CLASSIFICATION CLINIQUE
CLASSIFICA TION PÉDAGOGIQUE
BODBRBTILt.E. ALLBHATIDB.
DéK^Dâresc«DC« mentflle proprement dite (dégénéreecence de
1 HHgnan),
{') SiMOB, Année p»ii<3iologique,to\. VI et VU.
1*) BtlK, /-c» tiennes tumIaUa {Rente de Psgchiatri
M. Blin substitue le terme débilités mentales à ceux d'idiots, imbéciles ou dégénérés, " parce qu'il a une étendue, une élasticité aussi grandes et que, d'autre part, s'adressant au terme le plus élevé des arriérés au lieu de s'adresser, comme le terme idiotie à l'échelon inférieur, il présente pour l'emploi courant et général un sens moins péjoratif, ,
Damaye (') adopte la même terminologie.
C'est dans la môme intention, que Jacquin (') dans son rapport au Congrès national d'assistance publique et de bienfaisance privée à Bordeaux, propose d'adopter le terme général d'enfants amérés. Pour le reste il suit la classification de M. Bourneville déjà rapportée plus haut.
Comme on peut s'en rendre compte, c'est l'insuffisance de termes et le manque de précision de ceux déjà employés qui amènent différents auteurs à proposer de nouvelles appellations notamment pour dénommer les formes les plus légères de défectuosité mentale, celles qui s'observent par exemple dans les écoles d'enseignement spécial (Hilfschulé) ou celles pour lesquelles se soulève entre juges et experts d'oiseuses discussions, à propos de responsabilités et de, peines à appliquer. C'est cette préoccupation que nous retrouvons dans plusieurs des classifications déjà exposées et qu'on retrouvera surtout dans ce chapitre consacré à celles qui se sont presque limitées aux formes légères de l'irrégularité mentale et morale.
La plupart des termes introduits dans la nomenclature
(■) Dahave, Estai de diagnostic entre !r« Malx de débilités mentales. Thèse de Paris 190£i. Les tests de ÛAmaye sont très voisins de ceux que Sommer et Ferrari ont proposas poar les adultes. La valeur de ces tests est discutable comme le montre Rodenwald dans Monatschr. f. Psyeh, II. Neurolog., 1905, p. 17.
('} Jacquin, De l'astistance et de l'iducati<in de» enfants arriérés {Riipport au Congrès' de Bordeaux 1903).
avaient eu pour raison d'être, le besoin d'englober un plus grand nombre de cas ou de désigner les cas légers, tels arriérés (Séguin, Bouraeville), dégénérés supérieurs (Morel, Magnan, Dalleoiagne), déséquilibrés(Magnan,Dallemagne), instables (Bourneville), faiblement doués {Schu-achbegabte des Allemands), etc.
Mais ces vocables eux-mêmes, sont devenus insuffisants et malheureusement ils prêtent à confusion, en ce sens qu'ils ont été employés tantôt dans une acception restreinte, tantôt dans une acception générale pour s'appliquer à tout le groupe des défectueux intellectuels : idiots (Voisin), dégénérés (Magnan, Dallemagne), arriérés (De Moor, Jacquin), retardataires (Apert), etc., débiles (Blin et Damaye).
Aussi est-il intéressant à cet égard, de mettre en présence ces termes et leurs définitions et de les comparer avec ceux qui ont été introduits le plus récemment dans la littérature afférente.
J'ai déjà rapporté en détail quelques-uns des vocables employés par les spécialistes les plus compétents pour désigner les degrés voisins de la normalité : en voici une série d'autres avec leur définition. On pourra juger ainsi combien le sujet est difficile, combien aussi certaine auteurs se soucient peu de concilier leurs vues avec celles de leurs prédécesseurs ou de leurs contemporains, au grand dam de la science qu'ils prétendent faire progresser.
Bourneville (') au Congrès international d'assistance publique de Lyon avait déjà signalé qu'il existait toute une série de types " qui sont airiérés et qu'on ne peut garder dans les écoles, parce qu'ils sont incapables de suivre les exercices des autres enfants et que leurs tics, leur insuffisance mentale, les rendent la risée de leurs camarades, qui souvent même les brutalisent, ou bien ils troublent
(1) BouBMETiixB, loc. cit.
la classe par lear instabilité, leur besoin de mouvement, leurs contorsions, leurs crises convulsives; on les punit, on les met dans un coin, ils prennent l'école en dégoût, deviennent iiritables, et les mûtres sont obligés de les congédier détinitivement. Beaucoup vagabondent ou se sauvent sans motifs de la maison paternelle, servent d'instrument à de plus habiles...
" Puis viennent des enfants plus ou moins débiles au point de vue intellectuel, quelquefois même bien doués sous ce rapport, mais atteints de perversion des instincts : voleurs, menteurs, onanistes, pédérastes, destructeurs, homicides, empoisonneurs.
' £ntin nous citerons les enfants affectés de maladies convulsives, l'hyatérie, Vépilepsie. Lorsque les crises sont rares, les instituteurs conservent les enfants, mais la plu* part, et avec raison, les refusent. ,
En Allemagne. Koch a introduit l'expression psychopathiach Mindertcertig, qui littéralement pourrait se traduire par moins valeur ou par diminué psi/chopathique, caractérisé par la Minderweiiigkett (moins value).
' hes psyckopatiscke Minderwertiffkeiten sont, dit Koch('), de nature morbide. Ce sont des troubles psychiques (seelisck) qui sont la conséquence de maladies physiques et en fait sont provoquées par des états et phénomènes pathologiques du système nerveux et en particulier du cerveau. Il est hors de doute que ces états et pioceseus morbides consistent pour la plus grande partie en des anomalies de la nutrition et des échanges nutritifs. Il les distingue des anomalies psychiques élémentaires autonomes qui sont des manifestations psychopathiques isolées et des maladies mentales (psychose) dans lesquelles il mnge l'aliénation et l'idiotie.
(') KocB, Die paj/ehopathincheH Mindertnertiykeit in der Schule, in Uaub, Dag kranke Schalkind, 19(Ki, p. 190 et StbChpell, Pudagoyische Pathologit, 1899.
" II se distingue aussi des psychophysiologische Minderwertigkeiten (diminutioa ou moins value psychophysiologique) par ce fait que dans celles-ci il n'y a rien de pathologique.
" Les pst/chopathische Minderwertiykeiten sont ou permanentes ou transitoires.
" Les premières sont congénitales ou acquises. Les formes congénitales sont en majorité héréditaires, une partie sera acquise pendant la vie fœtale. Les moins values psychopathiques congénitales et acquises se divisent en : 1° dispositions psychopathiques; 2" tares psi/chopathiques (BelastuDgen) et 3° dégénérations psychopathiques-
' Les dispositions psychopathiques sont les manifestations les plus légères, les dégénérations les formes les plus graves. Les premières sont voisines de l'état normal, les dernières constituent des maladies mentales.
" a) Pour préciser ce qu'il entend par flûchtige psychopathiscke Minderwertigkeiien (diminution psychopathique transitoire), Koch donne l'exemple suivant : un petit garçon de 11 ans, bien portant et solide, montre un jour en classe un visage rébarbatif, il est lent, de mauvaise humeur, inattentif, ne retient rien et n'apprend pas ses leçons. Toutes les remontrances n'y font rien ; il n'en devient que plus farouche, pleui-nichard, revêche, rebelle. Il avait en outre des yeux ternes, rouges, le visage pâle, les mains tremblantes. On s'aperçoit facilement qu'il se passe quelque chose d'insolite, qui n'est ni de la paresse ni de l'inconduite {unart) ordinaire. Or, voici ce qui était arrivé :
" La veille l'enfant en avait aidé un autre qui remplissait les fonctions de garçons de quilles (chargé de ramasser les quilles et de renvoyer les boules); pendant tout l'après-midi et jusque tard dans la nuit, il avait effectué un travail très fatigant, peu mangé et contre son habitude bu outre mesure; il s'était couché tard et avait mal dormi. De là était résulté la diminution psychopathique transitoire avec incapacité d'excitabilité cérébrale. Cet état dura pendant deux jours environ, puis l'enfant redevint normal.
" Pour Koch, ce n'est pas là de la fatigue normale, mais de la fatigue pathologique, compliquée par un empoisonnement éthylique léger; ce n'est pas non plus un état de santé psychique complet, le maître l'avait bien observé.
" Parmi ces diminutions psychopathiqaes transitoires, on rencontre parfois aussi de la confusion {Vermrrung) et des peurs qui ordinairement ne s'observent que chez des enfanta tarés ou prédisposés congénîtalement. On les observe aussi associées à des palpitations et d'autres signes physiques à l'occasion par exemple d'un examen, d'une récitation que l'enfant connaît mais qu'il ne peut répéter; les larmes qu'il verse font penser qu'on a affaire à un simulateur ou à un menteur. Elles s'observent encore sous forme d'excitation, d'agitation, de sensibilité exagérée à l'occasion d'une affection somatique.
" Des craintes, une certaine dépression {Gedriicktsein], la tendance à pleurnicher sont souvent des signes prémonitoires d'une maladie physique. Ces signes se manifestent d'abord le soir; toutefois les personnes non prévenues ne se rendent compte de leur signification qu'une fois la maladie déclarée. A la convalescence, les mêmes phénomènes peuvent se produire.
" Chez les enfants épileptiques qui font usage d'alcool, outre les signes psychotiques, on observe des phénomènes qui rentrent dans la catégorie des diminutions psychopathiques transitoires; on les observe aussi sous forme d'excitation joyeuse et d'extravagances à l'occasion de fêtes en&ntines par exemple.
" b) Les psyehopatkiscke Minderwertîgkeiten permanentes jouent à l'école un rôle plus étendu que les diminutions transitoires.
" Parmi ces diminutions, ce sont les tares qui sont les plus ^iles à constater; les dispositions et les dégénérations sont moins aisées à différencier.
' Koch donne comme exemple de tares psychopatkiques congénitales celui d'une jeune fille de 1.5 ans, anémique, scru-
puleuse, fuyant la société, se cachant pour l'éviter, étant gênée et rougissant devant les étrangei-s, puis celui d'un garçon de 12 ans, atteint d'agitation psychique et physique, fournissant parfois un travail absolument brillant, étant par contre à certains jours méchant à l'égard de ses compagnons, posant des actes ridicules et dangereux, malgré son bon caractère.
" Dans ces cas les parents signalent, que l'enfant est susceptible, qu'il veut apprendre, travailler, aider à tort et à travers. Qu'il est agité et troublé parce qu'il craint d'avoir commis une bêtise ou une erreur, alors qu'il n'en est nullement question; qu'il est coupable d'un méfait, alors qu'il n'en est lîen. Si pai' hasard on le sermonne avec raison, il avoue ses fautes, mais est malgré cela blessé et le prend mal. Quelquefois il montre des tendances très accentuées aux rêveries religieuses (Grûbeleien). On a de la peine à le faire manger en suffisance.
' Quand on va au fond des choses, on trouve qu'il présente huit groupes de manifestations qui distinguent les tares psychopathiques congénitales :
a) Anomalies de l'excitabilité psychique;
b) Manque de mesure;
c) Le moi est indûment mis à l'avant-plan;
d) Confusion psychique;
é) Conduite contradictoire;
f) Singularités et perversions (bizarreries) ;
g) Émotions et explosions instinctives primordiales; h) Tendance à la périodicité dans l'état psychique.
" A cela s'ajoutent les signes physiques de dégénérescence, représentés par des déviations anatomiques et par des anomalies de fonctionnement et de réactions de certains organes et systèmes organiques ou par la manière d'être de tout l'organisme. Ils ont une signification par leur association avec les phénomènes psychiques. Si l'on constate en même temps, chez les parents {les grands-parents ou les frères et sœurs) qu'il existe des maladies nerveuses, de la
faiblesse générale, etc., on est plus certain de ne pas se tromper.
' En fait de tares psychopathiques acqvUea, l'auteur donne l'exeniple suivant : un bon garçon, consciencieux, pour une raison quelconque fréquente la classe plus tard que ses compagnons du même Age et s'efTorce à les rattraper; en même temps il est déprimé par les conditions de milieu familial ; on le rebute, on le tourmente, il doit travailler pour ses parents, tout en souffrant de privations; il change, devient négligent, ne sait plus apprendre, fuit les jeux, devient pleurnichard, susceptible, excité et revêche, parce qu'il doit faire ce dont il se sent incapable; il manque d'appétit, ne dort plus bien, a des rêves anoiTuaux, de la céphalalgie, etc. Il y a là un état pathologique, c'est une tare psychopathique acquise.
" Lorsqu'après une maladie grave ou après un semestre d'efforts un enfant perd sa gaité, qu'il devient lent et ne s'intéresse plus à rien, qu'il a la compréhension plus pénible, oublie plus vite, manque d'idées et qu'il est en même temps pâle, maigre, qu'il dort mal, etc., il faut se tenir sur ses gardes, il n'y a même pas de doute qu'une tare acquise ne se soit développée. Cela se confirme par l'influence que peuvent avoir des vacances : celles-ci ramènent le tout à l'état normal.
" Les tares acquises s'accompagnent parfois de tares congénitales et on a alors une diminution psychopathique mixte. Une fois qu'on connaît les tares psychopathiques, on distingue aisément les dispositions psi/chopalkitfues congénitales H acquises et les dé(fénération3 psychopathigues congénitales et acquises, ces dernières portent dans le domaine intellectuel ou dans le domaine moral.
' Les dispositions sont un degré plus léger des tares, les dégénérations un degré plus grave; celles-ci ont un caractère plus permanent, les premières plus transitoires.
' Enfin Koch signale encore ce qu'il appelle la déginération relative, qui s'observe chez des enfants d'un certain âge.
tarés congeoitalement, qui perdent à un moment donné une partie de leurs facultés — ils sont dégénérés par rapport à ce qu'ils étaient auparavant ('). ,
Avec Magnan, Legrain, Dalleraagne et d'autres, Thulié auquel on doit un ouvrage très important sur l'éducation des anormaux ' L'orthophrénopédte, , désigne tous les défectueux mentaux du terme de d^énérés, parmi lesquels il distingue les dégénérés inférieurs et supérieurs.
Or, voyons quelle description il donne des types qu'il fait rentrer dans cette dernière catégorie.
Il reprend pour la dégénérescence la définition donnée par MagDsn et Legrain :
' La dégénérescence est l'état pathologique de l'être qui, comparativement à ses générateurs les plus immédiats, est constitutionnellement amoindri dans sa résistance psychophysique et ne réalise qu'incomplètement les conditions biologiques de la lutte héréditaire pour la vie. Cet amoindrissement, qui se traduit par des stigmates permanents, est essentiellement progressif, sauf régénération intercurrente; quand celle-ci fait défaut, il aboutit plus ou moins rapidement à l'anéantissement de l'espèce ('), ,
Puis il ajoute pour distinguer la catégorie des dégénérés supérieurs. ' ce sont ceux qui, malgré des stigmates psychophysiques plus ou moins prononcés et une déséquilibration des facultés qui les rendent insuffisants dans la lutte pour la vie ou incapables de se conformer entièrement aux lois du milieu dans lequel ils sont placés, conservent des fonctions intellectuelles dont l'intégrité apparente et quelquefois le brillant, les classent, au point de vue social, parmi les individus responsables de leurs actes, et n'en sont pas moins assez profondément atteints pour transmettre à leur
(») Voir tiiisBi les autres traranx de Koch, Trflper et StrQmpell e cette nomenclature légèrement métapbysiqae.
(*) Maonan et LgeKAiN, Dégénérés, p. 79.
postérité les tares qu'ils portent, normalement aggravées dans cette transmission. ,
' Dès leur jeune âge, ces dégénérés ont des anomalies des sentiments, du caractère, des goûts, des penchants ou des manifestations intellectuelles. Colères incoercibles ou inertie, retard de la dentition, dents ircégulièrea ou carie précoce, retard de la marche, du langage, parfois du développement intellectuel. Frayeurs inexplicables, terreurs nocturnes, antipathies insurmontables, sympathies inexplicables; sensibilité énorme aux fièvres, délire facile; plus tard apparaît le réactif scolaire : tantôt ils restent stationnaires, sont instables, rêveurs, inertes; tantôt ce sont comme les appellent Magnan et Legrain de petits prodiges partiels : ils brillent dans certaines branches, alors qu'ils sont nuls dans d'autres et notamment dans celles qui réclament du jugement et de la rectitude d'esprit. Us présentent de plus en plus des troubles du earflctère, sont violents, cruels envers les plus faibles; ils cherchent à satisfaire leurs appétences inférieures, leur désir de jouissance, leur paresse profonde, leur besoin d'indépendance, leur terreur de toute sujétion et de toute discipline, se livrent à tous les vices, à toutes les perversions, mensonge, fraude, vol, d'abord dans la famille, puis au dehors. Attirés par des camarades, ils fréquentent des sociétés de vagabonds, où ils perdent leurs derniers vestiges de moralité. C'est à ce moment qu'apparaissent les délits de toute espèce, et notamment les délits d'ordre sexuel, car à ce moment se développe aussi la fonction génésique; le tabac et l'alcool aidant ils marchent fatalement sur la pente qui les mènera à tous les crimes. ,
Parmi eux. Thulié distingue a) des diminués : qui diffèrent des imbéciles et semi-imbéciles de Cullerre, ce sont des dégénérés supérieurs portant des stigmates physiques (dans le sens de Magnan et Legrain), pouvant donner l'illusion de l'intelligence, k cause de leur ostentation, mais dont l'insuffisance éclate dans leur vie professionnelle, leurs relations
journalières. II3 ont la mémoire rebelle, l'asBociation laborieuse, le jugement difficile, rare, le plus souvent erroné; ils présentent de la paresse cérébrale, et sont Surtout préoccupés de la satisfaction de leurs instincts nutritif et sexuel; ce sont des égoïstes profonds, sans crainte de faire le mal et sans remords; ils ne font aucun effort pour s'élever, subissent toutes les déchéances et cependant sont vaniteux, infatués; ils sont entêtés et dénués de volonté, sans défense morale, incapables de prévoir les conséquences de certains actes, se laissent entraîner à tous les excès, à toutes les violences, subjuguer par les prédications les plus absurdes et tombent dans le mysticisme le plus niais. Motet en faisait des cire molle.
b) Des déaégvUibrés du l'intelligence comme les appelle Magnan et Legrain, qui eux paraissent avoir une intelligence intacte, donnant quelquefois l'illusion d'être brillants, ce qui a pu les faire ranger à cftté des génies et inversement faire croire qne le génie est une névrose.
Chez eux, ce qui prédomine, c'est l'infatuation de soimême, l'hypertrophie de la personnalité, qu'on retcouve chez tous les instables, déséquilibrés, émotifs, obsédés, impulsifs. Chez le normal, il y a constamment comparaison avec la valeur des autres, ici la comparaison est obnibulée par leur égotisme tyrannique.
Ils s'arrêtent aux impressions les plus futiles comme les plus fortes, sautent sans rime ni raison d'une pensée supérieure à une réflexion futile ou vulgaire. Et si la logique existe parfois surprenante dans l'expression des idées, elle fait absolument défaut dans les actes. Il y a en eux deax êtres, l'un de théorie, l'autre d'action; ils vont jusqu'à défendre envers et contre tout, leurs actes même indélicats ou délictueux. Tout ce qu'ils disent ou font doit être bien accueilli et s'imposer; ceux qui ne partagent pas leur manière de voir sont l'objet de leur mépris, de leur indignation et de leur colère.
À c6té de ces troubles intellectuels, ils présentent aussi
des troubles de l'affectivité : les sentiments sont aussi déséquilibrés, haine à l'égard de leurs proches, affection exagérée à l'égard d'êtres indignes, d'animaux (antivivisectionnistes).
c) Un troisième groupe de dégénérés supérieurs peut être constitué par ce que Thulié appelle les émotifs, chez lesquels il y a tantôt une susceptibilité excessive entraînant de l'irritation, de la colère, des emportements disproportionnés avec leur cause; tantôt et toujours pour des raisons analogues — c'est-à-dire hypertrophie de la personnalité — tendance à recevoir des impressions, la note dépressive aboutissant à des perplexités douloureuses, des hésitations sans fin, des découragements profonds, des idées hypochondriaques. Toutes les formes de l'émotion admises par A. Bain peuvent être l'objet du déséquilibre, devenir obsédantes et dominer la volonté jusqu'à l'anéantir. C'est sur le même terrain que se développent les obsessions de tons ordres (intellectuelles, émotives et instinctives pour Falret), se rapportant aux fonctions nutritives, génitales ou intellectuelles pour Dallemagne.
Ici se rangent tous les cas dont Pierre Janet a si bien décrit la physionomie dans son traité des Psychasthénies, à la limite de l'hystérie et de la neurasthénie et des formes que Magnan et Legraîn désignaient du terme de folie des dégénérés représentée par la triologie : obsession, impulsion et phénomènes d'arrêt ou impulsion négative.
Ceux qui connaissent les ouvrages de Magnan et Legrain, Dallemagne, et Thulié ont pu se rendre compte de la valeur de ces termes; je ne puis m'attarder ici à reproduire leur définition; qu'il me suffise de faire remarquer qu'ils sont plutôt des signes qui appartiennent à la mentalité de l'adulte qu'à celle de l'enfant, dont il est plus particulièrement question dans cette étude.
Les arriérés pédagogiques de M. le Prof. De Moor, dont il a déjà été question, représentent également en partie les
formes les plus légères de la défectuosité mentale; seulement cet auteur y attache une valeur étiologique définie; îl y range notamment les enfants que j'avaia groupés sous la sixième rubrique dans la classification que j'ai proposée à Anvers mais en précisant quelques types qui sont plutôt des êtres en régression. Ce sont des enfanta qui étaient normaux jusque quatre, cinq ou six ans, mais qui, à cause du milieu, ont acquis des tares; c'est la maladresse éducative des parents ou un régime d'internat mal compris, le séjour de l'enfant à la campagne ou dans des établissements spéciaux dans le but de faire une convalescence ou de traiter une maladie, ce sont aussi certaines afi^ections qui laissent après elles une sorte d'épuisement fonctionnel (chorée) de l'intelligence. Dans une première phase, l'enfant réagit contre les moyens pédagogiques employés (période de réaction); dans une seconde, en dehors de quelques cas qui tournent à l'indiscipline (autoritaires), la plupart deviennent indifférents apathiques et résistent à tous les moyens qu'on fait agir sur eux. L'enfant est mis hors le règlement, le maître l'abandonne, il devient abruti au point qu'on peut le prendre pour un idiot II y a dans ce groupe des types assez variés, instables pervertis, imbéciles moraux, puis aussi des choréiques mentaux (').
Une antre étude importante a été publiée en Belgique sur la question des types qui sont à la frontière de l'anomalie et de la normalité. Je veux parler de la remarquable monographie du confrère Ley, analysée par moi-même dans ce Bulletin('); l'auteur s'occupe de la descriptioa approfondie d'une forme de défectuosité dont il a essayé de préciser la physionomie clinique et qu'il désigne du nom d'arriération mentale.
(') Db Moob, Die anormalen Kinder und ihre erzkhliche BéhandîiiHg in Hau» itnd Sohale. 1901. p. 126, (2) Lby, L'arriération meiitaU, 1904.
Pour Ley, Varriéré mental est l'enfant qui présente un certain degré de faiblesse mentale, d'instabilité psychique ou d'inaptitude intellectuelle à l'éagir normalement aux excitations fournies par le milieu éducatif et pédagogique ordinaire.
Il doit ôtre différencié :
1" Des grades inférieurs de la dégénérescence mentale : l'idiotie et l'imbécillité.
2° De l'enfant normal.
La délimitation est difficile des deux côtés; le diagnostic ' arriération mentale „ se posera bien plus d'après le degré de sociabilité de l'enfant que d'après des constatations plus ou moins délicates sur les processus intellectuels. Le réactif scolaire est le meilleur,
Ley fait trois catégories d'arriérés mentaux :
1" Les arriérés par défaut sensoriel ou par troubles pathologiques (myopes, astigmates, sourds, etc., adénoïdiens, myxœdémateux), susceptibles de redevenir normaux par le traitement de ces anomalies.
2° Les arriérés par cause pédagogique, fréquentation irrégulière de l'école, milieu défavorable, immoral. Ce sont les arriérés pédagogiques de De Moor.
3° Les arriérés par déficit psychique qui sont les vrais arriérés, ceux qu'il observe le plus fréquemment à l'école spéciale d'Anvers.
Plus récemment, à la réunion de la Société des aliénistes allemands du Sud-Oueat, Weygandt, dont on connaît la compétence en psychiatrie infantile, a fait une communication sur ce qu'il appelle les " leichl abnorme Kinder, , c'est-à-dire littéralement les enfants légèrement anormaux Q). Il y élargit fortement la notion de l'anomalie;
(1) WiYajiNST, Die leicht abnorme Kinder, Versammlung der SUd- WesldetUschen li-renarzte in Freiburu i. B. 29-30 Oldober 1904 (CfrUral- Mntt f. Nerr>eiiheilkHHde u. Psychiatrie, 1905, Januar, p. 24).
cette dénomination englobe ce qu'on appelle communément les débiles aussi bien que les degrés légers d'insuffisance qui se trouvent entre l'imbécillité et l'état normal, en même temps que les moins values psychopatbiques de Koch {'psydiopathiscke Minderwertige) et les dégénérés dans le sens qu'attachent Magnan et Mœbius à cette expression. Il y range aussi certains des arriérés pédagogiques dans le sens de De Moor, puisqu'il y fait rentrer beaucoup d'enfants qui s'écartent dans leur manière d'être psychique pour des causes exogènes : maladies graves, milieu, etc.
Pour lui, cette grande classe d'anormaux légers doit intéresser le psychiatre parce que beaucoup d'entre eux sont destinés aux psychoses. Malheureusement s'il manque un critérium de l'intelligence chez l'adulte, ce critérium fait encore plus défaut chez l'enfant. La psychologie normale de l'enfant a fait incontestablement des progrès, mais il existe encore des doutes quant à la nature de certains phénomènes. Ainsi maint observateur range le mensonge parmi les actes normaux de t'enfant; récemment encore certains phénomènes rappelant ceux qu'on observe dans la catatonie ont été signalés chez des enfants bien portants (manifestations motrices, mouvement rythmiques, verbigération, grimaces, etc.).
Parmi les causes exogènes de nature transitoire, il y en a de nature purement accidentelle, telles que les changements de milieu, l'insuffisance de soins; le surmenage prématuré et le mauvais exemple des parents sont plus importants.
Étiologiquement, parmi ces " leicht abnorme Kinder, , Weygandt fait plusieurs divisions.
Il distingue d'abord : a) Des anomalies permanentes qui sont représentées par des formes frustes d'idiotie variées (hydrocéphalie, microcéphalie, idiotie eucéphalitique, crétinisme).
h) Puis des états dus à des intoxications, surtout alcoolique, à une altération grave des échanges nutritifs avec
retentissement sur le système nerveux, conséquence de syphilis héréditaire, à l'infantilisme décrit sous le nom de type Lorrain avec nanisme sur un fond de tuberculose et de troubles circulatoii-es, surtout par sténose pulmonaire ou mitrale.
c] Les stades prémonitoires, souvent difficiles à déceler, des psychoses (démence précoce, folie maniaque dépressive, paranoïa originaire de Sander). Lorsque l'hérédité ne donne pas d'indications, la différenciation de ces états avec d'autres anomalies est souvent impossible.
d] Les formes débutantes de l'hystérie et de l'épilepsie qui sont plus aisées à préciser.
Symptomatologiquement, on constate que les processus des sensations simples sont rarement troublés; mais la perception, et l'ordonnance des matériaux acquis par les sensations sont déjà atteints. Les associations existent plus développées que chez l'idiot et l'imbécile, mais sont plus fuyantes, plus superficielles que chez le normal. Comme phénomène transitoire, il y a des hallucinations sensorielles qui s'observent fréquemment dans les maladies infectieuses. II y a des troubles de la compréhension, de la mémoire (on constate que la soustraction est plus difficile que la multiplication), faiblesse de l'attention surtout constatable dans l'utilisation des données sensorielles des différents domaines, dans la liaison de plusieurs idées pour conclure, dans la formation d'idées générales abstraites. Il est difficile de juger les anomalies de l'activité imagiuatrice, beaucoup d'enfants extériorisant rarement leur vie mentale intime; des phénomènes morbides peuvent ainsi échapper pendant longtemps à l'éducateur; l'attention peut être attirée quand l'enfant exprime ses créations imaginatives.
Ce qu'il y a de plus important, ce sont des troubles de la vie affective et de la psychomotililé. Tantôt iJ y a insuffisance de réaction affective, tantôt excès, notamment du côté dépressif. Les manifestations dépressives peuvent être purement de nature réflexe comme dans le pavor noctàtiius
ou être dues à des motifs psychiques plus ou moins insufâsants.
Au point de vue psychomoteur, on constate aussi des modifications dans l'intensité, comme dans la qualité : explosions (décharges) motrices (normales chez les petits enfants), mouvements associés, mouvements obsessifs, fugues. Outre les troubles de l'attention passive, qui se traduisent par une défectuosité de la manière dont l'enfant comprend les impressions reçues, il y a aussi des troubles de l'attention active, de l'irrégularité dans l'activité psychique. C'est du manque de relation normale entre les excitants affectifs et les représentations d'arrêt (inhibition) d'une part et d'une activité suffisante d'autre part, que résultent les actes socialement irréguliers de beaucoup d'anormaux.
Parmi des signes purement nerveux U faut tenir compte notamment des faiblesses (Oknnyicht), des convulsions ^Kràmpfe), des syncopes, des vertiges, puis des troubles de la sensibilité et notamment des troubles variés du sommeil. Au point de vue physique pur, on observe souvent i'anémie, le strabisme, le nystagmus, puis le rachitisme, la tuberculose; les signes de dégénérescence ne sont pas rares.
Il est difficile d'établir des groupements étiologiques. En partant des données clinîco-psycbologîques on peut faire les divisions suivantes ;
1" Les enfants épileptiques dont la moitié environ présentent des crises classiques et dont une petite partie va vers la démence... A côté de cela il y a un grand nombre d'enfants légèrement anormaux chez lesquels on peut soupçonner l'épilepsie sans pouvoir la démontrer,
2° Les enfants hystériques.
'6° Les enfants neurasthéniques constitutionnels,
i" Les enfants chez lesquels il y a une légèt'e insuffisance dans la capacité d'attention {leichte Minderleistung der Aufmerksamkeii) avec une sphère affective un peu émoussée, les débiles dans le sens étroit.
5" Les enfants chez qui la sphère affective est développée à l'excès en comparaison de l'état des fonctions inteUectueUes (attention, activité psychique). C'est dans cette catégorie que rentrent les sujets imaginatifs, rêveurs {tràumerisch) susceptibles (Ubersckwdnglich), et menteurs et les formes précoces de ce que Kraepelin appelle les halUosen (sans retenue) parmi les types psychopathiques.
6° La sphère intellectuelle prédomine par rapport aux fonctions affectives. Ce sont des enfant» qui n'ont pas de plaisir à jouer, qui réagissent avec révolte à la punition, qui agacent les animaux, abîment avec intention leurs jouets et leurs vêtements, qui ne connaissent ni attachement ni reconnaissance et se caractérisent très tôt déjà par des intrigues, des mauvais tours, des violences et des vols: Ce sont les premiers stades du criminel-né. Non seulement toute la trame complexe des sentiments moraux est anormale chez eux, mais déjà les tons affectifs simples sont troublés. Le développement intellectuel en souffre parfois, mais pas nécessairement.
L'auteur s'occupe alors de la question du traitement qui est en même temps une question de prophylaxie.
Voilà presque littéralement rendu ce très intéressant essai de Weygaudt, dont on ne saurait nier la portée et qui montre bien l'importance mais aussi l'étendue et la difficulté des problèmes à résoudre.
A cette même réunion scientifique, Thoma, médecin en chef de l'asile d'Illenau, a traité le même sujet, mais en envisageant plus particulièrement certaines anomalies, notamment celles qui se rapprochent des névroses des adultes : la neurasthénie, l'hystérie et la chorée,
a) Il signale les formes légères de neurasthénie cérébrale d'Emminghaus, caractérisées par des idées fixes ou des phobies, de la scrupulosité, des tics convulsifs, des symptômes somatiques, des rêves pathologiques, d'où dérivent la
pseudulogta phantastica. Puis viennent les fugues, la porioinanie qui s'observent également chez les hystériques et épiiepHques et qui se rattachent à un état de dysphorie.
b] h'kystérie se développe souvent chez l'enfant sur un terrain héréditaire et est congénitale. Les manifestations les plus certaines sont les crises convulsives, qui étaient attribuées souvent autrefois à la dentition, puis viennent des paralysies et des contractures, des crises de colères, de syncope {Ohnviackt), de strabisme, etc. £n grandissant, les symptômes se rapprochent de plus en plus de ceux qu'on observe chez les adultes, et surtout sous la forme du caractère hystérique. Les premiers signes encore vagues de l'hystérie à l'état naissant, qui s'observent souvent après une frayeur ou pendant la convalescence d'une maladie infectieuse et qui dissimulent souvent leur caractère hystérique, par le fait qu'ils sont ordinairement monosymptomatiques, ont ég^ment une grande valeur.
c) Dans la chorée qui se développe ordinairement sur un terrain nerveux, l'affection caractérisée, ne peut passer inaperçue ni aux parents ni aux maîtres. Mais les débuts peuvent également être méconnus, surtout quand ils sont constitués- par une modification du caractère.
Cette tendance à étendre la valeur du terme anormal, à ranger sous cette rubrique des hystériques les neurasthéniques, les choréiques et d'autres types d'anomalie légère, S6 retrouve encore dans le travail publié récemment chez Alcan par MM. Philippe et Paul Boncourt, sur ce que ces auteurs appellent les écoliers mentalement anormaux. Je ne ferai pas ici la critique de cette étude qui parait être un pen hâtive et insuffisamment documentée, j'en retiendrai seulement que ces auteurs aussi se sont efforcés de déterminer quelques types d'anormaux légers.
Que sont les écoliers mentalement anormaux?
Ce sont, disent Philippe et Paul Boncourt, des enfants qui fréquentent l'école, qui donc n'y ont pas été refusé
pour une tare apparente, qui présentent une anomalie mineure, c'est-à-dire curable, par opposition à ceux qui ont une anomalie majeure, c'est-à-dire irrémédiable.
Ce groupe commence au degré supérieur de l'imbécillité, à la faiblesse d'esprit. II est à mi-chemin entre les idiots et les normaux. Les sujets de cette espèce sont aptes à bénéficier de l'éducation normale, une fois le traitement médicopédagogique appliqué. Us ne sont qu'inadaptables au régime scolaire, tel qu'il est organisé pour la majorité des enfants du même Age. C'est la difficulté d'adaptation scolaire qui est parfois le seul symptôme. L'école leur sert de réactif et de révélateur.
Parmi ces écoliers les auteurs décrivent :
1" Les arriérés intellectuels, les instables, les aslkéniques.
2" Les écoliers mertialement anormaux par différentes névroses (épilepsie, hystérie, etc.),
3° Les subnormaux (écoliers intermédiaires entre les précédents anormaux et les écoliers ordinaires).
4" Les arriérés pédagogiques.
5" Les écoliers atteints d'anomalies morales et spécialement de mensonge.
La pierre de touche qui leur permet de classer un sujet dans ce groupe, c'est le résultat du traitement médicopédagogique : une fois ce traitement appliqué, disent-ils, Vécolier anormal redevient apte à bénéficier de l'éducation normale.
Ils distinguent de ce groupe celui des arriérés pédagogiques de De Moor, en ce que ceux-ci n'ont besoin d'aucun traitement pour bénéficier de l'enseignement.
Ils l'opposent au groupe des anomalies massives dites majeures (idiotie, imbécillité, etc.) et en font des anomalies mineures, dont ils retrouvent l'indication dans le Rapport de M. Bourneville au Congrès international d'assistance publique de Lyon (1894) (').
(1) V. plus haut p. 44.
Voici maintenant les caractères différentiels de chaque sous-groupe (') :
a) L'arriéré intellectuel ou écolier mentalement arriéré occupe une place entre l'imbécile et l'instable, c'est un type d'anormal très net. C'est un écolier, dont les facultés intellectuelles considérées dans leur ensemble, existenti mais sont retardées notablement au dessous des facultés d'un enfant du même &ge. Leur attention laisse beaucoup à désirer, elle ne se fixe que pendant un tem|is court, la conception est lente, la mémoire paresseuse ; la réflexion, la prévoyance n'existent qu'à un faible degré, ils n'apprennent que par période, ils ont des aptitudes spéciales dont il faut tirer parti. Ils ont des sentiments moraux, une certaine notion du devoir, quelquefois l'esprit d'ordre jusqu'à la minutie. Certains ont divers défauts, d'autres sont irritables, hargneux, rageurs, violents, cruels, entêtés, vindicatifs, moroses, déSants ; d'autres ont l'amour des liqueurs ou du vin. Le mouvement, la marche, la préhension, la sensibilité générale, les sens en particulier sont intacts. Ds ont quelquefois des stigmates de dégénérescence. C'est là l 'arriéré-type.
Il en existe des formes variées tels certains paresseux qui sont paresseux, non pas par mauvais vouloir mais par incapacité de volonté. Ici il y a lenteur de conception tenant à la faiblesse de l'attention et des autres facultés.
b) L'écolier imtable. C'est celui " qui ne peut fixer son attention soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. „ Ces enfants étant incapables de maîtriser leurs réactions, certains sentiments prennent chez eux sans mobiles suffisants, une exagération morbide. Il en résulte que leurs actes sont régulièrement hors de proportion avec les causes objectives qui les détermiuent, ce qui tient à ce que leur mentalité n'a pas de frein.
(<) J'entre dana le déUil poar montrer combien uiHlgré leur minutie apparent* certains auteurs restent encore dena le vague.
n faut classer aussi dans ce groupe tous les écoliers qui sans être des impulsifâ, manifestent ooaatamment une nervosité exagérée : enfants irritables, coléreux, hargneux, susceptibles sans raison, fantasques, etc., chez lesquels le médecin découvre derrière le nervosisme, avoué par les parents, des tares mentales profondes.
Le maitre les classe d'abord parmi les indisciplinés, puis il s'aperçoit que leur attitude est morbide. Tantôt ils sont d'une suractivité inexplicable, tantôt au contraire, rien ne peut fixer leur mobilité. Au fond il n'y a chez eux que des simulacres d'activité, ils n'agissent que superficiellement et aucune règle ne préside aux variations de leur activité...
Parmi les instables, il y en a qui sont en même temps et surtout des impulsifs, très irascibles, criant pour un rien, perpétuellement impatients et violents; ils réalisent une idée malgré tout et si on y met obstacle ils se révoltent, s'attaquent même à plus fort qu'eux.
Ils sont insupportables en classe, insolents, ils injurient à la moindre observation et même sans raison; on en rencontre aussi qui étonnent par la déversité de leurs aptitudes, mais celles-ci sont inégales et ne peuvent être utilisées; brillants en certaines branches ils sont nuls dans d'autres. Ce sont les prodiges partiels de Magnan et Legrain. A cela s'ajoute la fatuité, la prétention de tout connaître.
Leur indiscipline duit être considérée comme morbide, expression de dégénérescence, d'anomalie mentale par op* position à celle des normaux qui est due à de la mauvaise volonté ou constitue une réaction à de mauvaises conditions pédagogiques.
c) L'écolier asthênique : c'est le paresseux malade, c'est l'enfant qui est atteint d'inertie mentale presque complète, souvent alliée à une non moins complète ataxie organique. Son attention ne peut agir, ni se concentrer, ni surtout se maintenir concentrée, non parce qu'elle se déplace, mais garce qu'elle se fatigue rapidement. Les autres facultés
cérébrsies font de même; l'être entier- éprouve un cunstant besoin de repos, aussi se complait-il dans une apathie perpétuelle. Ce qui règle tous ses actes c'est la loi du moindre effort : il sent qu'il est capable de peu et se ménage, ne joue pas aux jeux de son âge, s'occupe de puérilités.
L'arriération mentale s'associe souvent à cet état, ce qui se comprend, des facultés qui ont besoin de repos, se développant lentement et mal.
Il ne faut pas confondre ce type avec les neurasthéniques qui eux se sont surmenés ne peuvent dormir, tandis que les asthéniques ne peuvent rien faire, n'ont rien fait et dorment parfaitement. Ce sont des anormaux véritables chez lesquels il y a en même temps des troubles soraatiqnes de même ordre (M. de Fleury).
d) L'écolkr épileptiç[ue. Je n'insiste pas sur la description des auteurs qui cadre avec ce qui est connu sur ce point pas plus que sur celle de
e) l'écolier hystérique, dont la description des formes légères et atténuées, a bien des points communs avec celle des formes déjà énumérées.
f) L'écolier subnormal est un type d'écolier plus légèrement atteint encore que les précédents. Dans ce groupe Philippe et Boncour, rangent d'abord des diminutifs très atténués de la plupart des types qui ont été précédemment décrits. Les circonstances peuvent les faire marcher vers ces types.
Du côté instable il y a les excenti-iques et originaux de Thulié qu'on appelle à l'école les fous, toqués, cerveaux brûlés, hurluberlus, etc.
Du côté arriéré il y a ceux dont on se moque en classe, que le maître et les élèves ridiculisent.
Du côté asthénique il y a les enfants dits à l'esprit lourd et paresseux, n'aimant l'étude qu'à demi, se souciant peu de trouver, presque insensibles à l'émulation. Ils s'occupent surtout du côté détail des devoirs, mais en néglige le fond.
Dans les subnormaux rântrent encore les degrés les plus atténués du myxœdèine et de l'inauffisaDCe thyroïdienne tel qu'en décrit Apert.
Ce sont pour le moment des écoliers moins avancés que leurs camarades du même âge; ce ser-ont plus tard des hommes dont l'intelligence sera celle d'un enfant, mais d'un enfant intelligent.
Ils ont tous besoin d'enseignement spécial sans lequel leur état s'aggrave et les identifie aux anormaux.
Ces états difficiles à diagnostiquer et pour lesquels ce que les auteurs appellent stigmates scolaires (fatigue rapide surtout) peuvent être d'un grand secours, sont plus difficiles encore à déceler quand ils coexistent avec des états pathologiques dont il est peu aisé de dire s'ils sont cause ou non dans les phénomènes intellectuels : parmi ces états pathologiques, citons l'adénoïdisme, la stercorémie, l'albuminurie, le diabète ou toute autre intoxication chronique. Certains retards de l'esprit coexistent de même avec certaines tares locales et celles-ci interviennent dans une plus ou moins large mesure comme cause de ses retards (nanisme mitral). Certains autres se rattachent même tout simplement à un trouble physique transitoire et on peut alors parler non d'écoliers mentalement anormaux ou subnormaux, mais d'anormaux transitoires.
Après avoir critiqué un peu à la légère, à mon avis ('), l'expression arriéré pédagogique de M. De Moor, ils décrivent un dernier groupe d'écoliers mentalement anormaux.
Ce sont les anormaux et les vicieux qui peuvent n'être que cela ou aussi faire partie en même temps du groupe des arriérés, des instables, des épileptiques, etc., ceux-ci volent, vagabondent, mentent de par l'évolution de leurs tares morbides ou sous l'inâuence du milieu ambiant, qui peut parfois les transformer en vicieux et criminels au sens légal du mot.
(') V, Deosolt, Vraie et faux anormaux {L'École Nationnle, 1901).
Ils différencient nettement et il faut les approuver l'écolier qui vagabonde parce que sa famille le pousse à la rue, de celui qui court les chemins malgré une surveillance familiale, intelligente et active, parce qu'il a des cnses de fugues. '
Les menteurs rentrent dans la catégorie des enfants vicieux, mais les auteurs montrent combien le mensonge est variable ; il y a autant de sortes de mensonges que d'espèces de mentalités anormales : il y a là le mensonge de l'insuffisant intellectuel, celui de l'instable, le mensonge automatique; certains enfants mentent pour ainsi dire naturellement; ils parlent faux, parce qu'ils sentent faux, que leur mentalité déforme les choses. Quant aux hystériques et à certains dégénérés, ils mentent dans un but déterminé- avec réflexion et habileté (').
En général, le mensonge chez l'arriéré ment-al est le résultat d'une survivance d'un infantilisme mental.