MIDI
Moi — même toi ! — qu'importe ?. . .
La mer monte vers nous de 1 infini,
Vague sur vague, tumultueuses cohortes
Où le million des casques d'acier houle et luit
En marche lourde vers les portes
De rOrient...
Ai; Giii; DE l'hkuhi; i'il
— liC ciel est calme d'éternité
— Et si ta main se pose, dégantée,
Le granit est hrdlant contre ta peau plus rose;
Viens à mon ombre,
Ne soyons qu'un sous le soleil
Fondant le nombre
En l'unit»';
Mt)n rôve t'a couverte dès là-bas,
Du manteau chaste de ma volonté,
Et pas à pas...
Devant l'amère immensité,
Soyons plus forts en emmêlant nos doi<j;ts
Soyons un être, un tout qui se sullit, lléve accompli, désir comblé, La joie réelle, un peu de terre fait homme, l'i le dessein de Dieu réalisé; Et, rouirrio Dieu, disons : nous sommes!
AJoi, toi!... vieux mots d'hier Qu'on inscrit sur le lierre; Vieux mots d'aveu, plainte secrète.
Inconsciente et claire :
Qui disent qu'on se ciierclie éperdumont pour ^'tn- ;
Vieux mots d'espoir, de désir et de doute
Au long des solitaires routes,
Jusqu'au carrefour;
Mots qui tâtonnent dans l'aube, avant le jour;
Mots lâches de solitude qu'on élude;
Vains mots criés de loin
Qui tombent sans écho quand on s'est joint,
Qu'un seul est né de deux,
Selon la loi de Dieu qui s'est miré
En soi,
Et se procrée d'éternité...
Une âme est née, un soir, de quelque baiser double ;
Et la voici sereine et calme dans le trouble
Des errants esseulés qui se cherchent ou s'évitent,
Se heurtent et se repoussent, se rejoignent, se quittent
Avec le remords sourd d'une faute inconnue
Qui fait leur rêve morne et leur volonté lâche :
Aux lèvres de l'Amour un pli haineux grimace;
Chacun porte un miroir, nul ne s'est reconnu;
Car, défiant de soi, chacun a mis un masque
Si vil sur sa face de frère ou de sœur,
Que chacun se détourne, et désespère, et meurt !
Pour nous, j'ai fait dès l'aube un rêve doux et fort :
AU GRÉ DE l'heurt 1 -"•
J'ai fait un rêve d'or et d'ombre
— Les mots pour le dire sont trop clairs ou trop sombres
Un rêve tissé d'ombre et d'or,
Je l'ai rêvé et le rêve encore
Que le jour se lève, que la nuit tombe —
La Vie marchait auprès de la Mort...
Un rêve, un rêve tout d'or sonore
Aux vastes portiques de métal roux
Kt des chants sans fin qu'on chante à genoux,
Toute une vie, à devenir fou.
Et la sagesse vient, et c'est la mort.
C'est la mort sereine aux grands yeux doux!
Et mon rêve est d ombre muette et bleue,
Connue les yeux qui gardent en eux
L'ombre des longues nuits de veille.
Des yeux sans sommeil.
Des yeux de dieux.
Des yeux profonds qui regardent en eux,
Des yeux ouverts sur la nuit immense
Et qui voient plus loin que lame ne pense...
1«')0 i.A n.AHT^ DR vir.
Kl l'or o.i l'ombre, la nuit et ie jour,
La vie *'t la mort, sont tour à tour,
La môme chose et le mAnw mot;
Les ris, les pleurs.
Le semoir et la faux,
Kt ce qui passe et ce qui demeure
— La Vie et la Mort n'ont qu'un manteau — Et tout est de même qu'on vive ou meure!
Mon rêve brûlait comme un flambeau.
Alors je t'ai baisée sur la bouche
— Les heures, les jours et les mois sont beaux! — Qu'importe que l'Amour ou que la Mort nous couche Dans le môme lit ou le même tombeau ?
Si nos sommeils se mêlent et si nos mains se touchent Notre âme surgira vers 1 aurore farouche, Car nous avons conquis du baiser de nos bouches L'identité promise à des soleils nouveaux.
Ai; <iRK Di: l'iltl KK 131