CONTINUATION DU MEME SUJET
Comme dans tous les pays où les sectes abondent , il y a en Amérique, pour chaque dogme , des gardiens assidus, et de grandes susceptibilités en matière d'hérésie. Les champions de l'esclavage ont-ils jamais subi les censures de leurs coreligionnaires, en tant qu'hérésiarques? Voilà la première question qui s'offre à nous.
Après bien des recherches, nous avons découvert une espèce, comme on dit au palais , — une seule , entendons-nous bien , — où un pareil fait s'est produit.
Un ecclésiastique du presbytère de Cincinnati soutint cette doctrine , que la possession des esclaves se justifiait par les textes bibliques, et, pour avoir persisté dans cet enseignement, il fut suspendu par le Presbytère en question. Il en appela au Synode de Cincinnati, qui confirma la décision. L'Assemblée générale (Nouvelle-Ecole) n'en annula pas moins le jugement du Presbytère, et rendit ses fonctions à l'ecclésiastique dont nous parlons. Le Presbytère, de son côté, refusa de le recevoir, et il dut aller chercher un nouveau poste dans le sein de l'autre Église presbytérienne (Vieille-Ecole).
Voilà tout ce que nous avons pu découvrir en ce genre. Par contre, nous pourrions citer des procès sans nombre intentés pour telle ou telle intcrprclatioM du péché originel, telle ou telle solution donnée à la question de savoir si les hommes « sont capables ou non d'obéir » aux commandements de Dieu.
Il nous semble, dans notre simple bon sens^ qu'il est moius urgent d'asseoir une opinion quelconque sur ces subtiles difficultés, que de réformer un état de
DE L'ONCLE TOM. , Ul
choses dont un vénérable ministre presbytérien, le révérend Robert J. Breckenridge, a dit en propres termes :
« Le système de l'esclavage dénie à toute une classe d'êtres humains les liens sacrés du mariag-e et du foyer, les forçant de vivrt dans un état de concubinage flagrant; car, aux yeux de la loi, pas un nègre n'est le mari d'aucune femme en particulier, pas une négresse esclave n'est la femme d'aucun mari en particulier, pas un esclave nègre n'est le père d'aucun enfant en particulier, et pas un enfant esclave n'est, en particulier, l'enfant de tel père ou de telle mère. »
N'était-ce pas un beau texte au déploiement des facultés logiques , de l'adresse, de la véhémence, du zèle infatigable, des profondes recherches dans les livres saints, — manifestés en tant de futiles circonstances par l'Eglise presbytérienne,— que la réforme d'un abus social condamnant trois millions d'hommes et de femmes à vivre dans l'état décrit plus haut?
Mais il arrive, en Amérique, ce qui arrive ailleurs toutes les fois qu'on se départ , même par un léger compromis , de la rigueur d'un principe moral Notre clergé est scindé en deux corps : les gens du Sud , partisans de l'esclavage; les gens du Nord qui, s'ils l'osaient, en poursuivraient l'abolition. Ceux-ci reculent, placés en face de l'énergique résistance que les premiers leur opposent, à suivre une Hgne de conduite qui, dit-on, amènerait inévitablement un schisme. Or qu'arrive-t-il? Tandis que les années s'écoulent ainsj de délai en délai, la répugnance morale des prêtres du Nord contre l'esclavage semble décroître peu à peu; les protestations s'affaiblissent, la haine du mal s'attiédit. Lisez, par exemple, les résolutions prises dans les assemblées méthodistes en 1780, avant que cette Eglise fût régulièrement organisée aux Etats-Unis, — en 1784, quand elle venait de l'être, — en 1801, quand elle était encore fidèle à ses principes : l'esclavage y est condamné dans les termes les plus précis et les plus énergiques. En 1836, au contraire, la Conférence générale de Cincinnati se déclare « décidément opposée à l'abolitionnisme moderne, et décime absolument tout droit, tout souhait, toute intention d'intervenir dans les relations civiles et politiques établies entre le maître et l'esclave. » En 183G, également, la Conférence annuelle de New-York va plus loin : elle résout qu'aucun membre ne sera élu Diacre ou Ancien dans l'Eglise, s'il ne s'engage, vis-à-vis d'elle, à s'abstenir de toute discussion sur ce sujet. En 1838, la même Conférence décide que celui de ses membres qui prêterait le moindre appui à la publication ou à la
circulalion du Zion's Watchman (le journal abolitionniste de M. le Roy Suncierland) sera jugé « coupable d'indiscrétion » et traité comme tel. Enfin, en 1840, la Conférence générale de Baltimore prend cette résolution, déjà citée par nous, qui interdit aux prédicateurs de permettre aux gens de couleur de comparaître en justice pour y donner témoignage. On a calculé que, par cette décision, environ quatre-vingt mille personnes se trouvaient privées de ce privilège sacré. Ultérieurement, l'Eglise dont nous parlons s'est formée en deux Conférences, du Nord et du Sud. La Conférence du Sud est ouvertement pour la doctrine qui favorise l'esclavage ; la Conférence du Nord conserve en communion avec elle des membres et des Conférences qui tiennent aux mêmes principes.
Ces faits définissent bien suffisamment la position prise par l'Eglise métbodiste. Voici, le plus sommairement possible, l'histoire de l'Eglise presbytérienne, relativement au dogme de l'esclavage.
En 1793, on insère dans le livre de discipline une note sur le huitième commandement, dirigée contre les voleurs d'hommes fhominum fures, qui servos vel liberos, abdiicunt, retinent, vendunt^ vel emuntJ.Ei on ajoute à ce texte latin l'axiome de Grotius : < Voler un homme Hbre est la plus haute espèce de vol. »
Néanmoins, aucune règle disciphnaire ecclésiastique n'est mise en vigueur pour le crime dont il s'agit, et certains membres que le texte en question incriminait directement n'en demeurent pas moins dans le sein de l'Eglise, et comme ministres et comme Anciens. Il y avait là une inconséquence. On y obvie, en 1816, en effaçant du hvre de discipline le passage que nous venons de citer. En 1808, cependant, une déclaration formelle est faite par l'Eglise presbytérienne contre l'esclavage. On l'y déclare « une violation énorme des droits les plus précieux et les plus sacrés de la nature humaine, parfaitement contraire à la loi de Dieu qui nous prescrit d'aimer notre prochain comme nousmêmes, et aussi parfaitement inconciliable avec l'esprit et les principes de l'Evangile du Christ, où il est dit : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. » Cette déclaration, votée à l'unanimité, à ce qu'il paraît, allait jusqu'à dire de l'esclavage, « qu'il fallait employer honnêtement, sérieusement, sans relâche, toutes les forces de l'Eglise à corriger les erreurs des premiers temps, à effacer, aussi promptement que possible, cette souillure jetée sur notre sainte religion , et à obtenir l'abolition complète de l'esclavage dans toute la chrétienté, dans tout l'univers. » Après un manifeste aussi éner-
gique, on devait s'attendre à voir les Presbytériens organiser immédiatement des écoles gratuites pour les enfants esclaves, aviser à pourvoir les nègres d'établissements religieux, s'opposer, autant que possible, au commerce des esclaves chrétiens, demander des lois qui rendissent sacrées les relations de famille entre esclaves. Rien de semblable fut-il fait? Hélas! non. Deux ans après que l'Eglise Presbytérienne traçait ce beau programme, survint l'admission du Missouri, Etat à esclaves, dans le sein de la Confédération, et une recrudescence du trafic des esclaves dans le Sud. Alors, au lieu d'instituteurs pour les esclaves, les presbytériens eurent des trafiquants; au lieu de former des écoles d'esclaves, ils formèrent des convois d'esclaves; au lieu de bâtir des collèges, ils élevèrent des dépôts et des prisons, des geôles, des baraques, des entrepôts , — quel que soit le nom que le commerce leur donne , — et c'est ainsi que marcha le « plan d'émancipation graduée. »
En 1834, seize ans après, un comité du Synode de Kentucky, — c'estl'État cil l'esclavage existe sous sa forme la plus douce, — nommé pour faire un rapport sur la condition des esclaves, en traçait un tableau où nous lisons ceci:
« En tenant compte de toutes les concessions que la raison doit faire, nous ne pouvons considérer nos gens de couleur, tout au plus, que comme à moitié païens.
» De brutales flagellations, et toutes sortes' d'indignités corporelles, ne constituent pas le seul genre de cruauté que l'esclavage autorise. La loi ne reconnaît point les relations de famille formées entre esclaves , et n'assure à ces malheureux aucune des jouissances du foyer domestique.
» Les membres d'une famille esclave peuvent être violemment séparés, séparés à jamais; et la cupidité conduit souvent les maîtres à user, dans toute leur étendue, des droits que la loi leur confère. Des frères et des sœurs, des parents et des enfants, des maris et des femmes, sont arrachés les uns aux autres, et il ne leur est plus permis de se voir. Ces actes odieux se passent journellement au milieu de nous, etc., etc.»
Voilà un extrait du rapport de 1834, peinture très-vive, très-pathétique, dont nous ne pouvons qu'indiquer le caractère général. En 1835, armés de ce rapport, quelques membres de l'Assemblée générale crurent pouvoir insister pour l'application des principes et la réalisation des plans qu'on avait posés ou formés en 1818. Leurs discours furent énergiques; mais tout ce qu'ils purent
obtenir, ce fut la nomination d'un comité chars^é de faire son rapport en 1836. Et ce comité , * considérant qu'il n'est pas convenable à une Judicature ecclésiastique d'intervenir dans une question intimement liée aux lois de certains Etats de l'Union, résout... qu'il n'est pas utile que l'Assemblée s'occupe désormais de l'esclavage. » La minorité du comité , délibérant à part , rédige une contre-résolution assignant à la possession des esclaves le caractère de « péché digne de haine [heinous siîi), soumettant celui qui l'a commis aux censures de l'Église. » De leur côté , les délégués des Etats à esclaves s'assemblent aussi, séparément, et déclarent leur intention formelle, — dans le cas où l'Assemblée qualifierait de criminelle la conduite des chrétiens qui possèdent des esclaves, — de décliner sa juridiction et de lui refuser toute obéissance.
Mise en demeure de se prononcer par ces prétentions contradictoires, l'Assemblée, » attendu que la constitution de l'Eglise presbytérienne interdit aux Judicatures ecclésiastiques de prétendre à promulguer, en vertu de leur propre autorité , des lois qui lient la conscience , et attendu qu'en présence d'aiïaires urgentes. Userait impossible à l'Assemblée de discuter et de juger, en parfaite connaissance de cause, la question de l'esclavage par rapport à l'Eghse, résout... que la question est indéfiniment ajournée.»
Deux ans après, l'Assemblée générale, tout à fait à l'improviste, sans épreuves, sans débats préalables, par un simple vote, retrancha en bloc de la communion de l'Eglise quatre Synodes comprenant les portions de la communauté les plus actives à combattre l'esclavage. Les raisons alléguées , — n'étaient-ce que des prétextes? — : furent certaines différences dans la doctrine et dans les pratiques ecclésiastiques, inconciliables, disait-on, avec le presbytérianisme. Environ cinq cents ministres et soixante mille fidèles se trouvèrent ainsi retranchés de l'Eglise presbytérienne.
La portion de cette Eglise qu'on appelle la Nouvelle-Ecole, considérant cette mesure comme injuste, refusa d'y donner son assentiment, s'unit aux Synodes retranchés , et le tout forma l'Assemblée générale de la Nouvelle-Ecole. Dans celle réunion, il ne resta que trois Presbytères des pays où l'esclavage est en vigueur. Dans l'ancienne, au contraire, il y en avait de trente à quarante.
Après la séparation que nous venons de raconter, l'Assemblée de l'Ancienne- Ecole,dans laquelle restaient quelques membres décidément abolitionnistes, et à laquelle s'adressaient, pour s'éclairer sur la question de l'esclavage au point de vue religieux, mainte et mainte congrégation, se trouva mise en demeure
de se prononcer. Elle le fit en 1845 (voir les minutes de cette année, p. 18), par des résolutions où nous lisons : « 1*^ la reconnaissance du principe que V existence de V esclavage domestique, tel qu'il se pratique dans la portion sud du pays, Ji'est pas un obstacle à la communion chrétienne;
»2° Que les pétitions par lesquelles on demande à l'Assemblée de punir disciplinairement le fait de la possession d'esclaves équivalent à la demande qu'on lui adresserait de se dissoudre elle-même et à' abandonner V organisation à laquelle , par la bénédiction de Dieu , elle doit une si longue prospérité. »
On le voit, c'est toujours la crainte du schisme qui empêche les chefs de l'Eglise presbytérienne de mettre en pratique les doctrines si hardiment énoncées dans la déclaration de 1818.
Celle de 1845 donna lieu, en 1846, à de nombreuses pétitions collectives et à des protestations individuelles. (Voir les minutes de 1846, overtiiren'^ 17.)
La corporation dite la Nouvelle-Ecole donna , dans le principe , de grandes espérances. Elle se composait, en grande majorité, d'abolitionnistes ; elle possédait dans son sein ces mêmes Synodes dont les opinions et les travaux abolitionnistes avaient été, pour ne rien dire de plus, une des causes les plus efficaces qui les avaient fait retrancher de l'Eglise presbytérienne. Elle ne comptait que trois Presbytères d'États à esclaves. Elle avait les mains libres ; c'était , ou jamais , le moment de se signaler.
Dès la première session de l'Assemblée générale , de nombreuses pétitions , de nombreux mémoriaux, la pressèrent de se décider. Ces pétitions, ces mémoriaux furent soumis à l'examen d'hommes franchement aboHtionnistes. Cependant il ne se trouva parmi eux qu'une minorité pour conseiller d'agir à tous risques et périls conformément aux principes, dût-on se séparer ainsi de toutes les églises de la même communion , qui n'étaient pas prêtes à se prononcer pour l'émancipation immédiate. La majorité, au contraire, fut accessible aux discours par lesquels les délégués des Etats du Sud les suppliaient de ne pas accepter une marche si décisive : « Nous sommes avec vous, leur disaient-ils, confondus dans la même foi, dans la même charité, dans la même prière; nous avons ressenti l'injure qu'on vous fit naguère en vous retranchant du sein de l'Eglise. Nous vous soutenions alors, nous sommes prêts à vous soutenir encore aujourd'hui. Pour ce qui est de l'esclavage, nous ne différons pas essentiehement de vous. Nous le regardons comme un mal. Nous déplorons qu'il existe. Nous essayons , par des moyens pacifiques et sagement ménagés , de l'exclure de
nos églises; mais nous ne pouvons en venir à des actes plus fermes, à des mesures plus décisives, sans perdre toute l'influence que nous avons obtenue, et sans faire reculer la cause de l'émancipation. Si vous débutez comme on vous le conseille, il nous sera impossible de maintenir nos églises unies à vous comme elles le sont; elles se sépareront, et retourneront à F Ancienne- École. »
Ces supplications furent écoutées ; malgré les prévisions de la minorité , qui déclarait que céder en ce moment c'était céder à toujours, — la majorité chercha et trouva un biais pour ajourner toute décision.
Le débat fut repris en 1839. Cette fois, l'Assemblée décida qu'on en référerait aux Presbytères, pour agir ensuite selon les vœux qu'ils auraient exprimés. En 1840, les mémoriaux et les pétitions se multiplièrent, et les abohtionnistes de l'Assemblée firent tout ce qu'ils purent pour obtenir quelques actes sérieux. On n'en trouva pas moins le moyen d'ajourner le débat, et toute nouvelle convocation de l'Assemblée fut renvoyée à trois ans. En 1813, la question se représenta , et cette fois l'Assemblée en vint à une résolution , laquelle fut ceci : « Attendu la grande diversité d'opinions sur les meilleurs moyens d'agir au sujet de l'esclavage; attendu que tout sentiment exprimé en ce moment, ne pouvant réunir qu'une petite majorité, n'aurait pas l'influence nécessaire et pourrait amener des divisions fâcheuses... résout que l'Assemblée ne juge pas à propos, pour l'édification de l'Eglise, d'en venir à une action quelconque sur ce sujet.»
Trois ans se passent encore : en 184-6, l'Assemblée déclare «que le système de l'esclavage... est en lui-même oppressif et contraire au droit; qu'il est opposé aux prescriptions de la loi de Dieu, à l'esprit et aux préceptes de l'Évangile et aux intérêts les plus sacrés de l'humanité... » Elle exprime « son profond regret que l'esclavage soit encore pratiqué et soutenu, en principe, par quelques membres des Églises presbytériennes, » ajoutant, néanmoins, qu'elle n'entend pas « prendre sur elle de déterminer le degré de turpitude morale auquel se placent les individus englobés dans ce pernicieux système; degré qui varie sans doute aux yeux de Dieu suivant les lumières d'un chacun et les circonstances au sein desquelles il est placé. » Elle se retranche, enfin, derrière ce considérant que, comme Judicature ecclésiastique, elle n'a point d'autorité législative; comme Assemblée générale de l'Église presbylérfonne , aucune autorité judiciaire : — «Nous n'avons donc pas le droit, dit-elle,
d'instituer et de prescrire une épreuve quelconque de la foi chrétienne ou de l'aptitude à devenir membre de notre Église, qui ne soit pas reconnue et sanctionnée dans les saintes Ecritures et dans les règlements anciens auxquels nous voulons rester fidèles. Nous devons donc abandonner cette matière aux Sessions , Presbytères et Synodes , dont les judicatures peuvent agir comme elles le trouvent convenable pour le maintien de la discipline, sous le contrôle constitutionnel de l'Assemblée générale. » Nous n'avons pas besoin de faire ressortir ce qu'une déclaration pareille, si chrétienne qu'elle soit en principe, accuse d'indécision et de faiblesse. Est-ce avec des mesures semblables, et de pareils ménagements, qu'on attaque un si grand mal, qu'on sape une institution si redoutable (*)? Est-ce là se conduire selon la règle subhme de l'apôtre saint Paul, quand il nous prescrit de «nous rappeler ceux qui sont dans les fers comme si nous étions dans les fers» avec eux; mais continuons l'histoire.
On a vu que l'Assemblée générale (Nouvelle-École) s'en référait aux judicatures subordonnées. Or il arriva que le Presbytère de Cincinnati (Nouvelle-École) suspendit un ministre , M. Graham, pour avoir enseigné que la Bible justifiait l'esclavage ; c'était condamner cette doctrine comme hérétique. Le Synode de Cincinnati confirme cette décision. L'Assemblée générale casse l'arrêt du Synode et rétablit M. Graham, que du reste le Presbytère de Cincinnati ne voulut plus recevoir; mais, par cet acte, l'Assemblée générale avait établi en fait que l'Église presbytérienne (Nouvelle-École) ne regardait pas comme une hérésie la défense de l'esclavage au nom de la Bible.
Ainsi , un homme est hérétique s'il enseigne qu'il n'y a pas trois personnes distinctes dans la Trinité.
Un homme n'est pas hérétique, s'il enseigne que ces trois personnes autorisent un système d'abus aboli, jusque dans les États de certains princes mahométans, par la seule force des scrupules naturels et de la conscience révoltée.
En 1846, l'Assemblée générale (Nouvelle-Ecole) donna de nouveaux gages de
{*)... Une puissance qu'on peut évaluer en argent à 200 millions de dollars (un milliard de francs), possédée par un corps peu nombreux d'hommes habiles et désespérés ; ~ ce corps investi, par des constitutions toutes spéciales , de l'influence politique acquise à Taristocratic ; — le coton, ce produit du travail esclave , formant la base de tout notre commerce extérieur, et nos classes commerciales recevant ainsi un subside pour tolérer l'esclavage; — la presse achetée ; — les chaires du Sud réduites au vasselage; — le cœur de nos classes inférieures refroidi par un amer préjugé contre toute la race noire; — enfin, nos hommes d'État gagnés par des intérêts d'ambition , soit au silence , soit à des hostilités ouvertes contre rabolitionnisme. — Speech of W. Phillips, Dostor..
tolérance aux anti-abolitioniiistes, en invitant l'Assemblée générale (Ancienne- École) à* participer avec elle à la cène du Seigneur. En 1849, elle déclara n'avoir pas la preuve que les membres de son église habitant les Etats à esclaves n'eussent point fait tout leur possible, dans l'ordre de la Providence, pour affranchir leurs frères retenus en servitude. En 1850, on lui soumit une proposition tendant à faire déclarer « offense » (dans les termes du livre de discipline, chap. I, sect. 3) l'asservissement des hommes ou leur détention à titre de propriété. Cette détermination entraînait certaines peines disciplinaires contre les possesseurs d'esclaves. Une autre fut faite, moins décisive, pour qu'on déclarât la possession des esclaves une offense prima fade , c'est-à-dire en vertu de laquelle le possesseur d'esclaves était tenu d'établir les circonstances atténuantes qui militaient en sa faveur. Ces deux propositions furent rejetées. On y substitua une rédaction où il était dit que la détention, comme propriété, d'un homme par ses semblables, est une offense, dans le sens que le livre de discipline attache à ce mot , si ce n'est lorsque cette détention est inévitable , à cause des lois de l'État, des obligations tiitélaires, ou des exigences de Vhumanité. Cette rédaction mitigée obtint 84? voix contre 1 6 ; et la minorité se crut en droit de protester par écrit : elle croyait l'inaction voulue par l'état actuel du pays.
En 1850, est rendue cette loi cruelle sur la revendication des esclaves fugitifs. Quels actes inquahfiables , quelle agitation, quel désordre! Ces tableaux de terreur et d'agonie, dont le sol esclave avait eu jusqu'alors le monopole, se trouvent transportés dans nos Etats libres. Les églises se dispersent. On voit de toutes parts fuir des chrétiens menacés. Les femmmes et les maris se séparent. Si jamais l'Eglise du Christ eut pour mission de tenir ferme et de prendre en main la cause du pauvre, certes, c'était bien à cette époque.
L'Assemblée générale se rassemble. De tous côtés on l'exhortait à parler haut. Ehe pouvait, d'une manière éclatante et glorieuse, montrer qu'à ses yeux «le royaume du Christ n'est pas de ce monde... • Mais, dans l'intervalle, et grâce aux ménagements politiques de cette assemblée, le nombre des Presbytères, sur le territoire des Etats du Sud, s'était accru de trois à vingt. Cct(e église comptait maintenant de quinze à vingt mille membres dans les États à esclaves. Aussi, que fit-elle? Elle garda le silence, et les rcmerciments des grands meneurs politiques lui furent accordés pour ce concours implicite qu'elle leur prêtait ; — ils ne pouvaient mieux attendre d'elle.
Il faut donc reconnaître que, nonobstant quelques vaines formules de réprobation, çà et là dispersées, comme à regret, dans les résolutions presbytériennes, les partisans de l'esclavage ont obtenu la victoire , et ils l'ont obtenue sur les meilleurs des hommes, dominés par les meilleurs des motifs; car, il est inutile de se le dissimuler , c'est toujours en vue de propager l'Evangile par les moyens les plus prompls, et dans les conditions les plus favorables, que les ministres abolitionnistes se sont ainsi relâchés de leurs principes. C'est toujours par la crainte d'isoler les églises du Sud, et de leur ôter ainsi une portion de leur influence, qu'on a cédé aux mandements impérieux de leurs délégués.
Reste une corporation chrétienne dont nous n'avons pas encore examiné l'influence, et qui, cependant, en exerce une réelle; — ce sont les Congrégationalistes de la Nouvelle -Angleterre et de l'Ouest. Par la nature même de son organisation, le Congrégationalisme ne peut émettre un témoignage aussi compacte que l'est celui de l'Église presbytérienne ; cependant il a promptement et énergiquement pris les armes contre l'esclavage. Ces corporations isolées, ces ecclésiastiques agissant individuellement, ont tenu un langage plein de force, et défendu les principes comme ils doivent l'être , — c'est-à-dire dans leur intégrité, sans calculs, sans arrière-pensée, sans faux -fuyants , sans ménagements politiques. Maintenant, cette Eglise, en corps, a-t-elle fait tout ce qu'elle pouvait? S'est-elle jetée, comme les trois cents héros grecs aux Thermopyles, pour défendre, du cœur et de l'âme, du corps et de l'intelligence, la position lâchement abandonnée par d'autres? Nous sommes tentée d'en douter quand nous comparons ce qu'elle a fait contre l'esclavage, — simples témoignages rendus, et ce n'était pas assez, — à l'ardeur qu'elle a déployée ou contre le docteur Taylor enseignant « que tout le péché consiste dans l'acte de pécher, et que par conséquent le péché n'a pu exister qu'après qu'un homme est devenu pécheur, » ou contre le docteur Bushnell voulant modifier la doctrine de la Trhiité , sans que personne puisse savoir au juste pourquoi ni comment. Certes , les Presbytériens de la Caroline du Sud , enseignant que l'esclavage est approuvé de Dieu , sanctionné par l'exemple des patriarches et par celui des prophètes , offraient au Congrégationalisme une bien plus belle occasion de combattre l'hérésie. Elle ne l'a pas encore saisie comme nous l'aurions voulu. Par bonheur, les résolutions adoptées dans la dernière Convention de celte église (celle d'Albany) nous fout prévoir l'adoption d'une marche plus énergique.
On lit dans ces résolutions que « la tendance de l'Evangile , partout où il est prêché dans sa pureté , est de corriger tous les abus sociaux et de détruire le péché sous toutes ses formes, — et que c'est le devoir des Sociétés formées pour l'entretien des Missions , de n'aider les églises des Etats à esclaves que pour l'entretien des ministres disposés à prêcher l'Evangile pur, lequel, avec la bénédiction de Dieu , doit réveiller et illuminer le sentiment moral par rapport à l'esclavage, et amener rapidement l'abolition de cette monstrueuse injustice Résolu, de plus, que partout où un ministre n'est pas autorisé à prêcher
dans ces termes, il doit, obéissant aux ordres du Christ, «quitter la ville en » secouant la poussière de ses pieds. » Ces résolutions ont été prises à Tunanimité. Elles seront soutenues, nous en avons l'espérance. Déjà des instructions (mars 1853) ont été données dans ce sens aux missionnaires envoyés dans les Etats à esclaves par la Eome Missionary Society (CongrégationaHste) et par l'Eghse presbytérienne (Nouvelle-Ecole). C'est un premier germe d'action; il se développera plus tard.
En parlant des résistances que nos églises chrétiennes opposent à l'esclavage, il ne faut pas oublier les seceders et covenanters écossais, qui, avec une obstination et une résolution dignes de l'ancien Covenant, se sont toujours préservés du péché de l'esclavage, et ont uniformément protesté contre lui. Les Quakers aussi ont prouvé , par leur exemple , qu'il n'était impossible à aucune secte religieuse de guérir en elle cette lèpre immonde. Il y a de plus, parmi les champions de l'abolitionnisme, des noms glorieux à rappeler : celui d'Albert Barnes qui, à Philadelphie, sur la frontière même des États à esclaves, au milieu d'une riche église où mille tentations pouvaient lui imposer silence, n'en a pas moins protesté, au nom du Seigneur lui-même, contre l'esclavage dont on veut le faire complice. Et c'est à lui qu'on doit d'avoir proclamé cette vérité solennelle : Qu'aucunes influences en dehop.s de l'Eglise
NE POURRAIENT MAINTENIR UNE HEURE l'iNSTITUTION DE l'eSCLAVAGE, SI ELLE NE TROUVAIT DES APPUIS AU SEIN DE l'ÉgLISE MEME. AvCC UU COU-
rage égal, à Boston, où son nom vivra éternellement, le docteur Channing a rendu noblement témoignage, au sein des tempêtes les plus menaçantes. De même encore, dans l'Illinois, E. P. Lovejoy et Edward Bcecher, en face de la populace émue, au risque de leur vie menacée, formaient, avec quelques associés courageux, une réunion abolitionniste; et, quelques heures après, Lovejoy était renversé d'un coup de fusil en essayant de défendre ses presses aboli-
tionnistes, détruites déjà trois fois. Nous raconterons plus loin cette dramatique histoire. De même, Le Roy Sunderland, de l'Eglise méthodiste, a maintenu son journal proscrit par ses supérieurs ecclésiastiques, et malgré la prime de 50,000 dollars promise à quiconque le livrerait prisonnier. De même Torrey, patiente victime, est mort en prison, disant : «Si je suis coupable, je le suis on ne peut davantage, car j'ai procuré leur liberté à quatre cents esclaves , qui sans moi, seraient morts dans la servitude. «De même le docteur Nelson s'est fait chasser du Missouri, par des masses furieuses, pour avoir courageusement semé la parole de vérité sur le sol esclave. De même William et Robert Breckenridge , Président Young, et bien d'autres de l'Eglise presbytérienne (Ancienne-Ecole), ont prêché l'émancipation jusque dans le Kentucky. Tous ces hommes étaient des ministres du Seigneur; encore leur liste n'est-elle pas complète. Jésus-Christ ne nous a donc pas tout à fait abandonnés. Il reste des hommes qui savent combien il est bon de souffrir l'infamie et de braver la mort pour la bonne cause.
Malgré tout, on ne peut se le dissimuler, ce qu'a pu faire l'Eglise n'a pas diminué le mal d'une manière sensible. L'esclavage est plus fort que jamais. Pour lui fonctionne l'autorité gouvernementale, pour lui l'influence des riches , pour lui le joug impérieux de la mode, pour lui enfin, dans leurs manifestations pratiques, sinon dans leurs théories , les grandes corporations ecclésiastiques. Dans le langage courant, on cite l'Eglise comme un des appuis de l'esclavage. Les hommes d'Etat , à quelque point de vue qu'ils se placent pour discuter cette importante question, admettent cette étrange complicité. Les ennemis de la foi y puisent un de leurs arguments favoris, et il en est parmi eux, hommes de bon vouloir, de charité généreuse, de grands et nobles entraînements, qui ne seraient pas irréhgieux sans cette participation de l'Église à un grand crime public. Mais comment espérer de les rattacher à un dogme dont les ministres légitiment l'industrie des marchands de chair humaine? Et d'un autre côté, comment ceux-ci, comment les trafiquants se feraient-ils le moindre scrupule sur les pratiques de leur odieux métier, quand ils le voient admettre en principe par la religion elle-même ou par ses ministres? Si l'esclavage est sanctionné par Dieu , les convois enchaînés le sont aussi ; la légitimité de la vente entraîne la légitimité de la séparation des familles. La résistance des esclaves à la persuasion purement morale rend parfaitement licite l'emploi de la force; la force modérée ne sufiîsant pas, on se trouve en droit
d'employer le fouet et la torture; puis viennent les colliers de force, les bracelets à écrous, les nerfs de bœuf, le sang versé, — tous accessoires indispensables de celte institution que des prêtres chrétiens déclarent « sanctionnée par Dieu lui-même. »
Ceci n'est qu'un côté de la chaîne; voyons l'autre. Les Presbytères de la Caroline du Sud et du Mississipi soutiennent ces opinions dont nous venons de parler, ces opinions qui vont à justifier tout ce qu'un trafiquant peut faire. L'Assemblée générale presbytérienne (Ancienne-Ecole) se maintient sans réserve disciplinaire, sans protestation quelconque, en communion avec ces Presbytères. L'autre Assemblée générale presbytérienne (Nouvelle-École) déclare que le système de l'esclavage est une abomination, une violation des droits les plus sacrés , etc. , etc. ; mais en même temps elle manifeste son désir de vivre en bonne intelhgence avec l'Ancienne-Ecole , qui a déclaré tout le contraire. Ainsi se forme, pour ainsi dire, une réunion d'anneaux, chacun prêtant sa force à l'autre , sans pour cela quitter la place qu'il occupait. Le trafiquant fait , de la besogne, ce qu'elle a de plus repoussant; l'Eghsc du Sud le justifie hautement; l'Eghse du Nord prend en main la défense de l'ÉgHse du Sud; chacun, en fin de compte, se trouve avoir fait pour l'esclavage, suivant le poste qui lui est assigné, la latitude physique et morale sous laquelle il vit, tout ce dont avait besoin cette odieuse institution.
Tout ceci se pratique, toutes ces concessions, tous ces délais, s'obtiennent sous prétexte d'amour fraternel. C'est parce que, nous autres chrétiens du Nord, nous aimons nos frères et sœurs du Sud, que nous ne voulons pas détruire chez eux l'esclavage, — l'esclavage qui ruine le sol, — l'esclavage qui empêche l'instruction des basses classes, — l'esclavage qui met obstacle à la prédication de l'Évangile, — l'esclavage qui réduit à la mendicité tous les prolétaires de race blanche! — Gardons-nous bien de toucher à cette arche sainte!... nos frères et nos sœurs pourraient croire que nous ne les aimons pas.
On dit aussi: — L'abolitionnisme, celte croisade nouvelle, a été entrepris, au début, dans un mauvais esprit, par des fanatiques imprudents, effrontés, qui n'avaient rien à y voir. — Soit, admettons que cela est vrai : pourquoi les choses se sont-elles ainsi passées? Si l'Église du Christ avait entrepris cette croisade dans un bon esprit, les fanatiques dont on parle l'auraicnt-ils entreprise dans un mauvais? Une maladie contagieuse se déclare. Si les médecins n'ordonnent aucun remède, les premiers venus, les plus ignorants, hommes, femmes.
enfants, prescriront ce qu'il faut faire; car enfin faut-il bien qu'on fasse quelque chose. Si, dès 1818, l'Eglise presbytérienne avait suivi la marche adoptée par les Quakers , il n'y avait plus place pour les fanatiques en question. Et les Quakers, qu'ont-ils fait, sinon de fondre les chaînes de Mammon à la flamme de la charité chrétienne?
Une autre supposition. L'incendie éclate dans les rues de Boston, tandis que les officiers municipaux qui ont les clefs des pompes et la direction des pompiers, sont paisiblement assis dans quelque quartier reculé de la ville, et délibèrent sur des objets d'intérêt pubHc. Les cris : Au feu! parviennent à leurs oreilles, mais ils se figurent que c'est une fausse alarme. L'incendie n'en est pas, pour cela, moins sérieux. Il consume, il s'étend, il rugit jusqu'à ce que tous les voisins s'assurent qu'il faut y porter remède. Il se trouve là, en petit nombre, des meneurs robustes qui font sauter les portes du dépôt des pompes, tirent les machines vers l'incendie, et commencent, bien ou mal, à les mettre en œuvre. Cependant le feu destructeur fait de nouveaux progrès. Les messagers accourent en toute hâte jusque dans la salle où délibèrent ces tranquilles magistrats, et, dans le langage famiher que parle volontiers une crainte pressante, leur reprochent de n'être pas accourus.
— Dieu nous soit en aide! dit, toujours fidèle au décorum, le président de la corporation municipale, — ces gens-là nous tiennent d'affreux discours.
— Ils font preuve d'un bien mauvais esprit, fait remarquer un autre délibérant; nous ne pouvons songer à nous joindre à eux dans un pareil état de choses.
En ce moment, les membres les plus énergiques de la petite assemblée se précipitent dans la rue pour voir si, réellement , le danger existe , et ils rentrent, peu d'instants après, plus animés encore que ne l'étaient les premiers porteurs de nouvelles.
— Oh! mais c'est un incendie! un effrayant, un horrible incendie! la ville brûle; hommes, femmes, enfants, tout brûle; tout va périr! Venez, venez vite ! aussi vrai que Dieu existe, il n'y a plus qu'un pas de nous à la mort.
— Je me garderai bien d'aller par là ; tous ceux qui s'y rendent reviennent fous, dit un des hommes restés à leurs places.
— J'ai remarqué, reprend un autre, que pour peu qu'on jette les yeux de ce côté, une extrême agitation vous prend aussitôt; je n'y regarderai certainement pas.
En attendant, la flamme furieuse s'est fait jour dans le voisinage. A travers les vitres passent les regards sanglants de ce démon. Et alors, tout à fait tirés de leur calme, nos gens se lèvent et commencent à s'inquiéter.
— Ma foi, c'est un incendie... un incendie très- certainement!... s'écrie l'un d'eux.
— Il y aurait quelques mesures à prendre, fait observer un autre.
— Oui , répond un troisième ; n'était qu'il faudrait se mêler à cette foule désordonnée, à ces gens mal mis et tumultueux, j'irais certainement au secours.
— Sur ma parole , dit un autre , il y a dans leurs rangs jusqu'à des femmes; des femmes portant des seaux d'eau. Tenez! voilà une femme qui grimpe à une échelle pour aller chercher ses enfants... Quelle inconvenance!... si les choses se passaient avec moins de désordre, nous pourrions cependant nous en mêler.
Et voici qu'à grand bruit arrivent de Charleston les pompes et les pompiers.
— Quel front, à ces gens de Charleston , disent nos hommes , de nous envoyer ainsi des secours ! — comme si nous ne pouvions pas éteindre nousmêmes nos incendies; — ils en ont chez eux, cependant, comme nous en avons chez nous.
Et voici que les flammes gagnent, gagnent encore; elles se réunissent à travers les rues, elles bondissent au-dessus des clochers, et jaillissent par les fenêtres des temples.
— Pour l'amour du ciel! faites quelque chose!... crie-t-on de tous côtés. Démolissez les maisons , apportez de la poudre et faites sauter ces masses de marchandises!... à tout prix arrêtez le feu!
— Voyez- vous? voyez-vous à quelles mesures radicales ces gens -là vont se porter? reprend un de nos spectateurs.
Des hommes courageux, qui s'étaient précipités au fort de l'incendie, en sortent à demi brûlés , et tombent morts dans la rue.
— Ce sont des enthousiastes... Ils ont sacrifié leur vie en véritables insensés, reprend encore un de nos paisibles municipaux.
C'est ainsi, Église du Christ, que brûle cet autre incendie. Il gagne, il gagne, il gagne toujours , enveloppant rÉglisc et l'autel, consumant le sénat el le forum, dévorant la liberté, dévorant la relii^ion!
Ce ne sont pas des mains humaines qui l'ont allumé. Vois luire , à travers ces rideaux de flamme et ces masses de fumée sulfureuse, le regard sanglant de l'éternel EiNNE^mi; — cet incendie-là nous vient des profondeurs infernales.
Église du Christ, il y eut un temps où, ce feu, tu pouvais suffire à l'éteindre. Maintenant, tu le regardes comme un homme robuste, mais stupéfait, — comme un homme robuste qui se croit hors d'état de contribuer au salut de tous. — Toutefois, l'espérance d'Israël n'est pas morte. Il vit encore, le Sauveur qui lui vint en aide au temps de ses troubles anciens.