I. COMPARAISON AVEC VArs afiiatoria XVII
avait la «fâche rondete», il a soin d'exprimer ainsi sa préférence:
Face ronde est plus désirée ....
plus plesante et plus graciouse
que toutes autres, dire l'ose.
Donc doit chescune mètre cure
de resembler a tel figure (v. 2289— 94).
Notre poète ne déclare pas formellement qu'il traduit ou imite \ Ovide; seulement il le cite souvent et il invoque à plusieurs reprises son témoignage (v. 274, 2568) i) et même une fois d'une façon assez inattendue (v. 380). Traduisant le passage où le poète latin dit qu'Homère lui-même, vînt-il escorté des neuf Muses, serait bien mal reçu par son amante s'il se présentait les mains vides, notre auteur lui donne Ovide pour compagnon:
S' Ovide ou Homer y venoit
et touz ses biauz ditiez tenoit,
s'il n'aportoit aucune chose,
tost li seroit la porte close (v. 1521—24).
N'est-ce pas une heureuse idée d'avoir pris comme exemple Ovide lui-même, qu'il traduit, et qui, sans doute, ne se plaindra pas d'être en si bonne compagnie?
Le traducteur remplace les 34 premiers vers de \Ars amatoria par une fiction de son invention. Un jour qu'il avait rêvé à sa «très douce dame et amie» (et ici longue énumération des qualités de la belle), le dieu d'amour lui apparut en songe et lui ordonna, en lui promettant une belle récompense, de composer un abrégé des règles de son art. Puis le poète expose les deux raisons (théologique et physique) qui le déterminèrent à croire que c'était bien «Amors, le filz Venus,» qui lui était apparu. Après s'être excusé sur son insuffisance, il entre en matière. Cette introduction comprend 180 vers.
Comme Ovide, notre poète divise son sujet en trois points: choisir une maîtresse, lui plaire, la conserver. Après cette division, il indique l'endroit que la belle doit habiter:
Ne la fay loing ne hors de ville (v. 201 — 212), et le moment où il faut choisir: Que ce ne soit ni la nuit, ni *) V. aussi les V. 1933—60, où il est cité quatre fois.
BibUotheca Normannica. V. Jj
XVIII INTRODUCTION
quand la femme aura bu (215 — 236). i) Ensuite, qui doit-on choisir? Quelles qualités doit réunir la belle? Ici le poète énumère douze perfections qu'il requiert chez l'amante (v. 241 — 44). Qu'elle soit aussi de noble parage:
fille a vilain se fet proier (v. 256).
Après avoir exposé quelles doivent être les qualités morales (287 — 316) et physiques (319 — 421) de son disciple, il en revient à Ovide et, comme lui, indique les endroits où il faut tendre ses filets: le marché, la place commune, le temple, les dances, les «caroles», les «bastiauz»^), les joutes et autres assemblées. Tout ce chapitre est des plus intéressants; il renferme les détails les plus curieux sur la façon dont s'habillait un jeune élégant de l'époque.^) L'auteur substitue avec bonheur les spectacles donnés par les jongleurs et le tournoi aux jeux de l'amphithéâtre et aux courses de l'arène, et il s'efforce de rendre le Speciaium veniunt (I, 99):
La viennent il lies et drues
por veer et estre veiies (v. 447 — 8).
Et plus loin nous le voyons remplacer une pensée quelque peu lubrique de son modèle (I, 155 — 6) par cette traduction
discrète :
De servir puet grant bien venir; souvent le veon avenir (v. 491 — 2).
C'est un procédé que l'on constate en plusieurs passages. Notre traducteur ne connaît pas ces raffinements d'élégance, ces images si vives sous une expression toujours décente. Sans doute, ce n'est point pruderie de sa part; c'est que l'art lui fait défaut pour gazer ces détails lubriques; et, lorsque l'occasion s'en présente, il dit les choses avec une crudité cynique, surtout quand il parle de la «contenance segree». Là, tandis qu' Ovide semble avoir hâte de toucher au port, il s'attarde et s'étend avec une évidente complaisance.
Il laisse naturellement de côté le panégyrique d'Auguste,
1) Ovide traite cette question plus loin (I, 243—52), ce qui prouve que le traducteur ne s'est pas astreint à suivre rigoureusement le texte latin.
2) Cf. aussi les v. 821— 4.
•'') Ovide traite cette partie beaucoup plus loin (I, 505 — 24) et, comme on le voit, beaucoup plus brièvement.