‹ La clef d'amorsChapitre 2 sur 59 · I. Comparaison avec VArs amatoria · texte numérisé non relu

I. Comparaison avec VArs amatoria

Plusieurs historiens littéraires se sont occupés des traducteurs et imitateurs d'Ovide au moyen âge. Bartsch dans son Albrecht von Halberstadt und Ovid im MUtelalter^)^ Holland dans son Crestien von Troyes, Miclielant dans la préface à l'édition de Tross, Korting en tête de l'Art d'Atnoi^s und H Remèdes d'Amors% dont le premier ouvrage seul, quoiqu'il en dise, appartient à Jakes d'Amiens, ensuite P. Meyer»), Bartsch^) et Brakelmann^) dans des comptes-rendus, avaient déjà abordé divers points de cette étude. Enfin M. G. Paris 6) a repris la question pour la traiter d'une façon magistrale et complète, qui dispense désormais d'y revenir.

La Clef d'amors est une imitation non dissimulée de VArs \ amatoria d'Ovide. Mais pourquoi notre auteur ne s'est-il pas ^ contenté de traduire le titre du poème latin? Pourquoi n'a-t-il pas, comme Jakes d'Amiens par exemple, intitulé son ouvrage l'Art d'amors? L'image de la serrure et de la clef i d'amour est assez familière aux écrivains du moyen âge: !

Car à cascun mot le baisoit

Si doucement et si souef

Que elle li metoit la clef

B'amor en la serre del cuer (Perceval, 3810).

0 Quedlinburg und Leipzig, 1861.

'^) Zwei altfranzôsische Lehrgedichte von Jacques d'Amiens, nach der Dresdener Handschrift zum ersten Maie herausgegeben von Dr. Gustav Kôrting. Leipzig, 1868. 8. XXXIL 102 pp.

'') Rev. crit., 1866, II, 19—21 et 1868, 11,401—405.

*) Literarisches Centralblatt, 22. Augiist 1868.

^) Jahrbuch f. r. u. e. Literatur, 1868, 338—343 et 403—431.

^) Loc. cit.

XII INTRODUCTION

Je n'ai de vos cure.

Li us est fermez, Robin s a les des De la serreure.

(Bartsch, Rom. u. Past. II, p. 133. i)

Cependant notre auteur emploie l'expression dans un sens différent, qu'il explique du reste dans ces vers:

Icest livre que j'ai sommé

la clef d'amors sera nommé;

quer par lui porra l'en ouvrir

les ars d'amours et descouvrir (v. 169—72).

Peut-être a-t-il voulu, par le choix de ce titre, distinguer son ouvrage des compositions analogues de ses devanciers. Car il paraît les avoir connues; et, tout comme un auteur moderne, il prend soin, pour justifier son entreprise, d'en faire ressortir les défauts. Il n'ignore pas que d'autres ont déjà traité ce sujet; mais

si est cen par mos si prolis

que les fins amourous jolis

ne puent pas hriement entendre

que les auctours veulent comprendre.

Ne chescun ne puet pas savoir

Latin (v. 87—92).

A cause de cette prolixité, il considère les œuvres antérieures comme non avenues; car il se fait dire par le dieu d'amour:

Or voi je que en ma doctrine ....

n'a pas reulles en tel manière,

ne n'a eii cha en arrière (v. 79—82).

Il se propose donc de «comprendre en brieve escripture» le code des amoureux, sorte de vade-mecum

que l'amant pour soy conforter

puisse touz diz o soi porter,

soit résident ou auge hors,

en lieu d'un petit portehors (v. 99 — 102).

^) V. aussi Ihid., p. 134. Cf. une des versions ^q \2k Claire fontaine, dans le Rec. d'airs de cramignons et de chansons popid. à Liège, p. 380.

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