‹ La clef d'amorsChapitre 7 sur 59 · I. COMPARAISON AVEC VArs aniatoria XXI · texte numérisé non relu

I. COMPARAISON AVEC VArs aniatoria XXI

Et, sur la fin de cette première partie, s'écartant encore une fois de son modèle, il revient sur ces préceptes d'hypocrisie en conseillant de dissimuler son état (v. 1241 — 56). Enfin il s'en prend avec aigreur aux riches, pour qui ses règles ne sont point faites:

Qui assez a deniers ou prendre

n'a mestier de mon art aprendre . . .

Chescun fait au riche grant feste,

combien que ce soit rude beste . . . (1257 — 96). ^) Les préceptes qui constituent l'art de conserver sa maîtresse, auxquels Ovide consacre son second chant, commencent chez notre poète au vers 1397. Laissant de côté le panégyrique que fait de lui-même son modèle ainsi que le long récit de la fuite de Dédale, il signale l'impuissance des sortilèges et des philtres amoureux:

Ja n'iert par les ars de Toulete

fine amour quise ne parfete (v. 1317 — 18). Ovide engage-t-il l'amant à faire de petits cadeaux à sa belle, notre auteur, sans doute très entendu en la matière 2), lui conseille d'envoyer:

Gans, couteals, borses, cheinturetes

propres et friquetes,

pommes et cherises,

noiz, resinz ou fruis d'autres guises, le tout «en un panier propre et net» (v. 1495—1506). Il recommande aussi naturellement l'envoi de «canchons et biaus ditiés» (v. 1513). Mais il semble avoir peu de confiance dans l'influence de la poésie sur les belles, car il en revient à son thème favori sur la puissance de l'or: «Amor est par or conseillie», dit-il mélancoliquement (v. 1520), traduisant tant bien que mal l'exclamation d'Ovide: Auro concilialur amor (11,278). Parmi les compliments conseillés par Ovide pour flatter la vanité des femmes, il ne s'était pas avisé de dire comment on pourrait s'en tirer avec une ignorante. Son traducteur a comblé cette lacune:

*) Peut-être s'est-il inspiré du Ch. II, 161 — 4.

2) Il en appelle plusieurs fois à sa propre expérience, spécialement pour appuyer ses préceptes négatifs, voy. les v. 923, 967.

XXII INTRODUCTION

Et se elle soit poi de chose,

dire peus qu'ele est vergondose

et que miex vaut ainsi couverte

que se elle estoit plus aperte (v. 1593—6). Plus loin, voulant faire comprendre combien un amant doit endurer de peines, il traduit assez malicieusement la comparaison d'Ovide (11,515-8):

En munde n'a pas tant puceles

comme il a doulors en amer (1801 — 4).

Parlant avec Ovide (II, 619) du moment le plus favorable aux entretiens amoureux, notre auteur, par une allusion à un conte très répandu au moyen âge, «avertit son disciple de se méfier des substitutions que l'obscurité de la nuit peut favoriser».') Il met en scène un forgeron, ce qui semble indiquer qu'il connaissait une version différente de celles qui nous sont parvenues et où l'on voit figurer soit un meunier, soit un foulon, soit un bourgeois, soit un laboureur.2)

Ovide (II, 667 — 702) recommande le commerce des vieilles comme très agréable et très profitable. Notre moraliste^ après avoir reproduit ses arguments avec une complaisance et une crudité qui sont loin de leur enlever toute leur force (1933—56), trouve que cela

n'est pas amor, mes convoitise:

amor qui les finz amans lie

vient but a but sanz symonie (1968 — 70). Puis il établit un parallèle où, prenant la contre-partie d'Ovide, il s'efforce de démontrer que l'amour des jeunes est préférable (1971—92). Plus loin (2005— 16), il trouve des arguments inconnus à Ovide pour engager les jeunes gens à aimer:

Amors font les vilainz gentis . . .

et les avaricious larges,

et les couars hardiz sanz targes.

Nous laisserons notre auteur pénétrer seul dans le sanctuaire, où il ne s'arrêtera que trop longtemps, et nous jetterons un

1) Cf. Hist lut, XXIX, p. 465. Clef d'amors, v. 1869—1900. '-î) Voyez Hist litt de la France, t. XXIII, p. 198, et L'Hejytameron de la reine de Navarre, pub. p. A. de Montaiglou, t. IV, p. 231.

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