MINUIT
C est toujours le môme doute :
On la guette; elle approche sans bruit;
Elle rit tout bas et froufroute
Entre les algues bercées :
Elle s'est doucement glissée
A travers les brisants, là-bas, dans la nuit;
Elle a peur qu'on 1 écoute :
Et, sur le sable discret.
Elle hésite et recule d'un pas,
Et les algues s'égouttent...
Mais la voici qui butte aux galets
Qui s'écroulent en fracas!
AU GHÎ: DE l'iIKI RF l'il
Eiitends-la, inaiiileuant : la voilà reconnue,
Elle éveille la dune
D'un grand cri de drli
Kt se lève, éperdue,
Avec sa chevelure d écume, sous la lune,
Qui "^ y pose, cornue...
Elle en rit, forte et franche, et s'en pare, Scintille et monte en chantant, Hiche d'une résille hilare De rayons de lune éclatants;
Elle varie son air au hasard de la grève. Selon galets ou sahle, elle mêle Aux plaintes de l'Acte éternel La voix claire et frêle du Rêve; Car notre âme est en elle...
> «Il aller a elle et 1 étreindre Et se fondre en sa caresse vive!
Se vêtir d'elle et la ceindre Et se draper en elle et en vivre
i'2f\ I.A CLARTE: DE VIE
\i{ rire en sa voix et s'y plaindre Et la pleurer toute et la suivre!
Cai" la voici étale; elle est lasse J)e son oeuvre fatale et vaine; C'est 1 heure des affres humaines :
Par delà les grèves basses, S'en retournant, elle entraîne Vers l'éternité sans trace.
En son filet qui racle et roule Et se tord et hurle en la houle, L'âme des morts que laube chasse.