‹ La Clarté de vieChapitre 31 sur 43 · POUR UN JEUNE POETE · texte numérisé non relu

POUR UN JEUNE POETE

Avec la houclio qui parle avec la l«'vre vive,

Quels mois de haine peux-tu dire?

Avant le silence éternel — demain, ce soir!

Oue veux-tu donc qui te survive?

Quel mol vas-iu écrire,

Avec la main hàlive ?

— Ta plume et l'encre noire...

( hiaïul la voix ne devrait se perdre

Comme un sanglot dans la tempête

Et conmie un grain de sable dans la nui',

N'oudrais-tu donc, comme une mauvaise lierhe,

Perpétuer la haine bote,

La honte amère ?

Lève-toi! marche, plutiU; va, reviens;

Souffre, et lais-toi — ta souffrance est maudit*- —

Entre la croisée pâle l'aube va chanter;

Ah, qui es-tu? avec ce livre dans la main, ^

Et ce vieil encrier où sèche ta pensée ;

Qu'importe à l'infini la phrase écrite?

A genoux, prie!... — et c'est assez.

AU GRÉ DE l'heure 133

Regarde, écoule...

Si l'on écoule bien,

Le silence esl sonore comme un hymne ancien

Que chanteraient des moines pour l'éternité;

Et si l'on fixe l'ombre longuement,

11 y flotte de subites clartés

C4onfusément;

Entends et vois !

Sans doute, c'est ton sang qui chante en toi,

C'est ton sang qui scintille,

Kl ton illusion est ta complice:

1 oujours n'est-il pas de silence qui ne bruisse,

Toujours n'est-il pas d'ombre qui ne brille.

l'.coute : il chante dos choses neuves; La vie t'a mené comme un fleuve.

De rive en rive, de rêve en rêve ; Le chœur des bois s'apaise, écoute

i:Vé I A ri.ARTfc I>F VIK

I.cs nohs (jiH" ta ranif i^goulto Ou, si la (jiiille efflcurf la grève, Sa [)lainte basse, sourde et bn'îve ; KntiM' les roseaux qui froufroutent, Ta proue a froissé de la soie; Si tu sais écouter, fais route Selon la vie, au son des joies.

Regarde : Il brille des fleurs de flamme;

La vie est un jardin de fée :

Ses fleurs sont la forme des âmes,

Ses guirlandes sont des trophées;

La rose, qui meurt contre la tempe

En un vain baiser sans remords.

S'effeuille comme l'automne aux hampes

Des peupliers, gonfanons d'or

Que lacère et qu'effiloche

La bataille éternelle de l'équinoxe

Qui mêle, en tourbillons de corps à corps.

L'haleine de la Vie au souffle de la Mort.

Écoute : la mer mugit comme un troupeau lointain. Egaré sur la grève où l'herbe amère est rare;

AU GRK UK I.'hF.LRK 135

Un chariot sonore roule dans le njatin Et trace d\in trot alerte, par delà le brouillard, La route que dérobe aux yeux la brume d'aube ; li'angrlus tombe vers la mer: la ville est ça; Marche, ce gazouillis, c'est un ruisselet proche; Kt, si tu parles haut, il revient de la roche Une voix familière qui te redit : par là !

Regarde : maintenant, la brume est rose.

Elle s'émeut, se déroule ténue,

Et la Nature vive, belle de toutes choses, *

Sourit vers l'avenir l'aurore revenue;

Prends tout dans ton regard : la mer, le ciel, les roses;

Reflcte dans tes yeux la Beauté reconnue;

Fais Ion regard crédule à des métempsycoses :

Méle-toi à la terre, au fleuve et à la nue;

Crois au rire de vivre ébloui jusqu'au doute

Que tu ne sois tout le matin victorieux ;

C'est l'hymne éclos de ton oreille: écoute !

Regarde : c'est le rayon scintillé de tes yeux; Bois l'ivresse des voix de l'heure, goutte à goutte. Que la gloire de voir te mêle au chœur des dieux, Et, tout étant ton âme, vis en ton Ame, toute!

\'-U'> lA i.l.AIlII 1)1 VII

MUSIQLKS

Voici le fifre et le cor Ou, si ta main mène l'archet, Voici le violon, et l'or Des cUirons embouchés; Voici le cistre qu'on frappe Et le tambour monotone Et la flûte des vieilles agapes Au loin, là-bas, dans l'automne; Hausse-toi : voici la lyre !

Subtile et qui veut que le chant La mène, et le sobre délire Des muses dans le couchant...

Certe, et c'est le vent qui te chante L'aubade et la sérénade

Ai: (;hk. di: l'iikuiu; 1.'}7

C'est le vent, la brise et l'haleine ardente

Des plaines, et la roulade

Des ruisseaux et la grave voix

Du grand fleuve dor»'-,

Kl l'hymne éternelle et neuve

Des hois et de la forôt;

C'est le son des cognées sourdes,

Le chariot qui roule.

Les voix rudes et lourdes

Du tonnerre lointain de la foule;

Le craquement proche d'une branche;

La perdrix qui rappelle;

— Les cloches, l'hiver, le dimanche

Dans l'air froid et pur sont belles!...

El le sang qui bat aux tempes

Sonne la vie à jamais;

... Le petit cri de la lampe

La plume qui chante, et lape

Et grince dans l'encrier...

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