‹ La clef d'amorsChapitre 8 sur 59 · I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XXIII · texte numérisé non relu

I. COMPARAISON AVEC VArs amatoria XXIII

rapide coup d'œil sur la seconde partie de son poème, où il imite le troisième chant d'Ovide. Elle commence au vers 2069. Les prédécesseurs de notre poète, maître Elie et Jakes d'Amiens, ne semblent pas avoir connu ce chant ou bien ils l'ont laissé de côté avec intention. Après s'être excusé sur son ignoranîîe auprès des dames et des «borjoises de value», il s'empresse de mettre le mariage hors de question^):

Des mariz ne me parlez mie:

ce n'est ne mes sochonnerie.

Le mari se veut fere creindre

Famé par mariage prise

est aussi comme en prison mise (2093 — 98). Aimez, dit-il aux jeunes gens; comme l'eau s'écoulent les années:

quer le temps passe en la manière

que l'eve court par la rivière,

ne le temps passé ne retorne

plus que l'eve, qui ne sejorne (2127 — 30).

Puis, ce que néglige Ovide, il énumère les qualités morales qui peuvent rendre une jeune fille aimable et en faire une «famé bien aprise» (2189—2212). Vient ensuite une longue et minutieuse énumération de préceptes sur la propreté. Que votre «grève» soit bien faite, vos cheveux bien tressés. As-tu la figure arrondie, dit-il à son élève, tu dois être tousele ou avoir cornes petites (2273 — 5). As-tu le visage allongé, ton chief en chaperon atache, si que ton front en appetiche (2282 — 3);

tu peux aussi

grans cornes avoir,

si que ta fâche en arondisse

et par la rondeche enbelisse (2286— 8).^) Aligne tes sourcils, nettoie chaque matin tes dents, tes yeux et tes oreilles (2297—2324).

Se tu as bêle poiterine

et beau col, ne les encortine,

1) Il s'inspire peut-être d'Ovide, III, 23—28.

*'*) V. Jiibinal, Dits^ Contes, Fabliaux II, 174—6.

XXIV INTRODUCTION

mes soit ta robe escoletee

si que chescun y muse et bee (2325 — 8).

Suit le chapitre de la toilette. Ici encore le traducteur a su introduire d'intéressants détails sur les modes de son temps. Veux-tu conserver à ta main sa blancheur, dit-il à son élève, tu dois porter «gans ou mitaines» (2361 — 2).

Se tu veus estre bien fétiche,

fay .iii. rescours en ta peliche

ou .iiii., pour fere la roe

et pour estre loing de la boe (2365 — 8).

Si ton état te le permet,

ne lesse pour pel ne pour fil

que sercot n'aies a pourfil (2369—72).

Que ton pied soit étroitement chaussé et que ta robe, un peu trop courte, en laisse entrevoir l'élégance (2373 — 80). Et ici notre auteur intercale un détail qui nous permettrait à lui seul de dater son poème, si l'on était certain que les modes, au moyen âge, étaient moins variables qu'aujourd'hui:

Que que des courtes robes die,

sachiez que m'entente n'est mie

que je despise la manière

des cotes longues par derrière:

ce me semble la meillor guise

qui soit de nouvel avant mise (2385 — 90). Puis, avec une crudité digne d'un auteur de fablel, il fait ressortir les avantages de ces robes traînantes (2391 — 400).

Son chapitre sur la façon dont une femme peut réparer les outrages des ans (2405 — 28), n'est pas moins curieux. Un homme est-il chauve ou chenu, il ne peut dissimuler ce défaut «pour coiffe de lin ne de see». Mais une femme achète au mercier soit une herbe colorante, soit un «chief de quanvre ou d'autre forreure ou d'estrange cheveleiire». D'autres dissimulent si bien leur tête dans leur chaperon qu'on ne sait »s'elz ont chief de quanvre ou d'estoupes».^) Si tu te fardes, que ce soit dans le plus grand secret:

^) V. de curieuses anecdotes dans Etienne de Bourbon IV, 273—289.

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