I. COMPARAISON AVEC VArs amatona XIX
auquel Ovide consacre plus de 50 vers; mais il profite habilement du vers: Ihunt ante duces (I, 215) pour introduire la description d'un tournoi (v. 501—20).
Au vers 537 commence la seconde partie. Toutes les femmes sont sensibles à l'amour, dit le poète, même les papelardes. Et ici nous retrouvons une des rares comparaisons qu'il a reprises à son modèle (I, 271 — 3):
Les oisiaux leront le chanter
et les lévriers lièvres hanter
ainz assez que famé escondie
genne homs d'amer qui biau la prie (v. 549—52). Ovide conseille-t-il de gagner les bonnes grâces de la suivante (I, 351), notre auteur développe longuement sa pensée (v. 585) et ajoute avec finesse:
quer ja n'iert famé si bien prise
comme se par famé est conquise (v. 651 — 2). Mais, à rencontre d'Ovide, il veut qu'on s'abstienne absolument de la «chambrière»:
il convient trop droit carier
qui vers amours se veut lier (v. 671—2). Si, comme son modèle, il engage l'amoureux à écrire à sa maîtresse «soit en parchemin ou en chire», il n'oublie pas, comme lui, de lui recommander de ne pas signer ses billets doux (v. 695 — 716). Promettez, promettez, dit Ovide, et ne donnez jamais:
Hic opus, hic labor est, primo sine munere jungi (I, 451). Notre auteur est moins absolu et conseille les petits cadeaux:
Parprendre et donner, ce me semble,
sont mère et fille bien ensemble (v. 747 — 8). Refuse-t-on tes lettres, persévère. Le temps triomphe de toutes les résistances, dit Ovide (1,471 — 8); et notre auteur trouve tout au contraire que:
famé mue plus tost pensée
que n'aroies ta main tournée (v. 763 — 4). 11 est vrai qu'il ajoute plus bas, v. 791 — 2:
Et fust or plus dure que marbre,
au preuiier coup ne chiet pas l'arbre.
XX INTRODUCTION
Et, cliofle étonnante, nous le voyons ici de son propre gré (car Ovide naturellement n'en dit mot) invoquer l'exemple d'Ulysse, qu'il semble confondre avec Énée et qui fit touz ses debiaus
des greignors dames de Cartage,
tant fist il par son biau langage (v. 793 — 6)! A table, dit Ovide, tâche de plaire au mari de ta belle et ôte ta couronne pour en orner sa tête (I, 579—88). Le traducteur ne parle pas du mari; mais, voulant cependant rendre le detur corona^ par une singulière inadvertance, il engage l'amant à donner son chapeau à sa dame.i) On ne sait pas trop ce qu'elle en pourra faire. Évite surtout les disputes, ajoutet-il, et montre tes talents:
Il n'apartient fors a merdaille
a faire tenchons ne bataille
Tu peus chanter, se le sez fere,
ou de bêles bordes retrere (v. 905 — 12). Ici le traducteur intercale, un peu étourdiment, ses conseils sur le choix d'un messager (v. 965 — 1000). Que ce ne soit pas un homme, car l'homme
se fet chief dont il est coue,
et de ta cause fet la soue.
Deables aient tels messages
qui vont entre l'arc et la corde . . (983 — 8). Avec le même cynisme qu'Ovide, il justifie les moyens par la fin, conseille la violation des serments (1049 et suiv.) et développe complaisamment le Faillie fallentes (T, 645), avec proverbes à l'appui (v. 1063, 1069—76, 1081—4). Et, pour compléter son code d'hypocrisie, il suggère à son disciple, en lui recommandant les larmes, un artifice dont Ovide ne s'était point avisé:
Et si tu ne pues avoir lermes
en poinz devisez et en termes,
tu porras un oignon tegnir
qui tantost les fera venir (v. 1097 — 100).
*) Cf. aussi aussi Ovide 1, 581 et la traduction des v. 873—4. Si notre auteur a compris le vers latin, il l'a singulièrement rendu.