‹ La Claudication Intermittente De La Moëlle ÉpinèreChapitre 15 sur 24 · OR · texte numérisé non relu

OR

troubles visuels. IT est incapable de fournir une longue course, car, au bout d’un laps de temps qui diminue de plus en plus, il sent sa jambe droite fatiguée, et il est en quelque sorte obligé de la trainer. Bientôt elle refuse tout service, et l'individu doit s'arrêter. Après un court repos, il repart comme si rien ne s’était passé pour s’arrêter de nouveau par suite d’une nouvelle fatigue. Cette gêne de la marche est plus accusée pour le membre droit que pour le gauche. Et cette gêne est si bien accusée que, lorsque la fatigue arrive, le malade se met à marclier à petits pas ; puis, la fatigue augmentant, le membre inférieur droit marche en deux temps ; au bout de quelques pas encore, il se met à trembler pour s’arrêter bientôt complètement. Il est arrivé ainsi à ne plus pouvoir faire cinquante mètres sans se reposer.

L'examen du malade au repos révèle les particularités suivantes :

La sensibilité générale est altérée ; le malade accuse des fourmillements dans les extrémités des pieds et des mains, des crampes dans les mollets. Il présente en outre un arc sénile très accentué. :

Les réflexes rotulien et achilléen sont plus forts à droite ; on ne constate ni le réflexe d’Oppenheim, ni le Gordon, ni le Babinski.

La force musculaire est diminuée à droite.

Si maintenant on examine le malade pendant une de ses périodes de fatigue, on remarque que tous les mouvements sont possibles aux membres supérieurs, mais ils sont lents et le réflexe radial seul est plus fort à droite.

Aux membres inférieurs, les mouvements sont plus faciles et plus forts à gauche qu’à droite. |

Les réflexes sont plus forts au membre inférieur droit : on y trouve une ébauche d’'Oppenheim et le rotulien est exagéré par rapport au côté gauche. Pas de Babinski. Trépidation épileptoïde de la rotule à droite. On constate, en outre, des troubles

sphinctériens, pollakiurie (20 fois par jour).

np 16

OBsERVATION XII

(Dr Paul Sollier, de Boulogne-sur-Seine) (Résumée)

Il s’agit d’un homme de 54 ans, ayant eu jadis une syphilis qu'il n’a jamais soignée. En 1898, eut, pendant deux mois, une crise de fatigue musculaire dans les bras qui disparut sans aucun traitement.

En 1899, nouvelle atteinte avec diplopie et légère fatigue dans les jambes. La marche était encore normale, mais il éprouvait déjà, au bout d’un certain temps, un sentiment de lassitude inconnu jusqu'alors pour lui qui était grand chasseur et grand marcheur. [l'suivit un traitement spécifique et tout rentra dans l’ordre.

Les années suivantes, il eut des alternatives de fatigue et de guérison, mais la fatigue s’accentuait de plus en plus, si bien qu’en 1904, il ne pouvait presque plus rien faire.

Au bout de cent mètres, il éprouvait dans les mollets des crampes qui le forçaient à s’arrêter. Après quelques instants de repos, cette contraction disparaissait et il recommençait à marcher pour s’arrêter bientôt encore. Il fit un traitement mercuriel sans résultat, il marchait de moins en moins et certains mouvements des bras lui devenaient pénibles.

En 1905, une légère amélioration se produisit : il récupère

quelque peu ses mouvements. Comme signes de claudication, ce

malade a présenté, outre lintermittence caractéristique, de

l’exagération des réflexes. Pas de Babinski ni de troubles sphinetériens. Du côté des artères, je n’ai jamais constaté la moindre modification permettant d’attribuer cet état à une lésion chro-

nique de celles-ci, comme dans la claudication intermittente de

Là

AO ART R Ré

Charcot. Du reste, les mêmes phénomènes d’intermittence se produisant du côté des membres inférieurs, on ne constatait pas davantage de modifications de la circulation artérielle de ceux-ci.

Le parallélisme des accidents oculaires, des phénomènes de fatigue intermittente aux membres supérieurs et des troubles de la marche montre bien qu'il s’agit d’un même processus frappant l’axe cérébro-spinal tout entier, processus de nature syphilitique sans doute.

D'autre part, il est à remarquer, dans ce cas, que les membres supérieurs ont été frappés presque autant que les membres inférieurs. La concomitance de ces troubles montre que le processus ischémique de la moelle ne se limite pas à la région dorsale et dorso-lombaire, mais peut s'étendre à toute sa hauteur, fait qui n’a pas encore été noté dans les observations antérieures. Cette concomitance possible permet le diagnostic entre la claudication intermittente de la moelle et celle par ardérite périphérique.

Le Pr Grasset vient d’ailleurs de montrer que ces phénomènes de fonctionnement intermittent ne se limitaient pas à la moelle dorso-lombaire et lombaire, mais pouvaient se rencontrer dans toutes les parties de l’axe cérébro-spinal et que, à côté du syndrôme de la elaudication intermittente de la moelle antérieure tel que M. le Pr Déjerine l’a décrit, il y a lieu de décrire également le syndrome de la claudication intermittente de la moelle posté-

rieure.

OgservarTion XIII

(Personnelle)

Cette dernière observation est anormale par son début subit, mais la suite de la maladie a été si nettement un cas de clau-

dication intermittente, que nous le mettons à la suite des autres.

Rp TRE

M..., cordonnier, 59 ans. Sa femme est morte bacillaire, il nie la syphilis. Il a fait son service militaire en Afrique : il a eu plusieurs accès de fièvre intermittente pendant son séjour et dans les quatorze premiers mois qui ont marqué son retour à Nantes. Depuis, ces accès ont disparu complètement.

Pleurésie à 29 ans.

Éthylisme manifeste.

Cet individu est entré aux vieillards de lHospice Saint- Jacques parce qu'il ressentait des troubles de la marche qui lui

interdisaient tout travail fatigant.

Ces troubles datent du 22 novembre 1906, c'était un lundi

matin : le sujet s’était couché la veille très bien portant et, bien que la veille fût un dimanche, il prétend n’avoir fait aucun excès. Il avait passé une très bonne nuit et se sentait dans son état normal. [se lève done pour aller à son travail comme d’habitude, mais, à peine levé, il chancelle et tombe, sans ressentir ni maux de tête, ni vertiges, ni aucun symptôme d'ictus : seulement une grande faiblesse dans les jambes, mais sans aucune douleur. À grand’peine, il se relève, s'habille et sort. Mais il est bientôt obligé de rentrer chez lui et de se recoucher, car ses jambes lui refusent tout service.

On le transporte à l’Hôtel-Dieu, salle 8 ; il y reste sept mois. On lui fait des piqûres (de sublimé, sans doute) mais sans obtenir aucun résultat.

M. le Dr Ollive lui fait une ponction lombaire et, deux jours après, le malade, qui ne pouvait se tenir debout depuis son entrée à l'Hôpital, se levait et commençait à marcher.

C’est à ce moment qu’il passe dans le service du Dr Mirallié, à Saint-Jacques.

Quand nous l’examinâmes pour la première fois, il marchait un peu, mais au bout de quelques minutes, 5 à 10 au plus, d’une

- marche lente, mal assurée, ses deux membres inférieurs se met-

Tee

taient à trembler, surtout le droit, et il devait s’asseoir, s'appuyer quelque part : il avait cette sensation très nette que, s’il se forçait à marcher, ses jambes fléchiraient sous lui et il tomberait.

Il se reposait donc quelques minutes et repartait sans fatigue. Mais, de nouveau, au bout de quelques minutes de marche, l’engourdissement, les crampes survenaient et quelques instants de repos étaient encore nécessaires pour chasser ces symptômes.

Et ainsi toute la journée. La limite de la marche n’excédait pas dix minutes et, depuis le début de la maladie, elle diminuait sensiblement.

Le malade est incapable de monter sur une chaise, ni de monter un escalier, de même qu'il ne peut faire aucun effort sans ressentir immédiatement une douleur très vive dans les deux mollets. Aucune douleur lombaire.

À l’examen, nous avons fait les constatations suivantes :

Le malade fait à peu près tous les mouvements. Quand on lui demande un mouvement quelconque de ses membres inférieurs, il le fait, mais lentement. I semble réfléchir, le membre est agité de secousses cloniques et, tout d’un coup, après quelques secondes de trépidation qui semble marquer son hésitation, 1l exécute le mouvement demandé. |

Le malade ne steppe pas en marchant. Par moments il perd équilibre, le signe de Romberg est positif.

La sensibilité passive est bonne : il résiste bien quand on veut étendre ou fléchir sa jambe. Cependant, l'effort de résistance que fait le malade dans la flexion ou l'extension forcées de ses membres inférieurs y détermine une vive douleur qui fait vite cesser la résistance. \La pression sur la colonne vertébrale, en particulier dans la région lombaire, ne détermine aucune douleur.

Le signe de l’éternuement est négatif. Pas de signe de radicu-

lite. Les réflexes sont généralement exagérés. Le radial est fort

Page 1