle ;
— Le vent porte du laige, j'aspire l amertume;
.l'entends le galop du clieval —
Les races devant elle, ainsi qu une herbe sèche
Flambent leur suprême énergie;
Et, comme un laboureur, elle féconde,
Les jachères folles de la vie
En poussant 1 incendie aux quatre vents du monde.
Sans doute elle moissonne et son grenier comblé
Nourrit le lendemain de la veille prodigue :
La Force et la Beauté des hiers sont comme un blé
Dont se rassasieront la Honte et la Fatigue;
122 i.A r:i.ART^ dp vif
Mais 1 litrhe parasite et la fétide flore Où le bon grain jeté s'étoufTc et s'étiole, Elle en nourrit le feu de l'éternelle aurore. Chantez! il en sera selon la parabole.
Et vous...
Que voyez-vous, là-bas ?
Est-ce d un reflet d'aube que vous êtes pâle
Que n ôtes-vous assis — - vous sentant las,
Las à fléchir les deux genoux,
Dans 1 herbe matinale — ?
Et, si vous rougissez,
Est-ce dun reflet d'aurore ?
Ou l'embarras
De quelque honte?...
Les ombres vont glisser au nord, tout d'or!
A mesure que le soleil montera...
— Il monte!
Al" ORK DR I.'hKURK \-''i
... Voici l'aube,
Hlanche cornine une chair de supplicié;
Prends donc et mange :
ii Aurore coule comme h; san«; du Crucilic!
Prends, bois et sois un ange.
N'a3-tu pas un message,
Pas une parole à redire,
Pas môme un mot d'espoir, d'amour, de joie?
Vois : l'Orient rougeoie
Et s'ouvre comme un livre immense où tu peux lire
De m ai fi est roi!