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IN MEMORIAM

POUR LA TOMBE ni:

JULES [.AFORCxUE

Août 1887 — Mai 18%

(iravc comiiio la vie, poiirlaiil, cl gai Comme le printemps incompris; Joyeux jusqu'à la mort; Las cl<' la roule et jamais fatigué; Sans iiaine et sans mépris, Vaillant et doux contre le sort; Pâle d'un grand amour surpris, Qui s'étonne de rire, «•( lit Et pleure en^^or...

Ame dont l'aile bat coFume un cœur qui sanglote, Qui sut la joie intime offerte à pleines mains; Voix légère, si frêle, et si claire et si haute Qu'elle passe avec la brise vers demain Sans qu'ils se doutent, m<^me, qui fut leur IkMc.

(i.ii voyageur du clair de lune,

Cfianteur de tout le pâle émoi des ra^urs iiuiins vii^^,

Ta parole ! je n'en sais aucune

— Sonore ou sourde,

Subtile ou puérile —

()ui dise, ainsi, le coeur et sa fortune :

Le bourdon et la gourde.

Coeur, à me, esprit !

Esprit, avec ce masque vain d'un rire

Agile et fin comme un rayon :

Sous le masque écarté d'un geste prompt.

Mais tôt repris.

Rêve un regard où l'on put lire.

Calme comme la mer immense du ciel froid,

L'orgueil d'avoir tout désappris

Hors d'être soi.

...Ces mots qui chantent

Seront comme la couronne que tressent

Les pieuses mains tremblantes,

Quand la mort passe et laisse

L'ombre de son pas noir dans l'herbe matinale;

IX MEMORIAM l'i.")

O mots ! chantez plus bas de vos voix inégales : Car j'écoute, là-bas, dans l'ombre tard venue, La voix des nuits de Mai et je l'ai reconnue : Elle chante à mourir comme brûle ma lampe ; Mais pour ce peu d'extase et cet éclat d'une heure, La flamme brille clair comme, ivre, l'oiseau chante C'est la gloire de vivre, encor que l'on en meure !

\'if''> I A CLARTE. DE VIE

rilKKNR POIK IV\( I. \ERLAL\h

Ta voix légère se mêle au cliœur

Des l)rises, sœurs, qui bruissent;

Le sang qui goutte de ton cœur

Rose l'eau bleue de la vasque où pleurent

Les pâles Fleurs de Lys ;

Ta voix sui)lile se mêle au chœur,

Gomme une flûte alerte glisse

Et monte, et dompte la rumeur

De tout l'orchestre épars aux livres.

Moquant le lourd rythme des cuivres

Du rêve trille d'oiseaux ivres

De l'ombre où -juin pâmé baise les fleurs,

Ton cœur sanglote bas et saigne; Les gouttes tombent comme des pas

IN MFMORIA.M l'iT

A.U long dos dalles des cathédrales;

— Qui sait ce que ta vie enseigne ? — 'j'aniour, que tu pleurais en toi,

lîat coiiinie l'envergure des cygnes )ont l'agonie au ciel tournoie;

— Qui sait quelle mort est la plus digne ? uC qu'est la douleur et la j(M'e ?

lilt s'il vaut mieux

Mourir avec les dieux,

Sombrer avec les galions du vieil espoir ?

l*'tre le cri qui surnage à jamais

l'it fait qu'un matelot se signe

Va prie tout haut,

Dans la nuit noire ?

Ktre la voix qui tremble aux feuillaisons de Mai ?

I^^tre le blé qui lève au futur innommé?

i.a grappe qui mûrit sur le lointain coteau ?

Je ne sais; mais l'Amour est fort, l'heure crédule; La Vie, à jamais ivre, a soif; l'aurore est rose; La double flûte aux lèvres de l'ombre module La plus vieille chanson des âmes et des choses :

I'l8 I A f LAHTf: DE %'ir.

Kl J'iiiie dit l'amour, l'aiilre la mort,

Et 1 ûine avec la chair, le vin ni^-lé aux roqp^ :

Je ne sais : le soleil monte, tout l'air palpite Comme le cœur des vierges au baiser inconnu; L'ombre est claire d'étoiles; le grand soir précipitf La fuite rose et blonde des heures demi-nues; La mer appelle; laurore se lève encore, drapée Des brumes doixl sa chair brûle le tissu d'or; J'écoute : la flûte double mêle en sa mélopée Le rire de la Vie au rêve de la Mort.

... J'ai foi : la beauté triomphale est reine î

La vie, en nous, autour de nous, est surhumaine ;

Perpétuelle, plaintive ou forte, haute ou frêle,

Chante à la lèvre élue la voix qui sait

Lire les mots de Dieu dans l ombre illuminée...

Dors, doux passant chanteur des routes soucieuses, Souris ingénuement à tes rêves blâmés; La Muse aux Fleurs de Lys te bercera, pieuse, De ta voix même éparse en Thymne des ramées.

EN ARCADIE

(épisodes)

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