SCÈNE QUATORZIEME
non !... il y a dans ce monde des habitudes que je ne connais pas, un langage que je comprends à peine... je n'ai pas tardé à sentir que je commettais fautes sur fautes, maladresses sur maladresses... Métella s'est d'abord contentée de se moquer de moi^ mais peu à peu l'impatience l'a prise, et elle a fini par me mettre à la porte... ou peu s'en faut.,.
LUCIEN
Et tu te plains...
CONTRAN.
Une fois au grand air, je me suis heureusement rappelé que j'avais un cousin qui possède, lui, cette expérience qui me manque. Et je viens vous demander à vous, qui connaissez si bien ce monde-là, de quelle foçon il faut se conduire pour y passer une soirée sans se rendrQ,««feflblument ridicule... voilà!...
LUCIEN
A mon tour maintenant... j'ai eu occasion de constater tout à l'heure que les habitudes de la marquise ne m'étaient pas aussi familières qu'il le faudrait; je me suis heureusement rappelé que j'avais un cousin qui possède, lui, l'expérience qui me manque. Et je te prie de me dire, toi, qui connais si bien ce salon, de quelle façon il faut se conduire pour y passer une heure sans se rendre absolument désagréable... voilà...
CONTRAN.
Comment donci • Tu veux bien ?
CONTRAN.
De grand cœur ! mais à condition que... de votre côté...
LUCIEN
C'est entendu !
CONTRAN.
Commençons alors.
LUCIEN
Commençons... j'écoute... (ils s'asseyent sur le canapé.) CONTRAN.
La marquise se met dans ce fauteuil là-bas, il faut s'asseoir dans l'autre .. il faut s'asseoir de façon à... écoutez bien... à ce qu'on puisse atteindre, avec sa main droite, la sonnette, l'écraii, la pelle, la lampe et les pincettes... et avec la main gauche... écoutez bien... la lampe, l'album, le couteau à papier, les ciseaux et le Journal des Modes...
LUCIEN
Hum! c'est un peu compliqué.
CONTRAN.
Mais non, c'est très-simple : main droite, écran et pincettes,., main gauche...
LUCIEN, se levant.
C'est inutile, jamais je ne retiendrai tout ça. Tes explications gagneraient beaucoup à être complétées par un peu de mise en scène,