I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XIII
C'est pourquoi il a délayé en 8426 octosyllabes le concision didactique du poète latin. Généralement il emploie deux vers pour rendre un hexamètre ou un pentamètre, par exemple:
Elige cui dicas: Tu mihi sola places (I, 41) est ainsi traduit:
Eslié a qui tu puisses dire:
«Dame, sur toutes vous désire» (v. 199—200). De même:
Et si nullus erit pulvis, tamen cxcule nullum (1, 151) est rendu par:
Et se poudre n'i est trouvée,
si doit el par toi estre ostee (v. 485 —6). On pourrait multiplier les exemples. Cependant il lui arrive de reproduire avec bonheur la concision de son modèle.
Parva levés capiunt animos (I, 159) devient sous sa plume*
De poi se muet legier courage (v. 500). Ne faites pas votre choix la nuit, dit-il, car
Tout bren semble par nuit ferine (v. 220). Pouvait-il traduire plus heureusement cette pensée d'Ovide:
Nocte latent mendae, vitioque ignoscitur omni (I, 249)? Et, comme le remarque M. Michelanti), le vers suivant:
In gremium pulvis si .... deciderit (I, 149) n'est-il point rendu aussi exactement que possible par:
Se il chiet poudre en son geron (v. 481) 2)?
Le traducteur de MArs amatoria n'était donc pas un poète sans mérite. Loin de se borner à suivre servilement son modèle, il montre souvent de l'originalité et se laisse aller aux caprices de sa libre fantaisie. Tantôt il écourte la pensfifi. d'Ovide; tantôt il la développe complaisamment; tantôt, surtout dans les passages purement didactiques, il la suit pas à pas et presque vers par vers. En général cependant, ne perdant pas de vue son but de ne faire qu'un cours sommaire de
1) Loc. cit., XXIV.
2) Cf. encore Ovide III, 425 avec 2698.
XIV INTRODUCTION
galanterie, il retranche plus volontiers qu'il n'ajoute, ce qui fait que son exposition est assez sèche et quelquefois heurtée. En effet il lui arrive de réunir dans un même chapitre deux idées qui ne paraissent pas s'enchaîner logiquement; et la pensée semble tronquée ou déplacée. C'est que, dans sa préoccupation exclusive de ne jamais quitter son sujet, il vient d'écarter l'une ou l'autre digression d'Ovide, sans songer à rattacher la chaîne brisée des idées. Cependant il aime la clarté et la méthode, car il affectionne la transition formelle. Rarement il commence un nouveau chapitre sans résumer le précédent et annoncer le sujet qu'il va traiter. Voyez, par exemple, les vers 213— 16, 237—40, 285—89, 317—20, 537—44 etc. Naturellement notre poète a déchargé sa traduction des brillants récits mythologiques, développés par Ovide avec une imagination si complaisante, et qui, du reste, comme l'a observé Laharpe (Lycée, II, 10), sont presque tous des hors-d'œuvre. Il a pourtant essayé de traduire l'histoire de Céphale et Procris, et son récit ne manque ni de grâce ni d'intérêt. Encore a-t-il si bien élagué les détails descriptifs qui encombrent la brillante narration d'Ovide, qu'il a réussi à condenser en 27 octosyllabes (v. 3179—206) les 61 longs vers de VArs a?natona (m, 686—746).
Ce n'est point qu'il ignorât l'antiquité. Il cite avec complaisance les passages où il est question de Jupiter (v. 1053—56), Circé, Médée, Jason (1324—25), Ulysse (793, 1326, 1355), Homère (1521), Perséei), Hector, Andromaque (1905 — 8), Diane (1916), Vénus (147, 1918), Hector et Achille (2025), la Sirène (2593), Pallas (2866), Thebaïs (3303), Paris et Hélène (3249). A propos de ces derniers, il est curieux de voir notre poète changer en fait ce qui n'était chez Ovide qu'une supposition et rendre les vers:
Priamides Helenen avide si spectet edentem,
Oderit; et dicat, Stulta rapina mea est! (III, 759 — 60) par:
Paris Hélène ledengeit
pour cen que gloutement mengeit
^) Remarquez que Persée n'est qu'indiqué, et non nommé, dans le texte latin.